IO
De manière que le coût réuni de cullure , transport et vente de chaque denrée produite par ces deux arpens , résulte égal.
(s) Note seconde au même § iSg.
Deux terrains présenteront différence de fertilité si à capital et travail égaux de cultui^e , leur aptitude productive est différente.
(t) Note troisième au même § i5g.
Supposons que Tun de ces deux terrains ( que nous appellerons A), en le cultivant en froment, en donne un hect., qu'en le cultivant en maïs il en donne trois , qu'en le cultivant en millet il en donne deux ; et que l'autre terrain (que nous appellerons B) , donne un quart dhect. en le cultivant en froment , trois hect. en le cultivant en maïs , et un hect. en le cultivant en millet. Supposons encore que la demande naturelle du froment soit de cent hect. , la demande du millet de trente hect. et celle du maïs de soixante hect,; que le terrain A soit apte à donner quatrevingt-dix hect. de froment , deux cent soixante-dix hect. de maïs , et cent quatre-vingt hect. de millet ; et que le fonds B soit apte à donner dans une égale étendue , vinf't-deux hect. et demi de froment, deux cent soixantedix de maïs , et quatre-vingt dix de millet.
11 en arrivera que le possesseur du terrain A choisira de préférence la cullure du froment, puisqu'il peut prendre du possesseur du terrain B le maïs à raison de trois hect. de maïs , contre un quart dhect. de froment. En cultivant le froment au lieu de maïs , il pourra acquérir par le moyen de l'échange , douze hect. de maïs avec le produit de cette étendue de terrain dont il ne pourrait retirer que trois hect. de maïs. Par les mômes principes , il ne
cultivera pas le millet, parce que a\ec un hocl. de ùomeiil , il peut acheter du cultivaleur de 1> ^ l»*'Ct, de millet. Ce cultivaleur de B sera forcé de doniier le millet et le maïs à ce prix 'd'échange conlre le froment , attendu qu'en B on doit aussi cultiver le froment , le terrain A ne suffisant pas pour en donner la quantité requise par la demande naturelle , et le fonds B étant plus étendu qu'il ne le faut pour la production du millet et du maïs. Celui qui cultive en B le froment doit retirer en échange autant que retirent les cultivateurs du millet et du maïs; le cultivateur du froment avec un quart d'hecf. de froment doit pouvoir retirer par conséquent trois hect. de maïs ou un hect. de millet (§ iS-j.)
11 est évident que, si les possesseurs de B voulaient cultiver seulement du froment , et non du maïs et du seigle , ils devraient acheter ces denrées du cultivateur de A, mais ce cultivateur de A ne donnerait plus que trois hect. de maïs , ou deux hect. de millet contre un hect. de froment. Or 11 faudrait supposer les possesseurs de B bien fous pour faire un tel échange , lorsque dans l'étendue d'où ils retireraient un quart d'hect. de froment , ils peuvent retirer trois hect. de maïs ou un hect. de millet. Je laisse de cAté la considération qu'avec une telle culture les deux terrains seraient insuffisans pour donner la quantité demandée des denrées, et qu'il faudrait recourir à la culture d'un tertain moins propre , dès que les premiers terrains qu'on choisit sont les plus propres.
Que si la demande du froment n'était que de quatrevingt hect. , celle du maïs de cent cinquante , et celle du millet de cent soixante hect. , le possesseur de A devrait cultiver une autre denrée outre le froment. 11 ne cultivera pas le maïs, et préférera la culture du miiict, puisqu'il recevra du cultivaleur de B six hect de maïs conlre
deux hect. de mlliel; tandis qu'en cultivant le maïs dans une égale étendue de terrain , et avec un capital égal , il n'en retirerait que trois hect. Chacun voit ici que le possesseur de B ne cultivera par le froment, parce que A devra donner pour un hect. de millet un demi hect.de froment, tandis que si le possesseur de B cultivait le froment il n'en retirerait qu'un quart d'hect. dans l'espace propre à donner un hect. de millet, A sera donc cultivé en froment et en millet , et B en millet et en maïs, De-là il résulte que les denrées de A produites dans l'espace d'un arpent, s'échangeront contre les denrées produites dans l'espace de deux arpens du terrain B , puisque la supériorité que A présente sur B dans la comparaison du millet, s'élève au double.
