‹ La science des espritsChapitre 81 sur 84 · LES YIYANTS ET LES MORTS · texte numérisé non relu

LES YIYANTS ET LES MORTS

'' En ce temps-là, le Christ passa par le champ des tombeaux, et il y trouva un jeune homme qui était à genoux et qui pleurait devant une croix.

En voyant ce jeune homme, Jésus eut pitié de sa douleur, et, s approchant, il lui dit : — Pourquoi pleurez-vous ?

Celui qui pleurait se détourna, et répondit en étendant la main : — Ma mère est là depuis trois jours.

Jésus lui dit : — Croyez-moi, mon fils, votre mère n*est pas là. On a déposé ici le dernier vêtement qu'elle a quitté; pourquoi pleurez-vous sur cette dépouille insensible? Levez- vous et marchez; votre mère vous attend.

Le jeune homme secoua tristement la tête et dit : — Je ne me lèverai point et je ne marcherai point pour aller chea^cher la mort; je l'attendrai et elle viendra; et alors, je le sais, je serai réuni à ma mère.

Alors le Christ : — La mort attend la mort, et la vie cherche la vie! N'attristez pas par une douleur égoïste et stérile l'âme de celle qui vous a précédé ; ne retardez pas sa marche vers Dieu par votre désespoir et votre inertie. Car son amour vit encore dans votre cœur, et vous ne l'aurez point perdue si vous la faites vivre dignement en vous. Au lieu de pleurer votre mère, ressuscitezla! Ne me regardez pas avec étonnement, et ne pensez pas que je me fasse un jeu de votre douleur! Celle que vous regrettez est près de vous; un des voiles qui séparaient vos âmes est tombé ; il en reste un encore. Et séparés seulement par ce voile, vous devez vivre l'un pour l'autre; vous travaillerez pour elle, et elle priera pour vous.

^^ Gomment trarmilierai-je poar eileî ttépondit rorphelin; elle n'a plus besoin de rien, lûaîîcrte-nant qu elle est dans la terre.

— Vous vous trompes, mon fils, et w«^ ccmë^ fondez encore le corps avec le vêtement. Elle a plus que jamais besoin d'intelligence et d*amoiilr dans le monde des esprits. Or, tous êtes in vie de son cœur et la préoceaptation de son esprit, et elle vous appelle à son aide.

Ponr€[ue vous traversiee la vie en y fatsant du bien, et pour que vous arriviez près d'dle tes mains pleines lorsfsie Diev votis réunira.

Pour avoir le droit de se reposer, il faut travailler. Or, si vous ne travaillez pas pour votre mère, vous mettrez son âme à la gène. C'est pourquoi je vous disais : Levea-vous et marehez, parce que Tàme de votre mère se lèvera et marchera avec vous, et vous la ressusciterez en vous si vous faites fructifier sa pensée et scm amour.

Elle a un corps sur la terre, c'ert le vôtre ; vous avez une âme au ciel, c est la sienne. Que cette âme et ce corps marchent ensemble, et votre Bière revivra.

Croyez-moi, mon fils, la pensée et Tamour ne meurent jamais, et ceux que vous croyez morts

vivent plus que vous, s'ils pensent et s'ils aiment davantage.

Si la pensée de la mort vous attriste et vous épouvante, réfugiez-vous dans le sein de la vie ; c'est là que vous trouverez tous ceux que vous aimez.

Les morts sont ceux qui ne pensent pas et qui n'aiment pas ; car ils travaillent pour la corruption, et la corruption à son tour les travaille.

Laissez donc les morts pleurer sur les morts, et vivez avec les vivants !

L'amour est le lien des âmes; et lorsqu'il est pur, ce lien est indestructible.

Votre mèi'e vous précède, elle marche vers Dieu ; mais elle est enchaînée encore à vous : et si vous vous endormez dans la torpeur ou dans un chagrin égoïste, elle sera forcée de vous attendre et elle souffrira.

Mais je vous dis en vérité que tout le bien que vous ferez sera compté à son âme, et que si vous faites du mal, elle en souflTrira volontairement la peine.

C'est pourquoi je vous dis : Si vous l'aimez, vivez pour elle.

Le jeune homme alors se leva, et ses larmes

cessèrent de couler, et il contemplait la face du Seigneur avec étonnement, car le visage du Christ rayonnait d'intelligence et d'amour, et l'immortalité resplendissait dans ses yeux.

