‹ La science de la main: ou, Art de reconnaître les tendances de l'intelligence d'après les formesChapitre 6 sur 17 · LE POUCE · texte numérisé non relu

LE POUCE

Le povcé, par la clarté, par Vexcellence des signes qu'il présente, mérite de former im chapitre à part.

a A défaut d'autres preuves, disait Newton, le pouce me convaincrait de l'existence de Dieu. »

De même que, sans le pouce, la main serait un instrument défectueux et incomplet, de même sans la volonté morale^ la logique, la décision, facultés dont le pouce à différents degrés offre les différents

signes, Tesprit le plus fécond, le plus brillant ne serait qu'un don sans valeur.

Ainsi que les animaux, * nous avons une volonté à^in^tinct, une logique d'instinct^ une décision dins-

tinct ; mais le pouce ne représente que la volonlé

« raisonnée, que la logique raisonnée^ que la décision

raisonnée.

L'animal supérieur est dans la main^ l'/iomme est dans le pouce.

Des mots pollex truncatus (pouce coupé ou tronqué) que les Romains appliquaient au citoyen sans courage qui se coupait le pouce pour ne pas aller à la guerre, nous avons formé notre mot poltron.

Le pouce des singes, fort peu flexible, et, pour cette raison, peu ou point opposable ^ n'est regardé par quelques naturalistes que comme un talon mobile.

Tandis que le pouce humain est, au contraire, placé de sorte et organisé de manière à pouvoir toujours agir dans un sens opposé aux autres doigts; , c'est pour cela qu'il symbolise, comme je viens de le dire, le sens intérieur ou moral, que nous opposons à notre gré, et le cas échéant, aux entraînements de

notre instinct et de nos sens. Les preuves de cette assertion abondent : ainsi, par exemple, .les idiots de naissance viennent au monde sans poucea^ ou avec des pouces impuissants et atrophiés; ce qui est logique, car, où Tessence manque, le synil)ole doit faire défaut.

Les nourrissons, jusqu'à ce qu'une lueur d'intelligence leur vienne en aide, tiennent constamment leurs mains fermées, les doigts par-desius le pouce; mais, à mesure qu'avec le corps, l'esprit se développe, le police^ à son tour, se ferme par-dessus les doigts.

Les épileptiques, dans leurs crises, ferment le pouce avant les doigts, ce qui signifie que ce mal, qui est éprouvé avant d'être .scwr/, atteint le principe par lequel on pemç^ avant le principe jjar lequel on sent.

A l'approche des grandes ombres^ le pouce des moribonds, comme pris d'un vague effroi, se réfugie sous les doigts, ce qui annonce une fin prochaine.

L'homme ^q\A^ parce qu il a un pouce, c'est à- dire la raison, connaît la mort.

Sur la racine du pouce, siège le signe de la vo-

lonté raisonnée^ volonté dont vous mesurerez Vintensité à la longueur, à Tépaisseur de cette racine. Elle éclaire aussi, disent les chiromanciens (lesquels lui ont donné le nom de mont de Vénus) sur le plus ou moins de penchant à l'amour.

Au fait : aimer c'est vouloir.

Dans la première phalange est le signe de la logique, c'est-à-dire de la perception, du jugement, du raisonnement. — Et, dans la deuxième, est celui de l'invention, de la décision, de l'initiative.

Ils levaient le pouce, les Romains, dans leurs cirques ensanglantés, et le gladiateur terrassé recevait la vie. — S'ils le renversaient, il recevait la mort.

Étrange instinct de l'initiative cachée dans la deuxième phalange de ce doigt !

L'avez-vous élroite, grêle, mince, courte, cette phalange ? Absence complète de décision; assujettissement aux opinions reçues, aux idées d'autrui ; doute, incertitude sans fin, et à la longue insouciance morale.

Cet éternel état de votre esprit, cette incapacité de prendre un parti, vous en donnerez une explication

logique, si votre première phalange est développée. Vous aurez au contraire des idées arrêtées, des convictions fortes et tenaces, vous aurez Tesprit prompt, décisif, initiatif , et vous serez probablement en même temps un mauvais raisonneur (tant la nature est avare de largesses), un homme doué de plus de passion morale que de jugement, si votre deuxième phalange étant longue et forte, lautre, au contraire, est grêle et courte.

En général, un pouce petit, chétif, mesquin, annonce un génie irrésolu, ondoyant, dans les choses, bien entendu, qui ressortant du raisonnement et non du sentiment, et non de Tinstinct. — C'est le pouce de la descendance des vierges folles y> race impressionnable, sensuelle et dominée par ses penchants, mais impartiale, tolérante, au naturel aimant et s'accommodant de tous les caractères.

Les gens à petit pouce sont gouvernés par le cœur (source de tolérance) et respirent plus à Taise dans l'atmosphère des sentiments que dans celle des idées, ils voient mieux avec Vœil du moment qu'avec celui de la réflexion.

Les gens à grand pouce sont gouvernés par la tête

(source d'exclusivité) et respirent plus à' Taise dans l'atmosphère des idées que dans celle des sentiments. Ils voient mieux avec l'œil de la réflexion qu'avec Tœil du moment.

Albert Durer, qui fut si puissant dans Tart par sa naïveté sublime, et si faible sous la détestable tvrannie de sa femme; Homère, Shakspeare, ces miroirs impartiaux du cœur humain; Montaigne, dont la devise était : a Que sais-je? » et qui s'entendait mieux à soustenir une opinion qu'à la choisir; La Fontaine qui hésite entre le cri de vive le roi î et celui de vive la ligue ! Louis XVI qui dut tous ses malheurs à l'indécision de son esprit, avaient certainement de très-petits pouces.

