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LE POÈTE MOURANT

U y avait doQo e« cetemps^là un jeune homme qui, de bonne he^re, aTaii écouté dans son âme l'écho des haJWopie& mwi^erseUes^

Or, cette musique intérieure a\ait distrait son attention de toutes les choses de la vie mortelle, parce qu'il vivait dans une société encore sans barnwxaie.

Enfant^ il était le jouet des autres enfants, qui le prenaient pour un idiot; jeune homme, il trcmva à peine une main pour sexrer sa main , un cœur pour reposer son cœur.

Ses jours passaient dans un long silence ^t dans une profonde rêverie ; U contemplait avec d'étranges extases le ciel, les eaux, les arbres ^ les cainpagnes verdoyantes ;, puis ses regards deve-

-***- Comment t«rmillerai-je pour eite? Pépondit rorphelin; elle n'a plus besoin de rien, maintenant qu'elle est dans la teare.

— Vous vous trompez, mon fils, et w*tô <50fi-fmidez encore le corps avec le YètemeiEit. Elle a plus que jamais besoin d'intelligence et d'dmoor dans le monde des esprits. Or^ tons êtes ba TÎé de son cœuif et la préoecoptation île son esprit, et elle TQHS appelle à son aide.

Pourvue vous trarensiee la vie en y lassant du bien, et pour que vous arriviez près d'elle les mains pleines lorsf»e DieQ votis rénnira.

Pour avoir le droit de tè reposer, il faut t?avaiilefT. Or, si vous ne travaillez pas pour votre mère, vous m^rez sooâme à la gène. C'est pourquoi je vous disais : Levee-vons et marckez, paroe que Tâme de votre mère se lèvera et marchera avec vous, et vous la ressusciterez en vous si vous faites fructifier sa pensée et s(m amour.

Elle a un corps sur la terre, c'est le vôtre ; vous avez une âme au ciel, c'est la sienne. Que œtte âme et ce corps marchent ensemble, et votre mère revivra.

Croyez-moi, mon fils, la pensée et l'amour ne meurent jamais, et ceux que von^ croyez morts

agité par la fièvre et ses yeux étincelaient d'un feu sombre.

Le Christ lui apparut vêtu de la robe blanche, emblème de folie qu'il avait reçu d'Hérode , et le front couronné tout à la fois d'épines sanglantes et d'une auréole de gloire.

— Frère, dit-il au pauvre malade en le regardant avec un ineffable amour , pourquoi veux-tu mourir ?

— Parce qu'on ne peut plus vivre sur la terre lorsqu'on a vu le ciel , soupira le poète.

— Et moi, pour vivre et souffrir sur la terre, je suis pourtant descendu du ciel, reprit Jésus.

— Vous êtes le fils de Dieu et vous êtes fort.

— Et j*ai voulu être le fils de l'homme pour avoir faim, pour craindre et pour pleurer. N'ai-je pas défailli au jardin des Olives ? N'ai-je pas gémi sur la croix comme si Dieu m'avait abandonné?

— Eh bien ! moi, dit le malade, je sors de la vie comme vous du jardin des Olives, et je suis sur le lit de douleur comme vous sur la croix.

— Si je n'avais fait que prier mon Père, dans les vallées, en respirant le parfum des rosiers de Sârons, si je m'étais silencieusement enivré des extases du Thabor, je n'aurais pas mérité de ra-

cheter le monde sur la croix, répondit le Sauveur. Mais j'ai cherché la brebis égarée, et pour arrêter mes pieds qui couraient sans cesse après les misères du peuple, il a fallu les clous des bourreaux. 11 a fallu percer mes mains pour les empêcher de rompre le pain aux multitudes affamées ; et c'est alors que, ne pouvant plus donner autre chose à mes frères, j'ai laissé couler tout mon sang !

— J'ai chanté, dit le poète, et les hommes ne m'ont pas entendu.

— C'est que tu chantais pour toi seul et que tu as trop dédaigné leurs dédains. Il fallait, à l'exemple du Verbe étemel, descendre assez pour te faire entendre.

— Peut-être au lieu de m'oublier , ils m'auraient crucifié alors !

— Et c'est alors seulement, ô mon frère! qu'il eût été beau de mourir pour ressusciter glorieux !

— Maître, au lieu de me coi^ler à ma dernière heure , venez-vous pour m'effrayer et m'adresser des reproches ?

— Je viens te guérir et t'inspirer le courage de vivre, afin de te faire mériter une mort tranquille et pleine d'immortalité.

Pourquoi veux-tu vivre seulement dans le ciel

pendant les jours que Dieu te domoe à pa^s^ la terre?

Pourquoi laisses-tm se perdue dans des ^aspintions vagues l'immense amour de ton eœur ?

Pourquoi t'isoles-tu dans 1 orgueil de tes rêves, quand des douleurs réelles saignent et palpitent autour de toi ?

Die^ ne t'a pas donné le baume céleste p^ir en parfiQi3Siie$* ta tête ; il »e t'a pas^uHifié le vin de son calice pour enivrer ta bouche ei la dégoûter des amertumes <le la terre.

