RECHERCHE DES AUTOGRAPHES
C'est par intérêt qu'on conserve les papiers d'État, tels que les traités, les correspondances diplomatiques, etc., et les papiers de famille, tels que les contrats de mariage et de rentes, les testaments, les titres de propriété et de noblesse, les actes de vente ou d'échange, les correspondances particulières, etc. Ainsi se sont constituées les archives des États, des villes, des corporations civiles ou religieuses, des notaires et des familles. C'est par intérêt aussi qu'on recherche les documents pouvant servir à écrire l'histoire d'un peuple ou celle d'un personnage. Les fonds les plus précieux de notre Bibliothèque nationale ont cette origine.
C'est par curiosité qu'on recueille des pièces piquantes par le st3de, par le sujet, par la notoriété du signataire ou du destinataire (i), etc. La plupart des collections d'autographes ont été formées de cette manière.
C'est le sentiment du souvenir qui fait conserver pieusement les lettres émanant de personnages illustres. Ce sentiment est la conséquence du culte des ancêtres. On attache du prix à tout ce qui rappelle un être aimé ou un personnage illustre par ses œuvres ou par ses vertus, à tous les objets qui leur ont appartenu. Ces objets ont, au sein des familles, dans les musées publics et dans les collections particulières, une place d'honneur. On montre avec orgueil ces précieux souvenirs des ancêtres disparus, on les considère avec respect et reconnaissance (2). Or, parmi les reliques des ancêtres ou des grands hommes, l'autographe est une des plus dignes d'attention, car c'est une émanation directe de ceux qui ont droit à notre souvenir. Ces papiers ont été touchés par eux; les pensées exprimées dans ces lettres sont le produit de leur cerveau; c'est une partie d'eux-mêmes que nous possédons. Quelle relique est plus certaine et plus précieuse que celle-là? Il convient de citer à ce propos un passage de Montaigne (3) : « Quel contentement me seroit-ce d'ouyr ainsi quelqu'un, qui me récistast les moeurs, le visage, la contenance, les plus communes parolles et les fortunes de mes ancestres, combien j'y serais attentif. Vrayement cela partirait d'une mauvaise nature d'avoir à mespris les portraits mesmes de noz amis et prédécesseurs, la forme de leurs vestements et de leurs armes. J'en conserve l'escriture, le seing et une espée péculière et n'ay point chassé de mon cabinet des longues gaules que mon père portoit ordinairement en la main. »
Si ces sentiments d'intérêt, de curiosité et de souvenir sont de puissants auxiliaires pour la conservation des autographes et des documents historiques, les causes de destruction n'en sont pas moins nombreuses.
(1) Que de lettres d'amour ou de confidence portant la mention ordinaire : Brûle% ma lettre, ont été ainsi conservées! Le maréchal de Richelieu s'était plu à garder toutes ses correspondances amoureuses et à en faire un recueil aussi piquant que volumineux.
(2) En Chine, où le goût des autographes est très répandu, on a coutume d'orner les maisons de pancartes d'autographes des ancêtres. Le grand temple de Pékin, dédié à Confucius, est tapissé d'autographes des empereurs célébrant la mémoire de ce grand philosophe. (Cf. Causeries d'un Curieux, par F. Feuillet de Conches, t. II, p. 17 et 32.)
(3) Essais, II, c. xvm, éd. Courbet et Rover, t. III. p. 63.