‹ La science de l'économie politiqueChapitre 37 sur 62 · C'est à l'aide des travailleurs et des em · texte numérisé non relu

C'est à l'aide des travailleurs et des em

ployans^ que Ton acquiert l'accroissement de la richesse d'un Etat ; mais on ne parvient à ce but qu'en réunissant leurs forces. La prospérité nationale naît et se conserve par la coalition de tous les intérêts individuels, par le secours mutuel entre l'agriculture, les arts et les métiers , par l'harmonie enfm des progrès de l'amélioration du sol, du travail et de tous les emplois.

21 g. Le but de \ employant est le produit net de Xemploi; son utilité consiste dans ce qui reste, déduction faite des dépenses. L'avantage de la nation consiste dans les rapports réunis de l'utilité que V emploi a produit à \ employant, et de l'utilité cjue les dépenses même ont apportée à l'Etat. Ainsi le fabriquant est satisfait quand il a retiré de sa manufacture, outre la valeur naturelle de son travail, le profit naturel de ses capitaux. Mais le chef d'un Etat, le protecteur de tous les intérêts porte ses vues plus loin. Il ne lui suffit pas c|ue le manufacturier soit payé de ses travaux, que ses avances lui rentrent , qu'elles fructifient ; il s'enquiert des bénéfices qu'ont dû recueillir les travailleurs occupés à la manufacture, les employans et les travailleurs qui ont concouru dans d'autres manufactures à la fabrication des outils j et machines nécessaires; il suppute

les avantages qu'ont dû recueillir les possesseurs, les einployans ^ et les travailleurs des terrains qui ont fourni aux fabriques, les matières premières des ouvrages , des outils et des machines. Ces connaissances ne lui suffisent pas encore: il s'enquiert de l'utilité' que les propriétaires, les employans et les ouvriers de l'Etat, ont retirée des denrées nécessaires, et superflues consommées par les individus occupés soit à la manufacture , soit aux emplois et métiers qui fournissent les matières premières, les outils et les machines nécessaires. Ces divers intérêts se lient, se co-ordonnent, s'amalgament, ne font qu'un intérêt à ses yeux. Il considère les progrès de ces développemens, leur influence sur la valeur des choses, l'accroissement de la division A\y travail, et les effets qu'en éprouvent l'agriculture, le travail et tous les emplois. Il calcule enfin l'augmentation de la population, et les avantages que les finances de l'Etat retirent des impôts levés soit sur les travailleurs et les employans occupés à la manufacture, et aux emplois qui fournisent les matières premières, les outils et les machines, soit sur les choses nécessaires et superflues consommées par chacun de ces individus.

C'est au gouvernement d'apporter a l'économie de la richesse nationale les vues que fin-

léiét général exige, et que rinlérét des individus refuse; c'est à lui de prote'ger par la rigueur des lois le bien-être de la nation, lorsque l'égoïsmc de Vemployant menace de le détruire. 11 est de la nature de Thomme de s'isoler : chacun vise à sa propre utilité. Sans un modérateur commun on ne peut espérer que de tous ces intérêts divers, il sorte un intérêt unique. Au gouvernement seul il appartient d'amener à une même fin toutes les divergences : en lui seul est la force et le pouvoir d'écarter les entraves que le bien particulier rassemble autour du bien public. Cette harmonie entre l'agriculture, les arts et les métiers, qui porte les Etats au faîte de l'opulence, c'est à lui seul de la fonder, et de la maintenir. Malheureux l'Etat qui ne donnerait à la prospérité publique d'autre fondement que les intérêts privés. Se flatterait-il qu'un fabricant concourût à la confection d'un canal ou d'un chemin public qui faciliterait le transport des manufactures de même nature sorties d'un autre atelier? qu'un propriétaire voulût élever des digues contre un torrent éloigné de ses domaines? qu'un artiste contribuât volontairement aux dépenses d'un établissement d'éducation pour la propagation d'un art qu'il possède, ou qu'il croit posséder à fond? Ce n'est pas que l'homme ne voie