Avec un pouce grand et fier, au contraire, vous vous appartenez à vous-même — et vous n'avez là souvent qu'un sot maître, comme disait Henri IV. — Vos principes sont vos lois, mais vous êtes enclin au despotisme. Vous êtes vrai, mais vous n'êtes pas naïf. Votre force n'est pas dans le charme. Il n'y a de grâce que dans ce qui plie.

Souvaroff, célèbre par l'intensité de sa volonté ; Danton, cette âme magnanime qui revendiqua l'op-

probre d'un crime pour Tépargner à son pays ; Galilée, Descartes, Newton, Leibnitz, Saint-Simon (le réformateur), Charles Foiirier, Robert Owen, ces profonds raisonneurs, ces hardis initiateurs, avaient infailliblement de très-grands pouces.

Voltaire, Thomme du monde dont le ctBur fut le plus assujetti au cei*veau, avait, ainsi que le prouve sa statue (au Théâtre-Français), des pouces ^»or/w«5.

Or, le statuaire Houdon, artiste d'un goût fin et délicat, n'a pu donner de tels ponces à ce marbre que parce que les mains* bien connues de son modèle lui ien imposèrent l'obligation.

Le Lama, la tête rasée et vêtu de sa robe de laine jaune que rehausse une écharpe écarlate et une dalmatique violette, salue bénignement ses supérieurs à la mode du Thibet, c'est-à-dire en leur tirant la langue et en se grattant l'oreille. Sous ces sourcils en feuille de pêcher^ ses petits yeux bridés brillent de contentement : c'est qu'il vient de commenteï" en public, avec succès, la phrase sacrée, abîme de profondeur mystique :

le Joyau dans le Lotus ! Ameu.

Sa science est, d'ailleurs, au niveau de sa dévotion, et, s'il sait qu'il lui est interdit de prendre la queue d'une vache pour s'aider à passer à gué une rivière rapide, il n'ignore pas non plus que la chair des griffoni a des vertus que ne dépassent point celles de la corne des chevaux ailés — de plus Bouddha l'a visité en songe, et il sait qu'après sa mort, son corps ne sera ni jeté aux £^sturgeons du fleuve Jaune, ni exposé sur le sommet d'une montagne, ni brûlé, ni mangé par les vers de la terre de Poba (le Thibet), mais qu'il sera coupé par morceaux et donné en pâture aux chiens! ce qui n'arrive qu'aux gens dont la haute qualité est constatée par un globule rouge au bonnet, ou une plume de paon. Dans la certitude d'un sort si beau, son cœur se dilate, son orgueil déborde, il se compare aux plus grands hommes, et, pour se représenter à luimême par une figure saisissante et digne de ses mérites, il lève fièrement le pouce de la main droite et s(î dit : je suis ainsi! (V. Jacquemont, Hue, etc.) Les Corses, race opiniâtre, de parti pris, et non, comme nos Bretons, par suite d'un instinct obstiné, ont tous le pouce très-grand.

En Vendée, un gros pouce est regaLràé comme Tindice certain d'une aptitude marquée pour les sciences occultes. Selon les paysans du Bocage, il n'est point de sorcier qui n'ait l'œil tournoyant et les pouces larges : l'œil tournoyant, à cause de la malicieuse mobilité de son esprit ; et les pouces larges, parce que c'est sur les pouces qu'il appuie la partie supérieure de son corps, quand, après s'être transformé en loup-garou, il va, la nuit, hurler et caracoler sur les chemins en croix.

Avec un petit pouce et les doigts lisses, quelle que soit la forme de laphalange extérieure {notez bien ceci), on aura en soi, je ne dis pas nécessairement le talent de la poésie ou de l'art, mais à coup sûr le germe de ces choses. — Seulement, entraînées qu'elles sont vers l'idéal, les phalanges coniques tendront à une expression, ou, si vous l'aimez mieux, aune manifestation plus spiritualiste que spirituelle. — Ainsi Raphaël, le Gorrège, Pérugin, etc. ; ainsi le Tasse, George Sand, etc. — Et les autres, j'entends les phalanges en spatule et carrées, attendu qu'elles sont entraînées vers le vrai et le réel, c'est-à-dire vers Vùrdinaire^ dans la sphère des choses, et vers

l'usage, dans la sphère des idées, tendront à une expression pins spirituelle que spiritualiste, comme les Téniers ou Callot, comme Scarron, Regnard, Leaage, Bérauger, etc., qui ont plutôt le secret de l'expression de la vie que celui de l'expresaion rfu beau. Ils intéressent l'esprit, quelquefois le cœur, jamais l'dme. On les goûte, on les aime, on ne les admire pas.

Les mains coniques ou pointues, à grand pouce, procèdent dans l'art par la méthode, la logique, la déduction, à peu près comme font les mainscarrées a petit pouce. Ainsi David {le peintre), ainsi Voltaire, Fontenelle, etc., gens peu naïfs.

Si donc vous vous ressouvenez de ce que j'ai dit des signes attachés aux nœuds et aux phalanges extérieures, vous reconnaîtrez qu'il est trois fois prédestiné à la poésie celui qui joint à des phalanges coniques, des doigts lisses et un petit pouce. — Et que celui qui, à des phalanges carrées ou en spatule,- joini des doigts noueux et un grand pouce, est trois fois prédestiné aux sciences.

Il est plus facile aux grands pouces, vu l'intensité de volonté dont ils sont doués, de franchir les

limites de leur nature, qu'aux petits. — Aussi beaucoup de philosophes et de savants ont-ils formulé leur système en vers plus ou moins poétiques. — Il n'est point, , au contraire, de poëte éminent qui ait excelle dans les sciences abstraites.

Page 1