DERNIER MOT SUR LE SPIRITISME
Quelque chose d'étrange et d^inouï se passe en ce moment dans le monde. Le christianisme, en mettant toutes nos espérances dans la mort, avait dégoûté les hommes de la vie : et voilà qu'une croyance nouvelle semble vouloir nous rattacher à la vie en anéantissant la mort.
Pour la secte spirite, en efifet, la mort n'existe plus. La vie présente et la vie à venir, séparées à peine par une mince cloison que peuvent percer les esprits, ne sont plus qu'une seule et même vie. Nous sommes entourés de ceux que nous avons ai-
mes, ils nous voient, ils nous touchent, ils nous font signe, ils nous écrivent, ils marchent avec nous et portent la moitié de nos fardeaux. Parfois même, leur main se rend visible et palpable pour s'unir à la nôtre. Le miracle se vulgarise et nous pouvons le reproduire à volonté. Plus de larmes coulant sur les tombes, plus de deuil, plus de couronnes funéraires en mémoire de ceux qui ne sont plus, car, en vérité, loin d'avoir cessé d'être, ceux-là sont plus vivants que nous. Le berceau du petit enfant se soulève de lui-même en se balançant et dit à la pauvre désolée que son pauvre ange est toujours resté près de son cœur. Le vieux mur écroulé qui séparait autrefois pour jamais les deux existences de l'homme est comme la cloison qui séparait les demeures de Pyrame et de Thisbé, il laisse passer les paroles, il n'arrête même pas les baisers. Quel rêve divin, quelle douce folie! Aussi est-ce par milliers qu'il faut compter les adeptes de la science nouvelle. Ne serait-il pas trop cruel de les détromper si toutefois ils se trompent, car ils s'appuient sur des raisonnements auxquels on ne peut rien répondre et marchent entourés de prodiges. Leur morale eu apparence est pure et leur doctrine ne contre-
dit le dogme catholique que pour opposer d'humbles espérances à de trop excessives rigueur». Tout cela est si précieux, si surprenant, si beau, qu'on se laisse facilement envahir par une crédulité flatteuse, et l'on ne réfléchit pas assez pour voir que la prétendue religion nouvelle anéantit le culte et la hiérarchie, rend le sacerdoce inutile, détruit le temple au profit de la tombe, substitue aux sacrements des vivants le contact douteux et problématique des morts. Dans ces évocations multipliées, la raison se fatigue, la foi se matérialise, les grandeurs sévères de la théologie se transforment en petitesses romanesques et sentimentales, on y parle d'un Christ presque aussi ridicule que celui de M. Renan et d'une Vierge Marie qui vient tous les soirs donner des baisers sur la bouche au vieux Girard de Caudemberg. D'un autre côté, ce méchant M. de Mirville, qui ne nous pardonne pas de l'avoir appelé bon, embouche la trompe infernale et proclame le règne de Satan. Son bedeau, M. Gougenot Desmousseaux, lui présente le goupillon pour exorciser le prince des ténèbres. Les injures pleuvent au lieu d'eau bénite. Les prud'hommes voltairiens nient bêtement les fai|p pour n'avoir pas à se préoccu-
per des causes. Lq respectable M. Velpeau explique par un léger craquement des muscles du mollet des coups qui brisent les tables et semblent démolir Jes murailles. Pour beaucoup de gens, r Américain Home n est qu'un habile jongleur, un plus grand nombre encore rit, hausse les épaules et ne veut pas même entendre parler de tout cela, et au milieu de ce chaos la vraie science, grave, silencieuse et triste, étudie, observe et attend.
Elle ne saurait toutefois garder un éternel silence, autrement elle serait la mort. Le temps arrive où il faut nécessairement qu'elle parle pour prendre la défense de cette éternelle raison qui est la base de toute justice. Il faut qu'elle parle pour annoncer au monde la plus grande et la plus nécessaire de ses révolutions, celle qui doit renverser le despotisme de la folie pour fonder l'empire de la sagesse, celle qui doit réconcilier à jamais l'intelligence avec la foi.
L'adhésion ferme de l'esprit aux hypothèses nécessaires et raisonnables, c'est la foi, et cette foi, on peut dire aussi que c'est la raison.
L'adhésion obstinée de l'esprit aux hypothèses impossibles et déraisonnables, c'est la superstition, c'est le fanatisme, c'est la folie.
Le Dieu des sages, c est l|i raison Avivante et universelle; le Dieu des fanatiques et des supei-stit^x, c'est la folie absolue.
