‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 162 sur 207 · LIVRE V. DE LA DÉCORATION. 5oi · texte numérisé non relu

LIVRE V. DE LA DÉCORATION. 5oi

coulenr même peut faire beaucoup : car, si c’est une pierre colorée ou mêlée, il faut des moulures qui aient beaucoup de relief, et qu'on puisse distinguer aisément , sans quoi elles causent plus de confusion que d’ornements; au lieu que, si la pierre est blanche , il y a moins de sujétion , la lumière qui s’y réfléchit faisant que rien ne se perd dans l’ombre.

Pour qu’une comiche soit bien profllée, il faut que les moulures aient entre elles un certain rapport. Pour cela , l’on évite que deux ou trois moulures semblables se rencontrent de suite ainsi que plusieurs d’une même hauteur. Il doit se trouver un contraste dans leur distribution par l’opposé qui règne entre elles, en les faisant alternativement circulaires et angulaires , ou différant de grandeur. En général , la saillie d’une corniche doit être à-peu-près égale à sa hauteur.

Quand le bâtiment est fort exhaussé, et que son usage le distingue des autres, un entablement entier lui convient beaucoup mieux qu’une corniche seule , et la masse en est couronnée avec beaucoup de grâce. La proportion doit s’en déterminer en le faisant comme s’il y avait un ordre entier. Cependant, quand on le juge à propos, on peut en diminuer l'architrave et la frise, ce qui doit se faire avec beaucoup d’art. Si l’entablement est tout entier , on doit enrichir la fri.se de consoles , et la corniche de modillons. On peut voir quelques exemples de tout ceci , en considérant les corniches et entablements qui sont rapportés sur la planche XLVIII, desquels on pourra tirer des idées pour s’en servir dans l’occasion.

Il est bon d'ajouter qu’on ne doit jamais interrompre le cours d’une corniche en la coupant à l'endroit des lucarnes des étages en galetas, parce que cela choque le coup-d’œil, et est contre toutes les règles. Je dirai aussi que, quand on veut déterminer la proportion des moulures, on peut, au lieu de se servir des parties du module, commencer par tracer la plus grande moulure, en sorte qu’elle ait avec toute la hauteur le rapport qui conviendra le mieux, ensuite diviser la hauteur de cette moulure en autant de parties égales qu’on jugera à propos, et s’en servir pour régler les autres parties.

Quant aux ornements des fenêtres, le^ unes sont composées d'un chambranle simple sans aucune moulure , les autres ont un chambranle avec des moulures et une corniche au-dessus : enfin les plus belles sont

PtxxcHr

XLVIir

5oa LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,

celles qui ont un chambranle avec des consoles, et un fitXMiton sans

montant aux côtés des chambranles.

Les grandes croisées doivent avoir une comiche assee saillante pour donner du couvert à ceux qui s'y présentent, et alors on fait porter cette saillie par deux consoles, aussi bien que l'appui ou accoudoir qui termine la croisée par en bas.

Ivcs con.soles de la corniche doivent être aussi larges en bas qu'en haut, afin qu'elles suivent régulièrement le chambranle et le montant. La largeur du chambranle peut être d'une sixième partie de la croisée ou fenêtre. Au-delà du chambranle , il ÿ a une plate-bande qui lui sert d'arrière-corps; elle peut avoir autant de largeur que le chambranle, ou un peu moins : elle sert particulièrement à placer les consoles de la corniche, si la corniche est portée par des consoles. Cet arrière-corps doit être moins large de moitié, et sans aucune moulure que celles qui composent sa corniche. Les consoles qui portent l'appui doivent être placées au-de.ssous du chambranle, et avoir même largeur : leurs enroulements auront bonne grâce , s'ils se portent en dehors par les côtés. La hauteur de ces consoles peut être de la moitié de l'ouverture de la fenêtre tout au plus, ou du tiers au moins. On les fait ordinairement plus étroites en bas qu'en haut; cependant j'aimerais mieux qu'elles fussent également larges. Souvent la hauteur du perron termine le bas de ces consoles.

La principale porte d'un édifice étant la partie la plus remarquable de la façade, il faut nécessairement quelle soit décorée à proportion de la dimension du bâtiment; sa grandeur doit même être assujétie à cette circonstance. Par exemple , si la façade retient quelque partie d'un ordre d'architecture, il faut, pour le 'ro.scan et le Dorique, que la porte ait de hauteur un peu moins du double de sa largeur; pour l'ionique, on pourra lui donner positivement le double de la largeur, et pour le Corinthien et le Composite, un peu plus. Quant à leur figure, les plus belles sont rondes ou quarrées, c'est-à-dire qu'elles sont terminées par un demi-cercle ou par une plate-bande. Il y en a d'autres qui approchent de ces figures , comme celles dont le cintre est «n anse de panier, ou surbaissé , ou qui, ayant la figure d'une plate-bande, sont un peu cintrées. Quand on les fait comme ces dernières , le trait le plus parfait est celui qui se décrit sur la base d'un triangle équilatéral dont le sommet

Page 1