CONTINUATION DU MEME SUJET
Les mains chinoises.
Les doigts à phalanges carrées doivent être en immesse majorité en Chine.
Voici pourquoi :
Les masses y défèrent avec amour aux exigences de la hiérarchie et à L'autorité souveraine d'un seul.
On n'y pèse pi ; les raisonnements à la logique,i V usage.
On vi;iit plus de cas du bon sens que du génie,
de l'ordinaire que de l'extraordinaire, du réel que de l'idéal, du milieu que des extrémités.
On y préfère la philosophie sociale et pratique à la philosophie spéculative; l'histoire et les autres sciences morales et politiques à la métaphysique et aux sciences abstraites.
L'homme qui gouverne bien sa famille, s'il a été fils respectueux et soumis, s'il a eu pour ses aînés les déférences prescrites, y est jugé digne et capable de gouverner une province, un royaume, l'empire !
On y place la politesse, le savoir-vivre, le sentiment des convenances et l'exacte observance des rites, en tête des vertus sociales. Or, les rites, en Chine, régissent les différentes manières dont chacun, selon son âge, son rang, sa profession, doit marcher, s'asseoir, entrer, sortir, écouter, regarder, saluer, se vêtir, se mouvoir, etc.
Il en a été de même en France au XVIIe siècle, époque où l'obéissance passive constituait le premier mérite du fils et du sujet, et où la connaissance du blason, de l'étiquette, du cérémonial, des formules et des manières du monde suffisait pour mériter Y épithète de gentilhomme accompli.
On savait mal l'orthographe cala cour de Louis XIV, mais on y savait saluer avec plus de grâce qu'en aucun lieu du monde.
Le portrait moral de Confucius, tel que nous l'ont transmis ses disciples, offre le parfait modèle de l'homme supérieur, comme le comprennent les Chinois.
En voici quelques traits .
Khoung-Tseu, lorsqu'il résidait encore dans son village,' était extrêmement sincère et droit; mais il avait tant de modestie, qu'il paraissait dépourvu de la faculté de parler.
Lorsqu'il se trouva dans le temple des ancêtres et à la cour de son souverain, il parla clairement et distinctement; et tout ce qu'il dit portait l'empreinte de la réflexion et de la maturité.
A la cour, il parla aux officiers inférieurs avec fermeté et droiture, aux officiers supérieurs avec une franchise polie. Lorsque le prince était présent, il conservait une attitude respectueuse et digne.
Lorsque le prinee le mandait à sa cour et le charge lil de recevoir les hôtes (les grands vassaux .
son attitude changeait soudain, sa démarche était grave et mesurée, comme s'il avait eu des entraves aux pieds.
S'il venait à saluer les personnes qui se trouvaient auprès de lui, soit à droite, soit à gauche, sa robe, devant et derrière, tombait toujours droite et bien disposée.
Son pas était accéléré en introduisant les hôtes, et il tenait les bras étendus comme les ailes d'un oiseau. - .
Lorsqu'il entrait sous la porte du palais, il inclinait le corps comme si la porte n'avait pas été assez grande pour le laisser passer.
Il ne s'arrêtait point en passant sous la porte, et dans sa marche, il ne foulait point le seuil de ses pieds.
En passant devant le trône, sa contenance changeait tout à coup ; sa démarche était grave et mesurée, comme s'il avait eu des entraves, ses paroles semblaient aussi embarrassées que ses pieds.
Prenant sa robe avec ses deux mains, il montait ainsi dans la salle du palais, le corps incliné, et. retenant son haleine, comme s'il n'eût osé respirer.
En sortant, après avoir fait un pas, il se relâchait un peu de sa contenance grave et respectueuse, et prenait un air riant; et, quand il atteignait le bas de l'escalier, laissant retomber sa robe, il étendait de nouveau les bras comme les ailes d'un oiseau.
En recevant la marque distinctive de sa dignité (comme envoyé de son prince), il inclina profondément le corps, comme s'il n'avait pu la supporter; ensuite il l'éleva en haut avec les deux mains, comme s'il avait voulu la présenter à quelqu'un, et la baissa jusqu'à terre comme pour la remettre à un autre : présentant dans sa contenance et son attitude l'apparence de la crainte, et dans sa démarche, tantôt lente, tantôt rapide, tous les différents mouvements de son âme.
Son vêtement de nuit ou de repos, était toujours une fois et demi aussi long que son corps.
Il portait dans sa maison des vêtements épais, faits de poils de renards.
Le premier de chaque lune, il mettait ses habits de cour et se rendait au palais pour présenter ses devoirs au prince.
