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Les Bibliothèques et Archives de l'Autriche, surtout celles de Vienne, renferment des autographes et documents précieux.
En Italie, les archives de Rome, de Milan, de Florence, de V r enise, de Turin et de Naples, sont pleines d'autographes. Je les ai visitées plusieurs fois, notamment en 1 88 1, dans une mission que m'avait confiée le ministère de l'Instruction publique, et j'ai pu me rendre compte de l'importance exceptionnelle de ces dépôts.
La Bibliothèque de Saint-Pétersbourg contient des autographes dont la plupart proviennent du fonds Saint-Germain, de Paris, et des archives de la Bastille (i). On a formé avec les plus intéressants spécimens une galerie intéressante. Le Musée Roumianzoff, à Moscou, possède aussi quelques pièces dans ses vitrines.
En Espagne, il faut citer les archives de Simancas, si précieuses par le nombre et par l'importance des documents, malgré le transport d'une partie d'entr'eux à Paris pendant la guerre d'Espagne.
La Bibliothèque de Bruxelles a une série d'autographes des célébrités du pays. L'Académie royale a hérité de la collection du baron de Stassart. Le Musée Plantin, à Anvers, mérite une mention spéciale. Organisé par M. Max Rooses, dans la maison des Plantin, spécimen merveilleux de l'architecture du seizième siècle, il montre, dans ses vitrines, de précieux autographes empruntés à la correspondance de ces grands typographes (2).
La Bibliothèque d'Amsterdam possède la collection d'autographes formée par M. Diederichs. Celle de La Haye est riche en documents. A Haarlem, dans les vitrines consacrées à Laurent Coster figurent quelques autographes.
La Suisse n'est pas non plus indifférente aux autographes. La Bibliothèque de Genève, dirigée par mon savant confrère M. Théophile Dufour, a organisé une galerie d'autographes. Celle de Berne renferme les précieuses correspondances de Pierre Daniel, d'Orléans, et d'Albrecht von Haller. A Neuchâtel, la Bibliothèque contient plusieurs manuscrits de Jean-Jacques Rousseau et des lettres adressées à cet écrivain, et le musée a créé récemment, grâce à M. Alfred Bovet, une section autographique (3). Il est heureux pour cette cité de compter parmi ses enfants un amateur si érudit et si libéral.
Aux États-Unis, chaque ville a sa Bibliothèque, et les autographes n'y sont point oubliés.
Je n'ai pas la prétention d'avoir donné un tableau complet des collections publiques d'autographes de l'Europe. Je me suis borné à fournir des renseignements d'ensemble sur celles que je connais de visu ou par le témoignage de mes amis.
(1) M. le comte de La Ferrière et mon ami Maurice Tounieux ont publié d'intéressants comptes rendus de leurs missions à Saint-Pétersbourg.
(2) M. Max Rooses a fait le catalogue de ce musée et il a commencé la publication des lettres adressées aux Plantin.
(3) Cf. dans le Musée Neucltatelois d'octobre 1 885 , un intéressant article de M. A. Bachelin à ce sujet.
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Je ne puis terminer ce chapitre sans parler de deux points auxquels les amateurs d'autographes ne doivent pas rester étrangers.
Le premier concerne les dons faits aux dépôts publics. Nous avons vu que les deux plus riches Bibliothèques du monde, la Bibliothèque nationale et le British Muséum, devaient une partie de leurs richesses à la libéralité des amateurs. Les exemples de Gaignières à Paris et de sir John Cotton à Londres sont typiques. C'est la plus grande satisfaction de l'homme qui a consacré une partie de son temps et de sa fortune à la formation d'une collection, que d'assurer par un legs à un dépôt public la perpétuité de son œuvre. C'est là un témoignage patent de l'utilité de sa vie et de ses recherches; c'est un acte de générosité qui recommandera longtemps son nom à la postérité reconnaissante, car les collections ainsi léguées portent le nom de leurs donateurs. On me permettra donc de faire des vœux pour que l'exemple donné jadis par Gaignières et Cotton, plus récemment par le baron de Stassart, par le peintre Labouchère, par Diederichs, par l'archiviste Adolphe Bouyer, par le magistrat Moulin, par M. de Beauvillé, inspire aux amateurs de nos jours une noble émulation. Toutes les fois que j'ai été consulté à ce sujet, je n'ai point hésité sur le conseil à donner, et ce m'a été une bien douce satisfaction d'avoir contribué à faire léguer à des dépôts publics deux intéressantes collections.
Le second point qui importe aux amateurs est la question des vols commis dans les Bibliothèques et dans les Archives publiques. Je ne m'occuperai que de la France, bien que je n'ignore pas que les dépôts étrangers n'ont point été plus épargnés que les nôtres.
Un grand nombre d'autographes et de documents ont été enlevés à nos Bibliothèques et à nos Archives. L'absence de classement, de répertoires et d'estampille, l'insouciance, l'ignorance et l'incurie des conservateurs, ont favorisé pendant la première moitié du dix-neuvième siècle les voleurs d'autographes. Les administrations elles-mêmes, comme je l'ai dit dans mon premier chapitre sur la conservation des autographes, ont, par une coupable indifférence, prescrit la vente d'une partie de leurs archives sous l'étiquette trompeuse de papiers inutiles. En somme, nos dépôts ont été appauvris, des collections ont été mutilées, et je ne trouve pas, pour ma part, de vol plus odieux que celui qui s'attaque à ce qui est la propriété nationale, le patrimoine de tous. L'homme qui a la plus triste responsabilité de ces honteuses déprédations est le mathématicien Guillaume Libri, Italien naturalisé Français, admis dans notre Institut, et qui a profité de sa réputation de savant et de ses fonctions d'inspecteur général des Bibliothèques pour piller impudemment et impunément les collections qu'il était chargé de visiter. De 1 835 à 1848, Libri a exercé sa coupable industrie. Les fonds de la Bibliothèque royale et des Bibliothèques de l'Institut et de l'Observatoire, ainsi que ceux de plusieurs grandes villes, ont été mis à contribution. Ils ont alimenté les ventes publiques de la France et de l'étranger. Nos manuscrits les plus précieux ont été livrés, soit en entier, soit même par