Alors il prit le jeune homme par la main et lui dit : — Venez.

Puis il le conduisit sur une colline qui dominait la ville tout entière, et il lui dit : — Voilà le véritable champ des tombeaux.

Là-bas, dans ces palais qui attristent l'horizon, il y a des morts qu'il faut pleurer bien plutôt que ceux dont les restes sont ici, car ceux-là ne se reposent point.

Ils s'agitent dans la corruption et disputent aux vers leur pâture; ils sont semblables à l'homme qui a été enterré vivant.

L'air du ciel manque à leur poitrine, et la terre pèse sur eux. Ils sont cloués dans les étroites et misérables institutions qu'ils se sont faites, comme dans les planches d'un cercueil.

Jeune homme qui pleuriez et dont ma parole a séché les larmes, pleurez maintenant et gémissez sur les morts qui soufiFrent encore! pleurez sur ceux qui se croient vivants et qui sont des cada* vres tourmentés!

C*est à ceux-là qu'il faut crier d*une voix puisK State : Sortez de vos tombeaux! Ohi quand doue retentira la trompette de Fange?

L ange qui doit réveiller le rnoode^ c'e^ l'ange de l'intelligence ; l'ange qui doit sauver le monde, c'est l'ange de l'amour.

La lumière sera comme l'éclair qui se lève à Forint et qui est vu en même temps à l'occident : à sa voix le corps du Ghri^, qui est le pain fra-* ternel, sera révélé à tous, et autour du coips qui doit les alimenter les aigles se rassembleroBt !

Alors le verbe humain, affranchi des intérêts égoïstes, s'unira au Verbe divin.

Et la parole unitaire, retentissant dans le monde entier, sera la trompette de Fange.

Alors les vivants se lèveront, les vivants que l'on avait crus mtorts et qui souffraient en attaidant la délivrance.

Alors tout ce qui n'est pas mort se mettra en marche et ira au-devant du Seigneur; tandis que les cendres de ceux qui ne sont plus seront balayées par le vent.

Jeune homme, tenez-vous prêt, et prenez garde de mourir!

Vivez pour ceux que vous aime^, aimez ceui

qm\ vi^^ent, et ae pleurez pas ceuji qui ont monté un degré de plus sur Téchelle de la m; pleurez ceux qui sont siorts !

Votre mère tous aimait, vous aime par conséquent bien plus encore maintenant que sa pensée ék sofi amour sont affranchis des pesanteurs de la t^rre. Pleurea ceux qui ne peaseot pas à ¥Ous et qui ne vous aiment pas.

Car je vous dis en vérité que l'humanité n'a qu'un corps et qu'une âme, et qu'elle vit partout où elle se sent travailler et souffrir.

Or, un membre qui n'est plus sensible au bienêtre ou à la doiftleur des autres membres, est mort et doit être bientôt retranché.

Ayant dià ces choses^ le Christ disparut aux yeux du jeune homaie qui, après être resté quelques instants immobile et comme frappé du souvenir d'un rêve, reprit silencieusement le chemin de la «ille^ en disant : — Jie vais chercher des vimats parmi les iiK)rts.

Et je ferai du bien à tous ceux qui souffi-ent. en souffrant avec eux et eu les aimant, afin que Tàme de ma mère k sache et ma bénisse dans le ciel.

Cw jie ooiQfirefida maintenant que le ciel n*est

pas loin de nous, et que Tâme est au corps ce que le ciel matériel est à la terre.

Le ciel qui entoure et soutient la terre s'abreuve de Fimmensité, comme notre âme s'enivre de Dieu même.

Et ceux qui vivent dans la même pensée et dans le même amour ne peuvent jamais être séparés !

LE PHILOSOPHE BÉGOURAGÉ.

11 y avait en ce temps-là un homme qui avait étudié toutes les sciences, médité sur tous les systèmes, et qui en était venu à douter de toutes choses.

L'être même lui paraissait un rêve, parce qu'il ne lui trouvait pas de cause suffisante. Il avait cherché la nature de Dieu et ne l'avait pas devinée, car il n'avait jamais aimé. Et son intelligence s'était obscurcie comme l'œil de celui qu fixe le soleil.

