CHAPITRE VU
LES ESPRITS AU MOYEN AGE*. — LE DIABLE JOUE TOUJOURS LE PREMIER ROLE DANS LA COMÉDIE DES PRODIGES. — l'archevêque UDON DE MAGDE- BOURG. — LE DIACRE RAYMOND. — LES VAM- PIRES. — LES MAISONS HANTÉES.
Tant que dure cette enfance de la mîfHm moderaequ on appellele moyen âge, les forces secrètes de la nature, les phénomènes de m^nétisme, les hallucinaticms surtout, dont les cloîtres sont l'a*' bondante pépinière, font citire à rinfluence piiesque continuelle des esprits. Les fantômes aériens querimagination crée et poursuit dansles nuages, deviennent des sylphes, les vapeurs de Tean sont des ondines, les vertiges du feu sont des salamaïldres, les émanations enivrantes de la terre sont des ghomes, les lutins dansent avec les fées au ^ dair de la lune. Tout le sabbat est déchafné. La raison sommeille, la critique est absente, h science est muette. Abeilard expie cruellemfent ses hom-
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mages prématurés h rintelligeuce et à Famour. Les morts remuent, les tombeaux parlent, sans qu'on s'avise de soupçonner qu'on a inhumé des vivants. L'Evangile seul brille au milieu de ces ténèbres profondes, comme une lampe toujours allumée dans une église pleine d'épouvantes et de mystères. Or, l'Evangile déclare que les morts ne peuvent et ne doivent jamais revenir; que Tordre de la Providence s'y oppose. Voici le texte qu'on ne saurait trop répéter pour l'opposer aux rêveries des spirites; on le trouve vers la fin du seizième chapitre de saint Luc :
« Suivant l'ordre de toutes choses, entre vous et nous le grand chaos s'est affermi, en sorte que, d'ici, ON NE PEUT ALLER VERS VOUS, ct que, de là où vous êtes, ON NE PEUT VENIR ICI 4 (c'cst Abraham qui parle au mauvais riche).
Le mauvais riche répond : «• Je te prie, père, d'envoyer le Lazare dans la maison de mon père. Car j'ai cinq frères, et Lazare les avertira afin qu'ils ne viennnent pas à leur tour dans ce lieu de tourments. Et Abraham lui dit : a Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent. » Et lui, il ' dit : (( Non, père Abraham; mais si quelqu'un d'entre les morts va les visiter, ils feront péni-
Tence. » Abraham répondit : « S'ils n'écoutent ni Moïse ni les prophètes, ils n'écouteraient pas même un mort qui serait ressuscité. »
Ce passage est infiniment remarquable et contient toute ime révélation sur l'ordre éternel et immuable des destinées de l'homme. Nous y voyons la force de la nature qui pousse la vie en avantet referme les portes derrière elle pourqu'elle ne recule jamais. Les échelons de l'échelle sainte s'affermissent à jamais sous les pieds de ceux qui montent, et ils ne peuvent plus ^ entendez-vous bien ? ILS NE PEUVENT PLUS rcdesccndre pour revenir. Remarquons encore qu'Abraham n'admet la possibilité du retour de Lazare sur la terre que par voie de résurrection et non d'obsession spirite. Car, suivant l'un des grands dogmes de la kabbale, l'esprit se dépouille pour monter, et il faut qu'il se revête pour descendre. Il n'y a qu'un moyen possible pour qu'un esprit déjà affranchi se manifeste de nouveau sur lîi terre : il faut qu'il re^ prenne son corps et qu'il ressuscite. Il y a loin de là à se fourrer dans une table ou dans un cha- «peau.
Voilà pourquoi la nécromancie est horrible. C'est qu'elle constitue un crime contre nature.
