CHAPITRE IV
LES DOGMES KABBÂLISTIQUES
[tirés de la collection des Kabbalistes de Pistorius),
Novem sunt hierarchiœ.
Neuf est le nombre hiérarchique.
C'est ce que nous avons expliqué dans le chapitre précédent.
Schéma mùericordiam dicit^ 9ed et judicium.
Le nom divin signifie miséricorde, parce qu'il veut dire
jugement.
L'infini, exerçant sa puissance sur le fini, doit nécessairement punir pour corriger et non pour se venger. Les forces du péché n'excèdent pas celles du pécheur, et si le châtiment était plus grand que l'offense, le punisseur devenu boui^
reau serait le véritable criminel, tout à fait inex- # cusable et digne seulement lui-même d'un éternel supplice. Le torturé outre mesure, agrandi par Tinfini de la peine, deviendrait Dieu, et c'est ce que les anciens ont figuré par Prométhée qu'immortalisent les morsures de sou vautour et qui doit détrôner Jupiter.
Peccaium Adœ fuit truncatio Malchuth ab arbore
sephirotica.
Le péché d'Adam, c'est Malchuth tombé de l'arbre
séphirotiqae.
Pour avoir une existence personnelle et indépendante, l'homme a dû se détacher de Dieu. C'est ce qui arrive à la naissance. Un enfant qui vient au monde est un esprit qui se détache du sein de Dieu pour venir goûter le fruit de l'arbre de la science et jouir de la liberté. C'est pourquoi Dieu lui donne une tunique de chair. Il est condamné à mort par sa naissance même qui est son péché; mais, par ce péché qui l'émancipé, il force Dieu à le racheter et il devient le conquérant de la véritable vie qui n'existe pas sans la liberté.
Cum arbore peccatï Deus creavit seculum.
L'arbre du péché a été Tinstrument de la création
du monde.
Les passions de l'homme lexcitent au combat cJe la vie ; mais elles lentraîneraient à sa perte 5^'il n'avait pas la raison pour les vaincre et les sisservir. C'est ainsi que se crée en lui la vertu qui ^st la force morale, et les tentations sont nécessaires pour cela. Car la force ne se produit qu'en :raison de la résistance. C'est ainsi que, suivant le Sohar, Dieu pour créer le relatif a fait un trou dans l'absolu. Le temps semble une lacune dans l'éternité, et il est dit dans la Bible que Dieu se Tepentit d'avoir fait l'homme. Or, on ne se repent que d'une faute, et la création est pour ainsi dire le péché de Dieu même.
Magnus aquilo fons est animarum.
Le grand aquilon est la source des âmes.
La vie a besoin de chaleur. Les peuples émigrent du nord au midi, et les âmes inertes ont soif d'activité. C'est pQur trouver cette activité
qu'elles viennent au monde. Elles ont froid dans leur inaction primitive, car leur création est inachevée. L'homme doit coopérer à sa création. Dieu le commence, mais lui-même il doit se finir. S'il ne devait ni naître, ni mourir, il dormirait absorbé dans l'éternité de Dieu, et ne serait jamais le conquérant de sa propre immoFtalité.
Cœlum est Keter.
Le ciel est Keter (la Couronne).
Les kabbalistes n'ont pas de nom pour désigner le monarque suprême, ils ne parlent que de la couronne qui prouve l'existence du roi, et disent ici que cette couronne c'est le cieL
Animœ a tertio lumine ad quartam descendunty inde ad quintam ascendunt. Dies unm. Post mortem noctem subintrant.
Les âmes filles de la troisième lumière descendent jusqu'à la quatrième, puis elles s'élèvent à la cinquième, . et c'est un jour. Quand la mort arrive, c'est la nuit.
En Dieu comme dans l'humanité, le nombre trois exprime la génération, Tamour; c'est la
troisième personDe ou conception divine, c'est ce que le kabbaliste veut exprimer par cette troisième lumière, d'où descendent les âmes pour arriver à la quatrième, qui est la vie naturelle et élémentaire. De là elles doivent s'élever à cinq qui est l'étoile pentagrammatique, le symbole de la quintessence, le symbole de la volonté qui dirige les éléments. Puis il compare une exis* tence à un jour suivi d'une nuit pour faire pressentir un réveil suivi d'une eidstence nouvelle.
