‹ La science des espritsChapitre 29 sur 84 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LES ESPRITS ,DANS lA BIBLE.

I^'ESPRIT D'ÉLIPHAS et l'ombre de SAMUEL ÉVOQUÉE PAR LA PTTBO*

NISSE d'EUDOR.

Un jour on comprendra la Bible, on saura quels trésors de science primitive sont cachés SOUS tant de symboles et de figures; on saura que la Genèse, par exemple, n*est pas seulement Thistoire de la formation d'un monde, mais l'exposé des lois éternelles qui président à la création incessante et toujours renouvelée des êtres;

on déchiffrera ces Méroglyples, qui ont tant fait rire Voltaire; on saura comment un cherub, c'est-à-dire un taureau (celui d'Europe et de Mithra), peut veiller le glaive au poing à la porte du jardin de la science. Maintenant ces allégories sont voilées, et les grands monuments de l'antiquité hiératique restent debout, enveloppés de leur solitude et de leur silence, comme les grandes pyramides, qui poursuivent l'œil sans rien dire de précis à la pensée, et dont on ne sait positivement si elles sont des monuments scientifiques ou des tombeaux.

Parmi les livres de la Bible, il en est un qui nous étonne surtout par la magnificence de la forme poétique et par ses mélancoliques profondeurs; nous voulons parler du livre de Job, la plus ancienne peut-être , mais à coup sûr la plus remarquable synthèse qui nous soit restée du dogme philosophique et magique de l'ancienne initiation.

Ce livre explique l'origine et la raison d*être du mal, il indique le but de la vie humaine et de ses souffrances. C'est la légende de l'affligé. L'al- I^orie est transparente, les noms même des personnages révèlent non des individus, mais des

types. Job, dont le nom signifie « l'affligé, » est visité dans sa détresse par trois faux amis, qui, sous prétexte de le consoler, ne font que le tourmenter et que Faffliger davant^e. L'un est Eliphaz, le zélateur de Dieu ou le puritain de ce temps-là. Le second est Baldad, l'amant des piailles idées. Le troisième est Sophar, le philosophe ténébreux et malveillant . Ils viennent visiter Job dans la terre de Hus, dont le nom signifie « conseil, » et, avec toute l'innocence féroce de la sottise, ils réunissent leurs efforts pour le pousser au désespoir.

Le premier qui parle est Éliphaz, et comme îl représente la crédulité hautaine, il apporte à Tappui de ce qu'il avance le témoignage d'un esprit.

Quelqu'un, dit-il, lui a parlé, quelqu'un d'inconnu dont il n'a pas vu le visage, mais il a treiflh blé de frayeur, les poils de sa chair se sont hérissés, et il a senti passer devant son visage comme un petit souffle qui murmurait des paroles incertaines. Il a tendu avidement l'oreille et il a recueilli de son mieux les fils rompus de ce chuchotement d'une ombre. Voilà un médium des anciens jours, et l'on voit, en lisant ce passage^

que l'auteur du livre de Job connaissait à meryeille le génie des visionnaires et le caractère distinctif des visions.

On attribue le livre de Job à Moïse, et ce n'est pas sans raison, car la beauté de ce poème ne le cède en rien aux hymnes du grand prophète des Hébreux; c'est la même inspiration, c'est la même grandeur dans les images. Mais, qu'il soit ou non de Moïse, ce livre sacré est l'œuvre d'un grand hiérophante, et la science la plus haute s'y trouve unie aux plus sublimes aspirations de la foi.

H faut donc étudier et peser avec soin les paroles de cet ouvrage. Et remarquons d'abord que l'homme aux visions, le médium, comme on parlerait de nos jours, est, des trois amis de Job, le plus triste et le plus désespérant. Ses doctrines font douter de la vertu et conduisent au néant ou à Tenfer la grande majorité des hommes. Or, qui lui a suggéré ces dogmes de désespérance? Un esprit qu'il ne connaissait pas, mais dont ses terreurs nocturnes ont recueilli et c(immenté les paroles : voici ce qu'il raconte.

K Une parole mystérieuse m'a été dite, et fur- <c trrement en quelque sorte mon oreille a re- <c cueilli les fils rompus de son murmure.

« Dans l'horreur de la vision nocturne, au mo- (( ment où le sommeil s'empare ordinairement « des hommes,

« La peur m'a pris et le tremblement, et tous ti mes os ont été glacés d'épouvante.

« Et comme un esprit passait devant moi, tous « les poils de ma chair se sont hérissés.

« Quelqu'un était là dont je ne distinguais « pas le visage, et j'ai entendu comme un petit « souffle qui me parlait. »

Remarquons bien toutes les circonstances : c'est au moment où la nuit est la plus profonde, a l'heure où le silence de la nature prépare les âmes à la crainte, et dans ce moment où la veille devient douteuse, où l'âme flotte dans les premières vapeurs du sommeil, quand déjà la raison est enchaînée.