Si la demande naturelle du maïs était de trois cents hect., celle du froment de trente- cinq , et celle du millet de quatre-vingt-dix ; il en arriverait que les possesseurs de B cultiveraient tout leur terrain en maïs , et qu'en échange de trois hect, de maïs ils recevraient deux hect. de millet , ou un hect, de froment , puisque A serait contraint de cultiver le maïs. Ces deux terrains présenteraient donc une égale valeur de production : leurs denrées s'échangeraient à raison égale de revenu, comme s'ils étaient de la même aptitude.
(u) Note première au § i6o.
Posons l'hypothèse.
Que les terrains sous l'influence des circonstances énoncées dans ce paragraphe , soient au nombre de quatre , que nous appellerons A B C D.
Que D ne soit pas cultivé en entier.
Que raplllude de ces terrains soit
En Froment
En Millet.
En Seigle.
En Maïs.
Dans A. .
de a hect.
de 4 hect.
de 3 hect.
de 0 »
Que la quantité totale à recueillir soit dans la proportion suivante
Froment.
Millet.
Seigle.
Maïs.
ans A. .
200 hect.
4oo hect.
3oo hect.
aoo »
aoo »
Que les terrains produisant la même denre'e la donnent de même qualité.
Que la demande naturelle du froment soit de quatrevingt-dix hect , celle du seigle de trois cent quatre-vingtdix-sept, celle du millet de deux cent soixante-cinq , et celle du maïs de cent hect.
Il ne conviendra pas au propriétaire de A de cultiver tout son terrain en seigle, d'autant qu'il lui faudrait acheter le froment de B ou de C. Or , avec trois hect. de sci-
2l4 glc , il ne pourrait recevoir en échange que un hecf. et demi de froment, vu qu'il faudrait cultiver du froment et du seigle , ou en B ou en C , à cause de la quantité de la demande des denrées. Mais cet échange ne peut pas êfre utile au propriétaire de A, parce qu'en cultivant le froment dans l'espace de terrain requis pour produire trois hect, de seigle, il recueillerait deux hect. de froment par un même coût de culture, transport et vente.
Il ne conviendra pas au cultivateur de B de semer du mlllel. S'il cultive du seigle, il n'aura pas à recevoir moins de quatre hect. de millet contre trois hect. de seigle, puisqu'on devrait aussi cultiver le seigle ou dans A ou dans C : or, si c'était dans A que Ion cultivât le seigle et le millet, on échangerait trois hect. de seigle, contre quatre hect, de millet, et si c'était dans C, le seigle en recevrait davantage.
Observons en outre que, si l'on cultivait dans A le froment et le seigle , Il ne serait utile , ni au propriétaire de C , nia celui de C de cultiver le froment. Ils pourraient avec trois hect. de seIglerecevoirdeuxhect.de froment, au lieu qu'en cultivant eux-mêmes le froment dans le mcme espace requis pour produire doux hect. de seigle, et par un même coût de culture, transport et vente, ils nerecneilleraicnt qu'un hect. de froment.
Lorsqu'il convient au propriétaire de C de cultiver du seigle et du millet, il ne sera pas utile au propriétaire de A de cultiver le millet, puisqu'il pourra prendre du cultivateur de C trois hect. de millet pour deux hect. de seigle, etcon- .séquemment quatre hect.et demi de millet, à l'aide du revenu retiré parle même coût, et dans la même étendue de terrain requis pour recueillir quatre hect. de millet, Et, comme en effet, Il convient au possesseur de C de cultiver le millet et le seigle , parce qu'il lui est iitile de laisser cultiver le froment dans ^, et qu'il lui serait au contraire préjudiciable
<lc ne pas cultiver le millel, et tVen laisser la cullurc .tu propriétaire de A , dés que le propriétaire de A ne voudrait céder le millet qu'à raison de quaîre hecl. de millrt pour trois hect. de seigle ; par conséquent la culture de A sera en froment et en seigle.
