‹ La science des espritsChapitre 83 sur 84 · LE NOUVEAU NICODÈME · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU NICODÈME

Il y avait en- ce temps-là un prêtre qui aimait la vérité, et qui cherchait le bien dans toute la sincérité de son cœur.

Or, une nuit qu'il milait et qu'il priait, le Christ ▼int s'asseoir auprès de lui et la regarda a¥aç bonté.

— Maître, est-ce vous, ^ifin?ditl8 pasteur* Il y a longtemps que je tous cherche, et c'est tous qui venez à moi pendant la nuit !

Jésus lui répondit : •«• Nicodème est venu me voir pendant )a nuit, parce qu'il avait peur des Juifs : je sais que ton existence dépend de la noiH vdle synagogue, et je n'ai pas voulu te compramettre.

Car les scribes et les pharisiens, et les faux docteurs de la loi me persécutent encore et per* sécutent ceux quiine reçoivent.

- Seigneur, dit le prêtre avec tristesse, les glorieuses années dont se composent les beaux siècles de l'Ëglise ont donc été infécondes pour l'avenir ? la vérité échappe donc toujours aux; ar^ deutes aspirations de l'homme? les saints et le^ martyrs se sont donc trompés, puisque dix-huit siècles de combats et d'étude n'ont abouti qu'à faire encore vpa ennemis de ceux qui devaient être vos ministres !

Jésus lui dit : -^ Ils ne sont pas tous mes ennenns, et mon Père compte encore parmi eux des âmes généreuses et des cœurs purs.

— 4ftl —

J'irai à eux comme je suis yenu à toi, pour leur rappeler les sigties des temps et pour ouvrir leurs yeux afin qu'ils voient.

Je viens t'expMquer en secret encore ce que j'enseignais en secret à ce docteur i de l'ancienne loi, qui était aussi un homme de djésir.

Je lui disais que l'entrée du royaume de Dieu était une naissance nouvelle.

La vie dtt monde ei^t une génération sans cesse renouvelée, et i] faut que les germes de Tannée qui meurt soient déposée dans la terre pour préparer les richesses de Tannée qui naîtra. ' Mais on ne doit pas mettre ^vin nouveau dans les anciens vases.

La vigne de mon Père n'est jamais stérile, et d'année en année elle renouvelle ses fruits, mais il appelle des vignerons à différentes heures du jour.

C'est pourquoi j'appelais les docteurs fidèles de l'ancienne loi à une naissance nouvelle, car leur vieille mère, la synagogue judaïque, était mour ante, et pour naître il fallait sortir de son sein.

Et ceux qui ont cru ont laissé Je cadavre de la synai^ogue en restant unis à son âme, et ils ont été les premiers enfants de TÉglise universelle.

Mais l'Église uniyerselle^ c'était' un* ciel nlïtiveau et une terre nbuwU^ et pour renoutdêir toutes choses il fallait combattre d* abord contre toutes les puissances de la tert-e et du ciel.

C'est pourquoi les premiers chrétiens construisirent une arche pour lutter contre le déchaînement des vents et le soulèvement des eaux.

Cette arche fut l'Église hiérarchique, la sainte Église catholique, la gardienne du symbole de

Tunité.

■tf

Tant que l'arche est portée par les eaux, eflè marche sous le souffle de Dieu, et c'est dans soïi sein que toute âifte vivante cherche un refuge: — mais dès qu'elle s'arrête, la famille noûveUe doit en sortir pour repeupler le monde, et c'ert là cette nduvellenaissance dont je t'ai parlé.

Le prêtre lui dit : — Seigneur, dois-jè sortir de l'Église catholique? Mais à quelle autre Église pourrai-je me réunir ?

— Je ne te dis pas de sortir de l'Église catholique, reprit Jésus, mais je t'invite à y entrer. Je i:e dis de te détacher des ombres pour commencer ^à vivre dans it lumière. Je te dis de sortir de l'école poin* eûtrer dans là société et y appliquer la science que tu as dû acquérir !

ia n'étais pdsi if^ônu' détroite la loi àneialine, m^9 lui doimer sdfi ^(Ibdeinpdissement. et j/^ tins «lÉotetiaDl pour aùoÉmpiit k loi nottTelle.

N*ai'jê pas dit : G^^ez d'abarà éi vMts conHprendreK OKSid^^ et yqus eo&naitti^ fat Térifé^ et

N'aî^ja pas dM qim rncrn secand avé&awwt «emt conuEiet l'éolak qm frappe^ lesi jaiiix 4e tous et qMi iHiUe ài b fob^Uf te moiMbdtitîar ?

