‹ La science de la main, ou L'art de reconnaitre les tendances de l'intelligence d'apres les formes de la main par le capitaine S. D'ArpentignyChapitre 3 sur 6 · XIJ · texte numérisé non relu

XIJ

Continuation du même sujet.

Les mains anglaises.

On remarque qu’un grand et profond silence règne sur les royaumes de la Scandinavie et de in Chcrsonnèse cimbrique, aussitôt que la portion la plus robuste et la plus remuante des populations que ces dures contrées nourrissaient, a enfin pris pied en Anglelerrejet dans quelques autres Etals du Sud moyen) pour n’en plus sortir. Les peuples actuels de la Norwège, de la Suède et du Danemark, descendent des hommes relativement faibles

et de mœurs paisibles, que les pirates, leurs frères, volant à la conquête et aux aventures, laissèrent derrière eux. Ces pirates qui, sans aucun doute, appartenaient tous au type en spatule dur, en mêlant leur sang au sang breton, lui ont communiqué leur ardeur pour la locomotion et le mouvement. Les Anglais sont les gens du monde qui aiment le plus à marcher, à chevaucher, à naviguer, à voyager, et c’est aussi parmi eux que le type en spatule est le plus multiplié.

Ce n’est pas sans raison que les Irlandais, amis des fêtes et des noises, gens de piaffe et de bouteille, qu’un rien enflamme, qu’un rien abat ; race douée d’une imagination mobile et colorée, d’un esprit peu essentiel, mais prompt, fin, subtil, se piquent d’une origine méridionale.

Je suppose que le type conique est très-commun parmi eux.

L’étonnement que cause aux Anglais notre entraînement pour ce qui orne, pour ce qui parle à l’imagination et au goût, n’est pas plus grand que

celui que uous cause .leur éternelle préoccupation du confortable et de l’utile. Ils ne mêlent l’art à rien, l’art, dis-je, qui est un moyen de faire valoir le vrai ; la mode leur suffit, c’est-à-dire l’autorité nécessairement passagère d’une forme matérielle régnant, pour ainsi dire, par elle-même, dénuée qu’elle est de tout acquiescement raisonné. Leurs maisons, leurs meubles, leurs bijoux, leurs ustensiles de table, de toilette, de chasse; leurs instruments de musique, de mathématique, d’astronomie, etc., accusent, dans leur aride perfection, une telle préoccupation des hostilités possibles de la nature physique, une telle pauvreté d’invention artistique, une imagination si prosaïque et si terne, que nous ne pouvons nous empêcher de les regarder comme un [>euple à part, spécialement voué aux entreprises et aux luttes commandées parles taciturnes exigences de la vie matérielle.

On loue les Anglais de leur goût pour la campagne, comme si c’était en eux un goût acquis et d’éducation; il n’en est rien. Ils aiment la campagne, parce que, [dus facilement qu’à la ville, ils

peuvent y satisfaire leur amour pour les exercices fatigants, nécessaires à leur nature. Les Espagnols, à qui le mouvement et l’agitation corporelle sont antipathiques, préfèrent encore, plus que nous, que notre climat et notre organisation convient k une locomotion modérée, le séjour des cités à celui des champs.

La parole ne suffit pas aux peuples artistes pour exprimer toute leur pensée : ils accompagnent chacun de leurs mots, pour ainsi dire, d’un geste destine k peindre vivement et rapidement, des nuan- ‘ces inaccessibles au langage. Plus un peuple est artiste, plus il est prodigue des gestes; aussi, les Anglais qui n’ornent rien, et chez qui tout sentiment vivement exprimé est regardé comme une affectation, se meuvent-ils tout d’une pièce, et ne gesticulent-ils presque jamais en parlant. Ils ont si peu le sentiment des rapports nécessaires de la forme avec le fond, qu’ils n’aperçoivent pas ce qu’il y a de ridicule et d’inconvenant dans l’action d’un prêtre qui dame , chose fort commune en Angleterre. — En fait de costume, comme en fait de

manières (en dehors du riche et du correct dont la nature leur a donné l’instinct), ils ne manquent jamais de confondre la singularité avec la distinction, l’ostentation avec la grandeur, la froideur et l’insolence avec la dignité. Ils se pavanent dans leur amour pour les prouesses bizarres et les gageures grotesques ; dans leur goût pour les viandes fortes, les vins forts, les étrangers de mœurs baroques ; dans celte tranquille férocité qui leur fait un plaisir du spectacle de deux hommes jouant pour quelques shilings à s’cntr’assommer. L’Europe que tient éveillée le vacarme incessant de leurs clubs, de leurs raouts, de leurs usines, se met aux fenêtres pour les voir boire à pleins hanaps, s’empourprer la face, banqueter à outrance, s’essouffler bêtes et gens à l’éternelle poursuite d’un renard, à l’éternelle poursuite d’un écu ; et ils prennent le morne et silencieux étonnement qu’ils provoquent pour de l’admiration !

Les Anglais, dit M. Bulwer (dans Pclham ) font de leurs affaires un plaisir, de leurs plaisirs une affaire. Ils ne sourient jamais. Lorsqu’ils vous de-

mandent comment vous vous portez, ils ont l’air de mesurer votre bière, ils ne cessent pourtant de travailler pour se rendre agréables, mais comme Sisyphe, le rocher qu’ils sé sont donné tant de mal à rouler au haut de la montagne, leur échappe et revient vous cogner les jambes. Us ont trouvé le secret d’ètre incivils, même en étant polis. Leur chaleur est toujours artificielle, leur froideur jamais. Tout en négligeant ce que l’artifice peut avoir de charitable, ils en ont adopté la fausseté. Us disent qu’ils abhorrent la servilité, et ils se confondent en adulations devant leur nobles. Sur le continent, on peut sourire de la vanité d’une classe et de la flatterie d’une autre, car cette vanité est trop bien élevée pour insulter, et cette flatterie trop pleine de grâce pour dégoûter. En Angleterre, au contraire, l’orgueil de la noblesse qui, par parenthèse, est la plus moderne de l’Europe, vous renverse comme un orage de grêle, tandis que les caresses de la bourgeoisie vous font mal au cœur comme de l’eau chaude. »

Ixi type artistique conique est si rare en Angleterre, que la haute manifestation de ses instincts et

do sa logique, y choque le sens des masses. Byron, qui appartenait à ce type, a dû aller chercher chez les races poétiques de l’Orient la justice, l’estime, le repos même, que ses compatriotes, entraînés par le dur et prosaïque génie de leur latitude, s’obstinèrent à lui refuser.

Notre nation doitau type artistique extrêmement répandu chez elle, la verve et l’éclat qui la caractérisent ; mais, attendu le dédain de ce type pour ce qui n’est qu’utile, elle lui doit aussi l’esprit de frivolité qu’on lui reproche.

Les Anglais, que préoccupent sans cesse le mieux matériel, changent et perfectionnent continuellement leurs machines et leur industrie; pour nous, que favorise un ciel moins hostile, les innovations matérielles nous répugnent autant que les innovations morales répugnent h nos voisins. C’est que les premières astreignent à un constant labeur physique, et les dernières à un constant labeur intellectuel. Nous sommes progressifs dans les idées, et eux dans les choses. Notre compétence s’éte nd

sur la logique des théories, et la leur sur Futilité, sur l'opportunité de leur application. Nous immolons les intérêts aux principes, ils immolent les principes aux intérêts.

L’expansion anglaise procède comme l’eau , en s’étendant plus qu’en s’élevant, — la nôtre procède comme le feu , en s’élevant plus qu’en s’étendant. Les Anglais tendent au bien-être par l’accroissement de la domination de l’homme sur les agents physiques. Ils ont produit Bacon, ils continuent les Romains, ils peuplent et défrichent le monde ; nous, nous le civilisons. Nous avons produit Descartes, nous continuons les Grecs, nous tendons au bonheur par la multiplication et le progrès des choses qui intéressent l’esprit. Où nos voisins envoient des marchands, nous envoyons des missionnaires, où ils portent des objets d’utilité, nous portons des livres et des objets d’art.

Vous comprendrez l’excentricité anglaise en songeant que deux types, ayant souvent les mêmes entraînements: les types en spatule et carré, forment, à eux seuls, l’immense majorité des races

LA SCIENCE IlE LA MAIN.

britanniques ; et d’un autre côté, vous comprendrez la mobilité des idées qui nous gouvernent en tant que nation , en songeant que les types conique et pointu, dont les entraînements sont diamétralement opposés à ceux des types dits du nord, sc rencontrent chez nous dans la proportion d’un à quinze, oiî, tout au moins, d’un à vingt.

Attendu celte différence dans notre organisation, et, par suite, dans nos idées, nous centralisons, pour la rendre plus homogène et plus forte, l’action de notre gouvernement. Les Aaglais, beaucoup moins dissemblables entre eux, n’ont que faire de cette centralisation qui, au lieu de l’ordre qu’elle produit en France, ne produirait peut-être en Angleterre que des lenteurs et des embarras. Laliberié ne leur est pas plus nécessaire, mais leur est plus facile qu’à nous, qui avons deux manières de la comprendre, et, par suite, de la définir et de la vouloir. Aux yeux de notre population conique, elle n’a de prix que'dans les mœurs ; aux yeux de notre population spatulée ou cm-rée, elle n’a de prix que dans la loi. La première, plus passionnée que logique , veut se sentir libre; l’autre , plus

logique que passionnée, veut se juger libre.

Que le type artistique vienne à se multiplier en

Angleterre, et c’en sera fait, du moins jusqu’à un certain point , de l’excentricité de celte nation, d’une grande partie de sa force , par conséqent. L'acquiescement de tous manquant en partie au principe gouvernemental, elle aurait alors, comme nous, plus de nationalité que de patriotisme, c’est- à-dire plus de force d'inertie que de force d’action.

Dans les pays où l’action et le savoir-faire caractérise nettement le génie des masses, et brillent en tête de leurs attributs, on rougit de la pauvreté, parce qu’elle constate jusqu’à un certain point l’absence de ces attributs. C’est ce qu’on voit en Angleterre, où l’aveu de la misère étant pénible à l’égal de l'aveu d’un vice, chacun croit s’élever dans l’estime d’autrui en se disant riche. En Espagne, où ni l’action ni le savoir-faire ne sont dans le sang, la pauvreté n’est pour personne une cause de flétrissure. En France, où le savoir passe avant le savoir-faire, la méditation avant l’action, et où la capacité intellectuelle n’a que faire de la richesse

te

pour être démontrée, on avoue sans trop de honte sa pauvreté.

La volonté et la liberté sont la même chose, dit Bœhme, mais la volonté et la sociabilité sont deux choses bien différentes. On est plus libre et moins sociable où les volontés sont fortes, comme en Angleterre, où l’on prise l’originalité ; on est plus sociable et moins libre où les volontés sont médiocres, comme en France, où l’on prise la conformité. La scène anglaise est passionnée et bouffonne, la nôtre est contenue et comique, plus de poésie et de disparates là-bas, plus d’art et d’har-

monie ici.

Vous appliquerez ces principes de philosophie chirognomonique aux autres états, comme, par exemple, à l’Allemagne, blonde et froide contrée qu’exalte la triple ivresse de la contemplation, de la musique et de la pipe. On y vit gravement, on y rêve énormément ; on y boit dans de grands verres, on y lit dans de gros livres. Comme à Dieu, comme à l’univers, le volumineux in-folio s’ouvre tout entier à la description de l’humble pissenlit. C’est le -> «

pays des poètes vaporeux el des caporaux rigides, des métaphysiciens enthousiastes et des postillons flegmatiques. Les idées qui y sont en honneur sont trop positives pour nous, ou ne le sont pas assez, car nous éprouvons autant de répugnance pour les gens absorbés dans l’essence, et dont la compréhension ne s’attache qu’à l’incompréhensible, que pour les gens ligés dans la matière. L’Allemagne n’oilrirait pas l'affligeant spectacle d’une noble el savante nation gouvernée par l’absolutisme, si la portion spiritualiste de sa population était plus capable d’action, et si la portion active était plus capable de raisonnement. Elle regorge de bonnes gens qui, uyant plus d’âme que d’intelligence, sont plus aptes au bonheur qu’au plaisir. Recueillis dans la joie, lyriques dans l’intempérance, ils surpassent tous les autres peuples en franchise, en naïveté, en bonté.