que la prospérité de la richesse nationale donne les élémens de la prospérité de la richesse individuelle: il reconnaît la nécessité de ces alliances et de ces coalitions entre les membres de rÉtat ; mais, tout en rendant témoignage de cette nécessité, il n'en élude pas moins les sacrifices qu'elle lui impose. Circonscrit tout entier dans cette sphère étroite du moi, il veut le bien, mais par d'autres mains que les siennes. Sans désavouer l'utilité des dépenses, il attend que ses concitoyens, les plus menacés du danger, s'engagent : il se tient à l'écart pour profiter de leurs disgrâces mêmes. Ce portrait de l'égoïsme n'est pas flatté, mais il est ressemblant : tel il fut autrefois, tel il sera toujours. La nécessité d'un modérateur commun prit naissance dans cette infirmité du cœur humain : l'homme se précipita dans la dépendance , pour échapper à l'égoïsme.

220. L'examen des rapports qui existent entre la richesse publique et les richesses particulières, appelle toute l'attention d'un administrateur, et lui montre la nécessité des réglemens.

Supposons que dans un État se trouve un

particulier propriétaire d'un million d'onces

d'argent, lequel en établissant dans le pays une

manufacture donnée, y trouverait un profit

(le 4 P- 0/0, et qui en trouverait au contraire un de 5 p. 0/0, en transportant ses capitaux à l'étranger. Nul doute que cette différence de dix mille onces ne l'entraîne à faire l'emploi â l'étranger. Qu'arrivera-t-il? que l'Etat perdra tous les avantages qu'il eût retirés de la manufacture, aussi bien que ceux des employans et des travailleurs nécessaires, tant à la fabrication des outils et des machines, qu'à la culture des produits premiers ; par suite tous les bénéfices qu'auraient dû recueillir les employans et travailleurs qui auraient fourni les objets de consommation aux employans et travailleurs des manufactures; par suite tous les avantages qui par l'enchaînement des rapports mutuels entre tous les métiers et tous les emplois en seraient résultés pour les trois sources de la richesse publique, le sol, le travail et l'emploi des produits; enfin l'augmentation de la population, l'amélioration de la division du travail, les perceptions des contributions directes ou indirectes sur tous les individus occupés, et sur toutes les choses consommées. De telle sorte que les avantages perdus pour l'Etat par la suppression de cette manufacture, pourraient peut-être monter à la valeur de cinquante mille onces d'argent. Dans ce caSj, si, pour attirer la manufacture dans le pays, le gouvernement accordait une prime annuelle

de dix mille onces d'argent , l'État gagnerait quarante mille onces d'argent.

Souvent Tintérét public exigera aussi que le législateur établisse des prohibitions d'importation et d'exportation. Ainsi, quoique quelques propriétaires de terrains eussent à retirer de gros bénéfices en envoyant à l'étranger une denrée nécessaire à l'établissement d'une manufacture il pourra être utile à l'Etat d'en empêcher la sortie, pour attirer la manufacture chez lui ; de là les droits d'exportation qui diminuant, ou détruisant le bénéfice que les propriétaires s'étaient proposés, les forceront de réserver aux fabriques nationales, ce qu'ils destinaient aux fabriques étrangères.

Admettons,parexemple,queles terrains lesplus propres à être cultivés, pour la production d'une denrée nécessaire à un genre de manufacture, se trouvent dans un pays et que la manufacture soit établie dans une ville étrangère. Supposons en outre, que tous les terrains aptes à la production de la denrée nécessaire, se présentent partagés en sept classes l'une plus propre à l'exploitation que l'autre dans un ordre progressif d'inégalités; que les six premières classes se trouvent dans le pays qui n'a pas de manufacture; que la septième soit dans le pays ou existe la manufacture; et que la demande naturelle de

la denrée nécessaire n'occupe que les deux principales classes. Cela posé, si le gouvernement établissait un impôt d'exportation qui produisît dans le pays étranger une hausse de valeur, pas assez forte néanmoins pour rendre propre à la culture de la denrée la septième classe de terrain qui se trouve dans le pays étranger ; cette augmentation de valeur pourrait être cause que la manufacture ne convînt plus à l'étranger, et qu'au contraire le pays où existent les terrains plus propres à la culture de la denrée devînt propre à la manufacture, non seulement pour la consommation de ses habitans, mais pour celle même de l'Etat, qui auparavant se livrait à la manufacture.