N'ai-je pas annoncé crue l'esprit d'inteïU|^a»dB lAendiût et qu'd suggérerait iritfe» dîsaiptei^ le Ciwiidâpo^^t di^ mes pajrf^es? Et isqs spakoles ae difi^trilsi pa$(^iie 11 esprit ^'iuAtHkgSii^e est KeqpA^t 4'aii9M)«ir ^i doit opérer nne eréatk)» jaoïifiiaUa «t %ui rajeunira la faee de la terre?

Or, l'esprit d'a^aour n'est-il pas l'esprit d'cwdre et d'baroiionie qui doit associes? tous las, hofloimes at las faire communier toiks à l'unité divine et kumaine ?

Sa^z donc de tous les liens qui empêehent les frères de marcher vers leurs frèjes.^ reii\(arsez las barrières qui sépareiiii, élargissez les dameui^s qui isoleisA, échappez aux d(M]?ine% qui fép*a«H Tent les vkm et choisissant las autires., saji^tez da la synagogue aveuglée, entrez dans!' Égli^catboli-

que, qui h est pl^ Biaiatenaai un aouyenlïdvjLe de prétras et de dûctaiftrË, nnds rassocîation unK ▼erselle detoB&leB hommes d'întellig^ce et d*a^ mour.

-^ Seigneur^ dit 1er p^ôtre, je fe^ai tom ce que ¥Oiiâ me direaci Oè irai-je d'abord et eommeOt comioencerai-je ?

-^ Restez où vou» êtes, dit ^us, et faites ce que vous avez à faire.

lastmisez les m^fants , catécfaiseGi les pauvres, visites^ les malades et priez pour le peuple.

Que rien ne soit changé dans vos œuvres, mais qu'un amour universel les vivifie et les féconde !

Prêchez la miséricorde et la paix, prêchez la modestie et le pardon des injures, prêchez les saintes aspirations vers Dieu et F Union entre les frères !

Qu€t la charité soit la loi de votre âme, et vous n'imposerez pas à la couscience des autres de oontraintes désespérantes I

Soy^ doux et humble de cœur comme mas premiers disciples, lorsque vous parlerez aux femmes, aiif enfants et au pauvre peuple; mais Boyes inflexible comme mes martyre, lorsqu'on voudra vous corrompre ou vous intimider !

^€e que je te dis, je le dis pour tous ceux qui, comme toi, croiront à Tesprit d'intelligence et d*amour, et c'est pourquoi j'adresse la parole à plusieurs.

Ne confondez pas l'esprit d'abstinence avec l'esprit de mort, car je n'ai ordonné à mes disciples de s'abstenir pour un temps des richesses de leur père, que pour leur apprendre à en user dignement.

Je te dis en vérité que je ne suis pas venu pour tuer la chair, mais pour la sauver en la soumettant à l'esprit.

Car il ne doit pas y avoir de division entre l'esprit et la chair de l'homme ; Dieu les a également créés et bénis.

L'esprit est le roi de la chair; un roi ne doit pas régner pour détruire.

Les organes et les sens sont les sujets de l'intelligence.

Un roi doit empêcher ses sujets de mal faire ; mais il doit aussi pourvoir à leur prospérité et à leur bonheur.

L'attrait n'est-il donc pas la loi ^nérale des êtres, et l'équilibre n'est -il pas l'harmonie des attractions ?

Que Tesprit donc nebn$e pas la chair, et que la chair n'éteigne pas l'esprit.

Car l'un ou l'autre de ces excès serait la mort !

Or, je ne suis pas v^u donner la mort à ceux qui vivaient, je suis venu pour rendre la santé à ceux qui étaient malades et la vie à ceux qui étaient morts I

Ayant dit toutes ces choses, Jésus disparut aux regards du bon prêtre et le laissa plein d'espérance et de courage ; car il Toyait la force de Dieu relever d'âge en âge les défaillances des hommes, et il comprenait conunent la religion marche tou*»jours à travers les siècles en grandissant et en triomphant toujours.

LE TOMBEAir DE SAINT JEAN.

En ce temps-là, Jésus parcourut avec la rapidité de l'esprit toutes les contrées de la terre.

Toutes étaient tristes et attendaient. Et partout * le Christ était seul encore, comme au jardin des Oliviers.

U mitm eon»ia& un pàmn pèlôrin dw»s la basilique de Saint-Pierret0^ pèrsonBenete «eccœ&ut, Ud'i^rocfaift 4u tiKBbeau fdefi «fiMms^ pour mr sLieufs ralâqUen ôtaiânl màfm p0wr k ré$urrecëqhd; audsfka cendres des saûatsf étaînA froides ek il» oontKûuàfeBt à dcnuirieu^ socwieUL.