Mais la folie absolue, c est le meiiBonge absolu, c'est le mal, c'est le diable: les superstitieux adorât le diable.
La religion des superstitieux peut donc être rejetée sans examen.
Lorsqu'on dit que le vrai chrétien doit sacrifier la raison à la foi, on ne parle pas d'une manière exacte. Sacrifier sa raison à la foi, c'est soumettre en matière de religion son propre jugement à l'autorité universelle, ce qui est très-sage et trèsraisonnable. Saint Paul ne demande-t-il pas une obéissance raisonnable? Tout le monde sait cela, mais personne ne veut le comprendre, et de tout temps les hommes de mauvaise foi, pour avoir le prétexte de se battre entre eux, ont cultivé le malentendu.
La foi sans raison , c'est la folie. Tel pensionnaire de Bicêtre croit fermement et opiniâtrement qu'il est le roi de France. Pourquoi est-il fou eu croyant cela? Parce qu'il n'a pas raison de le croire, ou parce qu'il le croit sans liaison.
Vintras croit feiteemeat qu'il est Je prophète Élie et que Tarchange saint Michel, déguisé e» vieux mendiant, s'entretient familièremait avec lui. Ses tiiscl|ies pr^eoident qu'il a iftison tle le croire, et ils apportent pour preuves de prétoidues prophéties et de prétendus miracles. Pf, |1 ^#e trouve que les prophéties sont des divagations f^ des déclamations confuses, les miracles des phénomènes dégoûtants et de nature à ridicuitser les choses les plus saintes. Ici la raison publique coiv rige la raison privée, et l'on trouve que Vintras et ses disciples sont, je ne dirai pas des sectaiiies qu'il faut combattre, mais des malades qu'il faut soigner.
La foi est la confiance de l'âme humaine en une raison plus haute que sa propre raison. La foi élève donc la raison de l'homme, au lieu de l'abaisser ; l'abîme du ciel commence pour nous où finit la hauteur des montagnes, la foi commence nécessairement où la science finit. Je ne puis croire le contraire de ce que je sais, et je ne puis savoir le contraire de ce que je crois sans renoncer immédiatement soit à ma science, soit à ma foi. L'objet de la foi est donc nécessairement l'hypothèse ; mais l'ob-
jftd4 1^ foi raisoaqable e'^sl {^hypothèse néces-
Qu'on BB nous dise pas que la toi est une gpftee et non une déduction plfHosppfaJN|ue : ie bon sens siusei est une grâ4^, et une grâce malkeumusement beaueoup plus rare que la foi. Hos t^aniiises paissions dépravent notre jug^nent. Un médiaat n'est jamais raisonnable, et le eiel n'accorde la véritable raison qu^anx liomnes de bonne volonté.
Gro^ez, ei wous serez intelligents, disait le€hrist auK pauvres d'esprit et aux humbles ^i les eppe^ tant au wlut par la foi. Soyez vraiment intdili-^ gents, et vous croirez, pouvons-nous dire mainfenant aux savants et aux penseurs. C'est-àndire vous eroire;; cément, au lieu de croire follement, car, bongré mal gré, il faut toujours que rbomme croie. Pro^dence ou fatalité, il ^ste une cause pr^iière. Ordre ou chaos, il existe qiEidque diose dans Tinfini. Mais l'ordre dans un «enl coin de Tunivers est ta «légation du dmos. La vie essentîellenient directrice et diri-» gée dans tous ses phénomènes est la négation de la falalité. Le vrai credo quia absurdum est celm de f homme ^î nie; En face de l'être^
^p siet, U fout êbm (qïx pour ?ve»ir afôsm0r le
I^'êtr», ét§nt ipfim, p(^ut êt^e «34»» da»i? ««f B^fe§tatiQ»p ÛBm, l^ cofl»u co4duit fftP l'hyT potbèse w)it »^es«qipe, mit miiimfàat raisonmhl^, h h 4iyi4*tion 4p ri»ç»»nu i^^f ; vmh w-^h àB touto bypotiii^e p^(|»j^, reste tour JiDurs ri»eoaau mli»i, dont ou aepeut viisa pm:? ser pji riei^ dire. C'est 4aas ciat iiiao»ntt pus^r daUs, iuAétidnQmé, indieible, qup les aadeBS kaUbaiistes adoraient Dieu sans cherchi^ jamais à le eooipreiLdre.