I^nécroipancien n'a-t-ilpas la témérité de vouloif ^couer Téchelle sainte afin de faire tomber les esprits qui montent? Gela ne se peut pas sans doutai et le sacrilège évocateur ne sera assailli que par ses propres vertiges, Aussi, les meilleurs tbéo* logiens du moyen âge ont-ils dit que les morts restent irrévocablement oii la justice de Dieu les a ejivoyés, et que le démon seul répond à l'appel des magiciens et prend la forme des trépassés qu'on appelle pour égarer Içi conscience humaine, et faire croire aux sorciers qu'ils peuvent troubler à leur gré l'empire des ômes et de Dieu,
C'est dire , en termes allégoriques, précisément ce que nous disons dans le langage de la, raison et de h science. Le démon, c'est la folie, c'est le verti^, c'est l'erreur; c'est la personnification de tout ce qui est faux; et insensé . Ici, nous tendons à M « de Mirville une main qu'il ne prendra certainement pas. Liaissons-lui son diable de carton, qu'il fait jaillir de ses gros livres comme d'un joujou à surprise : M. de Mirville est un enfant.
Nous insistons ici sur l'autorité de l'Évangile et des théologiens , parce qu'il s'agit de choses qui sont exclusi vement du domaine de la foi . La science n'admet rien qu'elle ne puisse démontrer : or, la
R^ience ne âaurait démontrer la continuation de la tie humaine après la mort. Elle n'admet donc pas les esprits ; et le titre de notre livre, la Science des esprits^ serait un paradoxe s'il ne signifiait science des hypothèses relatives aux esprits.
La science est purement humaine, et la foi ne saurait raisonnablement s'affirmer divine, si elle n'est immensément collective. C'est cette collectif vite qui mérite aux croyances le nom de religion ^ c'est-à-dire lien moral qui rattache iM hommes les uns aux autres,
La science ne saurait nier le besoit qu'ont les hommes de religion, pas plus que le phénomène des grandes associations religieuses. En tant que la religion est dans la nature de Thomme, elle ap* partient à la science qui étudie l'homme ; mais cette science doit se borner à constater, sans se laisser influencer par lui, le phénomène de la foi.
Une croyance isolée ne mérite pas le nom de foi, car foi signifie confiance : se défier de toute autorité sociale et n'avoir confiance qu'en soi*^ même, c'est être fou. Le catholique croit à l'Église, parce que l'Église représente pour lui l'élite des croyants. Voilà ce qui justifie la foi ûvt char-^ honnier. Or , le charbonnier n >èst pësr seukthëitt
croyant en matière de religion , il doit l'être aussi en matière de science : ira-t-il nier ou contester le génie de Newton , parce qu'il ne comprend rien à ses théorèmes ? Je ne suis pas e:i^pert en peinture, mais je m'en rapporterais volontiers à Ingres , à Paul Delaroche, à Gigoux; et ces grands artistes, qui peuvent n'être pas experts en théologie , en ex^èse , en kabbale , ne seraient pas raisonnables s'ils ne s'en rapportaient pas à ceux qui ont spécialement étudié ces hautes sciences. Je ne com* prends peut-être pas toujours ce qu'ils peuvent dire sur les arcanes de la peinture , poui^quoi se fâcheraient-ils si mes livres ne sont pas pour eux parfaitement clairs ? Il me suffit que des homm^ de science spéciale et de jugement les comprennent, et il sera très-raisonnable de s'en rapporter à ceux-là.
Tel est donc le fond de la foi. C'est la confiance de ceux qui ne savent pas en ceux qui savent ; et comme la formule des croyances doit toujours emprunter à la science la base de ses hypothèses, comme on ne peut pas raisonnablement croire ce que la science démontre faux, conune il est nécessaire que la science admette au moins la possibilité des hypothèses^ comme les hypothèse* de
la foi sont délies que la science avoue ne pouvoir jamais transformer en axiomes ou en théorèmes, il s'ensuit qu'en matière de foi surtout l'autorité est nécessaire, et que cette autorité doit être collective, hiérarchique et universelle, en d'autres termes, catholique. C'est ce que nous avions à prouver.