Chez eux, la comédie relève du sentiment; pathétique el expansive, elle montre l’homme dirigé par le cœur et l’inslinet. Chez nous, elle relève du jugement. Discrète et contenue, elle montre l’homme

formé par l’éducation et la société. Romanesque el

synthétique au-delà du Rhin, historique et analytique en deçà. En France, elle tend au vrai, et se propose le redressement par la moquerie et le rire ; plus spirituelle que tendre, elle amuse, elle parle à l'esprit, elle instruit. En Allemagne , elle se propose le beau et tend au redressement par les larmes; plus tendre que spirituelle, elle intéresse, elle parle au cœur, elle améliore.

D’où je conclus que la comédie appartient aux mains coniques en Allemagne et aux mains carrées et spatulées en France. — Voyez au foyer du Théâtre-Français les bustes de Molière, de Regnaud, de Daucourt, de Lesage, de Marivaux, ils ont tous le nez aquilin, ce qui implique des phalanges carrées.

Continuation du même sujet,

Les Mains de l’Amérique du nord.

Encore plus que les Anglais, dont ils sont issus, les Américains du nord ne font cas que de l’instruction qui enseigne à agir sur la matière et à l’exploiter. Voici sous quels traits les peint M. Michel Chevalier , dans sa dixième lettre sur les Etats- Unis.

« L’Yankée est réservé, concentré, défiant. Son humeur est pensive et sombre, mais uniforme» Sa

tfifi LA SCIENCE l)F. LA MAIN.

tenue est sans grâce, mais modeste et répondant sans bassesse. Son abord est froid, souvent peu prévenant; ses idées sont étroites, mais pratiques. Il a le sentiment de re qui est convenable, il ne l’a pas de ce qui est grandiose. Il n’a pas le moindre brin de disposition chevaleresque, et pourtant il est aventureux. Il se plaît dans la vie errante. Il a une imagination active qui enfante des conceptions originales : ce n’est pas de la poésie, c’est de la bizarrerie. L’Yankée est la fourmi travailleuse ; il est industrieux et sobre, il est économe, rusé, subtil, cauteleux, calculant toujours et tirant vanité des truks avec lesquels il surprend son acheteur inattenlif ou confiant. Il dispense rarement l’hospitalité. Il manie la parole sans efforts ; ce n’est pourtant pas un orateur brillant, mais un logicien serré. — Pour être homme d’Etat, il lui manque celte largeur d’esprit et de cœur, qui fait que l’on conçoit et que l’on aime la nature d’autrui ; mais il est administrateur habile , homme d’affaires prodigieux. S’il est peu apte à manier les hommes, il n’a pas son égal pour agir sur les choses, pour les coordoner, pour les mettre en valeur.

. U SCtEXCÈ UE LA JUIN 1 (17

• * Quoique négociant consommé, c’est surtout comme colonisateur que l’Yankée est admirable. Sur lui la fatigue n’a pas de prise. 11 prend corps à corps la nature, et, plus tenace qu’elle, il l’asservit toujours. Il est le premier marin du monde, l’Océan est sou tributaire. Les passions les plus tendres sont amorties en lui par l’austérité religieuse et par les préoccupations de sa profession. Au génie du négoce, à l’aide duquel il tire parti de ce qu’il arrache à la terre, il joint le génie du travail qui la féconde, et celui de la mécanique qui en façonne les produits. »

Il ne peut y avoir chez un tel peuple que des mains en spatule et des mains à phalanges carrées.

La part de bonheur qu’ont faite aux prolétaires, en Russie, en Angleterre, en Amérique, les maius en spatule et utiles, est fort petite. En Russie, terre slavonne où elles régnent sam contrôle depuis l’invasion du Scandinave Rurik, et où la main élémentaire, qui est celle des masses, est esclave, le soldat, durement assujetti aux pointilleuses exigences d’une discipline de fer, tour à tour harcelé par le

mauvais génie de la barbarie et par le mauvais gé” nie de la civilisation, n’ose porter ses regards au- ' delà de la limite tracée par l’ombre toujours visible du knout. En Angleterre, où le plus grand nombre n'a d’autre étoile polaire que le garde-manger, l’insatiable voracité des grands ne laisse à celle des petits que des reliefs insuffisants. Dans la puritaine Amérique, l’ouvrier vit au large ; mais le repos et le plaisir lui sont interdits. La vie des couvents catholiques n’est ni plus morne ni plus rigide que celle des manufactures de Lowel, par exemple. A Pittsbourg, on ne quitte le travail que pour manger ; et le plus long des trois repas qu’on y fait chaque jour ne dure pas dix minutes. Là, l’homme est censé n’avoir qu’un estomac et des bras ; le reste est comme non avenu.

De même que le Lapon ne saurait se former une idée d’un Paradis sans neige, l’Yankée ne saurait comprendre le bonheur sans le travail. Aussi logique que nous, qui avons confié la puissance politique aux penseurs, c’est-à-dire aux gens de loisir physique (qui sont toujours le petit nombre), parce que dans notre opinion, la prééminence ap-

partient à la pensée, il a, lui, octroyé cette même puissance aux travailleurs (qui forment partout le plus grand nombre), parce que, dans son opinion, c’est au travail qu’appartient la prééminence.

Dans son amour pour le travail, il a érigé en immoralité tout ce qui pourrait l’en détourner, tout, dis-je, et jusques aux passe-temps que nous regardons comme les plus innocents et les plus permis.

Les Américains ne sont encore qu’une nation de subrécargues , de pionniers, de fermiers, de merciers; je n’en veux pour preuve que leurs risibles prétentions au bon ton et aux beaux usages. Cooper a écrit sur ces matières (souvenirs d’Europe, France) des pages où respirent à longues et pesantes périodes cette sorte de suffisance pointilleuse , symétrique , pédantesque , si opposée aux tolérantes et libres allures du monde élégant.

Tandis que les Français, peuple relativement peu laborieux, se refusent une foule de jouissances matérielles pour laisser à leurs enfants le moyen

de vivre dans /' oisiveté ; le9 Anglais, su contraire, dépensent et consomment avec d’autant moins de scrupules que, ne redoutant point le travail pour^ eux- mêmes, ils ne sauraient regarder comme un malheur d’en léguer la nécessité à leur progéniture.

D’où je conclus que nos qualités, de même que nos vices, si vices il y a, s’opposent également chez nous à l’extension de la production. Nous consommons, et par conséquent nous produisons manuellement moins que les Anglais ; mais plus que les Espagnols, lesquels travaillent moins que nous, mais plus que les Arabes. Ainsi en a-t-il toujours été, aussi est-ce dans les instincts particuliers à notre nation, et non dans l’imitation trop recommandée des procédés matériels des Anglais, que nous devons chercher l’équivalent du remarquable surcroît de force et de prospérité qu’ils ont trouvé dans le développement plus complet du génie qui leur est propre.

Il en est des types comme des plantes, lesquelles ne brillent de tout leur éclat et ne portent tous leurs fruits que sous certaines latitudes. Où les be-

bA SCIENCE DE LA \IA'N.

soins moraux passent avant les besoins physiques, et c’est ce qui arrive dans les riches et fécondes contrées du Sud, la nature a donné l'excellence aux types dits du Sud. Où les besoins physiques passent avant les besoins moraux, et c’est ce qui arrive dans les pays stériles et dans le Nord, la nature a donné l’excellence aux types du Nord.

Suite du même sujet.

De la vénération de tous les peuples pour les doigts pointus.

Les peuples, si différents qu’ils soient entre eux sous les rapports physiques et moraux, quelles que soient la forme de leur gouvernement, le génie de leur culte, leurs idées sur le beau, sur le bon, sur le vrai, sur l’utile, s’accordent tous à donner des doigts pointus ou coniques, aux images des anges, des génies bienfaisants, dont chacun, selon son culte, croit son ciel peuplé. Il n’est pas jusques aux Chinois, jusques aux Japonais, ces peuples station-

naires et à rebours, qui mesurent la beauté, la sagesse, le bonheur, à l’ampleur du ventre, et pour qui les beaux arts et la liberté, comme nous les entendons, ne sont rien, qui n’entrent -à cet égard dans les idées communes.

Le genre humain voit donc autre chose qu’une forme élégante dans une main pointue.

C’est que notre déchéance, sanctionnée par la nécessité du travail, nous est surtout démontrée par cette cruelle et humiliante nécessité. D’où notre respect instinctif pour l'oisiveté, d’où le sentiment qui nous porte à supposer aux êtres, objets de notre amour et de notre adoration, des mains qui, dans nos idées, constatent la pureté, l’idéalité, l’intuition quasi divine et le loisir.

Chez les barbares, comme chez les civilisés, c’est, aux yeux des masses, après l’homme qui ne fait rien, celui qui fait le moins, qui est le plus considéré. Ceci, pour parler comme le Coran, n’a-t-il pas une signification.

Continuation du même sujet.

Les Mains romaines.

Telles ne furent pas, telles ne purent être les mains du peuple roi.

Voués à la guerre et au mouvement par l'organisation que leur transmirent les gens de main et les héros d’audace accourus à la voix du nourrisson de la Lmve d' Airain, les Romains reçurent en partage le génie des arts nécessaires aux hommes d’action; ils excellèrent dans les exercices du corps et dans le maniement des armes, dans la construction

fi 6 LA SCIENCE 1)E LA MAIN.

des aqueducs, des ponts, des grands chemins, des camps, des machines, des forteresses. Ils n’eurent pour la poésie qu’un goût passager et de reflet; pour les beaux-arts qu’un goût de vanité ; méprisant les idées spéculatives et n’ayant d’estime que pour la guerre, l’éloquence politique, l’histoire, la science du droit et les plaisirs sensuels.

Quand leurs fortes mains, qu’ils avaient si longtemps tenues appuyées sur la terre asservie, détournées enfin de leur spécialité par le spiritualisme chrétien, voulurent se lever vers le ciel, aussitôt la terre leur échappa.

Et ce n’est que répéter une idée déjà plusieurs fois exprimée que de dire que le Platonicisme n’a pas été plus fatal aux Grecs, en tant que nation vouée au culte de la forme et gouvernée par les idées propres aux mains artistiques, que le Christianisme ne l’a été aux Romains, en tant que peuple régnant sur l’univers par les idées propres aux mains utiles et en spatule. Politiquement parlant, ce furent des actes justes et nécessaires que les supplices de Socrate et de Jésus. Qu’en faveur du bien que leur morale a depuis produit, le genre humain les ab-

solve, soit! mais Athènes, mais Rome, atteintes dans les idée» dont elles vivaient par les conséquences nécessaires de l’extrême spiritualisme de leurs principes, lesquels ne tendaient à rien moins qu’a substituer l’intelligence de quelques-uns à l’intelligence de tous, c’est-à-dire l’aristocratie à la démocratie, durent les condamner. Au nombre des trente tyrans qu’Anitus, ennemi de Socrate, aida Tbrasibule à renverser, on put compter jusqu’à trois disciples de ce philosophe. Or, on sait que ces trente tyrans répandirent en huit mois plus de sang innocent que le peuple n’en avait versé en plusieurs siècles.

Xénophon a écrit sur la république d’Athènes des réflexions qui, à mon avis, réfutent au fond celles qu’il a exprimées sur l’injustice de la condamnation de son illustre maître.