Où la science s'arrête, la foi nûmmBJ^e^ et 1a foi puise ses révélations hypotfa^tâqnes d^^^ les agitations dn cœur toujours plus [iiisaÉiable e plus ^ourageuK que Tesprit. Or, le ispeur hnaimn p^ut s'appufi^er sur une force ou se laisser i^garer par une faiblesse. — La force, Grmt le sentixaent héroïque du sacrifice, -r- La faiblesse, c'est le rôve amollissant de l'i^oïsme satisfait.
IV>ur suppléer à l'insuffisance de la science, on peut donc faire appel ç«l à Texaltation des sentiments généreux, ou à la surexcitation des ins* tinets lâches.
L'^udtatioa 4es sentiments généieux doMe la
foi dans le sacrifice et, par conséquent, dans le travail régulier, .dans lobéissance, dans la hiérarchie^ dans l'abnégation du sens propre, pour se soumettre au sens commun. L'Église alors s'élève, la société est une milice, avec ses grades et sa discipline obligatoire pour tous. La plus puissante intelligence alors se manifeste par la plus grande docilité. Rien déplus clairvoyant, en efiE^, que l'obéissance aveugle, rien de plus digne de la liberté que le sacrifice de la liberté même. Un soldat qui ne peut plus obéir ne peut plus vivre, et lorsque son général lui commande des choses qu'en conscience il ne saurait faire, il ne déserte pas, il meurt.
Le sentiment exalté, mais juste, qui crée lobéissanceau drapeau, s*appelle l'honneur. Le sentiment exalté, mais juste, qui crée Tobéissance à l'Église, se nomme la foi.
Le rêve égoïste opposé à la foi. c est l'hérésie. C'est le soldat qui veut vaincre en s'isolant, c'est le croyant excentrique qui veut accaparer pour lui seul les avantages de lajsociété. C'est l'honmie qui veut communiquer avec Dieu sans intermédiaire et qui se fait une révélation pour lui seul. Gomme si le Dieu de l'humanité pouvait être eix-
communié, comme si le fond de la religion n'était pas lei^rit de charité, et comme si Tesprit de charité était ailleurs que dans l'association des sacrilSces et le concours hiérarchique à la création et à la conservation sociale et ecclésiastique de la foi !
Cette haute raison qu on appelle l'Église absorbe et doit absorber tous les raisonnements individuels. Le Christ, en se révélant au monde, a fait taire les oracles, parce que les oracles ne sont pas la raison. Qu'importe, en elfet, un phénomène que la science n'explique pas encore, et que peut-il contre une raison? Si je voyais une absurdité s'écrire en lettres de feu dans le ciel, j'adntiirerais le phénomène, mais je ne serais pas assez fou pour admettre l'absurdiié. Maintenant que la voix du Christ n'est plus écoutée, on ressuscite les oracles. Les tables parlait, les plumes écrivent d'ellesr-mêmes, les pierre<5 crient, et que crient-elles? que disent les tables*^ qu écrivent les crayons des médiums? Tout cela répète sur tous les tons et en toutes les langues que les hommes sont fous quand ils ne priment pas pour base la sagesse de Dieu, qui est dans l'esprit de charité.
àmm, ékmi myi d'est éë^tiëiëfdfoMfiitètt^ cel êspit mm le mMe: m voilà ïe mhië ^tii
Wf^é^ûé ébàirê !è ihMiiè, ëf ^dilâ 16 ibditië convaincu par les arguments du diable, et d'ê^ alhëi qttô k vêfàttm elst vëflilë 6â taotidé; Sf^irhes tt tli»r!!ëttl« âe télbld»^ Voilà tbtif» yom histbtiid. VàêMtàs: ^am pAtlid^ vdtls iië éaVëz quelle fëtt; nv» d'une Mé tos piffteildtiè« téfVëldtiOils {^ûl^ hllëflt ée ëOJitrftdiëtibtlë et Se mmotij^êi. Mais Vi)»» toilâ délivré» êè la hiétatléliie^ vtyuë éû mèÈ fim long que Vôtt*é mté et que lé pàjie. i îi'aiitra fibotide ne i^vele à voiisf directeMeut 6^ ^r Fintermédiaire û'ètt&ê infériëuMs à votii^, d'ê-^ tins ignorants et makdes, de paâvtës àliénéifqtli d^tmimt Où ne savent pa$ bë (^li'ilâ écrivëilt, et vous toilà cotome Israël forts contw Dieu. Vous amiiigez à votre maniët^ le dogttiê éterhel. Vous &iè2 ceci, Vous adâîëttëK bëlâ, vous vous faitëi$ dëé ^aradiâ de fatitaisie et des ëufërs très-suppoi^ tMm ; Avec cela vouispoûvëî: débltel- delà morale, e«la fait toujours bon efiFet, et avec vous on sait qUè d^aH'dbli^e à rien.
