LES MAINS ÉLÉMENTAIRES
Doigts gros et dénués de souplesse ; — pouce tronqué, souvent retroussé, paume (et c'est là leur signe
le plus saillant et le plus caractéristique) d'une ampleur, d'une épaisseur et d'une dureté excessives.
Aux mains élémentaires, en Europe, le labourage, le soin des étables et la longue suite des travaux grossiers auxquels suffisent les confuses lumières de l'instinct. A elles la guerre, en tant qu'il ne s'agit que de prouesses personnelles; à elles la colonisation, en tant qu'il ne s'agit que d'arroser machinale-
ment de sa sueur un sol étranger. Enfermées dans le inonde matériel, elles ne se rattachent guère à l'ensemble politique que par l'élément physique. Les convictions se forment en elles dans une sphère inaccessible au raisonnement, et leurs vertus tiennent le plus souvent à des facultés négatives. L'usage les gouverne et elles ont plus d'habitudes que de passions.
Dans celles de nos provinces où ces mains abondent, comme en Bretagne et en Vendée, VîTistinct et la coutume, qui sont la base et le ressort du génie des camp^:ne8, prévalent sur, le raisonnentent et l'esprit du progrès, qui sont la base et le ressort du génie des villes. Le labourage y est en honneur, et les métiers en mépris.
Vous ne vous aventurerez point dans ces contrées, ô vous qui aimez la vie ornée, les brodequins de soie et le son des guitares, la nuit, sous les balcons fleuris ; les races au visage peint et aux cheveux flottants, les générations à l'humeur morose et au grand feutre évasé, qui, dans ces landes mélancoliques, qui dans ces champs de genêts aux aigrettes d'un vert tendre, ont empreint la trace de
leurs pas, n'ont rien laissé de mieux à la génération actuelle, que le luxe homérique de la cabane d'Eumée.
Étrangères à tout entraînement, les mains élémentaires indiquent des sens lourds et paresseux, une imagination lente, une âme inerte, une insouciance profonde. Elles étaient beaucoup plus communes dans les Gaules, quand le Renne et le Castor y trouvaient un climat conforme à leur organisation, qu'aujourd'hui.
Chez les Lapons, où elles sont en immense majorité, elles échappent aux maux inhérents aux latitudes polaires par Yinertie.
Des organes quasi-insensibles ne peuvent transmettre au cerveau que des idées imparfaites.
L^homme visible n'est que l'image de l'homme invisible. Tel est le corps, telle est l'âme, et réciproquement.
Aux Indes Orientales, pays d'or et de soie, contrée bénie, où la terre, inondée de soleil, éclate chaque année en moissons généreuses, le législateur, dans l'intérêt d'une communauté formée de rêveurs, de poètes, d'enthousiastes, a dû remédier à l'absence quasi complète du type élémeniaire ; type par qui,
dans le nord, et sana la moindre répugnance, les
métiers de porterais, de boucher, d'équarisseur, de
UaïD élémentidre.
tanneur, de rtcureurd'égoûts, de vidangeur, etc., etc., soiil généralement exercés. Les parias qui, chez nous, suiil d'institution naturelle, sont, au Bengale, d'insti-
tution légale^ c'est-à-dire le produit factice d'une combinaison /?oto/g«c. Certainement, sans la dégradation morale, systématiquement opérée par la loi^ à l'endroit d'une notable portion de la nation, les métiers tout à la fois très-utiles et très-abjects que je viens d'énumérer, manqueraient aux Indes de mains pour être effectués.
« Que le nom du Soûdra (ou du paria), disent les lois de Manou, par le premier des deux mots dont il se compose, exprime Vabjection, et par le second la dépendance.
a Le porc, par l'odeur qu'il exhale ; le chien, par son regard ; le Soûdra, par son attouchement, détruisent le mérite des œuvres les plus saintes.
« Un Soûdra, bien qu'affranchi par son maître, n'est pas délivré de l'état de servitude, car cet état lui étant naturel, qui pourrait l'en exempter?
a Un Soûdra est déclaré par la loi ne rien posséder par lui-même, tout ce qu'il peut acquérir est la propriété de celui dont il dépend.
