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LES TABLES TOURNANTES ET PARLANTES

L*existence de l'aimant universel spécialisé dans jes métaux, dans les plantes, dans les animaux, dans les hommes, était connue des anciens hiérophantes. C'est à cette force mystérieuse qu'ils donnaient les noms d'Od, d'Ob et d'Aour, chez les Hébreux. C'est la double vibration de la lumière universelle et vitale. Lumière astrale dans les astres, lumière magnétique dans les pierreries et les métaux, magnétisme animal chez les animaux et chez l'homme. Tout, dans la nature, en révèle l'existence.

Les expériences de Mesmer et de ses successeurs ont prouvé que le magnétisme animal peut communiquer aux objets inertes la vie et la volonté de rhomme. Il n'y avait donc pas lieu de s'étonner du phénomène si multiplié de nos jours des tables tournantes et parlantes; mais Tignorance aime à s'étonner, parce qu'en s'étonnant elle s'émerveille, et qu'en s'émerveillant elle s'enchante, puis elle ne veut plus être désenchantée, et n'écoute pas les simples diseurs de vérité.

La vérité presque tout entière sur les tables merveilleuses se trouve très-simplement et très-claire-' ment exprimée dans une lettre d'nn savant ano* nyme que cite M. A. Morin. « Croyez bien, dit ce savant, qu'il n'existe, dans les tables, ni esprits, ni revenants, ni anges, ni démons; mais il y a de tout cela si vous voulez, quand vous voulez, et comme vous voulez, puisque cela dépend de votre imaginative, de votre tempérament, de vos croyances intimes, anciennes ou nouvelles. La Mensambulance n'est qu'un phénomène mal observé par les anciens, incompris par les modernes, mais parfaitement naturel, qui touche à la physi*que d'une part et à la psychique de l'autre ; mais il était incompréhensible avant la découverte de

rélectrieité et de T héliographie, parce que, pour expUquer un fait de Tordre spirituel, nous sommes obligés de nous appuyer sur le fait correspondant de Tordre matériel, comme les anciens poètes le fanaient par des comparaisons et les prophètes par des paraboles.

« Or, vous savez que le daguerréotype a nonseulement la faculté d'être impressionné par les objets, mais aussi par Timage des objets. Eh bien ! le phénomène en question, qui devrait s'appeler la photographie mentale^ ne produit pas seulement les réalités, mais aussi les rêves de notre imagination, avec une telle fidéhté que nous y sommes trompés, ne pouvant distinguer une copie prise sur le vif d'une épreuve prise sur Timage.

« Cette photographie mentale, direz-vous, est une chose bien extraordinaire, bien merveilleuse. — On en a dit autant de la photographie ordinaire, puis on s'y est familiarisé. Il en sera de même de la nouvelle découverte : on s'habituera, et chacun vérifiera, en faisant des tables comme on fait du daguerréotype, les uns bien, les autres mal, car il faut pour réussir un ensemble de précautions et de conditions indispensables au succès. Le premier maladroit, le premier étourdi venu

D*est pas plus eu état d'obtenir une bonne épreuve ,^

d*un côté que de l'autre.

« La magnétisation d'uu guéridon ou d'une personne est absolunaenl la même chose , et les résuitiats sont identiques ; c'est l'envahissement d'un corps étranger par l'électricité vitale intelligente ou la pensée du magnétiseur et des assistants.

« Rien ue peut donner une idée plus juste et plus facile à saisir que la machine électrique rassemblant le fluide. SU!» son conducteur, pour en obtenir une force brute qui se manifeste par des éclats de la lumière, etc. Ainsi l'électricité accumulée sur un corps isolé acquiert un& puissance de réaction égale à l'action, soit pour aimanter, soit pour décomposer, soit pour enflammer, soit lK)ur envoyer ses vibrations au loin. Ce sont là des effets sensibles de l'électricité brute (1) produite par des éléments bruts; mais il y a évidemment une électricité corespondante produite par la pile cérébrale de l'homme : cette électricité de l'âme, cet éther spirituel et universel qui est le milieu ambiant de l univers métaphysique ou in-

(4) Brûle esl le uom donné par la tuble pour la distinguer de réieciricilé intcllisrenle.

corporel, a besoin d'être étudié ayant d'être admis par la science, qui ne connaîtra rien du grand phénomène de la vie avant cela.