Le propriétaire de 15 cultivera tout le terrain en seiQlfî parles mêmes principes qui dirigent le propriétaire de A à semer le froment , et le propriétaire de C à semer le millet.
Quant au cultivateur de D , il ne peut faire autrement que de cultiver du maïs et du millet.
De toutes ces considérations , on aura en dernier résultat les effets suivans :
1° On cultivera le terrain A pour la production de quatre-ving-dix hecl.de fromentj l'excédant du terrain sera cultivé en seigle. La culture de B sera tout en seigle. On cultivera le terrain C pour la production de trente-deux liect. de seigle ; le terrain excédant sera cultivé en millet. Dans D on cultivera treize hect. de millet, et cent hect, de maïs.
2° B et C présenteront le même mérite de production, comme s'ils étaient d'une classe égale , attendu que B donne deux hect. de seigle de même que C.
3° Le millet de C s'échangera contre les denrées de A, en raison de la supériorité que A présente à Tégardde C, dans la comparaison du seigle, car dans A le seigle est un produit moins propre à donner une comparaison avantageuse que n'est le froment. Cette supériorité de A à l'égard de C, pour le seigle, étant dans la proportion de trois à deux, on échangera quatre hect. et demi de millet contre deux hect. de froment.
4° A étant supérieur à C dans la proportion de trois à deux, et C étant supérieur à D du triple , le cultivateur de
A prendra en échange le maïs de D , à raison du coût et de la réunion du degré de supériorité que A possède sur C , et du degré de supériorité que C a sur D. 5° Enfin la valeur d'échange des produits sera de
!un hect. ^1-2, de seigle.
deux hect, J^ de millet, quatre hect. % de maïs.
l un hect, ^^^ de millet.
Un hect. de seigle contre \ % d'hect. de froment.
>. trois hect. de maïs.
l % d'hecl. de froment.
Un hect. de millet contre \ % d'hect. de seigle.
( deux hect. de maïs.
!^ d'Iiect. de froment.
/^ d'hect. de seigle.
% hect. de millet.
Les propriétaires de tous ces terrains ont choisi la culture des produits qui peut leur donner le plus grand avantage. Chaque propriétaire, par l'échange des produits de la culture qu'il a choisie , obtient les produits des autres terrains en bien plus grande quanlité que celle qu'il recueillerait de son terrain. Ainsi tous les agriculteurs sont forcés d'être utiles les uns aux autres. Cet agriculteur qui voudrait tout pour lui, trouve dans son propre intérêt un Dieu bienfaisant qui le subjugue et l'entraîne à procurer le bien d'autrui. Il faut que je le répète ; la science de l'économie universelle des hommes est peut-être celle qui présente l'idée la plus sublime de l'ordre de l'univers.
Chacun peut inférer de l'exemple ci-dessus exposé la variation de la valeur comparative des denrées, si la demande en était diverse. Ainsi , si, au lieu de supposer la demande
du froment à quatre-vingt dix liecl. cl celle du seigle à trois cent qualre-viiigt dix-sept hect., nous eussions suppose celle du froment à deux cent cinquante hect. , et celle du seigle à cent quarante hect. , il serait arrivé que le prix du froment aurait v^rié , attendu que le propriétaire de A aurait cultivé tout le terrain en fromcnl, et que la culture du froment requis ponr en remplir la demande , aurait été convenable au nouveau propriétaire de B et de C. Par la conséquence de celte variation , on aurait échangé un hect. de froment contre deux hect. de seigle, ou trois hect. de millet, ou 6 hect. de maïs.
