LES COLLECTIONS PARTICULIÈRES D'AUTOGRAPHES
Les amateurs dans l'antiquité. — Album amicorum.— Philippe de Béthune forme la première collection d'autographes. — Roger de Gaignières. — Les amateurs français et étrangers.
Le goût des autographes s'est développé dans les sociétés en même temps que la civilisation devenait plus raffinée; il a été et il est resté l'apanage des lettrés et des délicats. Les femmes affectionnent particulièrement les autographes, parce qu'elles en saisissent mieux le côté sentimental et intime.
Si les collectionneurs d'autographes sont nombreux, ils le sont toutefois moins que ceux des divers autres genres de curiosités. Cela vient de ce que les autographes n'ont pas l'avantage des tableaux, des objets d'art, des portraits, des estampes, qui font, en quelque sorte, partie de l'ameublement. Il semble nécessaire d'avoir une bibliothèque, une galerie de tableaux, quelques curiosités. C'est là une des obligations de la fortune, une des formes de la représentation. Mais des autographes ! des feuilles de papier difficiles à déchiffrer ! à quoi cela peut-il servir ? cela peut-il se montrer, se regarder, produire quelque effet ? Évidemment non, répondent les ignorants, et ils se moquent des amateurs d'autographes. Ils ont tort, car, suivant l'heureuse expression du critique Jules Lemaître appliquée aux érudits, il faut respecter les collectionneurs, « parce que leur manie implique l'amour du passé et que cet amour est une piété et une vertu. »
Dans l'antiquité — et je prends pour guide les érudites Causeries d'un curieux, du prince des amateurs d'autographes, M. le baron Feuillet de Conches, — les Romains recherchaient les écrits originaux de leurs grands hommes. Parmi les collectionneurs de l'ancienne Rome, on connaît les noms du poète Pomponius Secundus, cité par Pline l'ancien, du consul Mucianus et du sophiste Libanius. On sait que les lettres de Cicéron, les manuscrits de Virgile, les carnets de l'empereur Auguste, étaient précieusement conservés. Hélas! il n'est rien resté des autographes de l'antiquité. La barbarie relative des premiers siècles de notre ère ne fut pas favorable aux collections. La calligraphie et l'enluminure régnèrent en maîtresses, Ecrire était un