LIVRE V. DE LA DÉCORATION
Quant aux ornements, il faut savoir les placer avec choix et avec goût ; car, comme il y a des parties cpii sont ornées naturellement, à cause du beau mélange de leurs moulures, il serait à craindre que si l’on voulait y ajouter quelque chose, on ne fit naître la confusion plutôt que la bonne grâce. Il faut prendre garde aussi que les. ornements conviennent au genre de l'édifice, et faire en sorte qu’ils soient naturels, sans en faire d’imaginaires, de grotesques et de bizarres. La nature fournit assez d’objets, sans qu’il soit nécessaire de faire travailler l’imagiuation. Les fleurs, les animaux et les fruits sont en assez grande abondance pour varier les sujets : le tout est de placer aux endroits qui leur conviennent le mieux, et c’est en ceci comme dans le Æste, que l’architecture ancienne est toujours admirable.
Pour éviter la confusion, il faut que les ornements soient interrompus, c'est-à-dire, qu’entre deux moulures ornées, il y eu ait une lissée ou tout unie ; et lorsqu’il se rencontre deux moulures d’un meme profil , les orner différemment pour donner de la variété, faisant en sorte que chaque partie qui sert à la décoration soit ornée avec proportion , évitant qu’il y en ait d’entièrement nues, tandis que les autres seraient enrichies avec profusion. Les ornements doivent aussi convenir aux ordres; les plus riches ne doivent être employés qu’au (xm'nthien et au Composite, et les moins recherchés à l’ionique. A l’égard du Toscan et du Dorique, il faut que les moulures en soient unies, afin que tout réponde à la simplicité qui convient à ces deux ordres. Quant au relief des ornements, il dépend de la grandeur des moulures, et de l’éloignement d’ou elles seront vues, prenant garde que ceux dos profils du dedans de l’édifice aient moins de relief que ceux du dehors. Il faut aussi remarquer que les ornements doivent être comme appliqués sur les moulures saillantes, sans qu’ils en. diminuent la grosseur, lorsque ces moulures sont petites, comme les astragales ou baguettes. Au lieu qu’aux quarts de rond et aux gros tores, qui sont de grosses moulures, les ornements doivent être fouillés en dedans, autrement l’ouvrage serait massif
Leçons itarchileclure données à l'École potjlechniquc ), de leur donner des mouvrnienls très-prononcés, de marier les moulures droites avec les courbes, et d'en opposer d'ricrémement fines i de très-fortes (N),
Pi.A!i cnr.
CE
'|34 I-A SCIENCE DES INGÉNIEUllS,
et j>csant s’ils étaient par-dessus. On fait tout le contraire pour les moulures creuses, comme |iour les cavets et les scotics, dont les ornements doivent être comme appliqués sur le nu do leur contour, et non pas creusés dedans, parce qu'aiusi on les voit distinctement.
Les ornements en général peuvent se diviser en deux espèces : ceux de la première, que l'on nomme significatifs, servent de symbole pour faire connaître l’édifiee. Par exemple, si c’est un monument élevé à la gloire d’un héros, il est naturel d’y ligurcr quelques traits de son histoire, et d’y rapporter des marques de son triomphe ; ce qui ne peut guère se pratiquer (jne sur la frise, ces sortes de choses ayant besoin d’uu certain espace pour être exprimées distinctement.
Les ornements de la seconde espèce sont ceux qui sont indifférents, et qui s appliquent sur les moulures sans aucune conséquence; tels sont les oves, que l’on fait de plusieurs manières, les rais de cœur, les fleurs, le.s feuilles et les fruits de diverses espèces , et une infinité d’autres choses qui dépendent du goût et du choix : cependant, si ces ornements ne sont ménagés avec beaucoup de circonspection , les profils en deviennent plutôt confus et grossiers, que riches et agréables. Le tout est de faire en sorte que le coup-d’œil soit satisfait, et qu’on aperçoive sans étude le dessin que l'on a eu en vue ; et pour tout dire en un mot, il faut que les moins connaisseurs trouvent de quoi admirer, et soient ravis d un certain étonnement qu’a coutume de produire ce qui est effectivement beau. Pour donner quelques exemples des ornements qui ont été mis en usage avec le plus de succès aux différentes moulures dont nous venons de parler, on a rapporté sur les planches XXXVIII et XXXIX plusieurs dessins auxquels on pourra avoir recours dans l’occasion.