« L'éleetricité cérébrale, qui n'est plus pour moi et mes collaboi*ateurs à l'état d'hypothèse, pamti avoir besoin, pour se manifester à nos sem, du secours de l'électricité statique ordinaire ; de sorte que si celle-ci manque dans l'atmosphère, quand l'air est très-humide par exem^ pie, on ne peut obtenir aucun mouvement des tables, qui vous disent clairement le lendemain ce qui leur manquait la veille.

« L'intelligence d'une table actionnée est le résumé ou, si vous le voulez, le reflet de l'intelligence des personnes qui l'actionnent, on peut même dire de tout un salon att^itif et en harmonie de sentiments et de croyances. D'autres fois, ce n*est que la répercussioii des idées d'une seule personne plus influente par sa volonté, qui peut même paralyser ou activer de loin le guéridon et lui imposer tel ordre d'idées qu'il lui plaît.

« Il n'est nullement besoin que les idées soient nettes dans le cerveau des personnes : la table les découvre et les formule d'elle-même, en prose ou en vers, et toujours en termes propres ; elle

demande souvent du temps pour remplît certains botits-rimés ; elle commence un yers, lé4ktilW,'* k corrige ou le retourne U notre instar f^h jôu*, plaisante et rit avec no ils comme le 45ôraît tm itt*» teriocuteur bien élevé. Si les personne» isont rfttH patliiques et bienveillantes les unes pour les âufl^, elle se met au ton général de la coiiveriatton, c*est l'esprit du foyer ; mais si on lui deoiRinde und épigramme contre une personne absente, elle emporte la pièce^ Qfiaût aux choses du monde extérieur, elle en est aux conjecturés comme nous ; elle compose ses petits systèmes philosophiques, les discute et les soutient comme un rhéteur des plus retorts. En un mot, elle se fait une conscience et une raison à elle, avec les matériaux qu'elle trouve en nous.

« Tout cela vous paraîtra bien bizarre, bien incroyable ; mais, après vérification, vous en arriverez là comme nous.

« Les Américains sont persuadés que ce sont des morts qui reviennent ; d'autres, que ce sont des esprits , d'autres des anges , d'autres des démons, et il arrive précisément à chaque groupe le reflet de sa croyance, de sa conviction préconçue : ainsi les initiés des temples de Sérapis,

de Delphes, des Branchides et autres établissemeute théurgico-médicaux de ce genre, étaient- Hé bien convaincus d'avance qu'ils allaient entrer jen communication ave€ les dieux adorés dans chaque sanctuaire ; ce qui ne manquait pas d'avoir lieu.

« A nons., qui savons la valeur du phénomène, M. ne nous arrive aucune chose que nous ne Hissions expliquer sans peine d'après nos priudpes ; nous sommes parfakenient sûrs qu'après avoir chargé un guéridon de notre biflux magnétique, nous avons créé une intelUgence analogue à la nôtre, qui jouit comme nous de son libre arbitre, et peut converser avec nous, discuter avec nous, avec un degré de lucidité supérieure, attendu que la résultante est plus forte que l'individu, ou le tout plus grand que la partie.

« La meilleure condition est de n'avoir pour collaborateurs que des enfants presque sans influence mentale ; c'est à peu près comme si vous étiez seul en présence de votre conscience et en êonversation intime avec vous-même, sauf que le aisûiineur éphémère formule ce qui n'était qu'à Pétat de chaos (»u de nébuleuse dans votre conscience.

(( 11 n'est pas une réponse des oracles anciens qui ne trouve son explication naturelle d'après la théorie dont nous avons la clef. N'accusons plus Hérodote d'avoir radoté dans ses récits les plus étranges que nous tenons pour aussi vrais et sincères que tous les autres faits historiques consignés dans les récits de tous les écrivains du paganisme.