C'est pourquoi il était triste et découragé.

Jésus , qui s'occupe des morts et qui aime à guérir les aveugles, eut pitié de cette pauvre intelligence malade et de ce cœur éteint ; et il entra un soir dans la chambre solitaire du philosophe.

C'était un homme pâle et chauve, aux yeuj creux, au front plissé et aux lèvres dédaigneuses.

Il veillait seul près d'une petite table couverte de papiers et de livres ; mais il ne lisait plus et n'écrivait plus.

Le doute courbait sa tête comme sous une main de plomb, ses yeux fixes ne r^ardaient pas et sa bouche souriait vaguement avec une profonde amertume.

Sa lampe se consumait près de lui, et ses heures passaient en silence sans espoir et sans souvenir.

Jésus se tint sans rien dire devant lui, et levant les yeux au ciel, il priait.

Le savant leva lentement la tête, puis la secoua et la laissa retomber en murmurant tout bas: « Visionnaire * »

— Notre Père qui es au ciel, que ton nom soit sanctifié, dit Jésus.

— Il t'a laissé mourir sur la croix, reprit le penseur , et tu lui as crié inutilement : « Mon

.ibAMM

de la lumière ^ et cette lumière frappe tes yeux qui ne la voient pas, parce qulls cherchent leur clarté en eux-mêmes et ne trouvent qu'obscurité.

— Seigneur, ouvrez-moi donc les yeux, dit le philosophe, et illuminez mes ténèbres.

Jésus lui dit : — Si je t'avais fermé les yeux, je devrais te les ouvrir; mais si je les ouvre et qu'il ie plaise de les refermer, comment verras-tu la lumière ?

Ne sais-tu pas que la volonté de l'homme agi sur les paupières de ses yeux, et que si on le force d'avoir les yeux ouverts ou fermés, il perdra la vue?

Je puis t'engager à allumer en toi le feu qui éclaire, et c'est pourquoi je te fais entendre ma parole, et puisque déjà tu désires que je t'ouvre les yeux, tu n'es pas éloigné de voir. Que ton désir se change donc en une volonté énergique, et tu ouvriras toi-même les yeux et tu verras.

— Quel est le feu qui éclaire ? demanda le savant.

— Tu le sauras, lui dit le Christ, quand tu auras beaucoup aimé.

Car si la raison est comme une lampe , c'est Tamour qui en est la flamme.

Si la raison est comme l'œil de notre âme, c'est Tamour qui en eât la puissance et la vie.

Une grande raison sans amour est un bel œil mort, c'est une lampe richement ciselée, mais froide et éteinte.

Lorsque l'égoïsme des passions animales avait fait défaillir la philosophie humaine, j'ai sauvé le monde par la foi, parce que la foi est la philoso-. phie de l'amour.

On croit à ceux qu'on aime et à ceux dont on sait être aimé : aussi avais-je donné pour base à la foi une charité immense, lorsque moi et mes apôtres nous avons prouvé aux hommes, par un sanglant martyre, la sincérité de notre amour. Et tant que l'Église a régné par la charité, elle a triomphé par la foi ; mais la foi attend l'intelligence, et le moment approche où ceux qui auront cru sans voir cctaiprendront et verront.

Si donc tu veux comprendre , commence par aimer, afin de croire.

— Que croirai-je donc. Seigneur?

— Tout ce que tu ignores : car la foi est la confiance de l'ignorance raisonnable. Crois tout ce que Dieu sait et ta foi embrassera l'immensité. Confie à ton père céleste tout ce dont il se réserve

Ift connaissance, et ne t'iiiqinète pas d'abord des destinées infinies. Aime cette immense sagesse dont tu es Tenfant, aime les autres hocomea <|ui {Missent ignorants comme toi sut la terre^ et borne maintenant encore ta science à l'accomplissement de tes devoirs:; tu la verras bientôt grandir d^eUe-même el monter jusqu'à Dieu, car Dieu se laisse voir par les coeurs purs-

— Oh ! voir Dieu ! s'écria le savant en entr'ouvrant ses lèvres tremblantes , comme un honmie qui a soif et qui attend la pltrie du cieL Oh \ réunir enfin dans ma pensée tous les rayons épars de cette vérité que j*ai tant aimée et qui m'échappait toujours ! . . . Mais qui me donnera cet amour iâsmeiise qui fait communier l'homme avec Dieu, et le rapprochera du centre de toute lumière ?