Or, il est un de ces apôtres qui, nfàfèu la td^ tkni^ n a îittmia dû. looulir : oeAm nfUe h peînfare sjmboliqiici djdus représenta kmjimrs jeune, et ^a un ai§de pmw eitiUèmef eesi cehiî q^u ûh apfielte If Aiiôtre de k^Ébrité ellet diaeî$)l6 de Ta* mour<

C'est odluîr-là, disait les lég)^id€ifi des premiers siècles, qui doit se r^i^er à la fin des temps, pour sauver le monde, en y rallumant le feu sacré de la charité fraternelle.

Et, en effet, disent les mêmes légendes, ses restes n'ont pas été retrouvés : les fidèles d'Éphèse ont cru l'ensevelir et le garder parmi eux, mais les anges sont venus et ont caché l'apôtre endormi dans les solitudes de Pathmos.

Jésus donc $e trsinsporta dans l'île de PaUuDos, qui sem^e épouvantée encore du bruit des sept tcoinerres; et il ^'approcha de la glotte où dor-^ mait son disciple fidèle.

— 4fifi --.

A l'^otfée du tombeau^ ^ne forme oélditQ était assise immobile ; c'était comme vmî» femvm coM^ ^ertod'iin Ifmg manteau azuré (fm bû «^«'vvait la tête et i'etHredotqpait tout eBtièi>a eo. retcnnbant atttour d'elle eat laigee pK»*

Se& mains pâtes, et un poa atioagées étaient jQ«ate& Mec £^eir , et ses yeux pleim d'une tris^tj^sse résignée et d'une errance infinie étaient fixés sur le tombeau.

Jésus s'aj^ocha d'elle et lui dit ; —^ Ma mère, est-œ WU&? Vous saviez sans doute que je devais leenir ici ?

-^ J^ le savais ^ mon fils^ rendit Marie; car celui, qui repose ici,: vous l'avez tendrement aimé ; et lorsque vous alliez n;iourîr, vous m'axez confiée à lui en Lui disant : « Yoicd ta mère. »

Maintenant, pour que je puisse revenir sur la terrei en k personne des femmes qm ccanfreadroni ce que c'est que d'être mère, il faut que le disciple de. l'amour revîw pour me protéger. Car je dois, 6 mon fils^ efk la per^iMme. de toutes les Cemmes d'intelligent et d' wkmt , vous mettre au apnde une seconda fois,

— Ma «j^roi r^i^t lésus>. aeuveneK-wtn de $e

que Fange dit aux femmes qui me cterchaient dans un sépulcre : ^*'

« Pourquoi cherchez-vous un vivant parmi les morts? il est ressuscité, il n'est plus ici. »

— Vous savez que le prophète Élie, Selon les traditions des Juifs, devait revenir sur la terre pour me préparer les voies. La forn|e d'Élie s'était transfigurée et son esprit est revenu en la personne de Jean-Baptiste.

Ainsi, je vous dis en vérité que vous vivez maintenant sur la terre en la personne de toutes les femmes qui sentent tressaillir dans leur sein l'espérance de l'avenir. C'est potirquoî; ô ma mère, vous apparaissez aujourd'hui pour la dernière fois sous votre figure symbolique.

Jean, mon disciple bien-aimé, a légué son esprit à tous les hommes pleins de foi et d'amour qui veulent bâtir la nouvelle Jérusalem, la cité sainte de l'harmonie, et je vous dis en vérité que ceux-là savent honorer leur mère , et qu'ils sont dignes d'être appelés les fils delà femme.

Car ils soumettent leur cœur aux inspirations de votre cœur, eux qui veulent partager le travail à tous les enfants de la grande famille selon Jes attraits et les aptitudes de chacun, afin que tous

composent ensemble le miel de la ruche humaine qui servira ensuite à la nourriture de tous.

Ils savent ce que c'est ^ue la femme, ceux qui veulent affranchir son amour de toute servitude, afin qu'il ne se prostitue jamais et que la source des générations soit pure.

Levez-vous donc et venez , ô ma mère; venez sur le Calvaire, assister à mon dernier triomphe symbolique, puis nous revivrons dans Thumanité tout entière. Toutes les femmes seront vous, et tous les hommes seront moi, et nous deux nousne ferons qu'un. '

Et le Christ, soulevant sa mère et la portant dans ses bras comme elle l'avait porté tant de fois lorsqu'il était petit enfant, quitta l'Ile de Pathmos, el marchant sur les flots de la mer , il s'en alla vers les rivages de la Palestine.