<( Le christianisme, qui avait pris à tâche de délivrer le monde de ces croyances superstitieuses dont il avait reconnu l'inanité et les dangers sans en découvrir les causes, a eu les plus grands combats à livrer pour détruire les oracles et le sibyllisme ; il a dû employer plus que la persuasion, et l'établissement de l'inquisition n'a pas eu d'autre but ; lisez Ammien Marcellin et les violences des premiers empereurs chrétiens contre les consulteurs de tables, eties sermons de TertuUien contre ceux qui interrogeaient Capellm et Memas (Chèvres et Tables) .

« 11 n'a pas fallu moins de dix-sept siècles et demi pour avoir raison des sorciers par le fer et le feu; les derniers sui'vivants fuirent Urbain Grandier et Cagliostro : mais le phénomène étant naturel renaissait tantôt sous la forme des trem-

bleurs de saint Médard, tantôt sous celle des hallucinés de saint Paris, dont Talleyrand a constaté la réalité dans sa jeunesse, en crucifiant une sibylle avec labbé de Lavauguillon, sans lui faire de mal. Mesmer a ressuscité la chose.

<( Ce phénomène est aussi ancien que Thomme, puisqu'il lui est inhérent. Les prêtres de Tlnde et de la Chine lont pratiqué avant les Égyptiens et les Grecs. Les sauvages et les Esquimaux le connaissent ; c'est le phénomène de la Foi, source de tous prodiges ; quand la foi s'afPaiblit , les miracles disparaissent . Celui qui a dit : <( avec la foi, on transporte les montagnes, » ne s'éton* nerait pas qu'on soulevât un guéridon. Avec la foi, le magnétiseur enlève un rhumatisme, et les bergers de la campagne obtenaient du pied de leur chèvre, comme nous obtenons du pied de nos tables, des réponses analogues aux croyances intimes des interrogateurs, aussi étonnés de voir formuler leurs pensées, leurs instincts et leurs sentiments, que le sauvage est étonné de voir refléter sa figure dans une glace. Les plus mal partagés sont ceux qui croient causer avec le démon qui répercute leurs rêves et quelquefois l'état de leur conscience*

c( L'iionime, en se regardant au miroir de la table, « S^y voit parfois si laid qu*il se prend pour le diable.

« Plus il y a de croyants réunis par une foi quelconque autour d'une table, plus la pile est chargée, plus les résultats en sont puissants et merveilleux.

« Les premiers chrétiens rassemblés autour de la sainte table pour communier en Dieu voyaient Dieu, comme ceux qui ont foi en la magie et la sorcellerie voient des enchantements et de la sorcellerie partout. Les hôtes du festin de Balthasar ont vu sur les murailles la menace née dans leur conscience contre l'auteur de pareilles orgies, et rien de plus. Ceux qui croient aux apparitions, à des taches phosphorescentes, à des bruits étranges, sont également servis selon leurs idées ; car il est fait à chacun selon sa foi. Celui qui a prononcé ces profondes paroles, était bien le Verbe incarné; il ne se trompait pas et ne voulait pas tromper les autres ; il disait la vérité, que nous ne faisons que répéter ici sans plus espérer qu'on l'accepte.

a L'homme est un microcosme ou petit monde; il porte en lui un fragment du grand Tout à l'état

chaotique. La tâche de nos semidei est de débrouiller la part qui leur est échue par un travail mental et matériel incessant. Ils ont leur corvée à remplir par l'invention perpétuelle de nouveaux produits, de nouvelles moralités, et la mise en ordre des matériaux bruts et informes départis par le Créateur, qui les crée à son image pour créer à leur tour et compléter Fœuvre de la création, œuvre immense qui ne finira que quand le tout sera tellement parfait, qu'il sera devenu semblable à Dieu et capable de se survivre à luimême. Nous sommes bien loin de ce moment final, car on peut dire que tout est encore à faire, à refaire et à parfaire ici-bas, institutions, machines et produits.

Mens non solum agitât sed créât molem.

(( Nous vivons dans la vie, ce milieu ambiant intellectuel qui entretient dans les hommes et les choses une solidarité nécessaire et perpétuelle; chaque cerveau est un ganglion, une station du télégraphe névralgique universel en rapport constant avec la station centrale et avec toutes les autres , par les vibrations de la pensée.