Sex dies geneseos sunt sex litterœ Bereschith. Les six jours de la Genèse sont les six lettres du mot
Paradisus est arbor Sephiricus, In medio magnus Adam
est Tiphereth.
Le paradis, c'est Tarbre Séphirique ; le grand Adam qu.
est au milieu est Tiphereth.
to
Quatuor flumina ex uno fonte. In medio unius sunt sex
et dat decem.
Les quatre sources d'Ëden sortent d'une source au milieu de laquelle il y en a six^ et le tout donne dix.
Ces trois articles signifient que Thistoire du paradis terrestre est une allégorie. Le paradis terrestre, c'est la vérité sur la terre. La description que donne la Bible de ce jardin contient les nombres sacrés de la Kabbale. L'histoire de la création du monde, qui précède la description d'Eden, est moins un récit qu'un symbole exprimant les lois éternelles de la création, dont le résumé est contenu dans les six lettres hiéroglyphiques du mot n^iîfiCl!3-
tt
Factura fatum quia fatum verbum est.
Un fait est une fatalité, parce qu'ime fatalité est une
raison.
Une raison suprême dirige tout, et il n'y a point de fatalité : tout ce qui est devait être. Tout ce qui arrive doit arriver. Un fait accompli est irrévocable comme le destin; mais le destin, c'est la raison de l'intelligence suprême.
Portœ jubilœum sunt.
Les portes sont un jubilé.
Il y a cinquante portes de la science suivant les kabbalistes, c'est-à-dire une classification
générale en cinq séries de dix sciences particulières formant ensemble la science générale et mÛTerselle. Lorsqu'on a parcouru toutes ces séries, on entre dans la jubUation du vrai saToir, figurée par le grand jubilé qui a lieu tous les cinquante ans.
Abraham semper vertitur ad ausirum^ Abraham se toorne tonjonrs vers le vent du midi.
C'est-à-dire vers le vent qui amène la pluie. Les doctrines d'Abraham, c'est-à-dire de la Kabbalah, sont des doctrines toujours fécondes. Israël est le peuple des idées réelles et du travail productif. Conservant le dépôt de la vérité souffrante avec une admirable patience, travaillant avec une rare sagacité et une infatigable industrie, le peuple de Dieu doit faire la conquête du monde.
Per additùmem He Abraham genuit C'est par Taddition de He qu'Abraham est devenu père.
Abraham se nommait d'abord Abram. Dieu ajouta, dit la Bible, un He à son nom eu lui
annonçant qu'il serait le père de la multitude* Le He est la lettre féminine du tétragramme divin. Il représente le verbe et sa fécondité, il est le signe hiéroglyphique de la réalisation.
Le dogme d'Abraham est absolu, et son prin* cipe est essentiellement réalisateur.
Les juifs en religion ne rêvent pas, ils pensent, et leur action tend toujours à la multiplication, tant de la famille que des richesses qui entretiennent la famille et lui permettent de s'augmenter.
tft
Omnes ante Mosemper unicomem prophetavertmt.
Tous les prophètes qui sont venus avant Moïse n'ont juré
que par la licorne.
G'est-à-dire n'ont vu qu'un côté de la vérité. La corne, dans le symbolisme hébreu, signifie la puissance, et surtout la puissance de la pensée. La licorne, animal fabuleux qui n'a qu'une corne au milieu du front, est la figure de l'idéal ; le taureau au contraire ou le chérub est le symbole de la force qui est dans la réalité. C'est pour cela que Jupiter Ammon, Osiris, Isis, sont représentés avec deux cornes au front ; c'est pour cela
que Moïse est aussi figuré avec deux cornes, dont Tune est la trompette du Verbe et l'autre la corne d'abondance.
te
Mas et fœmina sunt Tiphereth et Malchut h.
L'homme et la femme sont la beauté de Dieu et son
royaume.
La beauté révèle Dieu. La nature se montre fille de Dieu, parce qu'elle est belle. On a dit que le beau est la splendeur du vrai, et cette splendeur éclaire le monde, elle est sa raison d'être. Ce beau, c'est l'idéal, mais cet idéal n'est vrai qu'autant qu'il se réalise. L'idéal divin est comme le mari de la nature, c'est lui qui la rend amoureuse et qui la fait devenir mère.