Au moyen âge la foi est aveugle, parce qu'elle n'admet pas la critic[ue et ne s'appuie pas sur la science, qui fait défaut. Il s'ensuit que le raisonnement est faible et que les rêveries abondent. La médecine, par exemple, n'ose pas s'occuper de l'âme, et c'est à l'âme qu'on attribue les affaiblissements du cerveau. Les hallucinés sont alors des inspirés, soit de Dieu, soit du diable; les femmes hystériques sont des possédées; les maniaques sont des âmes que Dieu conduit par des voies mystérieuses. Tout est possible alors, tout est perinis «dans l'ordre prétendu surnaturel , excepté pourtant les évocations auxquelles l'enfer seul peut obéir, et qui troublent inutilement Toi'dre immuablt^e la nature et le silence étemel des tombeaux.
ifÉvangile affirme* que les âmes du ciel ne peuvent redescendre et que les âmes de l'enfer
ne peuvent remonter. Restent celles du purga^ toire. Mais oelles-ci, vouées à Tespiation, ne peu* vent plus pécher, et n'ont par conséquent pas le pouvdf de tourmenter les vivants et de les induire en erreur. Le purgatoire, disent les théologiens, est un enfer résigné, parce qu'il y reste Tespéi» rance. On y souffre, on y aime, on y prie, mail on ne peut pas en sortir avant le temps marqué par l'éternelle justice. Que peuvent avoir de comr mun ces reclus de l'expiation et de la prière avec les divagations, tantôt stupides, tantôt grivoises, des tables parlantes? Comment le démon même, cette personnification sauvage et grandiose de rincurable oi^ueil et du désespoir sans raiiède, descendrait-il à des lazzis d'arlequin ou à des mo^ ralités de M. Prud'homme? Le diable du moyen âge est souvent narquois, nous voulons bien en convenir'; mais qui ne voit ici, derrière les cornes du bouc, passer les oreilles de la' mère folle, de cette satire gauloise qui parfois*s*en prend à Dieu même des sottises de ses ministres et fait le roman comique de Beelzébuth camme elle a fait le roman du Renard"!
Le diable, d'ailleurs, n'a jamais cessé ddlidre sa demeure dans la conscience des mauvais prê^
très, et les sui^rcberies des vieux sanctuaires se reproduisaient souvent avec les anciens vices dans les temples du Dieu nouveau. Si des bruits iaex^ pliqués troublaient le silence des campagnes, c'étaient dés âmes qui demandaient des prières, et les prières, pour le prêtre, c'est de l'argent. D'autres fois aussi d'invraisemblables récits ne dénonçaient qu'un miracle et servaient à cacher un crime ; nous n'en citerons pour exemple que la terrible légende d'Eudes ou Udo, archevêque de Magdebourg. C'était un prélat trop savant pour son siècle, et qui semblait vouloir, avant l'époque marquée par la Providence, commencer la révolution religieuse réservée au génie médiocre, mais opiniâtre, de Luther. Udo de Magdebourg s'était déclaré contre le célibat des prêtres; il avait lire de son cloître une abbesse dont
il faisait presque publiquement sa coneubine, en
attendant fu'il pût la nommer sa femme. Le jeune xlergô cogomençait à s'éparpiller dans la voie du scandale ; les vieux prêtres étaient sombres et attendaû^t.
Voilà qu'un matin l'archevêque est trouvé sans viéldans le chœur da sa cathédrale ; la tête, séparée du tronc, grimaçait dans une mare de sang;
le corps était en chemise. Évidemirfent Tàrchevêque avait été arraché de son lit et traîné dans l'église, où on lavait décapité. Quels étaient donc les bourreaux, ou, pour mieux dire, les assassins ?
La femme qui partageait la chambre d'Udo raconta en tremblant qu'une voix terrible s'était fait entendre. Elle disait, sur un ton dé psalmodie :
Cessa de ludo, Lusisii satU Udo ;
rimes barbares qu'on pourrait traduire par celles-ci :
Repose toi donc, Assez de plaisir Udon.
Puis une porte secrète de l'appartement s'ouvrit, et des hommes noirs se jetèrent sur l'archevêque, qu'ils arrachèrent du lit et entraînèrint avec eux. La femme n'avait plus rien vu ni rien entendu; elle s'était évanouie de frayeur.