Dans mes hypothèses, j'ai toujours représenté une aptitude à produire tous les ans une même quantité de denrées, quoique la production varie d'une année à l'autre. Il est des années fertiles , il en est de stériles. Ce champ qui, cet été , vous a donné un hect. de from.ent , pourra peutêtre , avec la même culture , vous en donner deux Tété prochain. Si pourtant on entreprend de considérer la production totale de chaque neuvaine ou douzaine d'années ou tout au plus de chaque dix-huitaine, il résulte que pendant chacun de ses périodes, la production est égale. Au lieu donc de procéder à la comparaison de l'aptitude des terrains sous le rapport de la production annuelle , qu'on établisse la comparaison, d'après les mêmes principes, dans le rapport complexe du coût des capitaux et du travail nécessaire pendant une neuvaine , une douzaine , ou une dix-huitaine d'années, et de la fertilité des terrains pendant ce période.
(v) Note seconde au § 1 60,
Qu'on se rappelle que le coût pour une denrée comprend le travail de l'employant, et les capitaux employés à la culture , au transport et à la vente.
(x) Noie au § iG3. Yoycz la noie au § 172.
(y) Noie au § i65.
Pour développer d'une manière claire les principes énoncés dans les paragraphes 162, iG3, i64, je présenterai deux liypolhèses par manière d'exemple, dans lesquels je démon'.rcrai le régime de la valeur comparative des valeurs des denrées agricoles , la classification des terrains, et l'cncliaîncment d'affinité de l'une à l'autre classe, dans les circonstances d'une différence de coût de culture, transport et vente , en conservant toujours dans le reste la supposition des circonstances décrites au commencement de celte Sec'ion.
Vrcmiérc hypothèse,
1° L'agriculture dans une région, n'emLrasse que deux sortes de terrains que nous appellerons A et B.
2" Les deux terrains sont à une distance égale du marcîié.
3" Ils ne sont pas cultivés en entier.
5° A, dans un espace donné est propre à produire, ou un hect. de froment, ou un hect. de seigle, ou un hect. de millet. Le coût réuni de culture, transport et vente, s'élève à 100 journées, autant pour le seigle que pour le millet, et pour le froment.
Pour simplifier le calcul dans le coût de culture, de transport et de vente , on fait abstraction du mérite naturel du travail de l'employant; 11 est supposé nul , c'est-àdire qu'il ne fait point partie de la valeur des produits.
50B dans un même espace de terrain est apte adonner, ou un hect. de froment, ou deux hect, de millet, ou un hect. trois quarts de seigle. Le coût réuni de culture, transport et vente , s'élève à cent journées autant pour
Ihect. tle froment , que pour les deux hect. de nilllel ;ina!s le coût réuni «le culture, transport et vente du seigle, s'élève au capital de deux cent journées.
6° Ces terrains n'ont que l'aptitude énoncée ci dessus.
70 La récolte que Ton peut obtenir dans le terrain A , est, ou de cent hect. de froment en le semant de froment ; ou de cent hect. de seigle, ou de cent hect. de millet en le semant de ces denrées. La récolte totale que Ton peut obtenir dans le terrain B, est ou de cent hect. de froment, ou de deux cents hect. de millet, ou de cent so'xante-quinze hect. de seigle.
8° La demande naturelle des denrées s'élève à quarante-cinq hect. de froment , cent hect. de millet , et 60 hect, de seigle.
9° La valeur dime journée se compose d'un trentième d'hect de froment, d'autant de seigle , et d'un quinzième dhect, de millet.
lo'^ il n'existe qu'une seule qualité de chaque denrée. Cela posé, on aura les résultais suivans. Le terrain A sera cultivé en seigle et en froment , et le terrain B en nullet et froment.
Parmi les denrées culivées dans B , la denrée la moins propre à donner une comparaison avantageuse sera le froment.
Les terrains A et B donneront un revenu égal comme s'ils étaient d'aptitude égale.
Si les possesseurs de B cultivaient le seigle ils perdraient sur le revenu du capital un quart d'hect de seigle en comparaison du revenu qu'avec un même capital ils retireraient en millet et en froment , puisqu'avec deux cents journées on recueillerait dans B un hect. trois quarts de seigle, tandis qu'en employant les deux cents journées à
la culture du millet et du froment , le cultivateur de B commanderait, soit avec la récolte du millet, soit avec celle du froment, quatre hect, de seigle.
