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AQUARELLE FIXE PAR LE PEU

Nous avons parlé, à propos de la peinture murale, d'un procédé que l'on pouvait appliquer à l'aquarelle.

Ce procédé, auquel nous avons donné le nom d'aquarelle fixe (Voyez page 327), peut s'employer sur papier, sur bois ou sur étoffe, et toutes les matières du reste, pourvu qu'elles puissent résister au degré de chaleur nécessaire à la fixation, qui est de 120 à 150 degrés.

Les couleurs enfermées dans les lubes se conservent indéfiniment et sur la palette restent fraîches pendant des mois ; pour les employer, on les détrempe avec de Teau ou avec moitié eau, moitié glycérine, quand on veut travailler longtemps dans le frais.

Lorsqu'on les laisse sécher sur le papier,

elles prennent Faspect du pastel; mais on peut les humecter de nouveau à l'aide d'un vaporisateur, et lorsqu'elles sont fixées au moyen de la chaleur, elles reprennent l'aspect qu'elles ont étant mouillées.

Le fixage se fait au moyen d'une lampe à alcool surmontée d'un tuyau coudé, dont on promène l'orifice devant le tableau ; lorsque la couleur prend un aspect luisant sous l'influence de la chaleur, on laisse refroidir et on lave à grande eau pour enlever la glycérine. Ce lavage peut se faire sous le robinet d'une fontaine ou avec une éponge que l'on presse au-dessus de Faquarelle, de façon que l'eau glisse verticalement, ou, si le sujet n'est pas bien grand, en l'immergeant dans un seau d'eau à plusieurs reprises.

Alors on laisse sécher naturellement ou on active ce séchage avec la lampe que l'on tient assez éloignée, et quand toute trace d'eau a disparu, on rapproche la lampe ; à ce moment, 'aquarelle est devenue blanchâtre : et on la voit reprendre sa valeur à mesure que la chaleur ^'^çcentue.

l'aquarelle.

Quand toutes les couleurs sont revenues à leur ton primitif, Faquarelle est fixée. On penl alors repeindre par-dessus sans crainte de rien détremper ; on peut même laver avec l'éponge, comme on le ferait sur un tableau à Thuile ; seulement il ne faut pas frotter en appuyant trop fortement parce qu'alors ce n'est pas la couleur qui partirait, mais le papier qui se désagrégerait, comme tout papier mouillé que l'on frotte énergiquement.

On peut introduire la cire dans cette peinture en la préparant en solution dans la glycérine par l'ammoniaque (Voy. page 320) ; cette solution se garde parfaitement en bouteille.

Cette cire ainsi préparée se mêle avec les couleurs en peignant, mais le mieux est d'en passer une couche avant de peindre.

Lorsqu'on aura usé de la cire une fois dans une aquarelle, il sera nécessaire de donner cette couche de cire chaque fois que l'on voudra repeindre, parce que la chaleur du fixage la fait fondre et que les couleurs nouvelles ne reprendraient pas pardessus, mais, avec cette couche de cire préparée, elles reprennent parfaitement.

L'emploi de ce procédé nécessite une certaine habitude, comme on peut le comprendre, et il y a dans le chauffage un tour de main à prendre; mais quand on y est accoutumé, il devient très facile de s'en servir, et les résultats, d'une solidité parfaite, tiennent le miHeu entre le pastel et l'aquarelle. Il est utile de réserver le papier pour les lumières , de manière à ne pas être obligé de mettre d'empâtements de blanc, et celui-ci doit être de Foxyde de zinc, car les carbonates de plomb ou de chaux ne supportent pas la chaleur nécessaire au fixage.

Quand l'aquarelle ainsi faite ne contient pas de cire, on peut la vernir au vernis à Tœuf léger et par-dessus, avec le vernis à retoucher, le fixatif ou le vernis à tableau.

On peut aussi vernir ces aquarelles sans cire avec de la gomme laque dissoute dans l'eau

par le borax. (Voyez page 318.)

Quand l'aquarelle contient de la cire, il est préférable de se contenter de passer dessus une couche de cire préparée à la glycérine et de chauffer; la cire se fond et la glycérine ressort à la surface en petites gouttelettes, comme

L AQUARELLE

une buée ; un léger lavage l'enlève de suite et un dernier chauffage unifie le tout en répartissant la cire également sur toute la surface.

Quand on emploie ce procédé sur des matières colorées, comme le bois, le carton, etc., il est utile de les cpuvrir d'un enduit qui fasse une surface blanche. Dans ce cas, pour éviter des lavages et des doubles chauffages, on devra avoir du blanc de zinc préparé à Feau sans glycérine et l'étendre avec une queue de morue bien régulièrement; lorsque cet enduit sera sec naturellement, il sera farineux comme du pastel et un seul chauffage suffira pour le fixer.

