‹ La science de la vieChapitre 3 sur 10 · Le christianisme est historiquement universel · texte numérisé non relu

Le christianisme est historiquement universel

11 embrasse Fhistoire du genre humain. Et, dans cette lutte incessante des erreurs parties de l'enfer et fomentées par la corruption humaine contre la vérité descendue du ciel, on voit celle-ci , miraculeusement sauvée et protégée par la bonté divine, briller constamment, quoique avec plus ou moins d'éclat, aux yeux des enfants des hommes, jusqu'au jour où les esprits célestes saluèrent à Bethléem le lever du soleil qui devait éclairer tout homme venant en ce monde.

Cette conduite est digne de Dieu, du père de tous les humains, qui veut la conversion, non la mort, de ses enfants.

L'Église catholique adopte et complète cette grande histoire

de la perpétuité de renseignement divin , qu'elle place en tête

de son catéchisme. Depuis les apôtres de Jésus-Christ, dont la prédication s'étendit à tout le monde (i), jusqu'à nous qui avons le bonheur de compter de fervents chrétiens dans tous les continents et les îles lointaines, l'Église nous montre une chaîne non interrompue de pasteurs enseignant notre croyance aux générations qui nous ont précédés. Par là elle nous fait entrer dans cette immense famille religieuse qui remonte jusqu'à Jésus-Christ, de là jusqu'à Moïse. Abraham, et d'Abraham jusqu'à JNoé et Adam.

Voyons maintenant ce que devient le christianisme historiquemenl universel dans l'histoire des Églises dissidentes.

En général, les Églises détachées de la grande Église n'aiment pas l'histoire , parce que l'histoire les condamne. A l'exemple des enfants d'origine douteuse , elles gardent volontiers le silence sur leurs aïeux ; et si elles s'occupent du passé, c'est moins pour établir le leur que pour défigurer celui du catholicisme.

D'accord avec nous sur les temps antérieurs au Christ, les protestants conviennent que, mêmeau milieu des plusépaisses ténèbres de l'idolâtrie, la vérité ne fit jamais défaut sur la terre. Mais il n'en fut pas ainsi depuis que l'Élernelle Sagesse eut pris chair parmi les hommes.

Ce Fils libérateur promis à nos pères coupables , ce désiré des nations attendu pendant quarante siècles , annoncé par tant de prophètes , qui célèbrent l'immense révolution qu'il doit opérer et l'éternité de son empire; ce Christ qui s'élève sur la croix pour attirer à lui l'univers (2), qui dit à ses envoyés : Allez sans crainte porter la Bonne Nouvelle à toutes les générations présentes et futures; voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles; ce Christ , hélas ! n'est pas plutôt allé s'asseoir à la droite du Père céleste, qu'il oublie sa promesse, déserte l'œuvre de son sang. Ces ministres évangéliques qu'il avait assimilés à

{i) Ép. aux Rom. ^ch.i, s.

(2) Saint Jean, ch. xii, 32.

lui-même en les appelant la lumière du monde^ le sel de la terre, s'enténèbrenl, se corrompent. Le roc qu'il avait donné pour fondement à son Église, et qu'il disait avoir affermi contre tous les efforts de l'enfer (i), Satan s'en empare presque sous les yeux de Pierre. Il est notoire, en effet , que les germes du papisme furent semés dès le temps des apôtres (2).

En vain quelques saintes âmes tentèrent de lutter contre le torrent des superstitions romaines , et réclamèrent contre les jeûnes, les abstinences, le célibat, les vœux monastiques, le culte de la Vierge et des saints, la prière pourles morts, etc. ; ces béroïques champions des libertés charnelles tombèrent sous les coups de l'anlechrist. Celui-ci , assis sur le trône le plus élevé de l'Église, la précipita d'abomination en abomination. Il régnerait encore sans partage, si le Christ, réveillé après un sommeil de quatorze à quinze cents ans , ne nous eût envoyé des hommes de sa droite, savoir: Luther à l'Allemagne, Zwingle et Calvin à la Suisse, Henri vni et Elisabeth à l'Angleterre. C'est seulement depuis qu'il y a eu de vrais chrétiens , cherchant la pure parole du Christ où elle est, dans la Bible ; s'ils ne l'ont pas encore trouvée, ce n'est pas la faute de la Bible, mais des chercheurs.

Tel est le résumé fidèle de l'histoire des temps chrétiens, sortie des plumes protestantes. Qu'en pensez-vous , mes amis ?

— Celte histoire s'arrange assez bien avec le principe rationaliste, qui ne voit dans le Christ qu'un sage dont la doctrine a eu un peu plus de retentissement que celle des autres philosophes ; mais elle est inconciliable avec une foi sérieuse à la divinité de l'Évangile et de son auteur. En présence d'un si pauvre résultat, rien ne serait plus parfaitement ridicule que le rôle du Verbe fait chair. Comment ! tant s'humilier, souffrir et mourir sur la croix , pour fournir à

(1) Saint MaUli., et), xvi, 18.

(2) Ce suDl les paroles d'un évéque anglican, cité par de Maislre, du Pape, t. II, conclus.

Salan un nouveau moyen de duper les hommes et l'occasion de ruiner une seconde fois l'œuvre du ciel ! A un fait aussi merveilleux que l'incarnation et la mort d'un Dieu , il faut un but capable de l'expliquer, tel que le salut du genre humain : si le but est manqué, le fait est inacceptable. L'Église catholique, montrant par son histoire que ce but a été en partie atteint et qu'on ne cesse de le poursuivre avec quelque chance de succès, peut seule rendre croyable le mystère du Dieu fait homme.

— Votre réflexion est très-juste. Mais ce que je vous prie surtout d'observer, c'est que l'histoire protestante ôte au christianisme son universalité historique, son caractère divin de religion de tous les temps. En rompant avec le passé , les Églises soi-disant réformées du seizième siècle ont par là même rompu avec l'avenir. Continuons.

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