‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 39 sur 207 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Où l'on considère les qualités de la brique, et la manière de la

fabriquer.

La brique étant une espèce de pierre artificielle, dont l'usage est trèsfréquent dans les constructions des édifices, particulièrement pour les fortifications , nous en allons faire le détail , qui , quoique grossier en apparence , ne laisse pas d'être utile à savoir pour ceux qui ont la con-

(i) On trouvera dan< lei Programmes du Cours de construction àt JA. Sginiin, deuxième édition, un exposé des qualités des pierres à l>iitir, classées suivant leur nature, qu’U sera très-utile de consulter. J’ajouterai seulement ici quelques notions sur Téraluation de la force de la pierre.

J’ai donné, dans la note du chapitre II, livre II, du Traité de la Construction des ponts y l’histoire des recherches qui ont été faites sur ce sujet , recherches dont M. Gauthey s’est occupé le premier. On y trouve aussi une table de la force d'un grand nombre de pierres employées en France , qui est extraite du premier volume du Traité de VArt de bâtir ^ de M. Rondelet. Les expériences prouvent que la force des * pierres v.'irie, en général, comme leur pesanteur spécifique et comme leur dureté; un simple extrait de cette table, contenant les pierres les plus connues , sufHra pour offrir là assez de termes de comparaison pour faire juger approximativement de la résistance des pierres qu'on sera dans le cas d’employer, et sur lesquelles on neseràit pas à portée de faire des expériences.

11 est très-rare que, dans la construction des édifices, les pierres soient employées en porte^à^/aujr : quoiqu’elles puissent de celle manière résister à des pressions considérales , leur fragilité ne permet pas qu'un les expose à l'effet de quelque choc qui ne pourrait manquer de les briser. 11 n'est donc pas étonnant qu’on se soit très-peu occupé d'évaluer 1a résistance des pierres à la flexion ou à la traction. On trouvera dans la note dont j'ai parlé le peu de connaissances acquises sur ce sujet Les expériences sur la force des pierres ont eu pour principal objet d'évaluer la pressicm néoce-

,g, LA. SCIENCE DES INGÉNIEUKS,

duite des travaux, pour qui les moindres choses ne doivent pas être

indifférentes , quand elles peuvent contribuer à la perfection de leur

métier.

Pour bien choisir une terre propre à faire de la brique , il faut qu’elle soit grasse et forte, de couleur blanchâtre ou grisâtre, sans qu’il s’y

sülre puur les écraser en les comprimant entre deux surfaces parallèles : celles de M. Roodelet ont été faites sur de petits cubes de 5 centimètres de côté. On peut | dans la pratique , supposer la résistance des pierres proportionnelle aux aires de leurs bases , mais on no doit évaluer cette résistance que le tiers au plus des résultats ci* dessous , qui représentent les poids qui ont écrasé un cube dont Taire de la base était a5 centimètres carrés.

pcMinl. spérifiqor.

itasaile de Suède 3,o6

Porphyre * * « a,8o

Gnnit de Normandie a>GC

Marbre noir de Flandres

Marbre blanc statuaire 9,69

Marbre bleu turqain a,$7

Pierre de Casertc « près de Naplei , dont le grain est fin , la couleur

gris-bUne, et qui reçoit le poli "M*

Lare du Vésuve a, 64

Pierre grise argilcnse de Florence , qui se trouve par grandes masses , et

dont le grain est fin...... 3.56

Grès a. 5a

Liais de Dagneux , pierre calcaire des enviroQS de Paris , d'nne faible ban.

leur de banc, trèa«dure , et du grain le plus fia 3,44

Travertin de Rome , pierre calcaire très-dure , et d'an grand fin , mais tres-

pcnillèe 3.36

Roche de ChalUIon , pierre calcaire des environs de Paris, dure, un pru

eoqnilleuie , et d’un beau grain 3,39

Pierre de U plaine dTvry, pierre calcaire des environs de Paris , peu dure,

d'un grain égal et moyennement fin « 3,1a

Peperin de Home, pierre volcanique grise, peu dure..... t.97

Pierre à plltre des environs de Paris 1,9a

Vergelèe, pierre calcaire des environs de Paris, fort tendre et d’un grain

très • grossier , mais qui résiste à Teau 1,83

Lambourde, pierre calcaire des environs de Paris, très-tendre, et résistant

mal à rbumiditè t,S6

Tuf volcanique de Naples 1,36

ficoric de Volcan des environs de Rome 0,89

Pierre ponce. 0,69

réusiancr.