« Il est, dit-il, des hommes qui s’étonnent de ce qu’en général, on favorise plus (à Athènes) les artisans, les pauvres et les plébéiens que les citoyens honnêtes. C’est pourtant un moyen sur de conserver l’état populaire; en effet, si les pauvres, les

plébéiens et ceux de la dernière classe sont heu-

reux, ils se multiplient et c’est la force de la démocratie. Que ce soient, au contraire, les riches et les gens distingués, la démocratie élève contre ellemême une puissance ennemie.

« Il ne fallait pas, dit-on, permettre à tous indistinctement de haranguer et d’entrer au conseil, mais seulement à ceux qui ont le [il us de talent et de vertu. Rien cependant de plus sage que de permettre, même au dprnier plébéien, de parler en public. Que les premiers citoyens aient le droit exclusif de haranguer, d’ouvrir un avis, ce sera un bien pour ceux de leurs classes, mais non pour le peuple; au lieu que le dernier artisan étant maître de se lever et de haranguer l’assemblée, y donne des conseils utiles à lui et à ses pareils.

« Mais, répliquera-t-on, que dira d’important, soit pour lui, soit pour le peuple, un homme de cette sorte? Eh bien ! dans l’opinion publique, cet homme, tel qu’il est, avec son ignorance, mais son zèle pour la démocratie, vaut mieux qu’un citoyen honnête avec des vues nobles et de la pénétration, mqjs des intentions perfides.

* Peut-être un tel plan n’ost-il pas le meilleur;

LA SCIENCE l’E I.A MAIN. H9

du moins il assurera la durée de la démocratie. 11 faut au peuple, non pas une administration sage qui le ferai t esclave, mais la liberté et la souveraineté. Avec cela, que la constitution soit vicieuse, c’est le moindre de ses soucis. Ce qui vous parait défectueux dans le système politique, c’est précisément ce qui rend le peuple puissant et libre... »

Un peuple doit s’attacher à découvrir ce à quoi il est spécialement propre, et, cette connaissance une fois acquise, agir en conséquence, sans s’aventurer jamais dans des voies étrangères à sa spécialité. — Les Américains du nord sont propres aux arts industriels qui relèvent des sciences moyennes — les Anglais sont propres aux arts industriels qui relèvent des sciences élevées — les Français sont aptes aux arts industriels qui relèvent des arts libéraux — est-ce qu’il n’y a pas dans ces spécialités de quoi suffire à l’activité de ces trois peuples ! La greffe morale, efficace sur quelques individus à qui elle fait produire des fruits étrangers à la nature de leur esprit, ne saurait avoir de f rise sur les masses. On peut modifier, mais on ne peut trans-

former complètement le génie d’un peuple — donc, que l’Angleterre, féconde surtout en mains spalutées, couvre les continents de ses colonies et les mers de ses vaisseaux; que la France, féconde surtout en mains artistiques et philosophiques, essème les idées comme sa rivale les hommes , à la bonne heure ! Mais la pratique des beaux-arts par les continuateurs du génie carthaginois, mais la pratique de l’industrie par les continuateurs du génie grec, ne seront, du moins de longtemps, pour chacune de ces nations, qu’une source indigente de gloire négative, de succès équivoques et de profits douteux.

11 y a des facultés, des qualités en honneur dans l’opinion, que nous ne possédons pas tous, mais que tous nous voulons passer pour posséder. Il en est d’autres que nous possédons en effet, mais dont nous n’osons tirer vanité, comme si toute chose mise h sa place n’était pas bonne en soi. C’est là l’écucil que rencontreront les personnes qui, après avoir étudié cette théorie, entreprendront d’en faire 'application. Elles ne connaîtront souvent que par

le témoignage d’un tiers, qu’elles ont rencontré juste dans la définition qu’elles auront donnée de l’intelligence attachée à telle ou telle main. Quelquefois la bonne foi dictera la dénégation, car combien d’hommes s’ignorent et s’ignoreront toujours! mais souvent aussi, ce sera l’orgueil blessé. Nul, par exemple, dans le monde élégant, ne se soucie de s’entendre dire qu’il est doué du génie des métiers, et non de celui des beaux-arts, que le temple des muses spiritualistes lui est fermé. Il vous faudra faire intervenir et Prométhée, qui, ravissant le feu du ciel, en enseigna l’usage aux hommes; et Dédale, qui inventa la scie, la hache, les voiles, les mâts de vaisseaux, et attacha, par ces découvertes, des ailes à l’esprit humain ; et Papin, et Fulton, ces Prométhées modernes; et César qui, dans ses Commentaires , s’étend avec plus de complaisance -sur ses travaux comme ingénieur, que sur scs combinaisons comme général et ses prouesses comme soldat ; — et Charlemagne qui se servit d’une doctrine comme d’une hache, — et Pierre-le-Grand, qui se servit d’une hache comme d’une doctrine, — et Machiavel, qui enseigne à disposer des hommes

comme d’une matière inerte, et aux yeux de qui le succès justifie tout ; — et Diderot, et F. Arago, qui nient résolument, l’un tout ce que sa subtile logique no peut expliquer, l’autre tout ce que son chiffre ailé ne peut atteindre; — et Monge, et Wast, etc., etc., ces grands hommes à la main de race parmi les mains en spatule : il faudra, dis-je, faire peut-être intervenir ces noms glorieux pour qu’il consente, lui aussi, à avoir le génie qu’indiquent ces phalanges épanouies.

Et il en est des peuples comme des individus : ici c’est la même ignorance, et là la même susceptibilité. Les Italiens actuels savent-ils bien ce qu’ils veulent, ce à quoi ils sont particulièrement propres? Les Belges, celte nation de boutiquiers vantards, épais, inquiets, fétichistes, à genoux devant le veau d’or, ne se regardent-ils pas comme un peuple modèle? — et les Russes, parce qu’ils connaissent l’usage du stras et du similor, qu’ils trichent au jeu et méprisent les femmes, ne se disentils pas civilisés?

Ceci doit s’entendre des masses, car il existe partout et dans tous les genres des capacités isolées. —

Pindare, Hésiode, Plutarque, Épaminondas, étaient Bœotiens. — Le grand Corneille est né à Rouen, la ville des intérêts mesquins et positifs. — Il y a en; Belgique des personnes d’un esprit généreux, sémillant et fin — un de nous aura entendu quelque Anglais chanter juste. — Lesage a vu le jour dans la rêveuse et romantique Bretagne, province que les beaux esprits du XVII e siècle ont surnommée, à cause de son inintelligence des choses, la Bœotie française, etc., etc. .

Gloire aux mains en spatule ! sans elles, il ne saurait exister de société solide et puissante. — Sans l’art du verrier, pour ne parler que de celuilà ; sans l’invention des cheminées ( telles qu’elles sont aujourd’hui), qui ne remonte, dit-on, qu’au XIV e siècle, et qui sans doute leur appartient, nous ne serions encore que des demi-barbares. — En la tenant comme en serre-chaude, ces inventions ont mis la civilisation, cette fleur spontanée des beaux climats, à l’abri des influences extérieures qui, dans nos rudes contrées, eussent nui à sa culture et à son développement.

LA SCIENCE l)E LA MAIN.

En somme, c’est Hercule que les hommes spatulés doivent se proposer pour modèle. Ils auront les nerfs en harmonie avec leur tempérament, lequel sera sanguin, et avec leurs os, lesquels seront gros et forts.

Or, ces conditions, Chopin le pianiste spatule à petit pouce, ne les remplissait pas. Ses nerfs, d’une extrême ténuité, ne répondaient pas à sa forte charpente : on eût dit une basse montée avec des cordes à violon; aussi ne rendait-il pas les sons que les physiologistes exercés sentaient qu’il eût du rendre. On attendait de la vigueur, de l’énergie, de la précision et il se fondait, comme les artistes, aux doigts de velours, en harmonies estompées. En proie à deux tendances qui le tiraillaient en sens contraires, il ne savait à laquelle entendre. Ce que son sang voulait, ses nerfs ne le voulaient pas ; il aspirait au riiouvement et s’affaissait dans le repos, il appelait les coursiers et chevauchait les nuages, il eût voulu mugir comme la tempête, mais une voix intérieure, l’éclair bleu des beaux regards, je ne sais quels appels vers les lambrequins blasonnés de la zone héraldique, lui commandaient des chants

sotio voce. Courtois et souriant, avec une ombre dans les yeux, il était de ces créatures qu’un rien fait tressaillir. 11 avait vers le monde, du sein de la solitude, et vers la solitude du milieu du monde, des aspirations pleines d’espérances inquiètes, de tristesses rêveuses, de prostrations attendries, qui se reproduisaient avec des grâces chastes et poétiques dans ses compositions; mieux organisé, il eût été plus heureux, mais il eût eu moins de génie. Le charme de son talent procédaitde la souffrance.

Comme le principe de la vitalité est dans les nerfs, Chopin est mort jeune.

L’abbé de Lamennais fut une autre anomalie du type en spatule grand pouce. Mais c’était par la charpente qu’il péchait, lui, et non par les nerfs qu’il avait aussi forts et aussi solides que son corps était grêle, chétif et éreiné. Il avait dans la cervelle

, fl

l’activité et la combativité que les spatulés bien conformés et à tous crins ont dans le sang. A lui les noises et les bagarres intellectuelles ; il s’escrimait de la plume, ne pouvant s’escrimer de l’épée. Ses yeux s’allumaient au récit d’un combat, et ses spatules allaient, battant la charge, pendant la narra-

tion Mathématicien et versé dans les hautes

sciences, littérateur, théologien, philosophe, il avait, comme M. de Cobentzel, des chevaux dressés pour tous les genres de voltiges. Mais, de même que la femme et le mensonge (manou), le savoir et le doute sont aussi nés le même jour : il se trouva que, détourné par la science de sa foi dans son vieux drapeau, le bon abbé, un matin, ne sut plus de qui, de l'homme ou des hommes, du papeoudu peuple, faire procéder le principe de l’autorité. Ayant d’ailleurs autant d’affirmations emportées pour l’infaillibilité humaine et convenue, qui est celle du pape , que pour l’infaillibilité divine et réelle, qui est celle du peuple. J’ajouterai qu’à l’obstination de l’onagre, il joignait la sobriété du chameau, et que, par sa figure et son genre d’éloquence, il rappelait ces prophètes exténués et véhéments, que la Judée, toujours avide de paroles ardentes, abritait autrefois sous ses rochers et scs figuiers poudreux. 11 est mort vieux. Jeune, la chasse et l’escrime avaient fait ses délices.

Des anomalies de ce genre existent dans tous les

types, et il arrive même, rarement sans cloute, mais assez souvent pour motiver cet avertissement, que les principes de ce livre sont entièrement démentis par d’édatantes exceptions (tant la physiologie est encore loin d’être une science même à peu près exacte). Ainsi, elles étaient coniques les mains de l’homme de brumaire, de l’ennemi de la liberté, que les idées psychologiques choquaient dans ses instincts, qui ôta l’instruction publique des mains du grand Fourcroy pour la confier à l’inepte Fontanes(le paysan Fontaine, dit Fontanes) qui, à l’enthousiasme et à la gloire, moyens républicains, substitua lecaporalismeet l’argent, moyens césariens, et qui, en définitive, laissa la France aussi pauvre, aussi ignorante et plus petite qu’il ne l’avait trouvée. — Au reste, les mains de ce personnage, beaucoup trop vantées, n’étaient ni fines ni délicates, elles étaient au contraire assez fortes, assez épaisses et très-courtes. Aussi fut-il un homme de détail, et qui, s’il tendit à de grandes choses (en est-il sans beauté et sans fécondité? ) n’y alla que par les petites.

La Main artistique.