Or il y avait dans le chapitre de la cathédrale de Magdebourg un chanoine nommé Friedrich, qui passait pour un saint et menait la vie dTnn ascète.
Ce chanoine veillait cette nuit-là dans Téglise, et priait Dieu de faire cesser les scandales de larchevêque. La grande nef était silencieuse ; le ciel était sans lune, et le vieux prêtre frissonnait dans la profondeur de la nuit, lorsque tout à coup la porte de la sacristie s'ouvre avec fracas, et Ton entend des hurlements étranges mêlés à des cris étouffés. Un personnage vêtu de blanc, et portant au dos de grandes ailes, vient allumer les cierges du maître-autel. Friedrich alors put voir un homme que des manières de démons tenaient étroitement garrotté; puis son attention fut attirée de nouveau sur la porte ouverte de la sacristie : une procession singulière entrait dans l'église.
En tête marchaient, reconnaissables à leur costume traditionnel et à leurs insignes légendaires, les saints protecteurs de l'église deMagdeboui-g; puis des anges vêtus de blanc, précédant une femme de haute taille qu'à son manteau bleu et à sa couronne d'or on devait reconnaître pour la Vierge; après elle venaient d'autres anges vêtus de noir et de rouge, au milieu desquels saint Michel apparaissait, armé d'un large coutelas; enfin, entouré de céroféraires portant des torches allumées, marchait un homme couronné d'épines et
portant une longue croix à la main. Tout ce clergé de l'autre monde prit place dans le chœur. Le Christ, ou du moins celui qui en faisait le personnage, s'assit à la place même et sur le trône de l'archevêque, et les démons commencèrent à accuser Udo, qu'ils tenaient au milieu d*eux lié et probablemœt bâillonné. Le coupable n'eut rien à répondre. La Mère de Dieu fit mine de prier pour lui ; puis, quand le démon parla des scandales du prélat et de la religieuse séduite, la Vierge abaissa son Toile et se retira en faisant un geste de dégoût. Le juge alors fit signe à saint Michel; le coutelas flamboya et s'abattit, puis les ciei^es et les torches s'éteignirent, et tout disparut dans l'ombre.
Le chanoine Friedrich se demanda s'il n avait pas ftiit lin rêve, et s'avança en tremblant dans le choeur. Arrivé au pied de l'autel, il sentit que la dalle était hutnide, et se heurta contre utie masse Inerte. La latnpe tnême de l'autel était éteinte, et t'rîedrich dut retourner chez lui pour se procurer de la lumière; mais l'émotion et l'épouVante l'em- J)êclièrent de retourner à l'église, et ce fut seuleinent le matin que les servants de la cathédrale, en ouvrant les portes, virent le cadavre décapité:
Le corps du maudit ne fut pas inhumé en terre sainte ; les taches de son sang ne furent pas lavées sur les dalles du chœur : on les couvrit seulement d'un tapis, et lorsqu'on installait un nouvel archevêque de Magdeboui^, le chapitre et le clergé le conduis^ent solennellement à cette place; on levait le tapis et Ton faisait voir au prélat le sang du sacrilège Udo.
Rien dans les sombres légendaires du moyen âge ne nous parait épouvantable comme cet assassinat attribué à Jésus-Christ ; et, certes, si la séparation des deux mondes n'était pas infranchiss^le pour ceux qui sont montés plus haut ; si le Sauveur lui-même pouvait, sans troubler l'ordre éternel de la Providence, se rendre encore présent parmi nous autrement que dans son Évangile et Bon Eucharistie, ne serait-il pas Venu lui-même paralyser et terrasser les acteurs de cette tragédie hifâtne? ne serait-il pas venu délier et relever le jdialheureux Udo en lui disant, comme à la femme adultère : Allez, et ne péchez plus? — Si les esprits de l'autre monde pouvaient s'armer d'uîi glaive matériel pour atteindre les coupables de la terre, est-ce que Torquemada eût pu achever tranquillement ses auto-da-fé? Est-ce qu'Alexan-
dre VI, qui empoisonnait les hosties et se livrait publiquement à des incestes, ne méritait pas bien mieux qu'Udo de Magdebourg d*être décapité par les anges, non pas la nuit et dans le secret d'une église déserte, mais en plein soleil, urbiet orbi, devant Rome tout entière et devant F univers entier? Mais il n'appartient qu'aux hommes, aux fléaux, à la vieillesse et à la maladie de donner la mort. Dieu est le père de la vie; il ne charge pas plus ses anges d'être les valets de nos échafauds qu'il n'a chargé ses prêtres d'être les pourvoyeurs de l'enfer.
