IV. — Le christianisme est socialement universel
a Les chrétiens ne voient dans l'univers qu'une vaste république commune à tous les hommes, w écrivait Tertullien, il y a seize siècles (i). Reconstruire la société du genre humain, faire de tous les peuples une grande confédération de frères unis par la connaissance et la loi de leur Père céleste, tel est manifestement le but de l'Evangile. Qui ne voit les immenses avantages moraux et matériels qui résulteraient de cette bienheureuse union ?
Otez les erreurs religieuses et morales qui perpétuent les antipathies, les haines, les rivalités de peuple à peuple, de classe à classe, de famille à famille^ faites que tous, individus et nations, acceptant la loi de justice et de charité, donnent une direction utile aux forces employées jusqu'ici à la ruine commune ; faites que, selon la parole d'un de nos prophètes, tant de bras armés pour la guerre se tournent vers la terre pour en faire jaillir de nouveaux trésors (2); que les esprits éminents, au lieu de fonder leur domination sur l'ignorance et l'abrutissement de leurs semblables ou d'aspirer à une vaine popularité par le culte des préjugés et des passions vulgaires, remplissent la mission du génie, qui est d'améliorer et d'unir les hommes en les éclairant sur leur véritable destinée; il n'en faut pas davantage pour bannir de la société les quatre-vingt-dix centièmes des maux qui la désolent.
Eh bien ! cette divine utopie, l'Église catholique a travaillé, travaille incessamment à la réaliser avec une puissance de
(1) Unam omnium rempublicam agnoscimut, mumium. Apologel., cap.
(3) IsaVe, ch. ii, 4.