— Tu le mériteras par tes œuvres , lui dit le Christ; car si l'on se corrompt dans les œuvres de la corruption, si l'on se perd dans les œuvres de la haine, on s'agrandit et l'on se sauve par les œuvres de l'amour. Pour s'approcher de Dieu, il faut marcher, et les actions saintes sont les mouvements de votre âme.

— Quelles sont les actions vraiment saintes? demanda le docteur ; est-ce la prière et le jeûne?

— Éeoute, dit le Christ, et ne juge pas ténaé^ rairaOQieEt tas< firèrefi qiû oat passé en chierehant et en pleurant. L'humanité s*est confirmée èsas le désir pw la prière et ks larmes. Et ceux à» ses enfants qui les premiers ont eu soif des choa^ du ciel, s^ soiit abstenus de ceUes die la tene ; mais tout cela n'éilait que le commencement* Il fallait savoir s'abstenir, pour apprendre à hieDn user. Il faUiôt sacrifier d'abord le corps à la pensée, pour émaiiGi{)er la pensée. Car le eiei ttora), c'est la liberté de Tâme; maia Y&me est appelée h régir le corps et noB à le détruire ; de même que le eid physique ré^t la tevre et ne la détruit pas. Le temps de la prière et des larmes d(Ht faire place aux jours du travail et de Fespérance : car la prière des anciens était un travail, et il faut que notre travail, à nous, soit une prière {dus effica^Q et plus active.

*^ Gomment travaiUerair-je? dit le philosophe; je ne sais rien faire d'utile.

— Tu as donc perdu à de vains efforts la vigueur de ta pensée, répondit le Clurist : et toi qui voulais tout savoir, tu n'as pas même appris à vivre. P^deviens un petit enfant et va <ï Técole de l'amcfur. Appieuds à aimer et

à faire du bien, voilà la vraie science de la vie.

Souviens-toi de la légende du Christophore. C'était un géant terrible, mais comme il ignorait Tusage de sa force, il était faible comme un enfant.

Il lui fallait donc un tuteur, et il se mit au service d'un roi ; mais le roi fut malade et Christophore le quitta.

Il chercha celui qui peut faire souffrir les rois ; et comme il ne connaissait pas Dieu, il s'attacha d'abord au génie du mal.

Cependant un jour une croix apparut sur un rocher, et le génie du mal tomba comme frappé de la foudre.

Christophore chercha alors celui dont la croix est le signe, et un vieillard lui dit qu'il le trouverait en faisant du bien.

Christophore ne savait ni prier ni travailler, mais il était fort et de grande taille, et il se mit à porter sur ses épaules les voyageurs égarés qui voulaient traverser le torrent.

Or, un soir, il porta un petit enfant sous lequel il s'inclina, comme s'il eût porté le monde, car dans la personne du pauvre orphelin égaré il avait recoijinu le grand Dieu qu'il attendait.

As-tu compris cette parabole?

— Oui, Seigneur, dit le philosophe devenu chrétien.

Eh bien! va et fais comme Ghristophore, porte le Christ lorsqu'il tombe de fatigue , ou lorsque les torrents du monde s'opposent à son passage. Le Christ pour toi sera l'humanité souffrante. Sois l'œil de l'aveugle, le bras du faible et le bâton du vieillard ; et Dieu te dira le grand pourquoi de la vie humaine.

— Je le ferai , Seigneur , et désormais je sens que je ne serai plus seul au monde. Auquel de mes frères tendrai-je d'abord la main?

— A celui qui est plu3 malheureux que toi, et qui expire inconnu de toi-même dans la petite chambre qui est voisine de la tienne. Va donc à son secours, parle-lui pour qu'il espère, aime-le pour qu'il croie, fais-toi aimer de lui pour qu'il vive.

— Conduisez-moi près de lui , Seigneur , et parlez-lui pour moi.

~ Viens et r^arde, dit le Sauveur, et il toucha légèrement la muraille, qui s'entr'ouvrit comme un double rideau, et le savant fut transporté en esprit dans la chambre voisine de la

sienne. C'était ceUe d'un jease poète qui aUait mourir abudonné.

i.tm ■ ■

Page 1