Car: d'une proposition absurde la consé^UéttiÈë
ne Murait être «Kto&tiéé, |Mirw qn'ellB ti'MisI* pas.
Vous dites : Dieu désapproutô la raison et én^ oourage la folie^
C'est comme si vonsdikiezi le diable désap*' prouve la folie et encourage la raison ; or, le péché c'est la folie, et la vertu c'est la raison.
Vertu folle et péché sage sont des termes qui ûB s'accdfdétit paâ.
Comûiént dotid hé vôyéz-Vôtis pâé que vous prenez Dieu pour le diable, et le diable pouf Dieu?
Selon vous, le diable sëi'aît le dieu de la raison I
Et Dieu serait le démon de la folie ! Rentrez 6n vous-mèïnéiâ et réflécihisséz.
Àin^i, apt^s les fdudfëâ àeè pi'dphètés, après l'auréole des apôtres, aprës les splendeurs des pères, après la patiente, laborieuse, mais incomplète raison dès scholastiques, après les 6ôuitigeux désespoirs de la réforme et de la philosophie, Dieu, à bout de ressources, envoie des tables parlantes pour épeler en cabriolant lé mot graveleux de Càmbrônné, assaisotmeniênt obligé d'une doctrine idiote, encouragement à des pratiques
qn OU pourrait appeler lonaaisme de la pensée. El c'est Dieu, non, c'est votre Dieu à vous, qui est réduit à des expédients pareils ! et vous passez devant Bicêtre sans ôter votre chapeau et sans fredonner le refrain de Béranger :
Salut à ma patrie !
La foi en Dieu est la ferme adhésion de l'esprit aux hypothèses nécessaires de l'intelligence. Saint Paul les formule en ces termes :
Accedentem ad Deum oportet credere, quia est et inquirentibus se remunerator sit.
Que Dieu est, et qu'il récompense ceux qui le cherchent.
La foi en Jésus-Christ et en son Église est la ferme adhésion de l'âme aux hypothèses nécessaires du cœur. Si Dieu est, il est bon; s'il est bon, il nous aime; s'il nous aime, il doit remédier efficacement à nos maux. Il doit venir à nous qui ne pouvons pas aller à lui. L'incarnation, la rédemption, les sacrements, le dogme immuable, la hiérarchie indéfectible deviennent alors nécessaires, et tout cela se prouve encore par l'existence réelle, et toujours présente dans l'Église,
d'une puissance évidemment divine qui change les* ignorants en sages, les faibles en héros, les plus simples femmes, et jusqu'à de pauvres enfants, en véritables anges de la terre.
Cette puissance, malheur à qui la méconnaît, honte à qui lui résiste et la nie :
C'est l'esprit de charité !
Le foi de l'intelligence qui affirme Dieu seul, est la foi de Moïse.
La foi du cœur qui affirme l'Église est la foi de Jésus-Christ.
La foi de Moïse, c'est Dieu inaccessible à l'homme.
La foi de Jésus-Christ, c'est Dieu présent dans l'humanité.
Inaccessible à la pensée, mais toujours présent à l'amour, voilà en effet Dieu tout entier.
Le mosaïsme et le christianisme sont inséparables comme l'esprit et le cœur, comme l'intelligence et l'amour.
L'Église, c'est l'humanité chrétienne, conséquence nécessaire et complément forcé du judaïsme mosaïque.
A côté de cette foi raisonnable a toujours tenté de s'élever la foi folle et imaginaire, anar-
ôUitiè eoÈHAè là fdlië, èapriéiétisë cûMné \bè fêVes.
G'eât là toi dès Viiidlmâlres ^ttl ptéùnéhi pOttl* des révélations diVibes hi MtÔihës dé leur iittà^ ginatiônj
De ceux qui dei&àndent k sàgêisi^e à l'extaèe, à Tivresse, au sommeil, à là catàleitde, à totis les états enfiti qtii, suppfiûiâiît le libre iirbitre de l'homme, le rendent plus ou moins aliéné.
Et ils ne Vdîêtit pas que raliénâtÎDn est la déchéance de rhomme.
. Et ils né cdmprétlfaetlt pas qué Fesprit de tertige, c'est l'esprit du mensonge et du mal.
