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métier dévolu à des scribes et indigne des gens bien nés. Comment s'occuper d'autographes dans un temps où il n'en existait pas, pour ainsi dire ? Ce n'est qu'à l'époque de la Renaissance italienne que le goût des collections reparut. Les manuscrits furent alors recherchés. Nos rois en possédaient, au quatorzième siècle, dans leur château du Louvre, une précieuse réunion. Bientôt leur exemple fut suivi et le goût des livres conduisit à celui de l'autographe. Au seizième siècle, la mode des albums, dits album amicorum, sur les feuillets desquels on faisait écrire ses parents et ses amis, se développa en Europe,"notamment en Allemagne et dans les Pays-Bas.
C'est à Philippe de Béthune, frère de Sully, et à son fils Hippolyte que revient l'honneur d'avoir constitué la première collection d'autographes proprement dite. A l'aide de leurs archives de famille et de celles des maisons de Nevers et de Montmorency, ils formèrent, au commencement du dix-septième siècle, une collection de lettres originales de personnages illustres, classées par règnes, qui comprend sept cent cinquante volumes et qui est un des ornements de notre Bibliothèque nationale.
Après eux, Antoine Loménie de Brienne, les Du Puy, Fabri de Peiresc, les Godefroy, Baluze, André Du Chesne, joignirent l'autographe aux livres et aux curiosités de leurs cabinets, mais leur maître à tous fut Roger de Gaignières. Ce gentilhomme, né en 1644, consacra son temps et sa fortune à recueillir toutes sortes de curiosités, avec l'aide de son valet de chambre Barthélémy Rémi, qui devint son bibliothécaire. Il rechercha avec ardeur les autographes, et il eut la bonne fortune de sauver de la destruction les papiers de Jean Bourré, le secrétaire de Louis XI, les correspondances de Roger de Bellegarde et nombre de parchemins dont la Chambre des Comptes s'était débarrassée inconsidérément. Il réunit ainsi plus de vingt-cinq mille pièces, tant en originaux qu'en copies. Il eut l'heureuse inspiration de faire don de son cabinet à Louis XIV, le 19 février 171-1. Grâce à cette générosité, le fonds Gaignières est actuellement un des plus importants de notre Bibliothèque nationale et une des sources les plus précieuses pour les historiens. Gaignières mourut le 27 mars 171 5, et son nom, qui est justement cher à tous les érudits, ne doit pas l'être moins aux amateurs d'autographes.
Au dix-huitième siècle, le président Bouhier, les d'Hozier, les Clairambault furent des chercheurs d'autographes. La bibliophilie devint à la mode. En France, à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième, nous trouvons parmi les amateurs d'autographes l'oratorien Adry, l'érudit écrivain Charles Pougens, le marquis Germain Garnier, dom Brial, Auguis, le bibliographe Barbier, l'académicien Auger, les libraires Crapelet et de Bure, le numismate Mionnet. Le plus hardi chercheur de cette époque fut Villenave, auquel on doit la découverte et la conservation de milliers de documents. Parmi ses émules et ses successeurs, il faut citer le dramaturge Guilbert de Pixérécourt, les bibliographes Renouard et Brunet, Joseph Tastu, Bérard, le rédacteur de la Charte de i83o, Gallois, Soleinne, le marquis de Chalabre, Labouisse-Rochefort, la marquise de Dolomieu, la com-
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tesse de Castellane, Lalandc, Monmerqué, de l'Académie des Inscriptions, le baron Feuillet de Conches, le célèbre compositeur Cherubini, le comte d'Hauterive, le baron de Chassiron, Capelle, le baron de Trémont, l'abbé Lacoste, Fossé-Darcosse, Alexandre Martin, le fécond auteur dramatique, Lucas de Montigny, le fils naturel de Mirabeau, le marquis de Fiers, Parison, Tarbé, de Sens, Berthevin, le marquis de Biencourt, Chambry, le savant pharmacien Boutron-Charlard, de Lajarriette, de Nantes, le baron de La Roche-Lacarelle, le docteur Payen, Duplessis, Dumouchel, Sohier, de Mantes, le peintre Julien Boilly, le grand historien Guizot, le mathématicien Michel Chasles, le philosophe Victor Cousin, le célèbre critique Sainte-Beuve, le comte d'Hunolstein, l'historien Amédée Renée, l'acteur Amant, le peintre Labouchère, le comte d'Auffay, le baron de Girardot, l'avocat Gauthier- Lachapelle, Félix Drouin, le bibliothécaire Rathery, Grangier de la Marinière, Gilbert, l'éditeur de La Rochefoucauld, Huillard, le chimiste Dubrunfaut, Bixio, le marquis de Lescoët, le magistrat Henri Moulin, l'helléniste Miller, Redelsperger, Labrouste, le directeur de Sainte-Barbe, Emile Cottenet, l'archéologue Benjamin Fillon, Alfred Sensier, l'ami et le biographe de Th. Rousseau, Engel Dollfus, le libraire Dentu, Edouard Meaume, le biographe de Callot, Jules Badin, etc.