Présentons maintenant , dansThypothèse , des circonstances plus compliquées.
i". A et B sont cultivés en totalité.
2°, Par les principes énoncés , A est cultivé en froment et en seigle , B en millet et en froment.
3". Il y a des capitaux à employer à l'agriculîure.
4.". La demande des susdites denrées est augmentée. Par cet accroissement , la demande est portée pour le froment à quatre-vingt-dix hect. , pour le seigle à cent hect. , et pour le millet à cent vingt hect.
5°. Parmi les terrains incultes le terrain le plus propre à être cultivé, a l'aptitude de produire, ou trois quarts d'hect. de froment , ou trois quarts d'hcct. de millet, ou neuf dixièmes d'hect. de seigle, dans une étendue de terrain égale à celle qu'il en faut au cultivateur de A et de B, pour recueillir un hect. de froment. Ce terrain , nous l'appellerons C.
6". Le coût réuni de culture, transport et vente, autant des trois quarts de millet que des trois quarts de froment, s'élève à cent journées ; mais le coût réuni de culture, de transport et de vente de neuf dixièmes de seigle s'élève à cent vingt journées.
7°. Le terrain C est à une dislance du marché égale à celle des deux autres terrains AetB.
8", Le terrain C n'a que l'aptitude énoncée ci-dessus : il n'exige point de dépense d'achat.
9°. La valeur du montant des journées ne varie point.
Toutes ces circonstances ajoutées il arrivera : Que le profit naturel agricole sera de sept et demi pour cent.
Que celui qui a le capital à employer retirera autant en cultivant le terrain B en seigle qu'en défrichant le terrain C.
Que l'échange des produits se fera dans la même proportion que celle existant à l'époque à laquelle les seuls terrains A et B étalent cultivés , et A produisait du seigle et du froment, et B du millet et du froment.
Continuons à augmenter la complication de Thypothèse,
1°. Les terrains A,B , C sont cultivés en entier.
2°. La demande du seigle est augmentée de soixante hect., de manière qu'elle s'élève à cent soixante hecl. Celle du millet est aussi augmentée de vingt hect.
3°. Il y a des capitaux à employer à Tagriculture.
4.". Parmi les terrains incultes le terrain le plus propre à être cultivé , a l'aptitude de produire un demi hect. de seigle , en le semant de seigle , et un demi hect. de froment en le semant de froment, dans une étendue de terrain égale à celle qu'il en faut aux cultivateurs de A et B pour recueillir un hect. de froment. Ce terrain , on l'appellera D.
5". Le coût réuni de culture, transport et vente s'élève dans D à cent journées , autant pour le seigle que pour le froment.
6". Ce terrain est à la même distance du marché que les trois autres terrains A , B , C.
7°. La valeur des journées est constituée de la même quantité des denrées énoncées.
Cela posé , si la valeur d'échange du millet contre le seigle était encore à raison de deux hect. de millet contre un hect. de seigle , et si celui qui cherche à employer ses capitaux , était possesseur du terrain B , il conviendrait à ce possesseur de changer la culture du millet. Que , s'il
110 posséi-iait pas !c Icrrain B, ii lui coiivicndrail de requérir le possesseur de B de lui donner à ferme le lorrain cultive en millet avec le capital relatif, à la charge de lui payer un fermage plus fort de deux hect. de millet, pourvu cependant qu'il ne s élevât pas à deux heci. et demi de millet. Ce fermier, par l'augmenlation de son capital de cent journées, retirerait un hect. et trois quarts de seigle; et avec un hect. et un quart de ce produit , il achèterait deux hect. et demi de millet. Si donc ce fermier était convenu d'un formage à deux hect. un quart de milîct , il retirerait par remploi du nouveau capital dans B , un quart d hect. de millet de revenu de plus qu'en employant le morne capital en D. Mais le changement delà culture du ujiiiel en seigle ferait que sur le marché il y aurait une moindre quanfiié de millet à vendre : et pourtant la demande naturelle au lieu de diminuer est augmentée de vingt hect. 11 faudrait donc pourvoir à ce hesoin , et chacun se refuserait à cultiver le millet dans d autres terrains , si ce n'est lorsque l'échange s'élèverait à deux hect. de millet contre un hect. un quart de seigle.