Supercherie intéressée d'une part, ignorance de l'autre, phénomènes inexpliqués mais ndn inexplicables, voilà toutes les causes qui justifient l'intervention prétendue des esprits pendant tout le cours du moyen âge. L'étude de la nature était alors abandonnée pour une scholastique barbare ; on jurait sur la foi d'Aristote et du maître des sentences; la peur de l'enfer empêchait qu'on ne s*occupât du monde, et la pensée de la mort faisait négliger la vie. On sait l'histoire de ce diacre Raymond, à qui la terreur de l'enfer causa un cauchemar posthume, dont le résultat fut la fondation de la Grande-Chartreuse par saint Bruno ;
coulagioli de la peur, transmissioa épidémiqtie du délire. Si la sainteté, dans ce temps-là, con-* sistait en une plus grande frayeur de Tenfer, quel homme fut plus saint que le malheureux diacre Raymond? Tombé dans une léthargie d'épouvante que tout le monde prend pour la mort, it se raidit trois fois dans son suaire et se redresse dans son cercueil en criant : Je suis accusé ! — je suis jugé ! — je suis damné! Puis il retombe, vaincu cette fois et véritablement tué par la terreur. On cesse alors la cérémonie funèbre, on éteint les ciei^es et Ion \a jeter le corps dans quelque trou çi*eusé à la hâte. Qui sait si cette fois c'était bien définitivement la mort et si le malheureux ne se l'éveilla pas une quatrième fois sous terre pour se sentir enterré vivant et se ronger les poings de désespoir !
Nous avons admis dans nos précédents ouvrages la possibilité du vampirisme, et nous avons même cherché a l'expliquer. Les phénomènes qui se produisent actuellement en Amérique et en Europe appartiennent certainement à cette horrible maladie . On appelle impropremen l vampires certains monomanes qui, comme le sergent Bertrand, sont poussés fatalement à se repaltm de jU
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einir des moite ; msifi les véritables vampires sont des morts qui aspirent et épuisent le sang des vivants. Les médiums ne mangent pas, il est vrai, la chair des morts, mais ils aspirent par tout leur organisme nerveux le phosphore cadavéreux ou la lumière spectrale. Ils ne sont pas vampires, mais ils évoquent les vampires. Aussi sont- ils tous débiles et malades, faibles d'esprit et de corps et fatalement enclins auxhallucinationset àla folie. Les pratiques énervantes de révocation les épui- ^ sent vite, et ils tombent dans une consomption lente comparable à celle que le docteur Tissot décrit comme une suite des habitudes solitaires. Le spiritisme c'est lonanisme des ftmes.
La loi de Moïse veut qu'on mette à mort ceux qui consultent les oboth^ c'est-à-dire les fantômes de Vob ou de la lumière passive. Ce grand législateur voulait, par de rigoureux exemples, préserver son peuple de la contagion du vampirisme et des abîmes de l'hallucination spectrale. Nous ne croyons pas même que le simple somnambulisme magnétique eût trouvé grâce devant ses yeux. Nous ne sommes plus au temps de Moïse, et le Code pénal du prophète hébreu est heureu»» sèment abrogé comme celui de Draeon. Nous ne
Mirville qui, ici, suivant une méthode qui ei^t la sienne, semble n'avoir pas mèmelu la citation 4ônt il fAit usage. L'air de cette chambre devait être irioié, puisque la lumière s'y éteignait. Le bra6 du fantôme était une vision de l'asphyxie ; la porte une fois ouverte et le couranid'air établi, le spectre a clisparu. On pourrait rapprocher de cette histoire un fait tout récent que nous avons lu, il y a quelques années, dans les journaux.