Si, dans le courant du travail, on veut changer quelques parties de l'aquarelle déjà fixées et retrouver une surface blanche pour n'avoir pas à empâter, on enlèvera le morceau à refaire avec un linge imbibé du liquide dissolvant (du fixatif à aquarelle) et ensuite avec de l'eau. On remettra à la place une couche de blanc de zinc à l'eau pour reconstituer l'enduit. Si c'est sur papier, cela est inutile; car, après tin lavage au hquide dissolvant, on retrouve le papier blanc intact.

Ces couleurs peuvent être mélangées avec de la gomme; dans ce cas, on met moins de glycérine au broyage et on les détrempe à Teau pure. L'emploi redevient le même que pour l'aquarelle, et, après avoir chaufifé, on n'a pas besoin de laver puisqu'il n'y a plus de glycérine à enlever.

Les couleurs fixées parla chaleur sont plus imperméables que celles à l'aquarelle pure, mais ne le sont pas complètement puisqu'elles contiennent un peu de gomme.

Il est vrai qu'on a la ressource de les fixer au fixatif, mais alors il faut passer celui-ci rapidement sans revenir plusieurs fois à la même place, parce que le fixatif dissout les autres matières qui agglutinent les couleurs avec la gomme.

AQUARELLE A LA SARCOCOLLE

Nous avons usé quelquefois de la sarcocolle pour agglutiner les couleurs à Faquarelle. La sarcocolle est une gomme-résine qui se dissout à l'eau et à l'alcool.

l'auuarelle.

Elle était connue des anciens et fut très employée par les primitifs, surtout en Italie. Pline en parle déjà comme d'une substance très utile aux peintres et aux chirurgiens (son nom l'indique du reste) : on en imprégnait les bandelettes qui servaient à panser les blessures. Remplacée en pharmacie par le sparadrap, et les peintres ne s'en servant plus depuis plusieurs siècles, elle est aujourd'hui presque introuvable : cependant on peut s'en procurer et la nature en fournit autant que l'on en voudra ; il suffît de la faire récolter.

Il est nécessaire de lui faire subir quelques préparations pour la décolorer et extraire la sarcocolline, qui est la seule partie qu'on doive

utiliser. (Voyez p. 3i4.)

Les couleurs broyées avec la sarcocoUine, qui s'introduit comme la gomme, sont d'une richesse et d'une intensité colorante extraordinaires. Elles ont Tavantage de se détremper beaucoup moins vite que celles à la gomme, par conséquent permettent les glacis sur des gouaches et rendent les superpositions de teintes beaucoup plus faciles. Par contre, elles

ont Finconvénient de n'être presque pas redélayables une fois séchées sur la palette, et la ténacité de cette gomme-résine est si forte qu'en se desséchant elles enlèvent Fémail des boîtes d'aquarelle et mettent le fer-blanc à nu. On ne peut donc les employer facilement qu'en les conservant humides dans des petits ^ flacons à large ouverture, d'où on les prend avec la pointe d'un couteau. Il est du reste facile de les garder ainsi, en ayant soin de remettre de temps à autre moitié eau et moitié alcool dans les flacons, la présence de l'alcool empêchant la fermentation.

On peut détremper ces couleurs avec de l'eau mélangée d'alcool, en différentes proportions et même avec de l'alcool pur. On a ainsi une aquarelle qui sèche très rapidement, ce qui est parfois très commode, surtout avec des subjeçtiles plus ou moins imperméables, sur lesquels les teintes à l'eau pure ont une tendance à couler et à se fondre les unes dans les autres. En effet, il est très utile que sur les matières qui absorbent peu ou pas du tout l'excès du liquide qui a servi à étendre la cou-

l'aquarelle.

leur, ce liquide s'évapore d'autant plus vite qu'il est moins absorbé.

Les couleurs à la sarcocolline, détrempées à l'alcool, ont aussi l'avantage de très bien prendre sur les surfaces grasses. On peut donc faire par ce moyen des aquarelles sur des fonds peints à l'huile. Ce procédé est très expéditif et produit des effets étonnamment puissants.

Il est très commode pour la décoration dans un appartement habité où Ton craint l'odeur de l'huile, et donne une peinture très solide, surtout si on la recouvre de cire ou de vernis selon qu'on la désire mate ou brillante.

Ce genre d'aquarelle ne peut pas se fixer avec le fixatif, parce que l'alcool que contient celui-ci dissoudrait la sarcocolline ; mais il est très facile d'en faire un qui n'ait pas cet inconvénient.

Encore un mot pour les aquarellistes qui ont la fâcheuse habitude de trop sucer leurs pinceaux : la sarcocolline a un goût amer dans le genre de l'aloès et des propriétés pharmaceutiques analogues! En somme, tous ces procédés peuvent se prêter un mutuel secours

selon les besoins du travail ; nous en avons souvent mélangé plusieurs et quelquefois tous ensemble dans la même aquarelle, il faut seulement faire bien attention à leurs propriétés respectives et aux différentes façons dont il faut tîxer chacun d'eux.

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