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LIVRE III. DE LA THÉORIE DE LA MAÇOISNERIE. 193 rencontre de petits csilloux ni aucun gravier. Il y en a auMi de la rouge qui peut servir au même usage ; mais elle n'est pas des meilleures , parce que les briques sont sujette^ à se feuilleter et à s« réduire en poudre à la gelée. Sans prendre garde scrupuleusement à la couleur , on jugera qu’une terre est bonne pour faire de la brique, si après une petite pluie on s’aperçoit qu’en marchant dessus elle s'attaclie aux souliers, s’y amasse en grosse quantité , et ne s'en détache pas aisément ; ou si , en ayant pétri dans les mains , on ne peut la diviser qu’avec peine.

Après avoir choisi une espèce de terre convenable, on la fait fouiller avec la houe ; et ayant reconnu quelle est également bonne par-tout, on attend le temps de la pluie , parce qu'en étant bien imbibée, on la corroie ensuite avec la houe et le rabot ; apres quoi on lu laisse reposer pendant quelque temps , au bout duquel on recommence la même chose, ce que l’on fait quatre ou cinq fois à diverses reprises. On commence ordinairement la préparation des terres dans le mois de mars , mais il vaudrait mieux la faire dans l'Iiiver, parce que les petites gelées sont excellentes pour les bien corroyer. Le véritable temps pour faire la brique est pendant les mois de mai et de juin, parce que dans cette saison elle a tout le temps de sécher,’ et est ensuite plus propre à être mise au four. Il faut autant qu’il se peut éviter la saison avancie, les briques faites alors n’étant pas si bonnes à beaucoup près que celles qui sont faites en été.

Ce n’est pas assez d’avoir insinué ce qui peut contribuer à faire de bonnes briques, il faut encore discerner les bonnes et mauvaises qualités de celles qui se trouvent en magasin , puisque c’est de là que dépend la durée de l’ouvrage qu’on veut exécuter. Vitruve rapporte que de son temps, dans la fameuse ville d’Utique , le magistrat, pour empêcher toute mal-fàçon , ne permettait pas qu’on en employât pour aucun édiBce , qu’il ne les eût visitées auparavant et n’eût donné son approbation : on s’aperçoit bien que cette sage police n’est plus d’usage parmi nous , puisqu’à la confusion de la plupart des entrepreneurs , on voit tons les jours des bâtiments menacer ruine , avant pour ainsi dire d’être achevés.

La brique qui est d’une couleur jaune approchant un peu d’un rouge pâle , est bonne , parce qu’ordinairement elle a été faite d'une terre

LA SCIENCE DES INGÉNIEURS, grasse comme est celle dont nous venons de parler. On connaîtra encore la bonne brique au son ; car celle dont il sera le plus net, sera préférable aux autres dont le son est sourd. 11 arrive assez souvent que des briques faites d'une bonne terre , et préparées également , sont de différentes couleurs , et par conséquent de différentes qualités, et cel.a se distingue surtout quand on en voit qui sont plus rouges les unes que les autres, qui n'en sont pas pour cela meilleures. .Elles sont au contraire d’une très-mauvaise qualité, parce qu’elles ont été placées dans le four à des endroits où le feu n’a pas eu assez de force pour les cuire, ce qui fait qu’elles ne résistent pas h la gelée ni au poids dont elles sont chargées , se cassent et se réduisent en poudre facilement.

Enfin la preuve la plus sûre pour connaître la bonté de la brique, quand il s’agit de quelque ouvrage d’imjiortance dont on peut différer l'exécution d’une année, c’est de coucher celles qu’on veut employer, sur la terre pendant l’hiver pour y essuyer la gelée, parce qu’alors celles qui y auront résisté sans se feuilleter , et auxquelles il ne sera arrivé aucune altération considérable , pourront être mises en œuvre en toute sûreté.

La grandeur ordinaire des briques est de 8 ou g pouces de longueur sur 4 ou 4 et demi de largeur et deux d’épaisseur : ces dimensions sont le plus en usage , parce qu’elles rendent les briques fort commodes pour être mises en œuvre.

Quand les murs n’ont qu’une médiocre épaisseur , on détermine cette épaisseur par le nombre des briques qu’elle peut contenir : telles sont les épaisseurs de deux briques , d’une brique et demie , et d’une brique, dont on se sert pour les murs mitoyens ou pour ceux de clôture (i).

(i) On trouvera des détails curieux sur les briques crues et cuites, dans le Traite lie l'Art lie bâtir, de Rondelet , livre II , section première, art. 3 (A’).

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