Il y avait dans un endroit qu'on cite, et chez des personnes qu'on nommerait au besoin, une cham-^ bre hantée. Un savant résolut d'y coucher et y coucha. Vers le milieu de la nuit il épfouve une oppression horrible, une douleur d'estomac pleine de déchirements et d'angoisses, et il voit, dans une lueur phosphorescente, un affreux démon vert pomme qui était accroupi sur sa poitrine et qui lui fouillait les entrailles avec ses ongles. Il pousse un râlement qui est entendu, on vient à son secours, on donne del'air h lachambre, et le savant, revenu à hii, se sent malade et reconnatt les symptômes de l'empoisonnement par l'arsenic. On le tire de la chambre fatale, des réactifs lui sont administrés, il se rétablit et peut se livrer à un examen sérieux et attentif de la chambre hantée.
flitnaçant, qui semblait implorer de nous assislance ; et pour qu'on ne me soupçonne pas d'avoir ^ulu forger quelque fable, on me pardonnera d en appeler au témoignage de Nicolas Tuba, homme de mérite e>t d'une grande autorité, qui me demanda à .venir avec plusieurs jeunes gens de sa connaissance s'assurer de la réalité des chose^. Ils veillèrent donc avec nous, et quoique les lumières fussent allumées, ils virent bientôt, et en même temps que nous, paraître ce même fan* tome avec ses mille évolutions, ses clameurs, ses épouvantements, qui firent croire mainte et mainte foiâ à nos compagnons, malgré tout leur courage, qu'ils allaient en être les victimes. Toute la maison retentissait des gémissements de ce specti'e, toutes les chambres étaient infestées à la fois; m?iis lorsque nous approchions de lui, il paraissait reculer, surtout fuir la lumière que nous portions à la main. Entin, après un tapage indicible de plusieurs heures, et lorsque la nuit lirait à sa fin, toute la vision s'évanouit.
u De toutes les expériences que je lis alors, une mérite surtout d'être citée, car, à mes yeux, ce fut le plus grand de ces prodiges et le plus effrayant.... La nuit était venue, et, après avoir
fermé ma porte avec un fort cordoa de soie, je m'étais couché. Je n'avais pas encore dormi, et ma lumière n était pas encore éteinte, lorsque j'entendis mon fantôme faire son tapage ordinaire h la porte, et, peu de temps après, la porte restant fermée et attachée, je le^ vis, chose incroyable ! s'introduire dans la chambre par. les fentes et les serrures. A peine entré, il se glisse sous mon lit, et Marc, mon élève, ayant aperçu toute cette manœuvre, glacé d'épouvante, se mit à pousser des cris affreux et à appeler au secours. Moi, voyant toujours la porte fermée, je persistais à ne pas croire à ce que j'avais vu, lorsque je vis ce terrible fantôme tirer de dessous mon lit un bras et une main avec lesquels il éteignit ma lumière. Celle-ci éteinte, alors il se mit à bouleverser nonseulement tous mes livres, mais tout ce qui se trouvait dans ma chambre, en proférant des sons qui nous glaçaient les sens. Tout ce bruit ayant ri^veillé la maison, nous aperçûmes des lumières dans la chambre qui précède la mienne, et en même temps nous vîmes le fantôme ouvrir la porte et s'échapper par elle. Mais voilà ce qu'il y a de plus étonnant : il ne fut aucunement vu par tous ceux qui apportaient de la lumière ! . . . . v
— Mi —
M« de Mireille, qui cite aussi ce fait, ajouté!