Cette main, selon de légères modifications dans sa forme, a trois tendances fort différentes — avec, de la souplesse, un petit pouce et une paume développée sans excès, elle a pour but le beau par la forme; large, épaisse et courte, avec un grand pouce, elle se propose la richesse, la grandeur, la fortune (la main de Napoléon); grande et trèsferme, elle tend aux plaisirs sensuels. Toutes les trois obéissent à l’inspiration, et sont relativement naptes au* arts tnécaniques. La première procèd

490 LA SCIENCE l)E LA MAIN.

par l’enthousiasme, la seconde par la ruse, la dernière par les suggestions de la volupté.

* La main large, courte et épaisse, est très-com-

• mune en Normandie, pays d’embùches légales, où l’on a le jugement froid et l’imagination vive; car l’imagination est, après tout, l’apanage distinctif de toute main artistique, quelle quelle soit.

Jo renvoie au chapitre des mains mixtes ce quj concerne la main normande, et ne m’occuperai dans celui-ci que de la main artistique de race, c’est-à-dire de la mieux douée, de celle qui a pour but le beau par la forme.

' Ses doigts, volumineux à leur première pha-

lange, vont en s’amincissant jusqu’à l’extrémité, laquelle offre la forme d’un cône plus ou moins obtus. Son pouce est petit, comme je viens de le dire, et sa paume assez développée.

Quiconque aura la main ainsi faite s’attachera d’instinct, et sans que la réflexion y soit pour rien, au côté pittoresque des idées et des choses. La forme le dominera à l’exclusion du fond. 11 préfe-

,> rera ce qui plail a ce qui paist, comme dit Montai-

gne. Il ne concevra guère la vérité sous la beauté — avide de loisir, de nouveauté, de liberté, toutà la fois ardent et timide, humble et vain, il aura plus de fougue et d’élan que de force et de puissance. Il passera sans transition de l’exaltation à l’abattement. Inhabile au commandement , et encore moins capable d’obéissance , l 'attraction lui semblera être un guide plus siïr que le devoir. End in à l’enthousiasme, il aura besoin d’épanchements, et la mobilité de son esprit lui rendra pesante la vie domestique et régulière. Enfin, il aura plus de sentiments |que d’idées, plus de couleur que de trait. Il sera léger de caractère, il aura de la naïveté et de l’abandon, une imagination de feu, et, trop souvent, un cœur de glace.

Une paume assez grande donc, des doigts lisses, un pouce faible, plus des phalanges coniques, c’est-à-dire de grands appétits sans frein moral suffisant, un esprit manquant de force pour assujettir les sens à sa domination; — le tout brochant sur un fond d’idées médiocrement spiritualistes, — tel ,est, si je ne me trompe, le caractère des artistes en

général. — 11 n’y a que le beau qu’ils puissent préférer au plaisir. Ainsi la Nymphéa n’entr’ouvre le rideau fangeux de son marais natal que pour ' contempler le soleil. Ils n’ont ni sur le juste, ni sur l’injuste, ni sur le bon, ni sur l’utile, les idées que professent les autres types. Ils n’ont que faire d’estimer pour aimer. Ils s’accommodent de la foi, parce qu’elle les dispense de raisonner sans les empêcher de sentir, mais ils ne s’accommodent pas du despotisme politique, parce que son essence est le nivellement, l’uniformité, l’immobilité, conditions trop opposées à leur nature ; à eux donc, généralement, la liberté relative, c’est-à-dire celle que comportent , plus que les autres gouvernements, les gouvernements aristocratiques, lesquels ont toujours cherché un point d’appui dans le luxe et les plaisirs, dans la magnificence, dans la représentation , dans l’art , dans les dons de la nature comme la valeur, les talents, une haute naissance.

L’instinct artistique est singulièrement exclusif et dominateur. Chez quelques peuples, comme

chez quelques individus, il se manifeste avant tout autre instinct. Des voyageurs ont trouvé la sculp-

tare ea honneur dans des contrées où les premiers éléments de l’agriculture sont ignorés, notamment chez les nègres de l’Austrasie et dans quelques tribus encore sauvages des côtes orientales de l’Amérique du nord {Balbi).

L’esprit artistique coule à pleins bords chez toutes les nations des îles de la mer du Sud.

C’est parmi les organisations artistiques qu'on trouve le plus d’individus n’ayant que les défauts de leur type ; or, ces défauts sont : la sensualité, la paresse, l’égoïsme, la singularité, le cynisme, l’esprit de dissipation, l’inaptitude intellectuelle, l’astuce, le penchant au mensongeetà l’exagération.

Nos armées sont pleines de mains artistiques de tous genres ; elles leur doivent le caractère de mobilité aventureuse, insouciante, pittoresque, cetélan

fulgurant et prime sautier qui les distinguent

elles s’accommodent de tout et sont propres à tout.

On les enlève par la parole.

« Gallia duos res industriossimè persequitur, rem miiitarem et arguti loqui. * (Caton, l’Ancien.)

Inerte et gloutonne, l’armée allemande est pleine de mains élémentaires; son apathie ne peut être ellicacemeat combattue que par l’eau-de-vie et lé bâton.

Un Jour que le soleil brillait et que la Hollande réjouie avait ouvert ses fenêtres, j’eus le bonheur de prendre sur le fait un major de pure race locale digérant sa retraite. On admirait, même à Rotterdam , le formidable développement de son abdomen. Il fumait à demi assoupi, remplissant de fumée la salle, où toujours assis, il passait sa vie dans l’écrasante immobilité d’un monolyte égyptien. Ce prodigieux végétal militaire n’absorbait pas moins de six mille pintes de bière par an, il n’avait la conscience de son âme qu’ après boire; à jeun, elle croupissait, inerte et morte dans les abîmes de cette panse énorme, comme une barque dans la vase d’un bassin d’où la mer s’est retirée.

Gouvernée par le bien-être matériel et le fétichisme héraldique, l’armée anglaise regorge de

U SCIENCE l»E LA MAIN. 195

mains qui ne représentent guéres que les défauts du type en spatule, lesquels sont : la grossièreté, l’intempérance, l’inertie morale, l’emportement, etc. Pour elle, la guerre n’est qu’un métier, la paye est son véhicule, l’estomac son mobile. C’est par le mérite des hécatombes qu’elle prétend à la victoire ; certaine d’être vaincue si les mugissements d’àpis ne se mêlent au bruit de ses clairons. Soumise, à cause de sa brutalité, au régime dégradant des sévices corporels, elle péricliterait dans l’atmosphère de douceur et de liberté où prospère la nôtre.

Sous nos drapeaux l’âme porte le corps, sous les drapeaux allemands et anglais le corps porte l’ànie — nous obéissons à l'esprit et procédons par f intelligence ; les Allemands obéissent à la lettre et procèdent par l’automatisme. Nous sommes les premiers marcheurs du monde ; or, c’cst un axiôme (Maurice de Saxe) qu’on ne gagne pas les batailles avec les mains, mais avec les pieds. Nous sommes une nation guerrière plutôt que militaire, les Allemands sont une nation militaire plutôt que guerrière.

Les généraux à main élémentaire carrée se plaisent dans les vétilles du caporalisme ; ils savent combien il entre de brins d’herbe dans une botte de foin, ils prennent au sérieux le port d’arme, et l’intégrité du fourniment; ils vous savent gré d’avoir une grosse voix et des manières rustiques — comme l’araignée dans les demi -ténèbres des greniers poudreux, ils ne se sentent heureux et libres que dans un milieu sans splendeur. Ils tendant aü césarisme , et leur fidélité, toute canine, ne connaît que la main qui les nourrit.

La tactique, les manœuvres, les campements, les sièges, la comptabilité, l’architecture militaire et navale, la guerre de temporisation et de durée, sont du ressort des mains en spatule et carrées. Elles ont la théorie, la méthode, la science ; elles tiennent plus au succès qu’à la gloire.

Les généraux à main artistique conique procèdent par l’inspiration; ils se meuvent par saillie; ils ont la prouesse et le mouvement, l’instinct passionné, la crâncrie, l’imprévu — ils tiennent pour le moins autant à la gloire qu’au succès.

Murat, à la bataille de Smolensk, commandait un corps de grosse cavalerie ; il montait un bel étalon noir plein de force et de grâce, calme, ruisselant d’or, inondé de longs crins luisants. Le roi portait un casque à cimier d’or orné d’une aigrette blanche. Immobile, il regardait au loin, lais* sant dans le fourreau, d’un air d’insouciance altière, son sabre enrichi de pierreries. Tout à coup il s'agite* ses yeux jettent des flammes , il se hausse sur ses étriers, et d’une voix éclatante : « Changement de direction à gauche! commanda-t-il, au galop! » Alors la terre trembla, on entendit un bruit semblable à celui du tonnerre, et ces noirs escadrons d’où jaillissaient des éclairs, comme entraînés par cette frêle aigrette blanche, s’écoulèrent comme un torrent.

On dut en partie la victoire à ce mouvement.

Murat, le plus épique des guerriers de l’époque impériale, avait, ainsi que Junot, cet autre héros d’audace, la main artistique dure.

Dans leur bravoure sereine, les Grecs des beaux temps de l’antiquité, avant d’assaillir l’ennemi, sa-

«ri fiaient solennellement aux Muses, c’est-à-dire aux divinités clémentes qui ouvrent aux hommes les voies sacrées de la persuasion , de la concorde et de l’harmonie.

Les Etrusques châtiaient leurs esclaves au son du hautbois , pour modérer leur colère et ne laisser agir que la justice.

Alexandre Dumas, un de nos plus grands peintres littéraire de bataille, a, lui aussi (comme je l’ai déjà dit), la main artistique; seulement, en sa qualité de poète très-nuancé, il l’a fort souple.

En 1823, devant Pampeluno, l’armée espagnole, dite de la Foi, passait les nuits à jouer de la guitare, à fumer des cigarettes, à psalmodier des litanies en égrainant des rosaires; le jour, couchée sur l’herbe poudreuse, elle jasait en mangeant des ciboules ou dormait au soleil. Au vol de la mitraille, vous l’eussiez vue , comme une troupe d’oies effarouchées, s’enfuir en poussant de grands cris et en injuriant les saints. En vain s’efforçaiton de la contenir : Vieilles capes fauves outrageusement râpées, vieux tricornes de cuir éraillés, bé-

pets blancs à houppes rouges, chefs sans chemise» et suant sous l’oripeau, aumôniers olivâtres et desséchés, vivandières hagardes, scribes rabougris, soldats en guenilles, tout disparaissait en un moment dans un nuage de poussière. Le comte d’Espagne, qui la commandait, avouait que cette canaille, tout à la fois ardente et faible, féroce et lâche, ne pouvait être redoutable à l’ennemi que par ses rapines et son génie picaresque et bohémien.

J’ai autrefois chanté, ou plutôt chansonné, un de ces Malandrins, colonel sans troupeet sans linge, mort à Sarragosse en plein cabaret.

On vient «l’habiller de sapin Le valeureux don Sanche,

i II est mort le verre à la main , ’

Le cul sur une planche. •

Tra la la, etc.

Issu d’un alguazil hargneux.

Il naquit en Castille,

■ Où, dans des sentiments pieux, •

Sa mère mourut. ...fille. . .. t

Les plus éclatantes couleurs ...

Brillaient à sou panache ; , ,

Cupidon suspendait les cœurs

' •• - Aux crocs de sa moustache. • -

. ' U portait un manteau r&pé ,

Sans velours ni peluche,

Et fondait sur un dé pipé,

L’entretien de sa huche .

De la disette , quand le vent Soufflait dans sa cuisine,

Il se régalait gravement D’un air de mandoline.

Il entrait dans un mauvais lieu Au sortir de l’office,

Et se recommandait à Dieu Sur le grabat du vice.

De l’hyperbole en ses discours,

Il prodiguait l’usage ;

Sa sotte langue allait toujours Plus loin que son courage.