(( Qui enseigne les Saintes-Écritures à un Soûdra se voue à l'enfer. Le sacerdoce, la guerre, les arts, le commerce, Tagriculture, sont interdits au Soûdra.
« Lorsqu'un roi souffre qu'un Soûdra prononce des jugements sous ses yeux, son royaume est dans une détresse semblable à celle d'une vache dans un bourbier.
a Un Soûdra qui s'avise de prendre place à côté d'un brahmane doft être marqué au-dessous de la hanche et banni, ou bien le roi doit ordonner qu on Itd fasse ime balafre sur les fesses.
« Que le roi fasse verser de l'huile bouillante dans la bouche et dans l'oreille du Soûdra qui aurait l'impudence de donner des avis aux brahmanes relativement à leur devoir.
« De quelque membre que se serve un Soûdra pour frapper un supérieur, ce membre doit être mutilé. Il aura la langue coupée pour une injure verbale, car il a été produit par la partie inférieure de Brahmd^ etc., etc. »
(Traduction de VOiseleur des champs,)
Hors des régions polaires, les vraies mains élémentaires ne se trouvent plus guères de nos jours, en Europe, que chez les nations d'origine tartare ou esclavonne; mais elles y sont en nombre immense, et dans quelques localités, sans nul mélange de
types ^lus noblement significatifs. J'ai vécu dans les cabanes enfumées de ces peuples, voués par leur stupidité, comme les animaux aux pieds solides et non articulés, à" un éternel esclavage, et je les ai trouvés aussi insensiÔles au bien-être, aux sévices, à l'oppression que les vils animaux avec lesquels ils partagent leurs demeures.
Ils portent à la guerre un courage farouche et tout animal.
Tels durent être les Huns^ ces barbares que rien ne pouvait tirer de leur terrible apathie que le spectacle des grandes cités en flammes, ou celui de leurs cavales lancées au galop, emportant suspendues à leur cou de jeunes filles nues, liées par les mains à leur crinière.
Ce furent les mains élémentaires qui substituèrent dans les Gaules, aux formes de la jurisprudence romaine, les épreuves par Veau bouillante et le fer rouge. — Moyens proportionnés à leur intelligence et à leur sensibilité physique.
« Aussi sauvages que malpropres, les Lithuaniens, du temps de Tacite, ne possédaient ni armes, ni chevaux, ni même de cabanes. Ils avaient pour
nourriture les herbes des champs, pour vêtement une peau d'animal, pour lit la terre. Tout leur espoir était dans leurs flèches qui, au défaut de fer, étaient armées d'un os pointu. Hommes et femmes prenaient part à la chasse et s'éh partageaient le produit. — Pour soustraire leurs enfants aux bêtes féroces ou à la pluie, ils les couchaient parmi les ■ branches entrelacées des arbres : jeunes, c'était leur place de repos, vieillards, c'était leur dernier asile. »
On se fait aisément une idée des mains que, sous une telle latitude, de telles mœurs font supposer.
Mais au reste, ces mains ont été fort lentes à s'adoucir et à se modifier, c'est du moins ce qu'on peut inférer de quelques-unes des lois qu'elles ont promulguées au xiv* siècle. J'en citerai plusieurs.
a L'homme surpris en adultère sera cloué contre une muraille par Vinstrument de son crime ; on mettra près de lui un rasoir avec lequel il sera maître de se procurer la liberté.
« Le calomniateur sera condamné à se mettre à quatre pattes et à aboyer pendant un quart d'heure, comme im chien.
Il aura les dents cassées celui qui sera convaincu ^ d'avoir fait gras en carême, etc., etc. »
Aux mains élémentaires, dans nos contrées, ces jardins aimés des abeilles, pleins de thym, pleins de légumes, s' étalant en désordre parmi les violiers. — Où l'eau coule sur le cresson. -— Où le merle siffle dans la haie. — Où tout verdit et fleurit pèlemêle sous" le sourire de Dieu.