(( On sent combien il est facile d'expliquer en gros les phénomènes qu'on rapporte en quatre lignes, mais nous voyons combien chacune Tient ajouter à la difficulté de la solution. Alexandre était fou dans ce moment, soit; mais avec lui, son élève, son domestique, et Tuba, et les jeunes gens, et toute la maisonnée, et toute la ville de Rome qui ne voulait plus de cette maison..., il y avait donc dans cette maison une cause hallucinatrice pour tout le monde? Quelle était cette cause?. . . Une cause qui, nepouvant ouvrir les portes du dehors, passait par les fentes, mais ouvrait très^bien de rintéfieur. »
Ce qui caractérise surtout cette histoire, et ce que M. de Mirville ne saurait voir, c'est le défaut absolu de logique et de vraisemblance qui caractérise les hallucinations et les rêves. Une porte fermée par un simple cordon de soie est plus facile à ouvrir du dehors que du dedans, en poussant de manière à rompre le cordon, et c'est le contraire qui arrive; l'Esprit qui est entré par le trou de le serrure n'a pas besoin d'ouvrir la porte pour sortir, et il se donne cette peine inutile. Il n'est pas visible pour tout le monde, quoi qu'en dise M. de
Mirville qui, ici, suivant uhe méthode qui ei»t la sienne, semble n'avoir pas mèmelu la citât ion dont il fait usage. L'air de cette chambre devait être vicié, puisque la lumière s'y éteignait. Le bra6 du fantôme était une vision de l'asphyxie ; la porte une fois ouverte et le courant d'air établi, le spectre a disparu. On pourrait rapprocher de cette histoire un fait tout récent que nous avotts lu, il y a quelques années, dans les journaux.
Il y avait dans un endroit qu'on cite, et chez des personnes qu'on nommerait au besoin, une chambre hantée. Un savant résolut d'y coucher et y coucha. Vers le milieu de la nuit il épfouve une oppression horrible, une douleur d'estomac pleine de déchirements et d'angoisses, et il voit, dans une lueur phosphorescente, un affreux démon vert pomme qui était accroupi sur sa poitrine et qui lui fouillait les entrailles avec ses ongles. Il pousse un rftlement qui est entendu, on vient à son secours, on donne de l'air h la chambre, et le savant, revenu à hii, se sent malade et reconnaît les symptômes de l'empoisonnement par raraenic. On le tire de la chambre fatale, des réactifs lui sont administrés, il se rétablit et peut se livrer à un examen sérieux et attentif de la chambre hantée.
Il reconnaît qu'elle est tapissée d'un papier vert ponune coloré au moyen d'une préparation arsenicale. Alors tout s'explique pour lui. En effet on changea le papier de cette chambre, et le fantôme homicide ne revint plus.
C'est en étudiant de près les prodiges qu'on découvre les lois secrètes de la nature.
Voilà, par exemple, une maison qui attire les pierres conune un fer aimanté attire la limaille de fer. C'est étrange, n'est-ce pas? mais c'est aussi ce qu'on devait dire lorsqu'on a remarqué, jKmr la première fois, les phénomènes de l'aimant. On découvrira bientôt qu'il existe des aimants spéciaux dans les trois W^gnes de la nature, et que la maison lapidée devait attirer les pierres comme J^ médium écossais Home ou la jeune paysanne Angélique Cotin attiraient les meubles. La vie de rhomme se répand sur les choses qui sont à son usage, et les prescriptions de la Bible prouvent que la contagion de la lèpre s'attachait aux maisons comme aux hommes. Pourquoi n'y aurait-il pas des maisons malades d'aimantation déréglée comme il y avait alors des maisons lépreuses ? Ce qui est certain, c'est que la nature est harmonieuse et régulière, c'est qu'elle obéit à des lois ri-
goiireusement exactes dans le résultat de îeur action et qu elle ne donne jamais de démentis ni h son auteur, ni à elle-même. Son miracle permanent, c est Tordre éternel. Les prodiges passagers sont des accidents prévus par Fharmonie universelle et ne prouvent pas plus Tintervention des esprits que les météores ne prouvent TexifitenDe des astres. La raison suprême est comme le soleil : insensé qui ne la voit pas !
PHENOIIËNES MODERNES