‹ La science des autographesChapitre 18 sur 40 · C.vi LES COLLECTIONS PUBLIQUES xxvn · texte numérisé non relu

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archives de l'Académie des Sciences. Mon savant maître et collègue, M. Marty- Laveaux, accomplit la même tâche pour l'Académie française. La Société de l'Histoire du Protestantisme français est riche en autographes, grâce au legs de M. Labouchère et à la libéralité de son président, M. le baron Fernand de Schickler, auquel l'histoire du Protestantisme est si redevable. La Société des Gens de lettres possède d'intéressantes archives. Elle vient de créer une galerie de portraits de ses membres les plus célèbres. Pourquoi n'y joindrait-elle pas un musée d'autographes ? La Bibliothèque de l'ordre des Avocats s'est enrichie de la collection de Magistrats et de Chanceliers de France formée par M. Moulin.

Les corporations religieuses n'ont pas moins soin de leurs archives. Celles de l'ordre des Jésuites et de la congrégation de l'Oratoire sont riches, et les savants travaux du Père Sommervogel et du Père Ingold en font foi. Les Lazaristes conservent pieusement la correspondance de leur illustre fondateur, saint Vincent de Paul, et ils en ont fait récemment l'objet d'une importante publication.

Les Bibliothèques départementales possèdent presque toutes un fonds d'autographes. Celle de Lyon renferme dans une de ses salles un musée d'autographes de célébrités locales, créé par M. Aimé Vingtrinier, et qui mérite d'être développé. La Bibliothèque de Nantes s'est enrichie par legs de la collection du peintre Labouchère. La Bibliothèque de Rouen est fière des autographes du grand Corneille, qu'elle conserve précieusement, et des collections Blosseville et Leber. La Bibliothèque de La Rochelle a hérité récemment de la collection saintongeaise de mon ami et collègue Adolphe Bouyer, et la Bibliothèque d'Amiens de la collection picarde de M. de Beauvillé. Celle de Carpentras possède une partie des papiers de Peiresc. La Bibliothèque de Besançon, qui a pour conservateur mon éminent confrère M. A. Castan, est riche en autographes et en documents importants.

Les musées ont aussi des autographes. Le musée Fabre, à Montpellier, où sont les manuscrits d'Alfieri, le musée lorrain, à Nancy, qui a hérité des originaux de la correspondance de Diderot avec le célèbre sculpteur Falconet, et celui de Lille, qui doit au chimiste Dubrunfaut un fonds important, en témoignent.

Les archives départementales et communales sont des nids d'autographes. J'ai largement puisé, pour la correspondance de Louis XI, dauphin, dans celles des départements de l'Isère, de la Drôme et du Rhône. N'est-ce pas dans les archives départementales de l'Hérault que mon collègue Louis de la Pijardière a découvert les deux reçus autographes signés de Molière, qui ont si vivement ému le monde des moliéristes et des amateurs?

Je pourrais poursuivre cette énumération, mais il faut se borner. Je tiens cependant à constater la création, dans les musées de villes, d'une galerie de portraits et d'autographes des célébrités locales. Il est désirable que cette heureuse initiative s'étende à tous les départements. Une telle galerie, en effet, constitue un enseigne-

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ment fécond, et rien n'est plus juste que cet hommage rendu aux illustrations d'un département ou d'une cité.

Les anciennes familles sont jalouses de leurs archives, qu'elles considèrent comme un fleuron de leur couronne. Le duc d'Aumale conserve, dans ses galeries de Chantilly, les précieuses archives de la maison de Condé, qui ont été la base de l'histoire dont il poursuit la publication. Le duc de La Trémoille a libéralement ouvert ses archives de famille aux érudits, et de nombreux ouvrages édités par lui ou sous ses auspices ont fait profiter les lettrés de ces trésors historiques. C'est un privilège de la branche aînée des La Rochefoucauld, de posséder le manuscrit original des Maximes. Ce legs se transmet de génération en génération, et j'ai eu la faveur d'examiner cet autographe exceptionnel. Je citerai aussi un descendant du grand Racine, M. Albert de Naurois, qui possède dans sa riche bibliothèque la correspondance et les manuscrits de Louis Racine, dont plusieurs sont encore inédits.

Les nations étrangères ne sont pas moins soucieuses de conserver les autographes des grands hommes. Parmi elles, l'Angleterre tient le premier rang. Le British Muséum est certainement, après notre Bibliothèque nationale, le plus riche dépôt d'autographes qui existe. La plupart de ses fonds proviennent de grands collectionneurs, tels que sir John Cotton, Hans Sloane, le comte d'Oxford, le marquis de Lansdowne et lord Egerton. Les pièces les plus précieuses sont exposées dans des vitrines. Il y a là une magnifique série de souverains anglais ou étrangers; on y voit des lettres autographes signées de Henri VIII, de Jane Gray, de Catherine d'Aragon, de la grande Elisabeth, de Cromwell, de Pierre le Grand, de Napoléon I, etc. Parmi les autres autographes il faut citer, comme raretés, Thomas Cranmer, le cardinal Wolsey, Thomas Morus, John Knox, François Bacon, Milton, Isaac Newton, Albert Durer, Rembrandt, Van-Dyck, Galilée, Pierre Corneille, John Dryden, des signatures de Shakespeare et de Molière. Je signalerai aussi le testament de Marie Stuart, le manuscrit de la tragédie de Torismondo par Torquato Tasso, le plan autographe de la bataille d'Aboukir par Nelson, etc. Je rappellerai que le Record office contient les archives du royaume, et qu'au palais de Sydenham on conserve les manuscrits de Charles Dickens. Enfin, il faut constater que les archives des familles anglaises renferment nombre de documents précieux. Le Gouvernement a fait dresser un inventaire de ces richesses et a déjà publié plusieurs volumes (i). C'est là un exemple qui devrait être suivi par les autres Gouvernements.

La plupart des Bibliothèques des grandes villes d'Allemagne ont des fonds d'autographes. Celle de Berlin est très riche. Elle possède les collections Radowitz et Dorow et les papiers de Formey. Au palais de Potsdam, les vitrines renferment quelques autographes. A Salzbourg, le Mozarteum renferme un certain nombre de lettres de l'immortel compositeur.

(i) Neuf rapports de la Commission des documents historiques ont paru jusqu'à ce jour.

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