A elles ces villes exhalant une odeur de paille et de bétail, — où l'on voit ,tout le jour de grands bœufs passer, — où scintille à chaque carrefour, devant une niche étoilée, la lampe de quelque saint aux bottes d'or et aux joues écarlates ; — cités rustiques où abondent les cabarets, les arbres, les pigeons.
L'organisation élémentaire des Turcs, peuple venu de l'Asie moyenne, n'a reçu du temps (on verra plus loin pourquoi) presque aucune altération. — Livrés au fatalisme, et par suite à Yabsolutisme, ils préfèrent, par un arrière-goût pour la liberté comme l'entendent les sauvages, aux gouvernements réguliers dont Taction est nécessairement continue, les gouvernements arbitraires, dont l'action ne peut être
qvCintermittenie. L'instinct, aujourd'hui comme autrefois, les gouverne exclusivement — à titre de don de Dieu, — comme si la raison n'était pas aussi un don de Dieu. — Ils regardent Tinstinct comme le seul guide infaillible. Us pensent, dans leur gravité vide, qu'il supplée nécessairement à tout : à l'étude, à la réflexion, à l'expérience, à la science. — Le favori de Mahmoud (le sultan civilisateur 1) Achmed- Fevzi-Pacha, avait été cordonnier, puis cafetier, puis porteur d'eau, puis batelier, et probablement le commensal bien-aimé des chiens errants de la ville impériale, quand ce prince, frappé de sa bonne mine! jugea à propos de l'investir de l'emploi de portepipe. De ce poste il passa à celui de bourreau du sérail ; après quoi il fut nommé colonel dans la garde, puis envoyé en ambassade à Saint-Pétersbourg; il est aujourd'hui capitan-pacha !
L'habile marin qu'il doit faire! (1838.) En 1821, on avait élevé à cette dignité, le Tehobanbachi, ou chef des bergers, vieillard blanchi dans l'immobilité enviée d'un melon sous cloche, qui n'avait encore compté que des têtes de mouton, et qui se laissa choir dans l'eau le premier jour où
il devait prendre possession du vaisseau apiiral. M. Fonlanier {Voyage en Orient), qui m'a fourni ce dernier trait, raconte en ces termes son arrivée à Sapanja, ville importante de l'Anatolie (ancienne Bithynie),
a Enfin nous entrâmes dans la ville, et je m'ins- « tallai dans un café, seule hôtellerie de ces pays. « Là, après avoir arrangé mon tapis, après m'être « assis sur mes talons, tenant ma pipe d'une main, a et de Tautre le café C|J)ligé, je liai conversation « avec le maître de la maison, qui ne tarda pas à a me dire que j'étais le bien venu et à m'adresser a une série de questions auxquelles/ étais accoutumé, ce et dont les réponses étaient prêtes : Qu'y a-t-il ? a que n'y a-t-il pas? d'où venez- vous? où alleza vous?avez-vousun teskéré (passeport) ? avez-vous a beaucoup d'argent ?êtes-vous un espion ?
« Quatre ou cinq voyageurs turcs, séparés de moi a par une balustrade en bois qui divisait J^estrade € du café en divers compartiments, écoutaient avec « indifférence et fumaient avec une imperturbable a gravité. Puis chacun d'eux, sans autre effort d'i- « maginàtion, m'adressa les mêmes questions dont
a il venait d'entendre les réponses. Cétait pour moi « une affaire de mémoire et surtout de patience, « car ils eussent été vingt, qu'il m'aurait fallu vingt « fois répéter les mêmes choses. »
Et telle est V dans toutes les classes, la pesanteur d'esprit des Turcs : lisez leurs contes, écoutez le récit de leurs rêves éternellement remplis de boisseaux de diamants, de troupeaux de houris lascives, de trésors cachés et tout à coup découverts à l'aide d'un enchanteur gagné par quelque acte spontané d'hospitalité vulgaire, vous reconnaîtrez que rien au monde ne leur est plus antipathique que le travail moral, qu'ils mettent hors de cause au moyen de la fatalité^ et que le travail manuel, contre lequel ils protestent par leur, amour et leur foi dans les talismans. Cette manière de sentir, ils la doivent à leur organisation physique, laquelle doit sa permanence à leursinstitutions civiles et religieuses. Ils sentent euxmêmes que toute tentative pour les régénérer comme wa^îow serait inutile, et que les eaux de la civilisation, comme nous l'entendons, leur seraientaussi mortel" les que celles de l'Océan aux poissons de rivière. On disait à Faslé-bey, colonel de la garde du sul-
tan, en 1817 (Poujonlat, Voyage en Orient), que la réforme de Mahmoud paraissait faire dea progrès. — Les Osmanlis, répondit-il, restent enfoncés dans leurs préjugés ; ils sont comme des fous à qui l'on montrerait la bonne route et qui prendraient le chemin de traverse.
