‹ La science de la vieChapitre 4 sur 10 · II. — Le christianisme est doctrinalement universel · texte numérisé non relu

II. — Le christianisme est doctrinalement universel

Il renferme toutes les données nécessaires pour une solution complète du problème capital de notre destinée.

Et cette solution , l'Église catholique l'offre à tous dans son enseignement public. Je vous rappellerai , à ce sujet , les aveux de M. Joufl'roy (i). Il suffît d'ailleurs d'interroger un enfant catholique instruit de son catéchisme, pour voir qu'il possède une réponse claire à toutes les questions relatives au passé, à l'avenir de l'homme et à ses devoirs essentiels dans le présent.

Or, cette doctrine complète, qui ne laisse jamais l'individu dans l'ignorance du chemin à suivre pour faire le bien et éviter le mal, le protestantisme ne la possède pas, ne peut pas la posséder. Le jour où il voudrait donner à ses sectateurs un symbole commun et fixe de croyances, il signerait sa condamnation. Il n'a qu'un dogme, qu'un précepte.

(0 Voy. Leçon douzième.

savoir : La Bible seule est la pure parole de Dieu , et Dieu veut que chacun l interprète selon ses lumib^es.

Supposez que le protestant veuille bien accepter comme divine celte Bible que Luther et Calvin reçurent des mains de l'Église de l'anlechrist, qu'y trouvera-l-il ? Comme les écrivains sacrés n'ont consigné nulle part le résumé complet des vérités dogmatiques et morales dont Jésus-Christ exige la croyance et l'observation, chacun érigera en dogme et en précepte l'idée qui le frappera davantage. De là autant de doctrines chrétiennes que la Bible aura d'interprètes : point de doctrine chrétienne commune et universelle.

— Nous croyons pourtant savoir que les prolestants , dans la pratique, ont aussi prolesté contre leur principe de l'interprétation privée de la Bible. Ils ont eu leurs confessions de foi; ils ont leurs catéchismes , et tous leurs croyants suivent la religion de leurs pères, non en vertu de leurs éludes bibliques, mais sur la parole du ministre. C'est même parmi eux que nous avons entendu répéter plus souvent la maxime : Il faut s'en tenir à la religion de ses pères/ maxime assez plaisante dans la bouche d'enfants dont les pères ont certainement varié en religion (i).

— Je ne nierai pas certes le fait de celle protestation , comme vous dites fort bien , du protestantisme contre luimême. 11 prouve que le principe catholique de l'enseignement religieux , par voie d'aulorilé, est tellement approprié à la nature humaine, qu'il ne penl être remplacé que par lui-même, et que ceux qui nient son institution divine sont obligés de l'établir par le pouvoir de l'homme , s'ils veulent conserver dans les peuples une ombre de religion. L'établissement et la conservation jusqu'à ces derniers temps des Églises protestantes ont été l'œuvre des papautés royales,

(i) « Je n^aime pas les hommes qui changent de relipion, • disait as^ei brusquement un prince proleslanl d'Allemagne au célèhre comte de Slolherg, revenu depuis peu au catholicisme. « Ni moi non plus, ré|>artit le comte ; car ces misérahles obligent leurs descendants à en changer encore trois siècles après. «

ducales, etc. , et de l'incroyable facilité avec laquelle les peuples se sont soumis à l'autocratie religieuse des princes et des visionnaires travestis en prophètes.

Maintenant que ces religions princières et nationales ont fait leur temps, et que de toutes parts il s'élève contre elles un cri de mort, que voyons-nous? Les protestants se divisent en deux classes : les uns, pressés par le besoin d'une religion toute faite, reviennent à celle que Jésus-Christ fit il y a dixhuit siècles, ou vont en demander une aux enthousiastes enfants de Wesley (méthodistes); les autres, fidèles au principe rationaliste de l'interprétation individuelle, arrivent au mépris de la Bible, du christianisme et de toute religion.

En un mot, le protestantisme n'a vécu jusqu'à ce jour que des emprunts faits au catholicisme. Dès qu'il veut être luimême, c'est-à-dire une religion pêchée par chacun dans l'océan de la Bible , il s'évanouit comme un rêve. Les principes complètement faux peuvent subsister dans l'esprit à l'état d'idée ; mais il leur est impossible de se transformer en faits, l'erreur étant par essence ce qui n'est pas , ce qui ne peut pas être.

IIL — Le christianisme doit être pédagogiquement universeL

C'est-à-dire que le moyen de le connaître doit être à la portée de tous. A quoi servirait, en effet, une religion universelle qui ne pourrait être connue que du petit nombre?