Du contlil de ces effets naîtra le changement de la valeur naturelle d'échange entre le millet et le seigle , et conséquennnent entre le millet et le froment. Ainsi deux hoct. de millet s'échangeront, ou contre un hect. un quart de seigle , ou contre un hect. un quart de froment. Par coite variation de valeur le fermier n'aura plus d'utilité à changer dans B , la culture du millet en celle du seigle ^ ^)iiisque son capital ne lui rapporterait pas plus de domlliect. de seigle ; ce qu'on relire également du terrain D.
11 est vrai que , lorsque la demande du millet aura commencé à augmenter, il aura fallu que le prix de deux hect. de millet ait augmenté aussi un peu au-dessus de la valeur d'un hect. et un quart de seigle pour engager le cultiva-
leur (le lî à semer de millet mie partie du Icrraiu qui clait cultivé en seigle. IMais tout de suite , par l'effet de cette augmeulalion même dans le prix du mi'Iel , le changement de culture aura dû suivre , et la valeur naturelle des denrées atteindre son niveau, c'est-à-dire , rechange de deux hect. de millet contre un hect. et un quart de seigle, ou contre un hect. et un quart de froment.
La valeur d'une journée étant constituée d'un trentième de froment, d'autant de seigle et d'un quinzième de millet; et la valeur d'un hect. de millet étant devenue maintenant égale à cinq huitièmes d'un hect. de froment ou de seigle , au lieu de quatre huilièjnes ; il arrivera que le prix de dix journées sera un hect. et un douzième de froment ou de seigle , et conséquemment que la valeur d'un hect, de froment sera égale à neuf journées et trois treizièmes , et qu'un hect. de seigle en vaudra autant. La raison , ou ce qui revient au même , la valeur naturelle du profit agricole devra aussi changer; il sera à quatre , et huit treizièmes pour cent. La valeur de deux hect. de millet sera égale à la valeur de onze journées et sept treizièmes , parce que deux hect. de millet valent deux hect, et un quart de seigle.
De ces considérations il résulte les deux maximes suivantes ;
1°. L'échange entre les denrées produites par une même classe de terrains sera fait à raison du [)rix naturel, si le revenu que chaque échangeur retire au dessus du prix naturel agricole , et du mérite naturel du travail , est égal.
2". L'échange entre les denrées produites par des classes différentes sera à raison du prix naturel , lorsque l'échange se fera à raison du mérite naturel du travail de l'employant ^ du profit naturel agricole, et du degré de diiférencc qui , dans le revenu excédant la % aleur naturelle
(lu travail de Y employant el le profit agricole , résulte d'une classe à l'autre par les effets combinés du coût et de la fertilité.
Si l'on considère l'échange du seigle et du millet entre les cultivateurs de B , on s'aperçoit que B à l'aide de l'échange relire de la récolte du millet onze journées et sept treizièmes , et de la récolte du seigle seize journées et deux treizièmes ; il s'en suit donc que , déduction faite du prix nalurel du profit agricole des capitaux employés , le revenu excédant est le même, autant pour le cultivateur du millet , que pour le cultivateur du seigle. En effet , si de onze journées sept treizièmes on déduit quatre journées huit treizièmes , montant du profit naturel du capital de cent journées employées à la culture du millet , le revenu excédant le profit naturel s'élèvera à six journées douze treizièmes; et de même, si de seize journées deux treizièmes on déduit neuf journées trois treizièmes , montant du profit nalurel de deux cents journées employées à la culture du seigle, le revenu excédant s'élèvera à six journées douze treizièmes ; ce qui fait en dernier résultat que le cultivateur du seigle ne reçoit rien de plus que le cultivateur du millet , si ce n'est le profit naturel du plus grand capital employé. Il est donc évident que l'échange a été fait à utilité égale , puisque les deux cultivateurs retirent de cent journées onze sept treizièmes pour cent. Que si le cultivateur du seigle ne relire des autres cent journées que quatre huit treizièmes pour cent ; c'est qu'il ne peut retirer ni plus ni moins que ce que pourrait retirer le cultivateur du millet s'il avait cent journées d'un plus grand capital à employer. Le cultivateur du millet à l 'aide de ce capital ne retirerait que le prix naturel du profit agricole; ainsi l'autre ne doit pas retirer plus que le cultivateur du millet.
