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LES EMBUS

Lorsque, dans l'exécution d'un tableau, par suite de retouches successives, des émbus se produisent, on peut, nous l'avons dit, les faire disparaître avec un léger frottis de vernis à retoucher. On doit même répéter l'opération chaque fois qu'ils se reproduisent, car tant qu'un embu persiste, c'est que les vides intérieurs ne sont pas comblés et il faut qu'ils le soient pour la conservation du tableau.

Les embus sont la maladie de la peinture à l'huile, et, pour la bien guérir, il faut d'abord la bien connaître. Jusqu'à ce jour on s'est contenté d'en faire disparaître les effets immédiats, mais sans en étudier les causes et par conséquent sans porter remède aux effets qu'elle peut avoir dans l'avenir. Nous allons donc être

obligés d'entrer à ce propos dans quelques explications.

Les couleurs broyées contiennent l'huile nécessaire pour coller les petites parcelles de matières colorantes les unes aux autres et leur donner, selon les lois de la réfraction dans les milieux de densité différente, un aspect plus coloré et plus transparent que si ces matières étaient à Fétat de poudre libre ; mais cela à une condition, c'est que Thuile restera également répartie autour de toutes ces parcelles. Et c'est justement ce qui n'a pas lieu.

Disons d'abord que, dans le cas qui nous occupe, l'huile ne suit pas les lois de la pesanteur, mais qu'elle obéit à la loi de la capillarité, qui est que dans les conduits de petites dimensions les liquides cheminent dans tous les sens, aussi bien de bas en haut que latéralement ou de haut en bas.

Or, les interstices que laissent les parcelles imperceptibles de couleur entre elles, forment autant de petits canaux parfaitement propices à ce phénomène. Une des meilleures preuves de ceci, c'est que l'huile ne descend pas dans

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le bas du tableau, quoique celui-ci soit presque toujours vertical : elle reste en suspension dans la couche de couleurs qui la contient, mais, dans l'épaisseur de cette couche, elle se distribue de façon difTérente, selon les circonstances. C'est cela que nous allons étudier. Quand on étend une première couche sur un panneau, sur une toile ou autre subjectile, enfin sur la surface plane d'une matière quelconque ; si cette matière est poreuse, telle que du bois, du carton, un mur de pierre ou de plâtre, l'huile s'y imbibe en partie et la couleur reste plus ou moins terne selon la quantité qu'elle a perdue de son huile.

Si les matières sur lesquelles on peint sont préparées à l'aide d'un enduit, celui-ci sera néanmoins toujours un peu absorbant, et il faut qu'il le soit pour que l'huile pénétrant un peu jette les racines nécessaires à l'adhérence. Dans ce cas, un peu d'huile est employée à cet effet et la couleur reste encore un peu terne, mais moins cependant que lorsqu'il n'y a pas d'enduit.

Il semblerait qu'en continuant à superposer

des couches les unes sur les autres, Fhuile de chacune s'infîltrant dans la précédente pour remplir les vides qui se sont formés, on devrait avoir une succession de couches toujours embues : cependant cela n'a pas toujours lieu, par la raison suivante.

Lorsqu'on piétine sur du sable qui a été mouillé, Feau ressort, et cela sans que le sol s'abaisse. Si même on fait un petit monticule de ce sable mouillé et qu'on recommence l'expérience, Feau remonte encore au sommet. De la terre glaise que Fon pétrit, un mur humide que Fon frappe donnent lieu à un phénomène semblable. De même plus on triture la couleur, plus Fhuile ressort et s'agglomère à la surface.

Dans ces conditions, une couche de couleur étendue sur une autre couche, même embue, reste luisante.

Il semblerait encore qu'en repeignant sur cette surface luisante on doit avoir une couche normale. Il n'en est rien, parce que Fhuile, en se portant à la surface, a laissé, dans l'intérieur de la couche, la couleur privée d'huile :

l'ébauche et l'exécution.

tous les petits canaux dont nous avons parlé, qui sont produits par les interstices entre les parcelles de couleurs, sont vides sous cette lame d'huile extérieure, et voici ce qui se produit alors que Ton repeint par-dessus. L'huile, quitlant la nouvelle couleur, pénètre à travers les pores de Fhuile sécliée à la surface de la couche précédente, appelée, sucée, pour ainsi dire, par ces canaux vides comme par une éponge, et le résultat est encore de Tembu. Donc, Fembu se produit aussi bien quand on repeint sur une peinture déjà embue ou sur une peinture luisante quand cette peinture, tout en étant sèche, ne Test pas depuis trop longtemps. Mais si la couche luisante est assez sèche et que les pores en soient assez resserrés pour que la nouvelle huile ne puisse la pénétrer, la peinture sera normale; seulement les canaux de dessous resteront vides, et toutes les fois qu'il y a des vides dans la construction de la peinture, c'est au détriment de la solidité.

C'est comme un mur construit en pierres sèches et simplement recouvert d'un mortier

extérieur. Qu'il survienne le moindre tremblement de terre, Fenduit se lézarde et le mur s'écroule. Or pour la construction d'un tableau les mouvements de la toile ou du panneau sont de terribles tremblements de terre. Les pommades que Ton emploie pour retirer l'embu ne pénètrent pas assez pour combler les vides qui se sont formés. Il faut donc infiltrer dans ces petites catacombes un nouveau mortier et c'est là que le pétrole est utile pour l'y conduire.

Ce mortier sera-t-il de l'huile?

Nous avons dit qu'il y en avait bien assez dans les couleurs. Ce n'est pas une raison parce qu'elle s'y trouve mal répartie pour en ajouter de nouvelle; il vaut mieux prendre la résine normale qui apportera de la solidité, conservera et augmentera même la transparence sans le jaunissement et l'obscurité que l'huile amène toujours avec le temps.

Il y a encore un avantage à se servir pour cet usage de la résine en solution dans le pétrole : si cette résine se dissout bien à froid dans l'huile, c'est que tous les pores resteront bouchés par cette résine si on ne repeint plus,

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et que si on repeint, Thuile dissolvant cette résine qui bouche les pores pourra y infiltrer ses racines.

Ceci doit faire bien comprendre pourquoi toute matière destinée à retirer Fembu, qui n'est pas soluble à l'huile à froid, est absolument désastreuse. En effet, le manque d'adhérence fait écailler la peinture et c'est bien un vrai désastre pour elle.

En observant bien tous les préceptes cidessus, on doit exécuter un tableau à l'huile dans les meilleures conditions de soHdité possible et obtenir des couleurs le maximum d'éclat et de fraîcheur qu'elles peuvent donner par ce procédé.

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