Tb dev&is adoucir^ relever, consoler : tu d^vms être le médecia desâmes^ et voilà que toi-mêflie, pour avoir caché les remèdes de Dieu, tu es plus malade que les autres.

On ne t'a pas compris, dis-^tu; ioais c'est toi, pauvre jeune homme, qui n'as pas compris tes frères.

Quoi ! ton intelligence était supérieure, et tu n'as pas su parler aux pauvres /d'esprit ! tu te croyais grand et tu as eu peur de te baisser pour rapprocher ta bouche de l'oreille des 'pd;its ! tu aimais, et tu as été dégoûté des infirmités des hommes !

Relève-toi, pauvre ange tombé, et reoomioence

ta mission ! Sacbe qae l'esprit 4'(iaftD0tiie, c'est l'esprit d amour que j'annonçais au monde sowb le nom du consolateur. Si c est le Ssdnt-Esprit qui t'anime, sois désoitnais le consolateur de tes frères, et pour avoir le^mit eH le pouvoir de les consoler, apprends à souffrir et à tran^iller avec eux.

J'étais plus grand que toi, et plus que toi j'éie vais mon âme au sein des Imrmoiiies étemelles ; et pourtant j'ai passé ma vie à travailler avec les charpentiers et à converser avec tes pauvres, éclairuit leur esprit, r^nuant leurs cœnrs et gaérissani leurs maladies. Jusqu'à présent tu n'as fait de la poésie qu'en rêves et &a paroles, msis le %

t^nps «est venu de faire <de la poésie en actions 1 Car tout ce qui se fait par amour de l'hcimanité, tout ce qui «st dévonement, sacrifice, patienm^ courage et persévérance, tout cela est subUme d'harmonie, c'est la poésie des martyrs!

Au lieu d'aimé vaguement l'infini , tftolie d'aimer infiniment tes frères qui sont près «de (ei.

En voici un que je t'amène ; «1 souffrait comme toi et il était vemii au néant de la pensée pour avoir isolé le travail de sa pensée, comme tu ei

es venu au désespoir du cœur pour avoir isolé ton amour!

Désormais vous saurez tous deux qu'il n'est pas bon à rhomme d'être seul.

Le philosophe devenu chrétien s'approcha alors du lit du malade dont la fièvre s'était calmée tout à coup à la parole douce et sévère de Jésus, et il lui dit :

— Frère, acceptez mes soins et la moitié du pain qui me reste : demain nous travaillerons ensemble, et quand je serai malade à mon tour, vous me soignerez et vous aurez du pain pour moi.

— Frère, parce que vous avez vu ledel, ne brisez pas l'échelle qui vous y fera monter, prenez-moi plutôt par la main et conduisez-moi, car j'ai beaucoup pensé et beaucoup médité, et je sens maintenant que je n'ai pas assez aimé.

Vous dont la voix est l'écho vivant de l'harmonie éternelle, vous êtes un enfant du céleste amour, car la bouche parle de l'abondance du cœur. /

Mais l'amour ne saurait devenir égoïste sans se donner la mort à lui-même, et il ne trouve la plénitude de la vie qu'en se donnant tout entier aux autres.

Vivez donc pour que je vous aime, car si j'aime, je serai heureux ; et si vous aimez Dieu, vous voulez le bonheur de ceux qui sont les enfants de Dieu comme vous. L'harmonie est à la fois science et poésie, l'exactitude numérique est la grande loi de la beauté, et les magnificences harmoniques sont la raison divine des nombres ; mais tout cela, pour être vivant et réel, doit s*appUquer à ce qui est.

Frère, le positif de Dieu est miUe fois plus poétique que ridéal de l'homme. Cherchons Dieu dans l'humanité et ne désespérons pas de ses destinées : car ses désordres mêmes la conduisent à l'harmonie, et si Dieu nous a comptés au nombre de ceux qui voient les premiers où doit aller ce peuple errant à travers les soUtudes, mettonsnous à la tête de ce grand et laborieux mouvement au lieu de nous isoler et de mourir.

— Frère, merci pour toi, dit le poète, et merci pour celui qui t'inspire ! désormais je ne me retirerai plus du champ de bataille pour mourir seul, quand je pourrais combattre encore ; je me croirais un lâche et un déserteur.

Si je tokinbe les armes h la main au premier ou la S60(»id^iwif||dek je mour-

rai plein dé coufage et en bénlssatrt Dîcti, et mon âme ne se présêntém pràs seule devant le juge stiprême.

Depuis ce jour, le philosophe et le pofele s'unirent d'une sainte amitié, et ils ne dédaignèrent pas quelquefois les plus humbles tratauî pour soutenir leur vie.

Ils traversaient ainsi toutes les classes de la société et trouvaient partout des cœurs malades qui attendaient le baume d'une parole de sagesse et d'amour.

Partout ils sentirent qu*ils pouvaient encore faire du bien, et les douleurs de la vie leur parurent légères ; car ils les supportaient avec coursée, pour inspirer du courage à ceux qui souffraient comme eux, et le dévouement leur donnait une force nouvelle.

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