La cause de la supt-'riorilc de R sur A dans iajilitti.io productive du seigle , c'est que B avec un capital de cent journées plus fort que celui employé par le cultivateur de A dans une même étendue de terrain .produit trois quarts d'hect, de seigle plus que A. Un demi hecf. de seigle équivaut au profit naturel agricole de cent journées , montant du capital plus fort employé dans B ; donc ce capital plus fort donne au cultivateur de B un quart d'hect. de seigle , ou ce qui revient au même, deux journées quatre treizièmes de revenu excédant le prix naturel agricole. Le cultivateur de A avec un hect. de seigle retire quatre journées huit treizièmes de revenu excédant le prix naturel agricole ; donc B donne six journées douze treizièmes de revenu excédant le profit naturel agricole. Un hect. de seigle équivaut à un hect. de froment ; donc l'échange entre le seigle de B et le froment de A se fait à raison du profit naturel agricole, et de la supériorité de B sur A , dans le revenu excédant le profit naturel agricole.
Rapport du froment de A.
Profit naturel agricole de cent journées, hect. o % Revenu excédant le profit naturel agricole. » o ^^
hect.
Rapport du seigle de B.
Profit naturel de deux cents journées . . hect. i »> Montant égal à celui auquel dans A s'é-
iève le revenu excédant le profit agricole. . w u ^^ Degré de supériorité à Tégard de A dans
le revenu excédant le profit naturel agricole. » » ^^
hect.
Je me Halte d'avoir suffisamment développé dans cet argument, les principes de la valeur comparative des denrées produites par un coût différent de culture. Je joins ici un autre exemple qui, en même temps qu'il indique la valeur comparative des produits agricoles ait à prouver qu'elle est régie par les principes de supériorité et d'infériorité de gradation entre les classes.
Seconde Hypothèse.
1°. L'agriculture dans une région n'embrasse que les trois sortes de terrains A, B , C. Ce dernier n'est pas entièrement cultivé , et l'étendue de chaque terrain est égale.
a". Ils sont à une distance égale du marché.
3". Leur aptitude est la suivante :
2 hect.de froment, A avec le capital de 100 journ, produit/ ou
6 hect. de seigle.
I hect, de froment, B avec le capital de| 100 » » ^ ou
3 hect, de seigle.
[3o « >> I hect. de millet.
C avec le capital de g5 » » % hect. de froment.
4.". L'exécution du transport et de la vente de chaque hect. exige le capital de dix journées; ainsi avec le coût réuni de culture, de transport et de vente, on a le résultat suivant :
A avec
120 journées 2 hecl. de froment, loo » 6 » » seigle.
I » » froment.
B avec ( i3o « 3 » » séisme.
I » " millet.
C avec 100 » ^ » » froment.
5°. La valeur d'une journée est d'un dixième d'hec^ de froment.
6". On peut retirer de l'espace total du terrain A , ou deux cents hect. de froment , ou six cents Iiect. de seigle. Dans le terrain B la récolte peut s'élever , ou à cent hecl. de froment , ou à trois cents de seigle , ou à cent de millet ; et dans C à cinquante de froment.
7". La demande naturelle des denrées est de deux cents hect. de froment, deux cent vingt-cinq hect. de seigle , et cinquante hect. de millet.
