DS LA CONSIDÉRATION DES MURS QUI ONT DES CONTREFORTS
nfouT le monde sait que les contreforts qu'on élève avec les murs, ■ contribuent beaucoup à les fortifier contre la poussée des terres ou des voûtes quand ils en soutiennent; mais il ne parait pas qu'on se soit appliqué à examiner de combien ils pouvaient rendre ces mnrs capables d'une plus ou moins grande résistance , selon la longueur, l'épaisseur , la distance et même la figure qu'on donnerait aux contreforts. Ce sujet est pourtant digne d'attention , surtout quand il s'agit de certains ouvrages qui doivent plutôt tirer leur solidité des règles de l’art que de l'abondance des matériaux, puisque, si l'on connaissait bien le mécanisme qui appartient à ce sujet , on éleverait des édifices qui seraient encore plus hardis que la plupart de ceux qui font tant d’honneur aux siècles passés: on travaillerait avec sûreté, et l'on n’apercevrait pas une certaine timidité qui est assez ordinaire aux ouvrages des modernes. Les
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LIVRE I. DE LA THÉORIE DE LA MAÇONNERIE. 63 anciens architectes paraissent en ceci plus éclairés : s’ils n’avaient ps des règles certaines et démontrées comme celles qu’on demande , ils agissaient au moins avec un jugement qui en approchait beaucoup. Les beaux monuments qu'ils nous ont laissés en font foi ; leurs églises sont d’une légèreté admirable ; il semble qu'ils ont usé de quelques moyens extraordinaires, qu’on a perdus avec eux. Cependant, si l'on y prend garde de près, l’on verra que tout ce qui en fait le merveilleux n’est autre chose que la bonne liaison des matériaux , la situation et l'étendue des contreforts dont ils se sont toujours servis heureusement i et comme peu de gens s’arrêtent à cette dernière particularité , faute d’en connaître tout le mérite , ils sont ravis d’un étonnement qu’ils ne savent à quoi attribuer. Les églises que l’on a bâties dans ces derniers temps, et entre autres quelques-unes de Paris, sont bien éloignées d’intriguer personne : si elles causent quelque surprise, c’est de les voir si materielles, qu'elles semblent avoir épuisé toutes les carrières du pays. Est -il possible que l’intervalle de quelques siècles rende les hommes si opposés sur une même chose ? Ne conviendra-t-on jaipais que dans tout ce que l’on fait qui est susceptible de plus et de moins , il y a un certain point d’où dépend la construction la plus parfaite qu’il est possible d’atteindre, et que c’est a ce point lâ qu’il faut uniquement s’appliquer, abn d'y demeurer fixe quand on l'aura une fois trouvé ? De pareilles recherches seraient d'un grand avantage pour la perfection de l’architecture : on ne peut trop engager ceux qui la cultivent d’y travailler; et comme les contreforts y doivent avoir beaucoup de part, nous allons faire en sorte, dans ce chapitre, d’en bien développer toute la théorie. Mais avant cela il est à propos que j'avertisse qu’il faut supposer que les contreforts dont nous parlerons ont été construits dans le même temps que les murs qu’ils soutiennent , et que la liaison est si parfaite, que de part et d'autre elle ne fait plus qu’un seul corps (i).
(i) On ne peut se dispenser de faire remarquer cette nouvelle hypothèse, contraire à ce qui a véritahlement lieu. Pour esaminer avec quelque exactitude ce que des contreforts, stiit extérieurs, soit intérieurs, ajoutent à la résistance d'un mur, il ne faut point admettre que la maçonnerie fasse parfaitement corps, mais faire entrer en consi-
Pl. III.