En ce moment le soleil se levait et faisait resplendir toute la surface des eaux, et les deux formes célestes glissaient sans jeter d'cHubre et sans laisser de traces, comme un couple d'oiseaux merveilleux, ou comme une nuée légère, teinte des couleurs de l'aurore, et nuancée des reflets de

Tarc-^n-ciel.

Jésus trarersa les champs désolés de la Judée €)t s arrêta sur k oime aride de Taitoiea fiaWairs.

Là un ange au sourdl noir et k Uceil aombre était assis, enveloppé dans ses deux vartes ailes. C-éUk Satan , le rcÀ dn vieux monde.

L'ange rebelle était triste et fatigué, fi il dér^ tonnMât ses r^aods avec dégoût d'âne terita où le mal était sanis génie et où l'ennat d'une coi^ ruption timide avait succédé anx combats titarniens des grandes passions antiques. Il sentait qu'en éprouvant les hommes il avait instruit les forts et n'avait trompé que les faibles; aussi ne daignait-il plus tenter personne, et sombre sous son diadème d or, il écoutait vaguement tomber les âmes dans l'éternité, comme les gouttes monotones d'une pluie éternelle.

Poussé par une force qui lui était inconnue, il était venu s'asseoir sur le Calvaire, et rêvant à la mort de l'Homme-Dieu, il en était jaloux.

C'était un Ruge puissent et beats ; nuk il était jaloux du Christ, et cette jalousie était figarée par un serpent qui plongeait la tête dans sa poitrine et lui rongeait le cœur.

Jésus et Marie étaient debout près de lui ei le regardaient en silence ayee mue grande pitié* Satan regarda à son tour le Rédempteur et sourit avec amertume.

«~ Viens-tu, lui dîi-il, essayer de mourir une seconde fois pour un monde que n'a pn sauTer ton premier supplice ?

As-tu essayé inutilement de changer les pierres en pain pour nourrir ton peuple, et yiens^-lu m'avouer ta défaite ?

E^u tombé du haut du Temple, et ta divinité s'est-elle brisée dans sa chute ?

Yiens^tu pour m'adorer, afin de posséder le monde? Va, il est maintenant trop tard, et je ne saurais te tromper. L'^inpire du monde a échappé à œuxqui m'adoraient en ton nom ; et moi»*mtaie je suis las d'un règne sans gloire. Si tu es découragé comme moi, assieds-toi près de moi, et ne pensons plus ni à Dieu ni aux hommes.

«^ Je ne viens pas m'asseoir près de toi, lui dit le Christ, je viens te relever, te pardonner

et te consoler, pour que tu cesses d'être méchant.

— Je ne veux pas de ton pardon, répondit le mauvais ange, et ce n'est pas moi qui suis méchant.

Le méchant, c'est celui qui donneaux esprits la soif de l'intelligence, et qui enveloppe la mérité dans un impénétrable mystère. -^

C'est cdui qui laisse entrevoir à leur amour une vierge idéale, une beauté enivrante à les jeter dans le délire, et qui la leur donne pour l'arracher aussitôt à leurs premiers embrassements et la charger de chaînes étemelles. C'est celui enfin qui a donné la liberté aux anges, et qui a préparé des supplices infinis pour ceux qui ne voudraient pas être ses esclaves !

Le méchant, c'est celui qui a tué son fils innocent sous prétexte de venger sur lui le crime des coupables, et qui n'a pas pardonné aux coupables, mais leur a fait un crime de plus de la mort de son fils !

— Pourquoi me rappeler si amèrement l'ignorance et les erreurs des hommes ? reprit Jésus : je sais mieux que toi combien ils ont défiguré l'image de Dieu, et tu sais bien toi-même que

Dieu -Q^ réassemble pas à l'image qu'ils eîi o&t fait^.

Dieu ne t'a donné soif d'intelligence que pour t'abreuver à jamais de la vérité éternelle. Mais pourquoi fermer les yeux et chercher le jour eu toi-même au lieu de regarderie soleil?

Si tu cherchais la lumière où elle est, tu la verrais; car il n'y a en Dieu ni ombres ni mystères; les ombres sont en loi et les mystères sont les faiblesses de ton esprit.

Dieu n'a pas donné la liberté à ses créatures

ff

p0ur la reprendre, mais il la leur donne pour épouse et non pour amante illégitime; il veut qu'on la possède et non qu'on lui fasse violence, car cette chaste fille du ciel ne survit pa$ à un outrage, et quand sa dignité virginale est blessée, la liberté est morte pour celui qui l'a méconnue.