A cette liste des amateurs français, il convient d'ajouter, parmi les vivants, les noms de MM. La Caille, dont la collection est une des plus riches d'Europe, le sénateur Léon de la Sicotière, Dancoisne, d'Hénin-Liétard, Honoré Bonhomme, le marquis de Fiers, le duc d'Aumale, Eugène Minoret, le duc de la Trémoille, Victorien Sardou, Alexandre Dumas, Arsène Houssaye, Jules Claretie, Georges de Courcel, Boucher de Molandon et Louis Jarry, d'Orléans, le marquis de Clapiers, de Marseille, Paul Arbaud, d'Aix, Louis Dériard, Gustave Rubattel et Francisque Rive, de Lyon, Victor Toussaint, du Havre, le marquis de Queux de Saint-Hilaire, René Kerviler, Alfred Bovet, Eugène Chaper, Baylé, Choussy, Édouard de Barthélémy, Bégis, mademoiselle Julia Bartet, de la Comédie-Française, Henri Cordier, Delaunay, de Corbeil, B. des Essards, le docteur Hélot, de Rouen, Jules Le Petit, le docteur Joseph Michel, Paul Guilhiermoz, Th. Lhuillier, de Melun, V. Bouvrain, Jules Martin, Ulrich-Richard Desaix, la baronne Durrieu, Ernest Lemaître, de Laon, de Refuge, Rébora, F. Kunkelmann, le vicomte Henri Delaborde, A. Rouxel, madame Magniant, Piat, de Barenton, Bourse, de Cisternes, etc.
En Angleterre, le goût des autographes était répandu dès le dix-septième siècle. Le célèbre John Evelyn possédait, vers 1698, un grand cabinet d'autographes. En 1700 sir John Cotton légua à la nation sa magnifique collection qui forme actuellement un des fonds les plus précieux du British Muséum. En 1753, le Parlement anglais acquit les collections formées par le botaniste Hans Sloane et par Robert Harley, comte d'Oxford. En 1817, il acquit celle de William, marquis de Lansdowne. En 1829', le comte Bridgweter légua au British Muséum la collection Egerton. Au dix-neuvième siècle, je mentionnerai William Upcott, Dawson-Turner,
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Donnadieu, Robert Cole, John Anderson, sir Thomas Philips, Hervey, le baron Heath, John Dillon, John Young, Ridgway, etc. Je dois citer à part M. Alfred Morrison, qui a réuni la plus riche collection et qui fait publier luxueusement par mon ami A.-W. Thibaudeau le catalogue illustré de ses trésors autographiques.
Parmi les amateurs de l'Allemagne, je rappellerai les noms du baron de Radowitz, du comte Esterhazy, d'Aloïs Fuchs, du consul Clauss, de Charles de la Tour à Vienne, du docteur Théodore Wagener, du docteur Charles de Halm, du général bavarois von der Tann, de Wilhelm Kunzel, de Cari Meinert, et surtout de M. Alexandre Cohn, le prince des collectionneurs allemands, qui vient de publier le premier volume du catalogue raisonné de son riche cabinet.
En Italie, il faut mentionner la marquise de Barol,dont la collection fut classée par son bibliothécaire Silvio Pellico, le comte de Cossilla, le comte Giberto Borromeo, le marquis Campori, Carlo Morbio, Carlo Riva, Egidio-Francesco Succi, Damiano Muoni, Luigi Azzolini, Luigi Arrigoni, etc.
Dans les Pays-Bas, je citerai le baron Verstolk de Zoden, Baart de La Faille, Diederichs, le défunt prince d'Orange et Mazel, dont la collection a été si bien inventoriée par l'érudit libraire M. van Stockum ; — en Belgique, le baron de Stassart, L. Veydt, madame Lambert; — en Suède, le baron Charles Bonde, qui a fondé une Société d'amateurs d'autographes; — en Suisse, M. A. Bachelin; — en Russie, MM. le prince Lobanof, Jean de Couriss, le baron de Bogouchewsky, Platon de Waxel.
Aux États-Unis, le goût des autographes se propage chaque jour: Les collections du docteur Sprague, à Albany, de M. Cist, à Cincinnati, de M. Jolly, à New- York, et de M. Gunther, à Chicago, ont été ou sont les plus connues. Celle de ce dernier contient des raretés de premier ordre et rivalise avec les cabinets d'Europe.
J'arrête ici le livre d'or des amateurs d'autographes. Tout incomplet qu'il soit, il montrera que les collectionneurs actuels ont lieu d'être glorieux de leurs ancêtres et que leur passion a été partagée par les esprits les plus éminents et les plus délicats.