Copula cum Tiphereth et generatio tua benedicetur. Épouse la suprême beauté, et ta génération sera bénie.
Si le mariage est saint, la postérité sera sainte. Les enfants naissent vicieux, lorsqu'ils sont conçus dans le péché. Il faut relever et ennoblir l'amour pour sanctifier le mariage. Si les êtres humains en se rapprochant cèdent à un instinct qui leur est commun avec les animaux, ils enfan-
teront des animaux à forme humaine. Le vrai mariage unit à la fois les âmes, les esprits et les corps, et les enfants qui eu proviennent seront bénis.
Dœmon est Deus tnversus.
Le diable, c'est Diea retourné.
Le diable n'est que Tantithèse de Dieu, et s'il pouvait avoir une existence réelle, Dieu certainement n'existerait pas.
Le diable est menteur comme son père, a dit Jésus. Or, quel est le père du diable? Le père du diable, c'est le mensonge. Le diable nie ce que Dieu affirme. La conséquence de cela, c'est que Dieu nie ce que le diable ose affirmer. Le diable affirme sa propre existence, et Dieu, en faisant toujours triompher le bien, donne à Satan un démenti éternel.
to
Duo erunt xinum, Quod intra est fiet extra et nox sicut
dies illuminabitur.
Deux ne feront qu'un. Ce qui est au dedans se produira au dehors, et la nuit sera éclairée comme le jour.
Dieu et la nature, l'autorité et la liberté, la foi et la raison, la religion et la science, sont des
principes éternels qu'on n'est pas encore parvenu à concilier. Ils existent pourtant, et puisqu'ils ne peuvent s'entre-détruire, il faut bien qu'ils se concilient.
Le moyen de les concilier, c'est de les bien distinguer et de les équilibrer Tun par l'autre. L'ombre est nécessaire à la lumière. Ce sont les nuits qui marquent et mesurent les jours. Que la femme ne cherche pas à se faire homme et que l'homme n'usurpe jamais l'empire de la femme, mais que tous deux ils s'unissent pour se compléter. Plus la femme reste femme, plus elle mérite l'amour de l'homme ; plus l'homme est homme, plus il inspire de confiance à la femme.
La raison, c'estl'homme; la foi, c'est la femme.
L'homme doit laisser à la femme ses mystères, la femme doit laisser à l'homme cette indépendance qu'il aime à lui sacrifier. Que le père ne discute jamais les droits de la mère dans son domaine maternel; mais que la mère n'attente jamais à la souveraineté paternelle de l'homme. Plus ils se respecteront l'un l'autre, plus étroitement ils s'uniront. Voilà la solution ^u problème.
Pœnitentia non est verbum.
Se repentir, ce n'est pas agir.
La vraie pénitence ne consiste ni dans les regrets ni dans les larmes. Lorsqu'on s'aperçoit qu'on fait mal, il faut se retourner immédiatement et bien faire. A quoi bon, si j'ai pris une fausse route, me frapper la poitrine et me mettre à pleurer comme un enfant ou comme un lâche? Il faut revenir sur mes pas et courir pour regagner le temps perdu.
Excelsi sunt aqua australis et ignis septemtrtonali$ et
prœfecti eorum. SUe.
L'eau est reine dans le Midi^ et le feu dans le Nord. Garde le silence sur cet arcane.
Gardons le silence, puisque les mattres le commandent. Ajoutons seulement à leur formule celles-ci, qui peuvent servir à l'expliquer :
L'harmonie résulte .de l'analogie des contraires ;
Les contraires sont gouvernés par les contraires au moyen de l'harmonie ;
Le roi des hannonies est le maître de la nature.
InprindpiOj idest in Chocmah.
Au conunencemeiit^ c'est-à-dire par la sagesse*
La sagesse est le principe de tout ce qui existe éternellement, tout commence et finit par elle, et quand l'Écriture sacrée parle d un commencement, elle désigne la sagesse éternelle. Au commencement était le Verbe, c'est-à-dire dans la sagesse étemelle était le Verbe. Supposer que Dieu, après une éternité d'inaction, s'est décidé à créer, c'est supposer deux énormes absurdités : l'une éternité qui finit; 2® un Dieu qui change. Le mot Bereschith qui commence la Genèse signifie littéralement dans la tête ou par la tête, c'est-à-dire dans la pensée ou par la pensée, qui en Dieu est la sagesse étemelle*
VUb œtemitatis sunt triginta duo.