Dieu ne veut pas d'esclaves : c'est l'orgueil révolté qui a créé la servitude. La loi de Dieu, c'est le droit royal de ses créatures; ce sont les titres • de leur liberté éternelle.

Dieu n'a pas tué son fils, mais le fils de Dieu a donné volontairement sa vie pour tuer la mort : et c'est pour cela qu'il vit maintenant dans l'humanité tout entière et qu'U sauvera toutes lès gé^

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aérations, car d'épreuve en épreuve il conduit la famille humaine dans la terre promise, et 4éjà elle en a goûté les premiers fruits. Je viens donc t'annoncer, ô Satan, que ta dernière heure est arrivée, à moins que tu ne veuilles être libre et r^er avec moi sur le monde, par l'intelligence et Tamour.

Msris tu ne t'appelleras plus Satan, tu repren-^ dras le nom glorieux de Lucifer, et je mettrai une étoile sur ton front et un flambeau dans ta main. Tu seras le génie du travail et de Tindustrie, parce que tu as beaucoup lutté, beaucofep souffert et douloureusement pensé !

Tu étendras tes ailes d'un pôle à l'autre et tu planeras sur le monde ; la gloire se réveillera à ta voix. Au lieu d'être l'orgueil de l'isolement, tu seras l'orgueil sublime du dévouement, et je te donnerai le sceptre de la terre et la clef ^du ciel.

— Je ne te comprends pas, dit le démon en secouant tristement la tête, et je ne saurais te comprendre : tu sais bien que je ne puis plus aimer ! Et avec un geste douloureux l'ange déchu montrait au Christ la plaie qui lui sillonnait la poitrine et le serpent qui lui rongeait le cœur.

Jésus se tourna vers sa mère et la regarda ; Marie comprit le regard de son fils, elle s'approcha du malheureux ange et ne dédaigna pas d'étendre la main vers lui et de toucher sa poitrine blessée.

Alors le serpent tomba de lui-même et expira aux pieds de Marie, qui lui écrasa la tète ; la plaie du cœur de I auge fut cicatrisée, et une larme, la première qu'il eût versée, descendit lentement sur le visage repentant de Lucifer,

Cette larme était précieuse comme le sang d'un Dieu ; et par elle furent rachetés tous les blasphèmes de l'enfer.

L'ange régénéré se prosterna sur le Calvaire et baisa en pleurant la place où s'était jadis enfoncée la croix.

Puis il se releva triomphant d'espérance et rayonnant d'amour, et se jeta dans les bras du Christ. Alors le Calvaire trembla; sa cime aride se revêtit tout à coup d'une verdure fraîche et brillante, et se couronna de fleurs.

Et à l'endroit où firt la croix une Jeune vigne s'éleva et se chai'pea de fruits milrs et parfumés.

Le Sauveur dit alors : — Voici la vigne qui donnera le vin de la communion universelle, et

eUe croîtra jusqu'à ce que tous ses rameaux embrassent toute la terre.

Puis, reprenant sa mère par la main , il tendit l'autre main à Tange de la liberté et lui dit : — Que nos formes symboliques retournent maintenant au ciel, je ne reviendrai plus souffrir la mort sur cette montagne, Marie n'y pleurera plus son fils et Lucifer n'y traînera plus les remords de son crime maintenant effacé.

Nous ne sommes plus qu'un même esprit: l'esprit d'intelligence et d'amour , l'esprit de liberté et d^ courage, l'esprit de vie qui a trioipphé deja mort.

Tous trois alors prirent leur vol à travers l'espace ; et s'élevant à une prodigieuse hauteur , ils virent la terre et tous ses royaumes qui étendaient leurs chemins les uns vers les autres comme des bras entrelacés , ils virent les campagnes vertes déjà des premières moissons fraternelles, et de l'Orient à l'Occident ils entendirent le prélude mystérieux du cantique de l'union. Et vers le nord, sur la crête d'une montagne bleuâtre, ils virent se dessiner la forme gigantesque d'un homme qui élevait ses bras vers le ciel.

Sur ses bras on voyait encore la trace récente

des chaînes qu'il venait de rompre, et sa poitrÎM était cicatrisée comme celle de Lucifer.

Sous son pied droit, sur la pointe la plus aiguë de la montagne, palpitait encore le cadavre d'un vautour dont la tête et les ailes étaient pendantes*

Cette montagne, c'était le Caucase; et le géant délivré qui étendait ses mains était l'antique Prométhée.

Ainsi les grands symboles divins et humains se %

rencontraient et se saluaient sous un même ciel ; puis ils disparurent pour faire place à Dieu même qui venait habiter pour toujours avec les hommes^

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