Etc., etc

Le comte d’Espagne était lui-même un petit homme trapu, crépu, râblé, taillé en garçon boucher; très-actif, très-cruel, très-courtois ; qui saluait d’un geste fanfaron chaque éclair des canons de la place ; qu’on rencontrait partout, tranchant du matamore et du capitan ; toujours discourant, pérorant, secouant vivement son petit panache-. Mains artistiques.

te règne des mains en spatule dures fut uu règne de matérialisme et de haine ; celui des mains artistiques dirigées par les mains psychiques fut une époque de spiritualisme relatifs d’amour. Inaugurée par Abeilard et saint Bernard, elle commence à l’aurore du XII' siècle et dure jusqu’à la fin du XIII*. Les mains psychiques se répandent dans la nation et y versent à flots le mysticisme enthousiaste qu’elles avaient amassé dans la contemplative oisiveté des cloîtres sous le règne des mains turbulentes. On aime tout jusques à l’exaltation : Dieu, les femmes, la guerre; mais la guerre pour une grande et pieuse idée, non pour un intérêt matériel. Une poésie ardente circule dans les veines de la nation , et, comme* elle a le tempérament de l’héroïsme et de l’art, l’art et l’héroïsme passent dans ses mœurs et dans ses habitudes. Ce fut le temps des costumes splendides, des cours d’amour, des croisades, des épopées chevaleresques — comme la vie réelle, l’histoire se teint des couleurs du roman. On pressent Dante, Pétrarque et Gerson. L’idéal de la femme, jusqu’alors obscursi , se révèle enfin, et on établit le culte

de la Vierge. Par l'institution des ordres mendiartts, la carrière du sacerdoce est ouverte au petit peuple, dont les instincts mieux compris, sont hautement réhabilités— les mains artistiques, heureuses et triomphantes, quoique contenues dans le cerclo des idées psychologiques, s’agitent de toutes parts; les anges, les vierges, dont les imaginations étaient obsédées, déployant leurs ailes de pierre, s’envolent par myriades, leur palme à la main, jusques au faîte des édifices — ces vêlements bigarrés, ces verrières éblouissantes, ces trèfles lumineux qui, sur les pas du soleil, symboles d’uu culte né parmi les bergers, se promènent dans l’ombre des basiliques, tout le monde en sent la grâce et la beauté, l’architecture religieuse, qui ne fleurit que quand tout un peuple sent, pense et croit comme un seul homme, prend tout à coup un essor sublime : la grandeur, le spiritualisme des sentiments, se reflètent dans la grandeur et le spiritualisme des magnifiques cathédrales de ce temps.

On a dit que c’était sous l’effort de la violence exercée par les rois sur les peuples qui se sont éle-

LA SCIENCE DE LA MAIN. t03

vés tes gigantesques monuments de Memphis, de Thèbes, de Méroé, de Babylone et de l’Inde; mais d’abord il a fallu des siècles pour les bâtir, et la violence, que je sache, ne comporte pas une idée de longue durée. Pour moi, j’expliquerais ces merveilles, comme on a expliqué l’existence des égl ises du moyen-âge : Par l’assentiment de tous à une idée unique. Ces peuples firent de l’architecture, parce qu’elle était dans leur génie, comme aujourd’hui l’industrie est dans la nôtre.

Étranges gens que nous sommes ! nous pouvons concevoir une nation de tisserands, et nous ne pouvons concevoir une nation de maçons !

J’ai dit que le génie artistique était éminemment exclusif ; quand il est commun à tout un peuple, quand rien ne lui fait obstacle , il comporte alors de telles mœurs et des coutumes si excentriques, qu’elles échappent à l’intelligence des autres types. Voltaire, qui, h lui seul, résume complètement le type philosophique, comme il s’est révélé chez nous au XVIII e siècle, nie Babylone et ses usages, tels que les a décrits Hérodote ; il nie la vieille Egypte,

que les mains sacerdotales circonscrivent dans une sphère ailée, planant d’un vol immobile au milieu d’un cercle de dieux à tête de taureau ; il nie l’Inde, qui sans doute l’eût nié lui-même; faute de pouvoir le comprendre.

A chaque siècle sa génération, à chaque génération son organisation, et, encore une fois, à chaque organisation son génie. Chaque siècle donc, en s’éteignan t, emporte nécessairement avec lui le secret d’une notable partie des idées qui l’ont animé.

Herculanum et Pompéi, retrouvées après dixsept siècles avec leurs enseignes obscènes et leurs fresques effrontées, sous les cendres oil toutes deux descendirent vivantes le même jour, nous ont fourni plus de détails sur la vie intime et familière des anciens, sur leurs goûts et leurs idées courantes, que tous les livres qu’ils nous ont laissés.

Ce qui entre trop avant dans les convenances et les habitudes d’une époque, n’est pas remarqué par elle; elle n’en prend pas note , et la postérité n’en a connaissance que par hasard.

Sous le point de vue artistique, ce furent des or-

ganisations immenses que celles des Sardanapale, des Néron, des Héliogabale, des Borgia père et fils, des Catherine II. Comme ils demeurèrent toute leur vie fidèles à la logique de leur type, je ne pense pas qu’ils aient jamais connu le remords.

Carpocras d’Alexandrie et Basilide, les fondateurs de la secte des gnostiques chrétiens (sorte d’illuminés), loin de proscrire les plaisirs sensuels, les regardaient, au contraire, comme une voie de communication avec Dieu, et les rangeaient parmi les actes recommandés comme sains et méritoires. « Carpocras disait que Jésus était né de Joseph et « de Marie comme les autres hommes, et distingué « seulement par sa vertu ; que les anges avaient « fait le monde, et que, pour arriver à Dieu, qui « est au-dessus d’eux, il fallait avoir accompli « toutes les œuvres de la concupiscence , à laquelle « il fallait obéir en tout, attendu que c’est là la c force à qui l’Évangile prescrit de céder. — Il « ajoutait quel’àme qui résistait à la concupis- < ccnce en était punie en passant après la mort « dans un autre corps, et ensuite dans un autre.

« jusqu’à ce qu’elle eût tout accompli. — Qu’ainsi « le plus sûr était de s’acquitter de cette dette au « plus tôt, en accomplissant dans ce corps où l’oû « se trouve, toutes les œuvres de la chair ; car il « tenait qu’il n’y avait point d’action bonne ou « mauvaise en soi, mais seulement par l’opinion « des hommes. De ce principe, il suivait que tous « les plaisirs étaient non-seulement permis, mais « commandés : aussi n’y en avait-il point que les

< gnostiques ne pratiquassent. Us détestaient le

* jeûne, disant qu’il venait de l’auteur du monde,

* qui n’était qu’un ange inférieur. Ils se nour-* t rissaient do vin et de viandes délicieuses, se bai- « gnaicnt et se parfumaient le corps nuit et jour. « Souvent ils faisaient leur prière entièrement « nus, comme pour marque de liberté. Les fem-

< mes étaient communes entre eqx ; et quand ils « recevaient un étranger qui était de leur secte , 4 d’abord ils lui faisaient bonne chère, quelques 4 pauvres qu’ils fussent ; et après le repas, le mari 4 offrait lui -môme sa femme. Ils nommaient 4 leurs assemblées Agapes, où l’on dit qu’après le 4 festin ils éteignaient les lumières, et suivaient

« indifféremment tous leurs désirs. Toutefois ils ,* empêchaient la génération autant qu’ils pou- « vaient. « ( Histoire de C Eglise, par Fleury. )

Il reste quelque chose de ces idées et de ces mœurs dans l’Abyssinie ( Voyage de Bruce ), et on lésa retrouvées chez les nations artistiques qui habitent les îles de la mer du Sud.

Les amours où les sens n’ont point de part , comme l’amour filial, l’amour paternel, l’amour de la famille, sont beaucoup moins intenses dans les mains artistiques que dans les mains en spatule et à phulanges extérieures carrées.

Suite du même sujet

Les Mains artistiques au XVF siècle.

Qui dit une époque essentiellement religieuse, dit une époque peu sensuelle, et par conséquent plus poétique selon le sens intérieur que selon le sens extérieur. Aussi les cathédrales du XIII* siècle sont-elles plus remarquables sous le rapport de Vidée que sous celui de Vexécution. Comme les épopées barbares, en même temps qu’elles frappent l’âme, elles choquent souvent le goût. Magnifiques

dans leur ensemble, elles pèchent par les détails.

Plus qu’aux esprits analytiques, elles plaisent aux esprits synthétiques. La main des masses s’y monstre, celle de l’individu ne s’y montre pas. Elles font la gloire de tous, et de pas un. Pourtant, plus que les autres mains, les mains psychologiques y ont laissé leur empreinte. Quant aux mains artistiques, ellesn’yontévidemment travaillé qu’en sous-ordre.

Mais à l’époque dite de la renaissance, ces dernières mains prennent leur revanche. L’art, que le sensualisme grec attire* tout à coup saisi d’un immense besoin de liberté, passe brusquement de l’immobilité symbolique où le mysticisme le tenait enchaîné, dans le monde mouvant des choses palpables et des fantaisies purement humaines.

Comme les turbulents seigneurs de celle époque, il prétend ne relever que de lui-méme. Ce n’est plus le beau selon l’dmc, la gloire selon Dieu, que le sculpteur et le guerrier vont chercher au fond de la pierre, et sur les champs de bataille, c’est /e beau selon te sens pittoresque, c’est la gloire selon le monde , et comme la comprend le sensualisme. Dirigé par les mains psychologiques, l’art n’a hâti que dçs temples ; sous les mains artistiques éman-

LA SCIENCE UE I.A MAIN. tl f

eipées, S n’& bâti, ou du moins il n’excelle que dans la construction des palais. Sans replier ses ailes, il a abaissé son vol ; pour les rois de la terre, il a quitté le roi du ciel. Il a moins de grandeur, mais il est plus élégant, plus gracieux, plus brillant, plus exquis qu’au moyen4ge. Il passe de la décoration publique à la décoration privée, du service des masses à celui des individus.

, Du reste, si, de même qu’au trefois, il ne fait la gloire de presque personne, c’est que, comme autrefois, il est dans l’organisation de presque tous. Un nombre considérable d’excellents morceaux de sculpture et d’architecture de ce temps nous restent, dont les auteurs sont inconnus ; si par l’élévation et l’incontestable supériorité de leurs talents, ils eussent étonné leurs contemporains, il est présumabfo que leurs noms, consacrés par la reconnaissance et l’admiration, nous auraient été. transmis par les chroniqueurs ou par la tradition.

L’art donc, au XVI' siècle, appartient encoreau plus grand nombre ; seulement il n’est plus exploité au profit d’une seule idée. 11 a la verve, le mouvement, l’individualité de cette époque de duels

2f& U SCIENCE DE LA MAIN,

et de guerres civiles, d’amours en plein vent et de cavalcades empanachées, de carrousels et de prouesses par petites bandes d’aventuriers batailleurs. — Autrefois il avait plus de fond que de dehors, aujourd’hui il a plus de dehors que de fond. — Le peuple, dont il est à peu près l’unique industrie, l’aime et pour lui même et pour le bien-être matériel dont il est la source. Les femmes, qu’il adule, lui rendent l’amour qu’il a pour elles ; et il fait les délices de ces rois de velours et de satin, si pimpants, si sensuels, dans lesquelles la France d’alors est si bien résumée.

L’art, à cause de sa variété, de son immensité, n’étant pas une chose qu’on puisse enseigner, qu’on puisse inculquer aux masses comme une vulgaire industrie, il faut, pour qu’une génération entière goûte vivement l’art et le pratique avec succès, qu’elle soit née artiste — et je dis qu’ayant la tète organisée pour une fin, à savoir : l'art, ses mains seront organisées pour celte fin.