Et ils ne Sentent pas qu*en s^abàndonnant aux défaillances automatiques du somnambulisMë ou de l'hypnotisme, aux impulsions fâlàles ei douteuses de Tesprit des tables teur*nantes, ils abandonnent à Tinconnu ténébreux la dii1*>ctîon de leur pensée, et deviennent, ce qui est horrible et tout à fait contre nature, des aliénés volontaires.
Ils deviennent alors les prophètes du tourbillon, les voyants du veftîge, les oracles du gfand chaos, les interprètes de la fatalité.
Ils se regardent dans un miroir brisé, et ils croient aperôévoir la triultitudé des esprits ce-
lemê cttti dm déjà êeM d'âUriiéht à lëtii^ esprit, et leurs rêves dé doctrine temïùbléût aux c&itiîlUH fflam d'tiûé digedtioû laborieuse.
EèI qudî diflSrtot ôâsetitîellefflent nos hypûo^ tisés modétues de ces anciens gnosti^ues dé Flndë qui, les yeux fixés sur leur nottibril, attendaient Tâpparition de la liiniière incréée^
Longtemps àtftHt nous, les bratnes magnétisaient des tables et les soulevaient de terne en y imposant seulement les mains. La pythonisse d'Endor était ce que vous appelleriez aujourd'hui un puissant médium, et elle évoctuaitles trépassés; or, l'évocation des trépassés, je suis fâcJié de vous le dire, mais c'est la nécromancie, la plus noire des sciences de Tabtme, la plus maudite des op^ rations sacrilèges. La nécromancie substituée au christianisme, la lumière des morts remplaçant la parole du Dieu vivant, le fluide spectral descendant surnous au lieu de la grâce, la communion eucharistique oubliée pour je ne sais quels banquets, où l'âme s'asphyxie en aspirant le phosphore de^ cadavres; voilà, pauvres insensés, ce que vous preûfSÈ pour une rénovation religieuse; voilà votre foi et votre culte, voilà enfin le Dieu noir que ^tos adôret !
M. de Mirville n a pas tout à fait tort en attribuant au diable les divagations spirites.
Mais, si Dieu envoie le diable en mission, le diable est donc forcé d'obéir à Dieu? le diable est donc le serviteur de Dieu? le diable est donc le missionnaire de Dieu ?
Alors c'est Dieu qui répond pour le diable.
Alors tout ce que vous attribuez au diable, c'est Dieu qui le fait.
Le diable n'a plus son libre arbitre, et fait malgré lui tout ce que Dieu lui fait faire.
Alors, le diable menteur, c'est Dieu menteur;
Le diable bourreau, c'est Dieu bourreau ; le diable grotesque, c'est Dieu grotesque.
Blasphémateurs que vous êtes ! et vous ne frémissez pas!
Ce n'est point à l'imagination malade de l'homme, ce n'est point à sa folie ni à ses rêves, c'est à son intelligence et à sa raison que Dieu se révèle.
Si un père de l'Église a écrit le fameux Credo quia absurdum^ c'est qu'il voulait indiquer par ce paradoxe le domaine réel de la foi qui commence aux limites extrêmes delà science. Or, à ses
limites extrêmes la science tombe dans l'absurde si elle veut passer outre; Tâme raisonnable alors ne peut trouver un refuge que dans la foi. C'est donc en quelque sorte l'absurde qui rend la foi nécessaire : Credo quia absurdum^ je crois parce qu'il serait absurde de raisonner sur ce que je puis savoir, je crois surtout parce qu'il serait encore pins absurde de ne pas croire.
L'âme adhère invinciblement à ses hypothèses lorsqu'elles sont rigoureusement nécessaires, elle peut les aimer et s'y attacher lorsqu'elles sont raisonnables; mais les âmes insensées se passionnent voloi^iers pour les hypothèses ridicules et impossibles. Je crois à la vie éternelle, voilà l'hypdthèse nécessaire; la vie éternelle ne permet pas k nos âmes de s'éteindre lorsque nous mourons, voilà l'hypothèse raisonnable. Mais que deviennent ces âmes dégagées de nos corps? Vous me répondez qu'elles restent dans notre atmosphère brumeuse toutes frissonnantes et toutes nues, ou bien qu'elles se cachent dans nos boiseries qu'elles font craquer, dans nos tables qu'elles font tourner, dans des crayons qui semblent tracer tout seuls tantôt des lieux communs de morale vulgaire, dignes tout au plus du génie de