LES COLLECTIONS PUBLIQUES
fragments, aux amateurs anglais (i).M. Léopold Delisle s'est dévoué à la tâche utile de retrouver ces trésors disparus, et ses mémoires à ce sujet sont de véritables chefs-d'œuvre de sagacité et d'érudition.
C'est en 1848 que les vols de Libri furent découverts. Deux maîtres paléographes, Ludovic Lalanne et Henri Bordier, furent chargés de débrouiller cette ténébreuse affaire et de constater les soustractions opérées dans nos Bibliothèques. Ils accomplirent leur tâche avec une fermeté et une conscience admirables, sans se préoccuper des ennuis et des injures que leur attira ce travail. Ils établirent d'une façon irrécusable la culpabilité de l'audacieux voleur, qui fut rayé de la liste des membres de l'Académie des sciences et n'échappa que par la fuite aux suites d'une condamnation infamante. Ils publièrent, en i85i, un Dictionnaire des pièces autographes volées aux Bibliothèques publiques de la France, ouvrage des plus utiles pour faire retrouver les autographes dérobés. Les savants archivistes montrèrent notamment que les lettres adressées à Dupuy, à Peiresc, à de Thou, à Colbert, à Pithou, à Baluze, qui avaient passé dans le commerce, provenaient de la Bibliothèque nationale; que celles adressées à Godefroy ou au père Mersenne avaient été enlevées aux archives de l'Institut, et que celles adressées aux savants Hevelius et De Tlsle avaient été dérobées à la Bibliothèque de l'Observatoire. Plusieurs de ces autographes sont rentrés dans leurs dépôts respectifs, soit par des revendications, soit par des restitutions. Mais la plupart ont été vendus à l'étranger et ne nous sont pas revenus.
Ce qu'il importe de dire, c'est que le vol dans les dépôts publics est devenu maintenant un mythe. La rédaction des inventaires, la compétence des conservateurs, l'estampillage de toutes les pièces, la surveillance plus active ont depuis longtemps découragé les voleurs. Ceux-là n'ont d'autre ressource que d'opérer dans des dépôts délaissés, mais, grâce aux prescriptions nouvelles et au zèle des érudits, ce dernier danger sera écarté. Il faut dire aussi que le commerce des autographes s'est moralisé, ainsi que le demandaient MM. Lalanne et Bordier. Les experts et les amateurs n'achètent pas les pièces d'origine suspecte. Pour ma part j'ai toujours tenu à honneur défaire rentrer dans nos dépôts publics les autographes qui leur avaient été dérobés. Je suis, autant que qui que ce soit, jaloux de la conservation et de l'intégrité du patrimoine national constitué par nos Bibliothèques et par nos Archives. Une de mes plus douces satisfactions est d'obtenir des restitutions, et je suis heureux du succès de mes efforts. Je fais appel à tous les amateurs qui pourraient posséder à leur insu des lettres provenant de nos Bibliothèques. Qu'ils m'aident dans ma tâche en opérant la restitution de ces autogra-
(1) La célèbre collection de lord Ashburnam, à Londres, a été alimentée par les vols de Libri, à l'insu du grand amateur anglais. Des négociations ont été entamées, en 1884, par M. Léopold Delisle, pour faire rentrer en France un certain nombre de manuscrits précieux, mais elles n'ont malheureusement pas abouti.