La main de François I er était artistique en ce sens que la paume en était grande, le pouce petit

et les doigts lisses (voir la statue de ce prince à Saint-Denis), mais les phalanges extérieures en étaient sensiblement spatulées. C’est la main des gens de mouvement et de cheval, que leur fantaisie gouverne, et dont l’humeur changeante n’a guère d’autres mobiles que les suggestions de leur tempérament. Ces esprits inconstants subissent plus que les autres l’influence du milieu où ils vivent. Or, le XVI* siècle appartenant aux arts et aux lettres (par l’effet du nombre prodigieux de mains artistiques qui existaient alors dans le Sud

de l’Europe). François 1" se prit à encourager les

individus qui les pratiquaient, non pas pour le progrès intellectuel dont ils pouvaient être la source, c’était là le moindre de ses soucis, mais pour le plaisir qu’il en attendait et qu’en effet ils lui donnaient.

Le XVI* siècle fut l’époque des splendides oligarchies, des seigneuries et des grands seigneurs, des républiques et des monarchies aristocratiques des guerres de religion, c’est-à-dire des guerres pour ou contre une forme ■— des embûches et

des guet-apens politiques — des audacieux voyages de découvertes — des sorciers, des astrologues — des voluptés et des vices énormes — des chevaliers sans peur , plutôt que sans reproche. Enfin des supplices horribles et où il s’agissait moins de la mort, que de la manière de la donner. Époque pleine de contrastes, à la fois sérieuse et goguenarde, empanachée, enhaillonnée , courant après les beaux missels et les beaux hanaps, lisant Rabelais et Gerson, s’entourant de tortionnaires et d’artistes, de crucifix d’ivoire et de nudités mythologiques, de nains trapus à jambes torses et de

belles jeunes filles jouant sur les !apis avec les panthères privées.

L’amour passionné de l'ordre, de la prudence, de l’utile, n’est le partage ni des peuples ni des ihrdividus que l’esprit artistique gouverne.

Dans sa grâce capricieuse, opulente et fleurie, un palais de la renaissance est une sorte de temple élevé à une divinité incarnée, mais inaccessible aux soins de notre nature, aux influences du froid

«I du chaud, des demi ténèbres et de l’humidité. H constate la grandeur, la puissance, la richesse,

beaucoup mieux qu’il ne les loge ; fenêtres, esca-

liers, galeries, colonnades, terrasses, portiques, tout y est disposé pour la montre et rien pour le bien-4tre, du moins comme nous l’entendons aujourd’hui, que le moindre paysan, plus raffiné que les grands seigneurs du temps de Charles VIII, mange avec une fourchette et non avec ses doigts. —Aussi, les classes aisées ont-elles abandonné depuis longtemps au petit peuple ces demeures si richement sculptées, dentelées, étoilées, blasonnée* où, parmi les statuettes légères et sous les tourelles aériennes s’ébattait l’aristocratie aux dehors brillants, mais aux mains encore rudes et grossières du XVI* siècle.

El il en est, sous les derniers Valois, du costume comme de l’architecture : ôn ne se regarde comme, bien vêtu qu’autant qu’on est bien mis. C’est d’une parure qu’il s’agit, plutôt que d’un vêtetnent. OU aime mieux souffrir dans son corps pur l’incommodité de la forme de l’habit, que dans son goût par son inélégance.

t<6 U SCIENCE DE LA MAIN.

Àu reste, les costumes ne s'inventent point, ils naissent d’eux-mêmes et sont comme la loi, an résultat nécessaire de la nature des choses. — François I", Voltaire, qui résument si bien leur siècle, sont, à leur tour, si bien résumés par leur costume, qu’on ne saurait sans rire, se représenter François sous l’habit d’Aronet etÀronetsous celui deFrançois.

Immobile chez les peuples immobiles et dans les institutions qui se piquent d’immobilité, comme dans l’église romaine, le costume est changeant chez les peuples changeant — non par l’effet d’une volonté concertée , mais par l’effet nécessaire, de l’état moral contemporain — car, l’homme seul pense, l’homme seul connaît la pudeur, l’homme seul s’habille.

Il y a cela de bon à dire en faveur de la mode : .qu’elle se propose l’unité.

La nudité des nègres, attendu leur couleur qui les enveloppe comme d’une ombre et leur tient lieu, pour ainsi dire, de vêtement, est moins immodeste que celle des blancs.

. . Les nègres ne viennent pas au monde tôul

üitized

LA SCIENCE DE LA MAIN. SMl

vêtus, comme les animaux, mais quasi-vêtus; ce qui les classe entre le chimpansé et l’homme.

Les Hindous, presque aussi colorés que les nègres , sont de même presqu’aussi stationnaires qu’eux. Or, l’immobilité est le suprême attribut de l’animalité.

V uni forme, si cher aux Russes, est dédaigné des peuples libres parce qu’il classe et oblige.

Notre costume, parce qu’il résume l’état social le plus avancé du monde, est précisément celui qui sied le moins aux nègres et aux peuples qui sont restés primitifs.

Les gens spatulés voyant les choses telles qu’elles

sont, et les gens à phalanges coniques telles qu’ils se les imaginent, les premiers s’habillent en rapport avec l’air qu’ils ont en effet, et les autres avec l’air qu’ils croient avoir ; d’où les extravagantes toilettes des rapins chevelus, des Lyres de grenier, des jambons d’estaminet, races excentriques et coniques.

Les acteurs vrais, les gens mis juste, comme on dit, ont généralement la main spatulée.

Sous les derniers Valois, le costume accusant le

nu, l’art et la littérature rappelèrent l’art et la littérature des Grecs, lesquels vivant quasi-nus (de parti pris, et non par grossièreté d’esprit) ne connurent jamais la pruderie et la fausse honte inhérentes aux populations drapées de nos pays froids.

Pimpante, alerte, sensuclleetcourt-vétue, la uiuse française de ce siècle, plus riche de mots eide tours, plus colorée, moins timorée, moins pédante que celle du dix-septième, respire la forte et savoureuse adolescence d’une nation destinée à tous les genres de succès.

Alors, la prépondérance appartenant aux idées du sud , la France allait naturellement chercher ses modèles en Espagne et en Italie. Aujourd’hui que cette prépondérance appartient aux idées du nord, nous allons les chercher en Angleterre et en Aile— * magne. Le génie français est comme le Janus des anciens : il a deux intelligences et deux visages.

Paris, de nos jours, vu le génie propre aux populations du Nord, est bien où il est ; il donne à la nation le genre de force morale qui- convient à ce

temps -ci. Au XVI* siècle, il eût mieux vafuqu’d fût situé plus au Sud.

En 1793, la révolution, détournée par les brillamts orateurs de la Gironde, du but que lui indiquaient les vrais besoins de l’époque, eût infailliblement succombé sans les montagnards, qui, presque tous nés dans le Nord, la sauvèrent, en la débarrassant de sa chlamyde grecque, eten la rendant au sentiment de la réalité.

L’art, chez les peuples éminemment civilisés, émane de l’homme ou du raisonnement. Chez les peuples instinctifs, il émane de Dieu ou de l’inspiration. Mesquin au XVIII e siècle, qui fut l’époque la plus intellectuelle selon l’homme, ibest immense au XIII e siècle, qui fut l’époque la plus intellectuelle selon Dieu. — L’art fleurit surtout aux époques où les peuples en marche, ont un pied sur la barbarie et l’autre sur la civilisation , où ils croient aux miracles et aux sciences occultes, autant qu’aux faits journaliers et aux sciences exactes. II est alors suflisamment humain et suffi-

satnmenl divin; il se développe appuyé sur la science et sur l’inspiration. . •

Les barbares ont le faste et la grandeur, les civilisés ont le luxe et le goût. Telle était la cour de François I er , à une époque encore barbare et déjà civilisée, tel était l’attirail qui l’accompagnait, qu’il lui fallait cinq jours pour se rendre de Paris à Fontainebleau.

Sur une pelouse ovale que bordent de beaux arbres aux tiges élancées et au feuillage épais, s’élève, . dans le jardin des Tuileries, un piédestal portant une admirable copie, en marbre, du groupe charmant des Dioscures. Ces immortels sont nus : les éléments étant sans influence sur les divinités. Leurs mouvements sont lents et souples : le temps n’existant pas pour eux, non plus que les causes qui obligent l’homme à la tension et à l’effort. Comme en beauté ils sont égaux en âge, mais l’un d’eux, plus recueilli, montre un maintien plus auguste ; c’est celui qui renverse son flambeau au moment de descendre dans l’empire des morts. Adieu,

pour un temps, aux coursiers rapides et au fleuve paternel aimé des cygnes et des lauriers roses. Exempts de nos besoins, libres de nos sollicitudes, leur vie bien différente de la notre, s’écoule ou plutôt se prolonge dans le calme absolu que leur donnent une nature éthérée et l’attribut d’une jeunesse sans fin — enchaînés par un amour immense et mutuel ils en savourent sans réflexion, dans une indolence pleine de sécurité, la douceur naïve et profonde. Ils sont nus, ai-je dit, mais leurs têtes sont couronnées de fleurs, comme pour symboliser rétèrnclle félicité, l’éternelle fécondité des races immortelles — de quelque côté qu’on contemple ce groupe, ce ne sont que lignes harmonieuses Se déroulant dans le calme, l’élégance et la souplesse, mais la force se fait jour à travers ce repos, et on sent que ce sont bien là les dieux amis des exercices virils et dans lesquels l’hellénie honorait les protecteurs céleslesde ses athlètes, de ses écuyers et de ses nautoniers.

L’artiste plein d’inspiration et de réflexion, de logique, d'élan, de mesure, à qui nous devons ce chef-d’œuvre, avait infailliblement des doigts as-

sez noueux, un grand pouce el les phalanges extérieures coniques.

Et ce n’était pas non plus un homme ordinaire, celai qui remontant à l’agreste berceau des dieux delà mythologie, et s’inspirant des souvenirs de l’antiquité, a placé ce groupe dans un lieu rappelant, les cirques nombreux d’Olympie, et les pâturages sacrés de la verte Etide, féconde en chevaux.

Des savants, probablement à main en spatule ou carrée, vicnnentde taire une découverte qui devait, disait-on, assujettir une des branches de l’art à V industrie, et constater» en la démontrant ostensiblement, la supériorité des procédés de la science et de la combinaison sur ceux de l’inspiration.

C’est le daguerréotype.

Or, la peinture se propose la lumière, la couleur, l’âme, le mouvement, la vie, buts auxquels ni règles ni recettes ne mènent sans le génie ; et le daguerréotype ne rend que l’immobilité, l’obscurité, la matérialité de la mort.

Vous le voyez, l’art n’est pas encore vaincu.

En; France, l’action du type méridional conique sur les types du nord , est naturellement moins grande que l’action de ceux-ci sur celui-là. Il en résulte que ce dernier type, trop modifié, n’a pas chez nous la valeur de spécialité qui le distingue dans les pays où, au lieu de subir l’influence, il l’exerce, comme en Italie.

Je définis l’élégance : la simplicité jointe à la grâce sereine ou riante ; et la beauté : la naïveté et lajbrce, jointes à- la grâce sérieuse.

L’élégance suffit aux besoins moraux résultant de notre dose actuelle de génie artistique ; mais il ne faut pas moins, dit-on, que la beauté, aux Italiens: j’en doute :

Les nations où tous les types abondent, comme chez. nous, ont plus de nuances dans le caractère que de couleur tranchée. Gdles où deux types seulement forment l'immense majorité ont plus de couleur tranchée que de nuances, plus d’originalité. Nous sommes plus facilement tolérants que ces dernières, parce qu’il nous est donné de nous iden-

tifier sans effort avec tous les caractères, ce qui est impossible aux masses qu’entraîne l’ascendant d’un génie trop exclusif. Ce qu’il y a d’utile dans ce qui semble n’ètre que beau échappe aux nations en spatule du nord ; ce qu’il y a de beau dans ce qui semble n’èlre qu'utile échappe aux nations du sud.