(( Le soleil spirituel éclaire les âmes comme le soleil matériel éclaire les corps, car l'univers est double et suit la loi des couples. Le stationnaire ignorant interprète mal les dépêches divines et les rend d'une façon souvent fausse et ridicule. Il n'y a donc que l'instruction et la vraie science qui puissent détruire les superstitions et les non-sens répandus par les ignares traducteurs placés aux stations de Renseignement chez tous les peuples de la terre. Ces aveugles interprètes du Verbe ont toujours voulu imposer à leurs élèves l'obligation de jurer sans examen, in verba magistri.

« Nous ne demanderions pas mieux, hélas! s'ils traduisaient exactement les voix intérieures qui ne trompent que les esprits faux. C'est à nous, disent-ils, à débrouiller les oracles, nous en avons la mission exclusive, spiritus flat ubi vult^ et il ne souffle que sur nous, disent-ils.

« Il souffle partout, et les rayons de la lumière spirituelle éclairent toutes les consciences ; mais comme il y a des hiboux qui fuient la lumière, il y a aussi des corps réfringents et beaucoup qui sont dénués de la faculté réflectible. C'est la majorité ; et quand tous les corps et tous

les esprits réfléchiront égaletnetit cette double lumière, on y verra beaucoup plus clair qu'aujourd'hui. »

Nous croyons avec le savant de M. Morinque les phénomènes actuels nous mettent sur la voie des plus grandes et des plus importantes découvertes. Cette photographie mentale des idées courantes est quelque chose d'immense qui nous révèle la grande communion de la vie. Une âme unique en effet entretient la vie dans toute la nature, mem agitât molem.

Cette âme est active chez les êtres intelligents et passive chez les autres. Or, ce qui est actif agit sur ce qui est passif et lui emprunte même sa force. L'homme peut prendre au lion sa vigueur, au singe son agilité et son adresse, il peut aussi imposer au lion et au singe sa propre pensée , et s'en servir comme d'instruments : tout cela est une question de magnétisme.

Croyez-vous que le grand peintre, par exemple, trouve chez le marchand les couleurs dont il fait rayonner sa toile? Non, sa pensée commande au soleil qui lui abandonne ses reflets. Toute puissance intellectuelle est une magie.

et la matière mise au service de l'esprit devient intelligence.

Le jour pour se manifester a besoin de la nuit, et, comme le dit M. A. Morin dans quelques vers assez heureux dont nous complétons la pensée :

Le temps pour Apollon est venu d'abdiquer ; Nous savons à présent quel génie invoquer. Sa force est :

Tout le monde ;

Il se nomme :

Personne ; — Celui qui ne Ta pas est celui qui le donne ; — Ainsi que dans Taimant le pôle négatif Est le constant agent de Tetlet positif. La nature muette inspire la parole.

L'ignorance publique a créé le symbole, Et l'homme de génie est peut-être^ en deux mots. Celui qui tire à lui l'esprit de tous les sots.

La Fontaine faisait plus : il tirait à lui le génie des bêtes, ou plutôt il leur prêtait le sien, et les faisait parler bien mieux que nos médiums ne font parler les guéridons. Le monde appartient au génie. Il dit à la pierre : sois vivante ! et la pierre se lève et s'anime. Le statuaire fait les dieux ; puis vient la foi, et les dieux parlent^ les statues roulent

les yeux, le marbre pleure. Pure imagination, direz-vous : oui , souvent , mais pas toujours ; et la preuve en est que liBs tables remuent et parlent réellement. On ne sait pas encore de quelles forces peut disposer Taimantation humaine; et quand les prodiges de la foi deviendront les conquêtes de la science, Thomme, élevé au-dessus de toutes les superstitiolis, aura pris sa place dans Tunivers; il comprendra qu'il est né pour commander à la nature, et qu'il est ici-bas le plénipotentiaire de Dieu.