La viande qui n'était pas coupée en droite ligne, il n'en mangeait pas; si un mets n'avait pas la sauce qui lui convenait, il n'en mangeait pas ; si la couleur en était altérée, si l'odeur en était mauvaise, s'il n'était pas des produits de la saison, il n'en mangeait pas.
Il n'y avait que sur la boisson qu'il n'était pas réglé; mais il n'en prenait jamais une quantité qui pût porter le trouble dans son esprit.
Il ne s'abstenait pas de gingembre dans ses aliments et ne mangeait jamais beaucoup.
En mangeant, il n'entretenait point de conversation. Si la natte sur laquelle il devait s'asseoir n'était pas étendue régulièrement, il ne s'asseyait pas dessus.
Quand les habitants de son village l'invitaient à un festin, il ne sortait de table que lorsque les vieillards, qui portaient des bâtons, étaient eux-mêmes sortis.
Son écurie ayant été incendiée, il dit à son retour : Le feu a-t-il atteint quelque personne? Je ne m'inquiète pas des chevaux.
S'il était malade et que le prince allât le voir, il
se faisait mettre la tête à l'orient, se revêtait cle ses habits de cour et se ceignait de sa plus belle ceinture.
Lorsque le prince le mandait près de lui, sans attendre son attelage qui le suivait, il s'y rendait à pied.
Si quelqu'un de ses amis venait à mourir n'ayant personne pour lui rendre les devoirs funèbres, il disait : Le soin de ses funérailles m'appartient.
Quand il se livrait au sommeil, il ne prenait pas la position d'un homme mort; et lorsqu'il était dans sa maison, il se dépouillait de sa gravité habituelle.
Si quelqu'un lui faisait une visite pendant qu'il portait des habits de deuil, quand même c'eût été une personne de sa connaissance particulière, il ne manquait jamais de changer de contenance et de prendre un air convenable. S'il rencontrait quelqu'un en bonnet de cérémonie ou qui fût aveugle , quoique lui-même ne portât que ses vêtements ordinaires, il ne manquait jamais de lui marquer de la déférence et du respect.
Quand il rencontrait une personne portant des vêlements de deuil, il la saluait en descendant de
VG'i LÀ SCIENCE DE LA MAIN
son attelage; il agissait de môme quand il rencontrait les personnes qui portaient les tablettes sur lesquelles étaient inscrits les noms des citoyens.
Quand le tonnerre se faisait entendre tout à coup ou que se levaient des vents violents, il ne manquait jamais de changer de contenance et de prendre un air de crainte respectueuse envers le ciel.
Quand il montait sur son char, il se tenait debout ayant les rênes en mains. Il ne regardait point en arrière, ni ne parlait sans un motif grave. Il ne montrait rien du bout du doigt.
[Traduction de G. Pautier.)
Voici quelques-unes des maximes de Confucius. Elles prouvent que le génie, la haute raison et la sagesse appartiennent à toutes les races et sont de tous les pays :
Aimer les hommes, c'est là la vertu. Connaître les hommes, c'est là la science.
Mépriser les hommes, c'est ruiner la vertu.
Ceux qui savent faire des discours étudiés ne sont pas propres à terminer les procès criminels; il ne faut que des gens doux, sincères et droits, qui gardent toujours le juste milieu.
Si un État- n'est pas gouverné par les principes de la raison, les richesses et les honneurs sont alors des sujets de honte.
Si un État est gouverné par les principes de la raison, la pauvreté et la misère sont un sujet de honte.
L'homme supérieur vit en paix avec tons les hommes, sans toutefois agir absolument de même. L'homme vulgaire agit absolument de même, sans toutefois s'accorder avec eux. Le premier est facilement servi et difficilement satisfait; l'autre, au contraire, est facilement satisfait et difficilement servi.
C'est par la seule vertu qu'on, peut émouvoir le ciel. Ne priez point sans sujet ; ne priez point quand vous n'en éprouvez pas le besoin.
Ce que le ciel voit et entend n'est que ce que le peuple voit et entend. Ce que le peuple juge cligne de récompense et de punition, est ce que le ciel veut punir et récompenser. 11 y a une communication intime entre le ciel et le peuple. Que ceux qui gouvernenl les peuples soient donc attentifs et réservés.
Si. le matin, vous avez entendu la voix de la raison i éleste, le soir vous pourrez mourir.
Étudiez-vous, perfectionnez- vous, soyez simple de cœur et aimez votre prochain comme vous-même.
Si l'on ne connaît pas la valeur des paroles des hommes, on ne les connaît pas eux-mêmes.