‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 126 sur 207 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

De la connaissance des cinq ordres en général.

l OUR donner une idée îles ordres aux personnes qui ne les connaissent point, et leur faciliter la manière de les distinguer, il semble qu’avant toute cho.se il faut faire voir en quoi ces ordres diffÎTcnt, et à quel signe on peut les reconnaître.

l.IVHE V. DE LA UhXOlUTION. /,35

Si l'on considéré les planches XXXVII, XXXVIII et XXXIX, on y verra les cinq ordres rapportes de suite, et l’on y remarquera que le Toscan se distingue des autres par sa simplicité, nétant accompagné d'aucun ornement.

Que le Dorique se connaît par les triglyplies qui servent à ctiricliir la Crise, étant l'ordre seul où cet ornement se rencontre.

L'Ionique se fait connaître entre les autres par les volutes qui arcompagnent le chapiteau des colonnes.

Le Corinthien se connaît aussi par son chapiteau, qui est orné de certaines feuilles qui imitent celles de la plante nommée acanthe. D'ailleurs, comme cet ordre est toujours enrichi de plusieurs ornements qu’on n’aperçoit point dans les trois précédents, il est aisé de ne pas s’y méprendre.

Enfin l’on connaît le Composite, en remarquant que son chapiteau participe des deux ordres précédents, ayant les volutes de l’ionique et les feuilles du Corinthien.

11 y a beaucoup de bâtiments qui , sans avoir de colonnes ni même de pilastres, ne laissent pas de prendre le nom de quelqu'un des ordres, parce qu'il suffit qu'ils aient des parties qui en marquent le caractère. Ces parties sont les entablements, les couronnements de façades, les grandes portes, etc. Par exemple, quand on voit des triglyphes dans l'cnt.ablement d’une façade, on peut dire que cette façade est décorée selon l'ordre Dorique ; et ainsi des autres.

Pour donner une idée moins superficielle des ordres, j’ajouterai que chacun est ordinairement composé de trois jwrties, qui sont le piédestal, la colonne et l’entablement, et que chacune de ces parties en comprend trois autres. Par exemple, celles du piédestal sont la base, le dé ou le tronc, et la corniche ; celle de la colonne, la base, le fût ou la tige, et le chapiteau ; et celles de l’entablement, l’arcliitrave, la frise et la corniche.

Comme les hauteurs du piédestal et de rentablementdoivcnt dépendre de celle de la colonne, Vignolc, pour établir une règle générale qui puisse s’appliquer indifféremment à tel ordre que l’on voudra, donne pour hauteur an piédestal le tiers de celle de la colonne, et à l’entablement le quart. .Ainsi ayant divisé la hauteur de la colonne en douze parties, il en prend quatre pour le piédestal et trois pour l’entablement,

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436 r.A SCIENCE DES INGÉNIEURS,

i‘t de cette règle il tire un moyen fort aisé pour déterminer l’ordonnance d'nne façade : car toutes les fois qu'une hauteur est donnée, on n’a qu’à la diviser en dix-neuf parties égales, et alors les quatre parties d'en bas servent pour le piédestal, les trois de dessus pour l’entablement, et les douze d’entre deux pour la hauteur de la colonne.

Cependant il arrive quelquefois que, dans la décoration des façades, on ne fait point de piédestal aux colonnes ; dans ce cas, Vignolc divise la hauteur donnée en cinq parties égales, dont quatre servent pour la hauteur de la colonne, et la cinquième détermine celle de l’entablement, qui par ce moyen sera encore le quart de la hauteur de la colonne.

Comme, dans tous les ordres, la proportion des petites parties doit dépendre de celle des plus grandes, tous les architectes, tant anciens que modernes, ont pris pour mesure commune le demi-diamètre de la colonne, qu’ils ont appelé module : de sorte que, quand on dit qu’une certaine partie d’architecture a, par exemple, pour hauteur cinq modules, on doit entendre que cette hauteur est égale à cinq demi-diamètres de la colonne qui est employée dans l’ordre dont il s'agit. Cependant, comme pour rendre les colonnes plus agréables à la vue, on leur a donné moins de grosseur vers les extrémités que dans le milieu, ce qui fait que n’étant point cylindriques, elles peuvent avoir pinsicurs diamètres, il est bon de savoir, pour ne pas s’y méprendre, que le demidiamètre qui sert de module, est celui du cercle qui répond à la hase de la colonne.

i.a'5 cinq ordres augmentent de l’un à l'autre eu beauté et en ornement, on les a lait aussi monter par degrés en légèreté et en délicatesse. Par exemple, les colonnes doriques ont moins de grosseur par rapport à leur hauteur que les toscanes, et les ioniques moins de grosseur à propoitioii de leur hauteur que les doriques ; et ainsi des autres. C’est pourquoi Vignole doni\e aux colonnes toscanes sept de leur diamètre ou quatorze modules, aux doriques huit de leur diamètre ou seize modules, aux ioniques neuf de leur diamètre ou dix-huit modules, aux corinthiennes et aux composites dix de leur diamètre ou vingt modules, donnant la même élévation à ces deux ordres, quoiqu’il y ait des auteurs qui en donnent davantage au Composite. Prévenu de ce que je viens de dire, quand on a trouvé de quelle hauteur doit être la colonne par rapport à la façade où elle doit être placée, en suivant la règle de

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