CONTRASTE DES COULEURS JUXTAPOSÉES
V Lorsque deux couleurs, qui se suivent dans l'ordre du spectre, sont placées côte à côte, elles prennent de plus en plus, à mesure qu'elles se rapprochent Tune de l'autre, l'aspect de la couleur qui les précède ou qui les suit.
Exemple: Houge et orange; le rouge qui touche à l'orange se rapproche de la couleur cramoisi qui le précède; l'orange qui touche au rouge se rapproche de la couleur jaune qui le suit. Le jaune à côté du vert devient plus orange, le vert à côté du jaune plus bleu; le bleu à côté de l'outremer devient plus vert, l'outremer à côté du bleu plus violet, le violet à côté du cramoisi plus outremer, le cramoisi à côté du violet plus rouge, etc.
2"" Lorsque deux couleurs séparées par une autre, dans l'ordre du spectre, sont juxtaposées, ce sont encore les mêmes résultats.
Exemple : Rouge à côté du jaune devient plus cramoisi, jaune à côté du rouge plus vert, etc.
3° Lorsque deux couleurs sont séparées par deux autres, dans Tordre du spectre, elles sont, comme nous l'avons dit, complémentaires; alors elles ne changent pas lorsqu'elles sont juxtaposées, mais elles s'exaltent.
Exemple : Rouge à côté du vert augmente d'intensité, il paraît rouge plus vif; vert à côté du rouge paraît vert plus vif, de même pour toutes les couleurs avec leurs complémentaires.
4*^ Lorsque deux couleurs séparées par plus de deux autres, dans l'ordre du spectre, sont juxtaposées, elles se rapprochent chacune de la complémentaire de l'autre.
Exemple : Rouge à côté du bleu se rapproche de l'orange, complémentaire du bleu, il devient plus orange ; le bleu à côté du rouge se rapproche du vert, complémentaire du rouge, il devient plus vert.
Le rouge et outremer. Le rouge à côté de l'outremer se rapproche du jaune, complémentaire de l'outremer, il devient plus orange;
Toutremer à côté du bleu se rapproche du vert, complémentaire du rouge, il devient plus bleu.
L'orange et outremer. L'orange à côté de l'outremer se rapproche du jaune, complément taire de l'outremer, il devient plus jaune ; l'outremer à côté de l'orange se rapproche du bleu, complémentaire de l'orange, il devient plus bleu, etc.
Après ces explications, il est facile de comprendre comment on peut modifier Faspect d'une couleur sans la changer.
Lorsque vous aurez épuisé toutes les res sources de la palette pour rendre une couleur intense, vous pourrez encore augmenter son éclat en l'entourant adroitement d'objets de sa couleur complémentaire ; si, au contraire, vous trouvez qu'une couleur est trop prononcée, vous pouvez l'atténuer en l'entourant d'objets de la même couleur, plus intense.
Exemple : Une draperie orange sera rendue plus orange encore, entourée de tons bleus ; un rouge entouré de tons verts paraîtra plus rouge, etc. Un portrait dont les carnations sont un peu trop rouges, mais auxquelles on
ne veut pas toucher, reprendra un aspect normal avec un fond rouge; s'il est trop pâle, il deviendra plus rose avec un fond vert, etc.
N'ayant pas sur notre palette les intensités lumineuses et colorantes dont dispose la nature, nous sommes obligés, pour imiter les phénomènes qui s'y produisent, de les exagérer : c'est pour cela qu'il fallait les connaître.
Reprenons l'exemple de tout à l'heure, où nous avons vu que la fumée d'une chaumière paraissait bleuâtre, sur le fond sombre des arbres et rousse sur le ciel. Si, après avoir peint ces arbres et ce ciel, nous frottons un ton uniforme pour représenter la fumée, nous n'obtiendrons pas le même résultat que dans la réalité. Notre ciel à nous n'a pas Tintensité lumineuse du vrai, et, pour en donner l'illusion, nous avons exagéré le foncé des arbres : il nous faut donc aussi exagérer le ton de la fumée en bleu sur les arbres, et en orange sur le ciel.
Si nous peignons d'après nature cette fumée, nous ferons cette exagération instinctivement; mais si la chaumière ne fume pas ce jour-là et que nous ignorions ces lois, il est plus que
probable que nous peindrons de chic une famée fausse de ton.
En somme, ce que nous voudrions faire bien comprendre, c'est que la connaissance des lois du coloris facilite le travail du peintre, en ce sens qu'elle lui permet de se rendre compte des causes qui produisent les différents effets que font les couleurs dans la nature, de même qu'on dessine plus facilement quand on sait la perspective et l'anatomie.