— Mais nous^ voyons beaucoup de Musulmans reprit-on, vêtus à reuropéenne, et cela prouve qu'ils veulent se civiliser.
— Ces Musulmans, répliqua Faslé-bey, sont semblables à des hommes qu'on habillerait en musiciens et qui n'auraient aucune notion de la musique. La Turquie est en ce moment dans une situation bien misérable, elle est comme une citerne dans laquelle on puiserait toujours sans y remettre de l'eau.
— Vos idées sur ce pays sont bien tristes.
Il répondit par ce verset du Coran :
« Aucun peuple ne peut avancer ni reculer sa a chute; chaque nation a son terme fixé; elle ne « saurait ni le hâter ni le retarder d'un instant; Dieu a seul est éternel. »
Chrétien, Tliomme espère — force active. — Mahométan, il se résigne-- force négative.
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Il est dans la nature de chaque type (je reviendrai quelquefois sur cette observation) d'abonder dans
son génie et de se défier de ce qui- s'en écarte. Où se montre la combinaison s'appuyant sur la science, Vinstincl s'eifarouche. Chez les peuples où le type élémentaire domine et gouverne, on se pique de ne savoir ni lire, ni écrire : on y prêche un dieu ami de l'ignorance et des pauvres d'esprit.
En Barbarie, la possession d'un livre est regardée comme un crime .
Aux yeux des Turcs, la folie est vénérable et sainte.
Chez les Calmouks, chaque famille a sous sa tent e une machine appelée tchukor, dont le cylindre couvert d'hymnes et de prières écrites, est mis en mouvement au moyen d'im mécanisme qu'on remonte comme un tournebroche. Cette machine, en tournant, loue et prie DiBu pour toute la famille. C'est là gagner le ciel d'une manière commode et sans y mettre trop du sien.
Des peuples ont laissé une mémoire glorieuse pour avoir excellé dans l'équitation, comme les Perses, les Parthes, les Thessaliens, etc.; ou pour avoir
élevé des monuments indestructibles, comme lesGyclopes, les Égyptiens, etc.; ou pour être demeurés libres et avoir vaillamment maintenu chez eux la forme démocratique, comme les Athéniens. — Or, nous savons des Sybarites qu'ils dressaient admirablement les chevaux, qu'ils vivaient en république, qu'ils savaient tailler avec précision et superposer dans un ordre à la fois grandiose et élégant des .pierres d'un poids énorme. — Cependant le nom de sybarite, rangé aujourd'hui parmi les épithètes dégradantes, n'est plus appliqué qu'à titre d'injure. —D'où vient cela ? Est-ce parce qu'ils couchaient sur des lits de roses? Mais, outre que de pareils lits ne pouvaient être d'un usage général, un lit de roses ne vaut pas un lit de paille, et constate bien plutôt la recherche et le faste que la mollesse et la sensualité. Non? mais les Sybarites, riches et civilisés, ayantété détruits par des barbares^ ont été calomniés par leurs vainqueurs, qui exécraient en eux les instincts de la civilisation de même que les Cimbres et les Teutons (1), qui ont
(1) Ils arrosaient de sang humain l'autel d'un bœuf de cuivre, leur principale idole, mais ils' étaient d'ailleurs justes, continents, braves, dévoués à leurs chefs et à leurs amis.
été anéantis par des hommes civilisés, ont été calomniés par leurs exterminateurs qui haïssaient en eux les instincts de là barbarie.