Si vous haïssez les interminables tournois de paroles, les loquaces et stériles chamailleries, vous éviterez de mettre aux prises des individus appartenant non-seulement à des types différents, mais

même à des nuances trop distinctes d’un même type. Chacun de ces individus s’inspirant de sentiments dont les autres ne sauraient se faire une idée parfaitement exacte, ils ne parv iendraient jamais à s’entendre. Ainsi, dans le même type, les petites mains généralisent trop, et les grandes pas assez. Aux yeux de Victor Jaquemonl, le naturaliste, le géologue, pour qui l’art et la poésie ne sont rien, et qui, au milieu du luxe des nababs, regrette la petite chambre paternelle où il a mangé un gigot en famille, l’Asie ! si vantée par les poètes et les mystiques, est le plus triste et le plus malheureux

pays de la terre. — Les économistes jugent de la prospérité d’un pays par le nombre de ses machines, et les artistes par celui de ses monuments, etc., etc.

Il y a plus d’éléments de contradiction, de discussion, et par conséquent à' animation morale, en France qu’en Angleterre, où la quasi-similitude des tendances est constatée par la quasi-similitude des types; — et, comme ce n'est pas une petite cause d’ennui qu’une trop grande conformité dans les idées, il en résulte que les Anglais, qui, chez eux, ne sont guère verbeux qu’en matière d’intérêt, sont les gens les plus ennuyés du monde hors de l’agitation des voyages et des affaires.

Si nous n’étions pas le peuple le plus civilisé et le plus appris de l’Europe, c’est-à-dire le plus volontairement soumis à des règles consenties par la raison, nous en serions le plus turbulent et le plus divisé. Et c’est cette haute civilisation, c’est-à-dire cette haute abnégation de nos instincts individuels

au profil de la raison, qui fait que les peuples moins

226 LA SCI£!tCE DE LA MAIN.

avancés que nous, nous regardent comme une nation trop raffinée et presque factice.

S’il est vrai que nous entrons mieux que qui que ce soit dans le caractère des peuples étrangers; s’il est vrai qu’il n’est point de nation qui, après elle, ne nous préfère à toutes les autres, c’est évidemment parce que, sous notre ciel semi-septentrional, semi-méridional, il n’est point de type, soit du nord, soit du sud, dont le génie nous soit totalement étranger. Un point de conformité morale accuse notre parenté avec tous les peuples, parenté que les Romains, après s’ètre mêlés avec toutes les races, nous ont transmise avec leur sang. Que disje? il n’est pas jusques aux sauvages dont nous n’ayons) su comprendre l’humeur fantasque et les bizarres instincts, et cela si bien, que nos heureux colons, pour s’établir et s’étendre dans le Nouveau- Monde, n’ont point été obligés, comme les Anglo- Américains, d’en venir aux terribles extrémités d’une guerre d’extermination. L’approbation des Anglais suffît à un Anglais; pour nous, notre conscience s’inquiète si nous n’obtenons l’approbation

LA SClt-NCl UK LA MAIN. 22l

universelle ; d’où pour notre pays le généreux devoir d’en référer plutôt aux inspirations chevaleresques qu’à celles que suggère l’individualisme national. Et tandis qu’après avoir inoculé à l’Italie, à r Allemagne, à l’Espagne, la sainte fièvre de la liberté ; tandis qu’après avoir brisé les fers de l’Amérique et de la Grèce, nous ne conquérons l’Algérie que pour la régénérer, les Anglais ne sont jamais intervenus dans les affaires des autres peuples que pour les exploiter, que pour les rendre tributaires de leur commerce et de leur industrie. — On. a dit que l’Allemagne était le cœur de l’Europe : soit ; mais nous en sommes la tête. Notre soleil guide la marche de la civilisation du monde; et ce continent, dont nous sommes l’espérance, la lumière et la joie, reconnaît qu’il a fait une conquête, quand chez nous l’art, la science ou la liberté ont fait un pas; car, seuls entre tous, nous savons imprimer à nos conceptions le cachet de l’universalité.

La main utile.

Elle est de dimension moyenne, plutôt grande, néanmoins, que petite , doigts noueux, la phalange extérieure carrée ; c’est-à-dire dont les deux côtés se prolongent parallèlement ; il ne faut pas tenir compte de la courbe qui termine presque toujours les doigts ; le pouce grand, avec une racine développée ; la paume moyenne, creuse et assez ferme. (Je ne m'occuperai point des mains utiles à petit pouce, pour la raison que j’ai donnée en tète du chapitre des mains en spatule.)

Si je me suis bien expliqué, le lecteur aura suffisamment compris qu’un type ne se caractérise pas moins par ses répugnances que par ses entraînements, par ses défauts que par ses qualités. Or, la persévérance, la prévoyance, l’esprit d’ordre et de convenance, que j’ai dit être des choses presque étrangères aux mains artistiques, mains que le beau et ce qui plaît préoccupent davantage que Y utile et ce qui sert, abondent au contraire dans les intelligences que représentent les phalanges carrées.

Organiser, classer, régulariser, symétriser : telle est la mission, tel est le mandai des mains utiles. Elles ne conçoivent ni le beau ni le vrai, hors des limites de la théorie et du convenu. Elles ont pour les similitudes et les homogénéités, le goût que les mains coniques ont pour les contrastes. Elles savent en quoi les choses qui diffèrent se ressemblent, et en quoi les choses qui se ressemblent diffèrent, ce qui, dit Montesquieu, constitue Y esprit (comme nous l’entendons en France, où il procède du jugement, et non de l’humeur, comme en Angleterre, et non de l’imagination, comme en Italie)

où s’échelonnent en traits marqués les degrés de la hiérarchie; là, selon elles, séjournent la puissance et la sagesse politiques. Elles confondent volontiers la discipline avec la civilisation (1), c’est-à-dire l’ordre obligé avec l’ordre consenti. Elles sentent durement ou, du moins, sévèrement; rangeant tout au devoir, tendant à l’unité, assujettissant les pensées à la pensée, les hommes à Y homme, et ne tolérant des mouvements de l’âme, de l’esprit et du cœur, que ceux que la raison (considérée dans un sens assez étroit) accepte et permet.

Une loi entre autres leur est chère, celle delà continuité, et c’est surtout par là , c’est-à-dire par la tradition, la transmission, que leur expansion a lieu.

Ces intelligences, d’ailleurs vigoureuses, n’ont point d’ailes ; elles peuvent s’étendre et ne sauraient

(1) Si on maintient le peuple dans l’ordre par la crainte des supplices, il sera circonspect dans sa conduite, sans rougir de ses mauvaises actions ; mais si on le maintient dans l'ordre par les principes de la vertu et les lois de la politesse sociale, il éprouvera de la honte d’une action coupable, et il avancera dans le chemin de la vertu.

( Confucius )

s’élever. Elles chaussent les bottes de sept lieues, mais le char brûlant d’Élie n’est point à leur usage. La terre est leur unique domaine. L’homme dam la vie sociale : leurs regards ne vont pas plus loin. Elles ne savent du monde des idées que ce que l’œil nu sait du firmament. Toujours prêtes d’ailleurs à nier ce qu’elles ne peuvent ni sentir ni comprendre, et à donner pour bornes à la nature, celles de leur compréhension.

En France, ce ne fut qu’au XVII e siècle, époque vouée à la méthode et au savoir-vivre érigé en science, que les idées dont les mains utiles sont les instruments à peu près exclusifs, prirent la direction de la société.

L’architecture, sous leur empire, ne dut plus, comme au X\'° et XVI e siècles, tendre à la poésie et aux plaisirs de l’imagination, mais à la symétrie et à l’utilité matérielle; comme un célibataire désillusionné qui prend femme et se range, elle dut rompre avec la fantaisie et s’asseoir, elle aussi, sur la froide dalle de la réalité.

• Les monuments de Louis XIV, entièrement dénués d’idéalité, semi-palais, semi-convents, semicasernes, grands de surface, mais non de caractère, rappellent par leur uniformité, leur aridité, le génie de ce despote inexorable et vain, que le soin de sa personne et de sa fausse grandeur retint toute sa vie loin des champs de bataille, loin des voies épiques et populaires, et auquel la tolérance et la clémence, ces vertus des grandes Ames et des grands esprits, furent aussi inconnues qu’à Philippe IL.

« L’esprit de Louis XIV, dit Saint-Simon, était au-dessous du médiocre ; il eut toute sa vie plus de faible que de goût pour la gloire. Né modéré, secret, maître de sa langue, son amour pour l’ordre et la règle était extrême; il se tenait en garde contre le mérite transcendant, contre la supériorité de l’esprit , des talents et des sentiments. Il jugeait les hommes par leur goût et leur aptitude pour les détails, noyé qu’il était lui-même dans les vétilles, et perdant son temps dans l'examen des minuties. Parce qu’il aimait la symétrie, il se croyait doué de l’instinct du beau. Il réglait tous les matins l’emploi de sa journée, donnait ses ordres avec net-

teté, et était exact aux heures qu’il indiquait. Quoi qu’il pùt arriver, il prenait médecine tous les mois, entendait la messe tous les jours et communiait cinq fois par an. U avait le goût de la promenade et de la chasse. Il montait et se tenait à cheval avec grâce, tirait à merveille, dansait bien, jouait admirablement à la paume et au billard. Il savait composer son sourire, son langage et jusques à ses regards. Sa politesse, pleine de nuances, était pourtant toujours la même. Aux dames, il ôtait son chapeau tout à fait, mais de plus ou moins loin, selon leur rang. Aux gens à demi titrés, il le tenait en l’air ou à son oreille, quelques instants plus ou moins marqués. Aux seigneurs, mais qui l’étaient moins que ces derniers, il se contentait de mettre la main au chapeau. — Comme pour les dames, il l’ôtait pour les princes du sang. — A ses repas, il se soulevait à demi pour chaque dame à tabouret qui arrivait. — 11 voulait (car nul homme ne fut moins romanesque que lui) que ses maîtresses et les dames de sa cour eussent faim quand la fantaisie de les voir manger le prenait. — En voyage, il n’aimait pas qu’elles s’aperçussent de la chaleur ou du froid.

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Elles lui plaisaient par une humeur toujours égale, et il voulait qu’elles fussent toujours gaies, toujours prêtes à marcher, à danser, à le suivre où il lui plaisait d’aller. — 11 était constamment vêtu de couleurs plus ou moins sombres, avec une broderie très-légère ; jamais de bagues ni de pierreries qu’à ses boucles de souliers, de jarretières et de chapeaux, le cordon bleu sous l’habit, excepté les jours de fête de famille, où il le portait par-dessus, avec des pierreries pour huit à dix millions. »

Si le type carré à grand pouce, qui est le seul auquel puisse appartenir ce caractère, n’eùl pas été en extrême majorité en France, sous ce règne, le nom de Louis XIV ne nous fut pas parvenu environné de tant de louanges. Les hommes de cette génération, semblables par l’organisation et le tempérament, le furent aussi non-seulement par le génie, mais encore, à beaucoup d’égards, par les traits du visage; qu'on les regarde, qu’on les écoute, il ont tous entre eux un air de famille. Ce sont de grands nez âquilins et des bouches austères ; ce sont des esprits positifs et raétho Jiques, raisonnables et limités.

Les visages ronds, les nez retroussés, les airs indépendants, les vives allures physiques et murales appartiennent à la race philosophique du XVIII' siècle.

Et les nez dessinés en bec d’aigle, les visages en mufle de lion, les yeux ronds des hôtes fauves, les sourcils surbaissés, à l’époque batailleuse et remuante de l’Empire.

Même eu littérature, ce que les mains utiles peuvent comporter d’idéalité, se borne à peu de chose ; elles s’en défient comme de l’audace dans la pensée, comme de la nouveauté dans la forme.