U y a trente-deux voies qui conduisent à TÉtemeL
Ces trente-deux voies sont les dix nombres ^et les vingt-deux lettres.
Aux dix nombres se rattache/?! des idées absolues, comme à r unité Têtre; à deux, l'équilibre; à trois, la génération, etc.
Les lettres représentent les nombres en hébreu, et les combinaisons de lettres donnent des combinaisons de nombres et aussi d'idées qui suivent avec exactitude les évolutions des nombres; ce qui fait de la philosophie occulte une science exacte qu'on pourrait appeler l'arithmétique de la pensée.
Le livre occulte qui sert à ces combinaisons est le Tarot, composé de vingt-deux figures allégoriques des lettres et des nombres et de quatre séries de dix portant les symboles analogues aux quatre lettres du nom divin le Schéma tétragrammatique.
Ces séries peuvent se réduire chacune à neuf, puisqu'il n'y a, en effet, que neuf chiffres, et que le dénaire est la répétition de l'unité.
Quatre fois neuf donne trente-six, nombre des talismans de Salomon, et sur chaque talisman il y avait deux noms mystérieux , ce qui donne les soixante et douze noms du Scheniah hamphorasch.
M. deMirville demande à qui nous persuaderons que le Tarot avec ses figures païennes soit '*
le Schéma hamphorasch des mbbins. Nous ne Toulons le persuader à personne. Nous sommes en mesure de le prouver à qui voudra prendre la peine de Fétudier avec nous.
Il est vrai que les figures païennes, égyptiennes, etc., n'appartiennent pas au judaïsme orthodoxe. Le Tarot existait dans Tlnde, dans rÉgypte et même dans la Chine, en même temps que chez les Hébreux. Celui qui est venu jusqu'à nous est le Tarot samaritain. Les idées sont juives, mais les symboles sont profanes et se rapprochent beaucoup des hiéroglypies de TÉgypte et du mysticisme de l'Inde.
Justi aquœ^ Deus mare* .
Les justes sont les eaux, Dieu est la mer.
Toutes les eaux vont à la mer et toutes eu
viennent, mais toutes les eaux ne sont pas la mer.
Ainsi, les esprits viennent de Dieu et retournent
à Dieu, mais ils ne sont pas Dieu. L'espi it imiver-
sel, l'univers vivant, l'idole du panthéisme n'est
pas Dieu. L'être infini animé d'une vie infinie
révèle Dieu et n'est pas Dieu. En tant que principe
de l'être et des gtres, Dieu ne saurait être assimilé ni à. Têtre ni à aucun des êtres. Qu'est-ce donc que Dieu? C'est Tincompréhensible sans lequel on ne comprend rien. C est celui que la foi affirme sans le voir, pour donner une base à la science. C'est la lumière invisible dont toute lumière visible est Tombre. C'est ce que le génie humain rêve éternellement en sentant que luimême il n'est que le rêve de son rêve. L'honmie fait Dieu à son image et à sa ressemblance, et il s'éca'ie : C'est ainsi que Dieu m'avait fait. C'^t idnsi que Dieu se faif homme. C'est ainsi que l'homme se fait Dieu. Cherchons Dieu dans l'humanité, et nous trouverons l'humanité en Dieu.
Angeli appareniiarum sunt volatiles cœli et animantid.
Les oiseaux du ciel et les animaux de la terre sont les
anges de la forme extérieure.
Les animaux sont innocents et vivent d'une yie fatale; ils sont les esclaves de la nature extérieure et itiférieure, conmie les anges sont les serviteurs et la nature divine et supérirare; ils portent les
figures analytiques de la pensée qtti se synthétise , dansThomme; ils représentent les forces spécifiées de la nature ; ils sont venus dans le monde avant l'homme pour annoncer au monde la venue prochaine de Thomme, et sont les auxiliaires de son corps comme les anges du ciel sont les auxiliaires de son âme. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. La série distri^bue l'harmonie, et l'harmonie résulte de l'analogie des contraires.