Le gouvernement devra donc imposer ce droit d'exportation, si, comparaison faite des bénéfices résultant de la manufacture, et des pertes qu'elle pourrait occasionner, soit par une diminution dans la consommation de la denrée, soit par le renchérissement des objets manufacturés, soit par d'autres causes quelconques, la balance penche en faveur de l'établisment de la manufacture dans l'État.

Il est dans la nature même de ces principes, qu'il pourra être utile à un Etat que la culture, ou la fabrique, ou l'importation d'un genre donné soit encouragée par des primes

a45 si ce genre est reconnu nécessaire à des travaux, à des cultures, ou à d'autres emplois pour lesquels le pays ne serait pas propre, à moins ({ue la valeur du genre ne diminuât à la faveur de la prime. Et il est aussi dans la nature de ces principes, que rintérêtde la nation conseillera quelquefois au gouvernement d'établir des primes sur l'exportation des matières premières, ou d'objets manufacturés, pour rendre le pays propre à satisfaire aux demandes de l'étranger ; et d'établir des impôts sur l'importation de matières premières, ou d'objets manufacturés, si les avantages de l'agriculture et de l'industrie nationale surpassent les dommages que l'établissement de cet impôt pourra causer à l'économie publique, soit par l'augmentation de la valeur des choses importées, soit par un autre effet quelconque: ou bien si ces dommages sont passagers, et que cette hausse doive peu-à-peu céder aux efforts du travail et de la patience, et aux perfectionnemens successifs de la culture, et des fabriques.

221. La législation des impôts et des primes, est une entreprise bien ardue.

Il est sans doute bien difficile de reconnaître et de supputer exactement les effets directs des impôts et des primes sur la culture, la manufacture et la consommation des objels imposés

ou favorises ; mais supputer leurs effets indirects sur la culture, la manufacture, et la consommation de toutes les autres denrées produites, manufacturées et consommées dans TEtat est bien plus difficile encore.

Il faut des talens, il faut des connaissances bien étendues pour prévoir les variations des valeurs, l'altération des rapports commerciaux avec l'étranger, l'avantage ou le dommage que les trois sources de la richesse nationale, le sol, le travail et V emploi des produits, peuvent recevoir d'une prime, ou d'un impôt sur une denrée première ou manufacturée. Combien de fois le législateur s'est vu rejeté loin du but par les moyens même qu'il avait employés pour y parvenir ; combien de fois ses philantropiques espérances se sont changées en regrets amers! Que de projets conçus pour le bien, ont enfanté le malheur de sa nation chérie! Que de prospérités trompeuses ont tari lessourccs de la richesse nationale ! Combien de fois pour fortifier une des branches, on a privé le tronc de sa sève!

Ces désastres augmentèrent avec l'augmentation des impôts. A ce haut point de civilisation où nous sommes parvenus, les charges des peuples ne peuvent cire qu'immenses. On n'acquiert pas, on ne conserve pas sans de grands

sacrifices la sûreté des Etats, la propriété, et toutes CCS innombrables jouissances qui composent la vie sociale. L'impôt sVltacba à la civilisation croissante, et s'accrût avec elle.

Lorsque les erreurs fatales des répartitions des impôts eurent porté leurs ravages dans les profondeurs de l'économie, on vit accourir au secours, remplis d'un patriotique enthousiasme , les citoyens alarmés; mais faute de connaître les principes qui constituent soit la valeur des choses, soit le régime naturel du travail et des emplois^ soit la dépendance réciproque et la connexion intime entre l'agriculture, les arts et les métiers, le remède fut souvent pire que le mal.

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