Leur muse, méticuleuse bégueule, dont la science surpasse l’innocence, ne s’aventure jamais que sur les routes frayées, aimant mieux procéder par la mémoire que par le sentiment, et donnant plus de fête à son esprit qu’à son imagination. — Aux mots qui peignentles objelsdanslaspéciaütédeleur forme, ces mains préfèrent ceux qui les expriment dons la spécialité de leur usage. (Ainsi elles donnent le nom générique de barque à la joneque, à la pirogue, etc.}, d’où, dans leurs écrits, le défaut

de couleur locale. — Elles aiment, avant tout, dans le style, la clarté et la correction, dans ce qu'elles appellent la poésie : le rythme, l’agrément dù aux soins de l’arrangement et de la combinaison : — dans les rapports sociaux ; la sûreté, l’exactitude, — dans la vie : la modération. Circonspectes et prévoyantes, le. connu leur plaît, l’inconnu leur est suspect. Nées pour la culture des idées moyennes, elles tiennent moins au vrai qu’au vraisemblable. Elles se recommandent par le bon sens plus que par le génie, par l’esprit et le talent plus que par les hautes facultés de l’imagination. A leurs yeux, très-compétents en ce point, l’homme le plus sociable n’est pas celui qui goûte le mieux les qualités des autres hommes, mais celui qui s'affecte le moins de leurs défauts. Elles ne se proposent pas le beau, qui est un besoin de l’Ame, mais le bien, qui est un besoin de l’esprit.

Celte sorte de despotisme tracassier, qui a sa source dans l'amour de l’ordre et de la règle ; l’hvpocrisie et la méticulosité, qui naissent d’un amour exagéré pour là réserve et l’esprit de conduite; cette sorte de pédantisme qui résulte du respect

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personnel ; la froideur, qui ressemble à la modération ; la flatterie et l’adulation, vices particuliers aux esprits (loués de l’instinct hiérarchique, la roideur dans l’ajustement et le maintien ; la dureté dans la ponctualité; l’abjecte soumission dans l’ambition, sont les défauts les plus saillants des personnes appartenant au type utile.

Elles n’acceptent que l’homme appris, cultivé, discipliné, martelé, taillé surlepairon. Où l’homme appris se montre dans sa grandeur et dans son éclat, là elles vont chercher leurs exemples et leurs modèles. — Quand la nation, comme une géné-

reuse parvenue, voulut enfin parler un langage digne de sa fortune et à la hauteur de sa gloire, ce ne fut pas aux sources cachées dans les épopées chevaleresques du moyen âge, que les mains à phalanges ctirrées du XVIII* siècle en appelèrent. Elles tournèrent leurs yeux vers Athènes et vers Home, vers les noms consacrés d’Euripide et de Virgile, de Démosthène et de Cicéron. — Dès lors, le pouvoir appuyé sur le génie des universités, eut une littérature à part, comme il avait une architecture à part, l’une et l’autre d’imitation et de re-

flet, l’une et l’autre se décorant de l’épithète de classique. — Mais les campagnes, naturels séjours de la Liberté et de la Vérité élémentaires, s’en tinrent à la naïve poésie du sol, et dédaignant les dieux étrangers, demeurèrent gauloises, chrétiennes et romantiques.

Chaque pays, dit quelque part Philippe de Coramines, en parlant du long séjour des Anglais en France et des Allemands en Bourgogne, finit toujours, quoiqu’on fasse, par demeurer aux paysans, c’est-à-dire aux' nationaux. 11 en est de même de l’arène littéraire.

Plutôt bourgeois que citoyens, les hommes à phalanges carrées s’accommodent mieux des privilèges que de la liberté. L’autorité est au fond de tous leurs instincts, celle du rang, celle du sang, celle de la loi, celle de l’usage; ils veulent sentir et faire sentir le frein. Tout ce qui gène l'homme le fortifie, disent-elles par la bouche de Joseph de Maistre , il ne peut obéir sans se perfectionner, et par cela seul qu'il se surmonte, il est meilleur.

gieux, politique, et auxquels, en vertu de l’organisation qui les gouverne, doivent demeurer étrangers les sublimes entraînemements de l’enthousiasme et de la liberté.

Ainsi, d’un côté, l’art plastique n’est plus, car l'art plastique n’est rien où l’assentiment des masses est compté pour rien ; et de l’autre, la vraie poésie n’est pas encore, car l’ange Géant, l'ange au front couronné d’étoiles et qui siège à la droite de Dieu, l’ange des chants lyriques, des pensées sublimes , des grandes images, l’ange que Racine eût peut-être évoqué si son siècle le lui eût permis, n’a pas encore agité sur la France, que préoccupent les soins de son organisation et les scrupules dévots de son roi, ses grandes ailes de feu. Les mains artistiques s’en sont allées, et les mains psychiques ne sont pas venues. C’est le temps des lettrés et des beaux-esprits, des nuances et des subtilités littéraires, des grands talents sans doute, mais non pas des lumières. Coustou, Coisevox et Le Pujet, ce dernier surtout, donnent bien encore la vie au marbre, mais ils ne lui donnent plus le beau. Trop grands poètes pour n’ètre pas incompris.

Î42 LA SCIENCE l*E LA MAIN.

Le Poussin s’exile en Italie, Lesueur s'enferme dans un cloître , et Claude Lorrain dans la nature (Lamennais). Nul homme officiel de ce temps n’a un sentiment vrai des beautés de la nature champêtre ; dans le tracé des jardins, la géométrie se substitue au dessin, et la symétrie à la grâce. Au théâtre , l’excès de réserve, de convenance et d’art, nuit au spectacle et le refroidit. Comme la nation, la muse tragique, durement entravée, s’interdit le mouvement, et semble comprendre que sous le faix écrasautde ses innombrables théories, elle agirait sans grâce. Toutefois la comédie, la fable, le roman de mœurs, compositions appartenant au genre moyen, et laissées plus libres, probablement pour cette raison, atteignent à cette époque aux dernières limites de la perfection. — La France qui, avec le génie des mains artistiques a abdiqué la haine du convenu et delà régularité, l’entrain fanfaron, les airs évaporés, la verve pétulante, si chers aux contemporains du sire de Brantôme, ne procède plus qu’avec poids et mesure. Elle a discipliné jusqu’à la galanterie et théoriquement levé le cours des fleuves de Tendre. Elle a pris un air

grave, magistral, et s’est affublée d’une volumineuse perruque : ne la dérangez pas, elle est en affaire ! - A la science, dont l’autorité redoute les hardies et logiques déductions, à l’histoire, dont les recherches lui donnent de l’ombrage, au courage guerrier dont l’aveugle ardeur et l’aventureux élan l’ont trop de fois compromise, le géuie des mains utiles impose pour borne; infranchissable, pour point de départ obligée pour frein : la foi officielle, la tradition , la tactique. Malheur du reste aux esprits récalcitrants et novateurs que leur instinct entraîne vers les splendides horizons du monde des idées ! Ces terribles mains comptent au nombre de leurs arguments la spoliation, l’exil, les fers et le bourreau.

Ainsi Baville, qui ne voyait qu’un inconvénient dans les tortures et les supplices publiquement infligés aux protestants, à Montpellier : la comjxission qu’ils inspiraient à la foule. — Ainsi Dominique, à qui le fanatisme suggéra l’idée de l’anéantissement de tout un peuple. — Ainsi le duc d’Albe, qui se glorifiait d’avoir fait mourir 1 8,800 hommes par la main du bourreau. — Ainsi Robespierre,

si compassé, que pétrifiait la logique la légalité et la probité. — Ainsi Louis XIV, dont l’esprit noué, ne put jamais s'élever jusqu’au doute.

Non men che saper dubitar mi agrada (Dante).

lin très-beau portrait du cardinal de Richelieu, par Philippe de Champagne, appartenant au Musée de Caen, représente ce prélat avec des doigts pointus. C’est là une flatterie gratuite s’il en fut (si pourtant flatterie il y a, car la main se montrant de profil , les doigts ne peuvent guère apparaître autrement que pointus ). Le cardinal de Richelieu, qui recommande dans son testament d’éloigner des affaires publiques tous les gens d’une probité trop délicate, eut, comme chacun sait, le sens social et politique aussi étendu qu’il eut le sens moral borné. Plus coulant sur les intérêts du ciel que sur ceux de la terre, il n’arma contre les protestants que pour les dépouiller de leur force matérielle. Quoiqu’il eut la manie des vers, c’est-à-dire du rythme et du nombre dans la parole, il n’avait à aucun degré le sentiment de la poésie. Ce fut un ennemi très-réfléchi et très-hardi, des instincts in-

dépendants et hardis, un nivel&ur aux yeux duquel deux choses seules furent saintes r l'unité et l’autorité.

Certainement, ainsi qu’Aristote, ce parangon du type carré, ainsi que Boileau, ce prototype des poètes selon la règle, ainsi que Turenne et Vauban, ces généraux selon la science, Richelieu eut des phalanges carrées et non des phalanges pointues.

Versailles, où tout se range à la ligne droite, et s’efface dans une tyrannique et fatigante symétrie — où les maisons, comme des douairières hautaines, s’étalent, raides et froides, uniformément fardées de grands pans de briques rouges en guise de porphyre. — Versailles, où il semble qu’on ne devrait se promener qu’en habit de cérémonie et d’un pas de procession, — où, pour analyser les sentiments que fait éclore la fastueuse indigence de son architecture bâtarde, l’esprit en appelle plutôt à l’arithmétique qu’à la poésie! — Versailles, dis-je, ses jardins, son palais, seront toujours pour les mains utiles à grand pouce, la plus •il)

parfaite expression du beau monumental comme il leur est donné de le comprendre.

Le publieain pur sang, le bureaucrate estampillé au vrai type du genre, a nécessairement des phalanges carrées. Satellite de l’arithmétique, il gravite dans sa sphère aride, et tire d’elle sa pâle splendeur. Sa plume revêche et rechignée n’obtempère qu’à la loi, car il porte le fisc dans son cœur, et n’a pas plus d’entrailles que le fisc. Vivant en dehors de la pensée, en dehors des événements, loin du choc des opinions, des intérêts, des épées, il concentre sur lui tout ce que son cœur a de sensibilité, tout ce que son esprit peut former de combinaisons. 11 est ainsi fait, qu’il ne saurait se passionner pour rien ; la foule ondoie et bourdonne dans la rue : c’est le roi qui passe ! aussitôt il suspend à ses lèvres un sourire d’allégresse obligée, qu’il éteindra comme un lampion, dès que le roi aura passé. A ses yeux, le meilleur des gouvernements est celui sous lequel il émarge. Il sait d’avance à quel âge il se mariera et combien d’enfants il aura. Placé en dehors de toute chance de gloire,

attendu que \’ innovation lui est interdite, il la ravale partout où la salue l'enthousiasme populaire. Il porte aux professions qui ne relèvent pas de IVcriloire le mépris que les paysans ont pour les métiers où l’on ne sue pus. A son avis, l’homme n’est supérieur aux autres créatures que depuis l’invention du papier, et il regarde comme contestable la renommée des prétendus grands hommes qui n’ont jamais su lire ni écrire. — Plus que le poète, plus que l’artiste et le savant, ces patriciens de droit divin, il tient à la hiérarchie et aux classifications sociales ; il attend de Y assimilation une aristocratie factice, un rang, une importance que ne saurait lui donner la nature éminemment roturière de ses travaux.

En France, le scribe brodé, chargé de renouveler la chaussure du soldat, et de compter les survivants après la bataille, a droit aux mêmes décorations, distinctions, prestations, que le général qui nous a conduits à la victoire. — Tant vaut le sang, tant vaut l’encre.

Nous avons des jaugeurs qui ont rang de colo-

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