Litterœ nominis sunt Dmielis régna.
Les lettres du tétragramme sout les royaumes de Daniel.
Les animaux d'Ézéchiel figurent les forces célestes, et ceux de Daniel représentent les puissances de la terre. Il y en a quatre, suivant le nombre des éléments et des points cardinaux. L'Éden de Moïse, jardin circulaire divisé en quatre par quatre fleuves qui coulent d'une source centrale, la plaine éirculaire d'Ëzéchiel [cireum Aixit me m gyro) vivifiée par les quatre vents, et l'ooten de Daniel dont lliorizon firculaire est
partagé par quatre animaux, sont des symboles analogues les uns aux autres et contenus dans les quatre lettres hiéroglyphiques qui composent le nom de Jéhovah.
Àngelus sex alas kabens non iransformatur. L'ange qui a six ailes ne se transforme jamais.
L'esprit parfatitement équilibré ne change plus. Les cieux symboliques sont au nombre de trois : le ciel divin, le ciel pt|ilosophique, et le ciel naturel. Les ailes de la vraie contemplation, celles &e la pensée éclairée et celles de la science conforme à Têtre, voilà les six ailes qui donnent la stabilité aux esprits et qui les empêchent de se transformer.
Liiierœ sunt hieroglyphicœ in afnniàus.
Les lettres sacrées, sont des hiéroglyphes complets qui
expriment toutes les idées.
En sorte que par les combinaisons de ces lettres, qui sont aussi des nombres, on obtient des combinaisons d'idées toujours nouvelles et rigoureu-
sèment exactes comme des opérations d'arithmétique, ce qui est la plus grande merveille et la suprême puissance de la science kabbalistique.
Absconde faciem tuam et ora.
Voile ta face pour prier.
C'est l'usage des Juifs, qui, pour prier avec plus de recueillement, enveloppent leur tète d* un voile qu'ils appellent thalith. Ce voile est originaire de l'Egypte et ressemble à celui d'Isis. Il signifie que les choses saintes doivent être cachées aux profanes, et que chacun ne doit compte qu'à Dieu des pensées secrètes de son cœur.
Nulla res spiritualù descendit sine indumento. L'esprit ne descend jamais sans vêtement.
Les vêtements de Tesprit sont en raison des milieux qu'il traverse. Gomme la légèreté ou la pesanteur des corps les fait monter ou descendre, ainsi l'esprit se revêt pour descendre et se dépouille pour monter. Nous ne saurions vivre dans l'eau , et les esprits dégagés des corps terrestres
ne iauraient vivre dans notre atmosphère, comme nous l'avons dit et répété ailleurs.
Extrinsecus timor est infertor amore, sed inirinsecus
iupmor.
Extérieurement la ioraiiite est inférieure à l'amour, mais intérieurement l'amour est inférieur à la crainte.
Il y a deux craintes, la crainte intéressée et la crainte désintéressée, la crainte de la peine et celle du mal.
Or, la crainte dn mal, étant Tamour de la justice tout pur et désintéressé, est plus noble que l'amour intéressé de ceux qui ne font le bien que par l'attrait des récompenses.
Nasus discernit proprietates.
Le nez discerne les propriétés.
Dans le symbolisme du Sohar^ la longanimité divine est figurée par la longueur du nez qu'on donne à l'image allégorique de Dieu. L'humanité au contraire est représentée avec un nez court,
parce qu'elle comprend peu et s'irrite facîlemeût. En style vulgaire, avoir du nez signifie avoir de la finesse dans le jugement et du tact dans la conduite de la vie. L'odorat du chien est une sorte de divination. Pressentir, c'est en quelque manière flairer.
Anima bona, anima nova filia (Mentis.
L*àme bonne est une âme neuve qui vient de Torient.