La photographie est, certes, une des plus belles et des plus curieuses découvertes de ce siècle : mais, dans ce bon temps d'autrefois, que regrettent si sincèrement MM. Veuillot et de Mirville, l'inventeur de cette belle chose n'eût-il pas été accusé de magie, et les masses ignorantes n'eussent-elles pas été persuadées que ces peintures instantanées et merveilleuses étaient l'ouvrage des malins esprits ? Qu'eût-on pensé alors du stéréoscope, cette double lorgnette qui donne du relief à un reflet et change un fantôme en statue? Un voyageur emporte les Alpes dans sa poche; on met le dôme de Saint-Pierre de Rome dans un étui. Joignez le microscope au stéréoscope, et

VOUS verrez se dresser entre vos mains, dans toute leur effrayante hauteur, les colosses des Pyramides, que vous pourrez contempler à votre aise à travers le trou d'une aiguille!... Voyons, notre cher monsieur de Mirvîlle, est-ce que votre diable ne s'en mêle pas vraiment un peu ? Non , n'est-ce pas ? Mais , quant à la photographie mentale des tables parlantes, c'est bien autre chose : oui , c'est autre chose , en effet ; mais c'est une autre chose tout à fait analogue à la première.

De même que la photographie solaire reproduit avec une fidélité désespérante les taches et les verrues d'un visage , la photographie astrale reproduit le néant des vaines conversations, la témérité des conjectures et les faux pas des sottes pensées. On connaît les prétendues révélalions de Victor Hennequin ; le médium Rose nous affirme qu'Escousse et Lebras ont été Roméo et Juliette, et rcMcontre dans Saturne l'infortuné Lesurques, qui est devenu jardinier. Ceci nous rappelle un couplet d'une chanson amphigourique de Vadé :

La reine Cléopàlre Rôtissait dans son Aire

Des marrons

Que Caron

Jette aux poules.

Tandis que ZorobabeK Faisait cuire, en Israël,

Des moules.

C'est le rêve dans toute son incohérence. Puis il évoque madame Lafarge, et lui fait confesser qu'elle fut coupable : outrage impie à la tombe d'une malheureuse, dont la mémoire, protégée par un doute devant l'opinion publique, touche à l'honneur d'une famille honorable dont quelques membres vivent encore et croient à l'innocence de Marie. Un autre médium, jadis savant, depuis tourneur de tables et halluciné, croit recevoir les baisers d'une femme qu'il a aimée ; puis bientôt son amante d'outre-tombe devient jalouse, d'autres lèvres posthumes ont effleuré la bouche flétrie et démeublée du vieux Girard. Et la nouvelle Diane de ce grotesque Endymion (nous osons à peine le répéter après qu'il n'a pas craint de l'écrire), c'est la mère de Dieu elle-même. A côté de ces énormités, nous voyons sortir du crayon des médiums des pages qui peuvent n'être encore écrites nulle part, mais qu'on se souvient d'avoir

déjà lues partout, tant ces verbiages sont communs et se ressemblent. Parfois le prétendu Esprit copie tout naïvement un auteur qu'il croit sans doute peu connu. Celui qui écrit ce livre fut étonné un jour de relire , sous la signature de Platon , dans un numéro de la Vérité^ journal spirite de Lyon, une page de son introduction à Y Histoire de la Magie. Le crayon fait de plates chansons, qu'il signe Béranger , et attribue des capucinades à Lacenaire : c'est un tohu-bôhu d'âneries prétentieuses et de réminiscences tronquées ; c'est une lanterne magique sans lumière, c'est le sabbat des plus pauvres diables qu'on puisse imaginer; c'est le chaos des extravagances. Puis, à côté de cela, des aperçus pleins de finesse, des hypothèses hardies et des lambeaux de vraie science, cousus avec les vieilles ficelles de Tabarin ou de Jocrisse. Apollonius de Thyane écrit des tirades saint-simoniennes et les signe « saint Augustin » ; saint Augustin déclame contre l'Église catholique, saint Louis parle comme Jean Journet, saint Vincent de Paul fait des phrases, et le grand saint Eloi n'a plus même le bon esprit de^^ouloir remettre à l'endroit les chausses du roi Dagobert. C'est le bruit anarchique des foules, c'est le quiproquo des cohues,

c'est la confusion des masses photographiées pendant qu'elles se meuvent ; c est Tesprit impersonnel et multiple qui noie bêtement les animaux dans lesquels il se réfugie, Fesprit que chasse de partout la douce influence du Verbe de vérité, et qui se nomme légion.

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