Comme celui des autres types, le génie du type élémentaire, tout en restant invinciblement attaché aux entraînements de sa nature, se modilie et se transforme néanmoins selon les lieux et les temps. — C'est-à-dire selon Tétat actuel et local des tempéraments.
La Grèce encore barbare et gouvernée par Vinstinct^ comme toute société vivant à Tétat de syncrétisme. Ta vu sous les traits formidables de Polyphê- !ne. — Plus tard, elle Ta revu paré de la grâce naïve et reposée des mœurs bucoliques. — Caliban, dans la farouche et brumeuse Angleterre ; — Mœlibée, sous les pins odorants des campagnes Sabines ; — Sancho, dans le joyeux brouhaha des hôtelleries castillanes, ne sont après tout que des incarnations diverses de ce même type.
Le général Rapp me semble avoir été la meilleure
expression du type élémentaire conique, tel qu'il
s'est manifesté dans les hautes classes de notre so-
. ciété sous Tempire. C'était un homme replet, épa-
noui, coloré, de haut relief, de mœurs à la fois somptueuses et rustiques, théâtrales et soldatesques, qui, à défaut d'un lit à estrade et d'un service en vermeil, exigeait une botte de paille et ime cuillière de bois. A Dantzick (1812), où nous ne l'appelions que le pacha, à cause de son faste et de son genre de mérite, celui du sabre, il aimait à se promener en calèche découverte, magnifiquement vêtu, plutôt étalé qu'assis, avec sa maîtresse. Allemande minaudière atD^ pommettes saillantes, à laquelle les généraux sous ses ordres faisaient la cour comme à .une reine. Ses festins splendides, où figurait chaque jour un plat hypocrite et dédaigné de chair de cheval bouillie, insultaient à la misère du soldat, à qui il donnait volontiers de l'argent de la main à la main, mais que, dans son incurie, il abandonnait à la rapacité des scribes et des vivandiers. Au théâtre, où l'épaulette subalterne ne pouvait se produire qu'au parterre, huit à dix loges étaient affectées à sa bruyante et insolente livrée. De même que ses gens, sousle saule ruisselant de leur panache en plumes de coq, n'avaient que son nom à la bouche, le nom de l'Empereur, son maîtrelll était toujours dans la sienne'. Il
devait son avancement d'abord à son fétichisme exalté pour le héros de brumaire, puis à sa grande bravoure, enfin, à une manière de flatter brusque, assaisonnée de je ne sais quelle bonhommie bourrue, qui lui avait réussi. Sans talents acquis, mais non pas sans tact et sans finesse, il appelait en toute circonstance la représentation au secours de son ignorance et de son incapacité. Telle était pourtant Topinion qu'il avait de lui-même, qu'il nous croyait largement payés de nos peines, et qu'il se regardait conime étant quitte envers nous de tous soins, quand il nous avait dit, à la parade, qu'il était content de nous. D'ailleurs bon homme, ennemi des discours apprêtés, serviable, abondant en apostilles, et le cœur, comme on dit, sur la main.
Les mains élémentaires sont, pour la plupart, plus accessibles aux charmes de la poésie qu'à ceux de la science. Ce fut aux lyriques accents de la voix d'Orphée et aux accords de la flûte d'Amphion que, daïis le monde grec, les premières agglomérations d'hommes furent formées, et que les premières villes furent bâties.
Au fond, des bois ou sur les grèves désertes, la
nuit, quand avec la tempête gronde la vaste mer, les fantômes, les spectres, les blanches apparitions s'approchent d'autant plus près des mains élémentaires que leurs phalanges extérieures forment un cône plus aigu. — Mais, quelle que soit la forme de cette phalange, la superstition a toujours beaucoup de puissance sur ce type. — La Finlande, l'Islande, la Laponie, etc., sont pleines de sorciers.
Les mains élémentaires que l'inertie et l'insensibilité n'ont pu préserver de la douleur et du chagrin, succombent d'autant plus vite à leurs atteintes, qu'elles sont généralement dépourvues ^e ressort moral.