Il y a deux bontés : la bonté originelle qui est l'innocence, et la bonté acquise qui est la vertu. L'âme nouvelle, fille de l'Orient, est pure comme le jour qui se lève, mais elle doit traverser Tépreuve oti sa candeur se ternira, puis elle devra se purifier par le sacrifice. Tout cela se fera-t-il dans une seule ou dans plusieurs incarnations? C'est ce qu'il nous est difficile de savoir. Nous avons dit pourquoi les incarnations successives nous semblent impossibles; ajoutons que les kabbalistes du premier ordre ne les ont jamais admises. Au lieu de réincarnation, ils admettent Tembryonnat, c'est-à-dire l'union intime de deux âmes, l'une déjà trépassée, et l'autre encore vi-
— ift8 —
Yante sur la terre; celui qui est mort ayant encore des devoirs à accomplir sur la terre et le faisant par l'intermédiaire du vivant. De cette manière les personnalités restent intactes, et Élie, sans cesser d'être Élie, peut revivre dans Jean le baptiseur. C'est ainsi que Moïse et Élie apparaissent sur le Thabor comme assesseurs de Jésus-Christ ; mais dire que Jésus était une réincarnation de Moïse, ce serait anéantir ou la personne de Moïse ou celle de Jésus.
Anima plem mperioriconjungitur.
Quand uneàme est complète, elle s*unit à une &me
supérieure.
Lésâmes s'unissent par la pensée et par Tamour sans tenir compte des espaces. De soleil à soleil, d'univers à univers, elles peuvent non -seulement correspondre, mais se rendre présentes les unes aux autres. C'est ainsi que s'accomplissent, suivant les rabbins, les deux phénomènes de l'embryonnat et du protectorat. Nous avons dit ce qu'ils entendent par l'embryonnat ; le protectorat est l'assistance d'une àme affranchie qui aide une
âme en peine, Tassomption d*un esprit militant par un esprit glorieux et triomphant; en d'autres termes l'assistance d'un saint qui se fait l'ange gardien d'un juste. Ces hypothèses sont consolantes et belles ; c'est tout ce que nous en pouvons dire, elles se déduisent du dogme de la solidarité des âmes résultant de leur création et de leur existence collectives.
Post deos rex verus regnabit super ierram.
Quand il n'y aura plus de &ux dieux, un vrai roi
régnera sur la terre.
L'idolâtrie est le culte du despotisme arbitraire, et les rois de ce monde sont faits à l'image des dieux que la terre adore. Un dieu qui punit infiniment des êtres finis après les avoir créés fragiles et leur avoir imposé une loi qui contrarie tous les penchants de leur nature, sans que cette loi même soit clairement promulguée pour tous, ce Dieu autorise toutes les barbaries des autocrates. Quand les hommes concevront un Dieu juste, ils auront des rois équitables. Les croyances font l'opinion, et c'est l'opinion qui consacre les pou-
voirs. Le droit divin de Louis XI était bien en rapport av^ le Dieu de Dominique et de Pie Y. C'est au Dieu de Fénelon et de saint Vincent de Paul que nous devons la philanthropie et la ciYilîsation modernes. Quand l'homme progresse, Dieu marche; quand il s'élève, Dieu s'agrandit; puis Fidéal que le monde s'est fait réagit sur le monde. Le rayonnement de la pensée humaine s 'arrêtant sur l'objectif divin, se reflète sur l'humanité; car cet objectif n'est autre chose qu'un miroir. Ce reflet du mondeidéal^devient la lumière du monde réel. Les mœurs se forment d'après les croyances, et la politique est le résultat des mœurs,
se
Linea viridis gyrat universa, La ligne verte circule autour de toutes choses.
Les kabbalistes , dans leurs pantacles , représentent la couronne divine par une ligne verte qui entoure les autres figures. Le vert est l'alliance des deux couleurs principales du prisme, le jaune et le bleu : figures des Eloïm ou grandes puissances qui se résument et s'unissent en Dieu.
Amen est influxus numerationum.
Aiq^en est rinfluence des nombres.
Le mot amen^ qui termine les prières, est une affirmatioii de Tesprit et une adhésion du cœur. Il faut donc, pour que ce mot ne soit pas un blas-* phème, que la prière ait été raisonnable. Ce mot est comme une signature mentale; par ce mot le croyant s'affirme et se fait lui-même à la ressemblance de sa prière. Amen, c'est l'acceptation d'un compte ouYcrt entre Dieu et l'homme. Malheur à celui qui compte mal, car il sera traité comme un faussaire! Dire amen après avoir formulé Terreur, c'est vouer son âme au mensonge personnifié par Satan. Dire amen après avoir formulé la vérité, c'est faire alliance avec Dieu.