Une terreur sans cause apparente saisit alors le visionnaire, son sang s'agite et se retire vers le cœur, les extrémités sont froides, il tremble comme s'il avait la fièvre, le frisson parcourt son épiderme, ses cheveux ei sa barbe se hérissent, et c'est dans cet état précurseur des hallucinations qu'il croit voir ou sentir un esprit passer. .

Un fantôme se dessine vaguement dans l'ombre, il cherche et ne trouve pas le visage de cette figure , et il entend comme au fond de lui-même une voix qui ressemble à une faible respiration, voilà le phénomène naturel parfaitement caractérisé : c'est un cauchemar du premier sommeil , c'est l'âme du songeur qui se fait peur à ellemême. Il écoute avec effroi l'écho nocturne et affaibli de ses propres pensées , et il les formule avec une pénible attention en paroles de désespoir.

L'homme, dit-il, tenterait vainement d'être juste devant Dieu ; Dieu trouve la perversité jusque dans le cœur de ses anges. Troupeau sans intelligence , l'humanité se presse autour de l'abîme et tous doivent tomber pour jamais dans la nuit béante de la mort. La cré^iture fait tache dans le ciel et Dieu se hâte de l'effacer ; ils passent tous et meurent sans avoir trouvé la sagesse.

C'est ainsi que la nuit prêche la nuit et que la mort annonce la mort. Le cauchemar inconnu ne révèle que l'ignorance et voue son croyant à un cauchemar éternel. Préservez-nous, Seigneur, dit David au livre des Psaumes, de la chose effrayante qui se promène dans la nuit.

Ce souffle l^r, ce râle qu'on entend à peine , ce spectre sans visage caractérisent d'une manière saisissante l'illusion et l'errreur : c'est presque le néant et le silence, c'est le vent qui semble parler à voix basse en frôlant les plis raides du linceul, c'est la réminiscence qjoi s'éteint dans l'onde mobile et envahissante du rêve; et l'homme que le rêve emporte ne sait plus s'il dort ou s'il veille ; il raisonne pendant son sommeil, et, en s'éveillant demain , il parlera ^omme s'il rêvait encore.

On ne saurait trop admirer avec quel art Fauteur du livre de Job dessine le caractère du superstitieux représenté par Eliphaz ; sa science a commencé par une terreur nocturne ; aussi n'estelle que découragement et terreur. Elle est noire comme la nuit, aveugle et sans visage comme le fentôme. C'est l'orgueil d'un aliéné qui se complaît dans sa démence et qui se console de désespérer en se donnant la joie amère de pousser les autres au désespoir.

Tous les criminels par religion mal entendue ont été des visionnaires ; Jacques Clément et Ravaillac étaient hantés par des ombres inconnues et entendaient pendant leurs insomnies le petit

souffle d'Eliphaz. La \oix qui dit : « Tue » et celle qui dit : « Désespère et meurs » , sortent également du tombeau.

Mais ce tombeau, c*est celui de notre raison, et les morts ne reviennent que dans nos rêves ; aussi Tétat de médiomanie est^il une extension du rêve, c'est le somnambulisme avec toute la variété de ses extases. Qu'on approfondisse les phénomènes du sommeil, et Ion aura raison de tous les mystères du spiritisme.

Voilà pourquoi la loi mosaïque, aussi bien que la loi chrétienne, condamnait les esprits de-Python et ceux qui devinent par Ob. Expliquons ces expressions : Python est un mot que les interprètes hébreux ont emprunté pour exprimer le grand serpent astral, le feu vital inintelligent, le tourbillon fatal de la vie physique , celui qui entoure la terre en se mordant la queue et que le soleil perce de tous côtés de ses flèches, c'est-à-dire de ses rayons ; le serpent qui a tenté Eve et qui aplatit sa tête sous le pied de la femme régéné*rée en cherchant toujours à lui mordre le talon. Ob, c'est la lumière passive, car les kabbalistes hébreux donnent trois noms à cette substance universelle, agent de la créatk>n qui prend toutes

les formes en s'équilibrarit par la balance de deux forces. Active, elle se nomme Od ; passive elle se nomme Ob; équilibrée, on l'appelle Aour. Od s'écrit par a vau daleth, » ce qui signifie hiéroglyphiquement amour et puissance ; Ob, par « vau beth, » signifie amour et faiblesse ou attrait fatal ; Aour, par « âleph-vau-resch, » signifie principe d'amour régénérateur. (Voyez, dans notre Dogme et rituel de la haute magie ^ les concordances des lettres hébraïques avec les hiéroglyphes et les nombres des grandes clés du Tarot samaritain.) Ceux qui devinât par Ob sont donc les interprètes de la fatalité. Or, on consent à la fatalité lorsqu'on la consulte ; on s'abandonne à elle en la choisissant pour oracle. On donne ainsi des arrhes à la mort, on affaiblit son libre arbitre. Ceux qui coopèrent à cette divination ressemblent à des empiriques qui vendraient publiquement des poisons, et Moïse, suivant les mœurs de son pays et de son temps , n'était pas trop sévère lorsqu'il les condamnait à mort.