8°. La valeur naturelle du travail des Employans , est d'une journée sur cent journées de capital employé.
90. Le revenu net de C est par conséquent de quatre pour cent.
Avant tout, il faut connaître quels produits doit choisir le propriétaire de B outre le millet.
Si dans B on cultivait le seigle , on devrait cultiver dans A la quantité restant à satisfaire à la demande du seigle : l'espace excédant la culture du seigle devrait être semé de froment. Ou 'on examine comment en ce
cas on procéderait à rechange entre le froment et le seigle.
Dans A, deux hecl. de froment exigent le capital de cent vingt jom'nées , et six hect. de seigle exigent le capital de cent soixante journées, de sorte que le capital du seigle est plus grand de quarante journées. Or, selon les principes énoncés , le cultivateur du seigle , en échangeant le seigle contre le froment , devrait recevoir du cultivateur du froment, la compensation du coût plus grand, et en conséquence le quatre pour cent de ce capital , pour prix relatif du profit naturel, et Tun pour cent pour la valeur naturelle du plus grand travail de V Employant ; c'està-dire , il devrait recevoir la valeur de deux journées pour le plus grand coût de quarante journées. Si donc le froment et le seigle devaient être échangés à raison de la différence résultant du coût de culture, transport et vente que A exige, six hect. de seigle devraient être échangés contre deux hect. et un cinquième de froment , ou ce qui revient au même, deux hect. de froment devraient s'échanger contre cinq hect. , et cinq onzièmes de seigle.
Voyons maintenant quel échange résulterait entre le froment et le seigle, si cet échange se faisait à raison de la différence résultant du coût de culture , transport et vente , que B demande.
En B un hect. de froment exige le capital de cent dix journées ; et trois hect. de seigle exigent le capital de cent trente journées. Le cultivateur du seigle, en échangeant le seigle contre le froment , devrait donc retirer la compensation d'une journée pour équivalent de son travail , et du profit de son capital excédant. Un hect. et un dixième de froment s'échangeraient contre trois hect de seigle, ou, ce qui revient au même, un hect. de froment s'échangerait contre deux hect. huit onzièmes de seigle.
A et B sont donc propres à la culture des deux denrées.
Recherchons maintenant quel peut être Téchange du nalllet contre le seigle et le froment.
Dans B , un hect. de millet demande le capital de cent quarante journées, et par conséquent demande le capital de dix journées de plus que les 3 hect, de seigle ; c'est pourquoi un hect. de millet s'échangera contre trois hect. trois vingt-deuxièmes de seigle. Cette fraction de trois vingtdeuxièmes d'hect. est la compensation pour le prix naturel du travail plus grand, et pour le profit naturel du capital plus fort. Par les mêmes lois , un hect. de millet s'échangera contre un hect. et trois vingtièmes de froment.
De cette seconde hypothèse donnée pour exemple, on déduit aussi évidemment les principes énoncés , savoir :
1°. Que dans l'échange naturel des denrées produitespar une même classe , chaque échangeur reçoit un revenu égal excédant le mérite naturel du travail de VEmpluyant et le profit naturel agricole.
2°.Que l'échange naturel des produits d'une classe contre ceux des autres, se fait en raison — du mérite naturel du travail de V Employant — an mérite naturel du profit agricole du capital employé — et du degré de différence qui y par les effets combinés du coût et de la fertilité , résulte d'une classe à l'autre , dans le revenu excédant la valeur naturelle du travail de V Employant et le protit naturel agricole.
L'analyse suivante démontre évidemment ce résultai.
23o REVENU DE A EM JOURNÉES:
RAPPORT
de a hectol. de froment par le capital de 120 journe'es.
RAPPORT
de 6 hectoL de seigle par le capital de 160 journe'es.
Profit naturel 4- ^o
Prix naturel du travail de
V employant 1 20
Revenu excédant le profit
naturel des capitaux et le
prix naturel du travail, i4^ »
Journe'es.
En effet l'échange du froment avec le seigle est comme 20 à 22.