L'Église catholique possède le moyen de porter à la connaissance de tous les hommes la religion chrétienne; et sa méthode d'enseignement est si bien adaptée à la constitution intellectuelle et morale du genre humain, que, alors même que l'Évangile ne nous la montrerait pas établie par le divin fondateur, le bon sens dirait : Voilà sans doute le mode d'évangélisation institué par Jésus-Christ !

Cette méthode est à la portée de tous les esprits. Que

faul-il pour apprendre la doctrine chrétienne de la bouche du prêtre ou du catéchiste? N'être pas sourd-muet, et, dans le cas de surdité , n'être pas aveugle; posséder le degré de jugement et de mémoire nécessaire pour n'être pas idiot. Confié au prêtre ou au catéchiste, Tenfant de l'Européen, du Chinois, de l'Indou, de l'Américain, de l'Africain, du sauvage de rOcéanie, peut apprendre en quelques mois tout ce que les plus beaux génies peuvent savoir en matière de dogme et de morale catholique.

Cette méthode est éminemment naturelle. Par elle on naît, on grandit au sein d'une société religieuse chargée de soigner notre âme, de veiller à ses besoins. Par elle Dieu nous donne des pères, des bienfaiteurs, des guides, des juges, des médecins, dans l'ordre spirituel, comme il nous en a donné dans l'ordre matériel. Nos besoins religieux, les plus importants de tous, sont satisfaits avec la même facilité et plus de sécurité encore que nos besoins temporels.

A cette évangélisation comparez celle du protestantisme : s'il ne veut pas se renier lui-même, il doit remettre la Bible à chaque enfant arrivé à l'âge de raison, et lui dire :

Mon enfant, il est temps de te faire une religion. Si Dieu l'a fait naître dans une famille chargée de donner à ton corps les soins que sa faiblesse réclamait ; s'il existe une société civile qui règle tes droits et tes devoirs envers tes parents et tes concitoyens, il n'y a point de famille spirituelle chargée d'initier ton âme à la vérité et à la vertu, point de société religieuse qui puisse t'apprendre ce que tu dois à Dieu et aux hommes , ce que tu peux en attendre dans cette vie et dans l'autre. C'est là une affaire individuelle que Dieu veut régler avec loi. La religion ou les religions de ton père, de la mère, de tes aïeux, de tes contemporains, peuvent être vraies, peuvent être fausses, à Texception toutefois de la religion romaine, qui est certainement celle de l'antechrist.

Comment te diriger dans cette importante recherche? Le

voici : Christ, au lieu de donner une religion commune aux hommes, a jugé plus convenable de leur donner un livre à l'aide duquel chacun put se faire sa religion. Ce livre, c'est la Bible, livre divin ; car, supposé que Christ ne soit pas Dieu (grande question que tu devras vider plus tard), il est certainement renvoyé de Dieu. Lis donc la Bible, mon enfant, et ne t'effraie pas de ce volumineux recueil d'histoires, de poésies, de prophéties, de lois, de sentences, au premier coup d'œil si disparates. Lis, relis, médite, confronte ces trentequatre mille versets, et la lumière se fera. Tu sauras ce que tu dois croire, pratiquer ; et fusses-tu seul de ta croyance, tu n'y devras pas moins tenir, attendu que, en religion, l'homme ne relève que de Dieu et de sa conscience.

— Croyez-vous, mes amis, que cette méthode puisse se généraliser et aboutir jamais à une religion universelle?

— Nous ne pensons pas qu'il y ait cent individus au monde qui se mettent en devoir de l'appliquer sérieusement. Ériger en interprèles d'un livre tel que la Bible tous nos garçons et nos filles à partir de l'âge de huit ans , et les charger d'en extraire la religion de Jésus-Christ, est une idée souverainement absurde et parfaitement immorale ; aussi est-elle repoussée dans la pratique. Tout protestant quelque peu religieux se fait pape dans sa famille, et décide souverainement, par lui-même ou par le ministre, du christianisme que ses enfants devront trouver dans la Bible. Le principe de la Biblereligion n'est qu'une arme contre le catholicisme. Tout le ministère des apôtres porte-Bible se réduit à faire mécroire quelques catholiques ignorants, à qui ils disent : Prenez ce livre, et faites comme nous 5 moquez-vous des prêtres, n'allez plus à léglise, et croyez ce qu'il vous plaira en fait de religion.

En somme, entre la méthode qui se propose d'apprendre le catéchisme à tous les habitants du globe, et la méthode qui prétend en faire autant de docteurs et d'interprètes de la

Bible, il y a toute la distance qui sépare le bon sens de l'extravagance complète.

— Continuons.

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