Le chevalier de Richembach , en appelant Od la lumière astrale, a letrouvé l'un des vrais noms kabbalistiques de la lumière universelle, mais il ne l'a pas appliqué avec exactitude en le général!-

sant. Od, c'est la lumière dirigée ou même directrice ; c'est la lumière astrale éleyéë à Tétat de lumière de gloire. Quant au fluide somnambulique, il faut lappeler Ob, car c'est son véritable nom, et nous sommes forcés de reconnaître que nos véritables somnambules, lorsqu'elles ne sont pas dirigées par un magnétiseur puissant en Od, sont des devineresses par Ob ou par l'esprit de Python dont parle l'Écriture-Sainte. Ceux qui les consultent commettent donc cette imprudence ou cette impiété qui poussa Satil, abandonné de Dieu, dans l'antre delà pythonisse d'Ëndor. ^

Quelques commentateurs, parmi lesquels il faut compter saint Méthodius, surnommé Eubulius, évêque de Tyr au commencement du IV® siècle, ont regardé la pythonisse d'Endor comme une habile intrigante qui trompa la crédulité du roi d'Israël. Elle feint d'abord de ne pas reconnaître le roi, puis, tout à coup, comme si son démon lui révélait la vérité , elle tombe aux genoux de Saiil. Ce coup de théâtre lui réussit , le prince maniaque la rassure et se montre tout disposé à la croire ; il lui ordonne d'évoquer Samuel. La pythie alors fait mille contorsions et se laisse tomber lourdement à terre. Que v(Hs-tu?

— tt^ —

kii crie Saûl tout tremblant. ~ Je vois des dieux qui sortent de la terre où je Tois monter les puis* sauces de la terre. — Que vois-tu encore? -^ Je vois uii vieillard enveloppé dans un manteau. — C'est Samuel, dit le crédule monarque. Alors la sorcière, sans doute secrètement dévouée à David, fait sortir de son ventre une voix lugubre. C'est Samuel qui éclate en reproches et en menaces. Salil, plus mort que vif, ne veut plus ni boire ni manger , il est vaincu d'avance ; il marche à la bataille comme au supplice ; les Philistins l'entourent sur la montagne de Gelboë, et il se laisse tomber sur son glaive au lieu de se défendre. N'ar-t-il pas laissé chez la devineresse son libre arbitre et sa raison ? Roi déchu et incapable désormais de régner, homme indigne de conduire des hommes, lui qui avait prononcé la peine de mort contre les sorciers et contre ceux qui les consultent, il se montre roi du moins en mourant, et fait en se tuant lui-même un dernier acte de justice.

Il répugnait avec raison au savant évêque de Tyr de penser que la paix d'une tombe comme celle dB Samuel pouvait être troublée par les évocationr sacrilèges d^une femme réprouvée ; il

— «Base souvenait d'ailleurs de cette parole si décisive de rÉvangile dans la parabole du mauvais riche : Chaos magnum firmatum est. Le grand chaos s'est affermi, en sorte que ceux qui sont en haut ne peuvent plus redescendre en bas; et à ce sujet notre savant ami, le regrettable M. Louis Lucas, faisait une remarque très-judicieuse. La nature, disait-il, ouvre à la vie toutes ses portes en ayant soin de les refermer derrière elle pour qu'elle ne recule jamais. Voyez la sève dans les plantes, voyez les sucs nourriciers dans l'alambic des entrailles, voyez le sang dans les veines ; un mouvement régulier les pousse toujours en avant, et lorsqu'ils sont passés les conduits se resserrent et s'étranglent. Les vivants d'une sphère supérieure, ajoutait-il, ne peuvent pas plus retomber dans la nôtre que l'enfant déjà né ne peut rentrer au sein de sa mère; nous le pensons comme lui et nous ne croyons pas que l'âme de Samuel ait pu venir de l'autre monde maudire encore une fois le malheureux Saul. Pour nous, la pythonisse d'Endor était une voyante à la manière des extatiques de Gahagnet, elle se mit par le somnambulisme en communication avec l'âme sombre du roi d'Israël et en évoqua les fantômes. C'est du fond

de la conscience du meurtrier des prêtres et des prophètes, et non pas du creux de la terre que se dressait le spectre sanglant de Samuel, et lorsque la sibylle répétait d'une voix de ventriloque des anathèmes et des menaces, elle les lisait écrits par le remords dans la pensée même de Saiil.

Page 1