C. i RECHERCHE DES AUTOGRAPHES ^ vil
Dans l'antiquité on écrivait sur des tablettes de cire ou sur des papyrus. Au moyen âge on employait presque exclusivement le parchemin. A dater du quinzième siècle on réserva cette matière aux actes publics, aux lettres patentes, aux brevets, et on se servit de papier pour les correspondances particulières. Le parchemin offre de la résistance et se conserve longtemps, mais le papier se détruit facilement par l'humidité, par le feu, par la main de l'homme et par les dents des animaux rongeurs. L'encre est elle-même un élément de destruction. Souvent elle est corrosive et mange le papier (i); ou bien elle pâlit et disparaît même sous l'action trop prolongée de la lumière et de l'humidité (2).
L'intérêt fait supprimer les lettres confidentielles ou compromettantes, les documents gênants pour un Etat, pour une famille, pour un individu. La valeur intrinsèque du parchemin et du papier, les divers usages qu'on en peut faire, sont également une cause d'anéantissement des autographes.
L'incurie n'est pas moins fatale. On place des pièces dans des endroits humides ou dans des greniers. Quand on songe à les regarder, souvent après un long temps, elles sont réduites en pâte par l'humidité ou elles ont été dévorées par les rongeurs. C'est ainsi que nombre d'archives de familles, de communes ou de corporations, ont disparu en totalité ou en partie (3). L'incurie favorise inconsciemment le vol ou les ventes de papiers considérés à tort comme inutiles, et plusieurs de nos administrations publiques ont perdu de ce chef des documents importants (4).
L'ignorance est un ennemi implacable des autographes et des documents. A quoi peuvent servir, dit-on, les vieux papiers, sinon à allumer le feu ou à refaire du papier blanc? Pourquoi s'encombrer de tant de paperasses inutiles? Ce raisonnement absurde est très commun. Que de trésors ont disparu pour être tombés en des mains inintelligentes! Que de correspondances importantes ont été livrées aux flammes ou aux marchands comme inutiles et embarrassantes ! Pour ne citer que deux faits, je rappellerai qu'une petite nièce de Peiresc (5) employait les papiers de
(1) J'ai souvent constaté ce fait dans les pièces du seizième et du dix-septième siècle, et surtout dans celles provenant d'Italie.
(2) C'est pourquoi il est dangereux d'encadrer les autographes. Dans les musées, on a soin de recouvrir les cadres et les vitrines où les pièces sont placées avec des volets ou de la grosse toile verte, dès que les heures d'exposition sont passées.
(3) Les parchemins des archives des ducs de Bourgogne, à Metz, ont longtemps servi à fabriquer des gargousses pour l'artillerie. C'est à un conseiller nommé M. Dufresne qu'on dut la cessation de ce vandalisme administratif. — Dans plusieurs communes les archivistes ont constaté, dans leurs tournées d'inspection, que les parchemins des archives servaient à recouvrir les pots de confitures ou de cornichons ou à fabriquer des tambours aux enfants.
(4) En France, les archives du Ministère de la Marine, et de la Légion d'honneur notamment, ont été victimes de cette incurie. — En Italie les archives particulières de la maison de Savoie ont été vendues au papier avec cette étiquette : Carte inutile. (Cf. Rapport adressé à M. le Ministre de l'Instruction publique suites lettres de Louis XI et sur les documents concernant ce prince, conservés dans les archives de l'Italie, par Etienne Charavay ; Paris, 1881, in-8, p. 27.)
"(5) Cf. Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, par Léopold Delisle, t. I, p. 283.