LIVRE IV. DES ÉDIFICES MILITAIRES
Il a raison de dire qu’il arrive rarement qu’on rencontre des bois de même qualité : mais c’est à tort qu’il croit que les règles de la géométrie ne peuvent être d’aucune utilité pour proportionner leur grosseur à leur longueur, quand on fera abstraction de la différence de leur force naturelle, puisque je ne crois pas qu’on puisse y arriver par d’antres voies. Car, indépendamment des expériences qu’on a rapportées ci-devant, il sufüra que l'usage nous ait appris que des poutres, des solives, des chevrons, etc. d’une certaine longueur et d’une grosseur déterminée, aient toujours bien réussi , pour qu’on puisse après cela trouver les bases qu’il convient de donner à ces mêmes pièces, si l’on était dans la nécessité de les employer beaucoup plus longues , et alors la pratique seule ne audit pas pour juger exactement de la grosseur des bois ; c’est pourquoi je ne vois pas qu’on puisse se servir sûrement de la table qu’il donne , ne rendant aucune raison de la manière dont elle a été calculée; j’ai même voulu voir si les poutres qui y sont rapportées répondaient tant soit peu aux règles qui devaient leur convenir, mais je n’ai rien aperçu qui en approchât. Si j’ai fait mention du livre de Bullet , ce n’a été que pour faire sentir aux personnes qui veulent s’appliquer à l’art de bâtir, combien il est important qu’ils aient quelques principes de théorie qui puissent les guider dans la pratique.
Voilà ce que je m’étais proposé de dire sur la manière de connaître la force des bois qui sont en usage dans les bâtiments : j’avais fort envie de ne pas m’en tenir là, et de faire d’autres applications des principes de la mécanique à la charpente , pour montrer quelle est la disposition la plus avantageuse qu’il convient de donner à l’assemblage des pièces de toutes sortes d’ouvrages en général , pour être capables de résister le plus qu’il est possible aux poussées qu’ils auraient à soutenir , avec un certain nombre de solives déterminé, nécessaire seulement pour l’exécution de ce que l'on a en vue; car on ne peut douter que dans les fermes qui soutiennent les combles, celles qui sont employées pour les jetées qui se font dans la mer, les chevalets des ponts , les portes des écluses , etc. , il n’y ait des puissances qui agissent et qui résistent selon certaine direction, et par conséquent des leviers de différente espèce, et que tout cela ne fasse un mécanisme dont la connaissance ne peut être que très-utile, et que j’aurais volontiers développé, si je m’étais trouvé plus de loisir que je n’en ai présentement. Car, ayant commencé à écrire
quelques chapitres sur ce sujet , je me suis aperçu que, pour les traiter comme il faut, je serais obligé d’embrasser un ouvrage qui deviendrait fort étendu , mais que je me propose pourtant de reprendre dans le second volume (i).
(i) Quoique la théorie de la résistance du bois soit encore loin d'offrir toutes les ressources dont la pratique des constnictions peut avoir besoin , elle a cependant fait , depuis la publication de la Science des Ingénietirs, d'asseï grands progrès, soit dans la |>artic analytique, soit dans la partie expérinienule , pourqu*on ne puisse se dispen» ser de les mettre sous les yeux des lecteurs. Je n'entrerai point dans le détail historique des rechcrcbcs auxquelles cette partie de la mécanique appliquée a donné Heu : on pourra consulter sur ce sujet l'Introduction du Traité analytique de la résistance des solides , par M. Girard, et le Traité de la construction des ponts, livre III , chap. 1”. Je vais tâcher seulement de donner ici le plus succinctement possible Tesprit de ces recherches, et le parti quon peut en ürer pour les applications.
l.es divers corps qu on emploie dans les constructions of&eot deux genres de résistance différents, quand ils sont soumis à l'action d'une force qui tend à les faire plier : 1° ou ils rompent avant d'avoir pris une flexion sensible, comme le font 1a pierre et le fondu ; a** ou ils prennent une flexion plus ou moins considérable avant de rompre , comme oo l'observe dans le bois et le fer forgé. Ces deux genres de résistance ne dépendent pas seulement de la nature des corps; elles dépendent aussi de la forme des pièces et du rapport de leur longueur à leur épaisseur , car une pièce de fer forgé, par exemple , très-flexible quand sa longueur est égale à 4o ou 5o fois son épaisseur , ne l'est plus quand cette longueur est seulement égale à ta ou i5 fois l’épaisseur, cl dans ce dernier cas U pièce ne pourrait plus plier sensiblement sans rompre aussinU. Il en est de ineme des pièces de bois qui , quand leur longueur n’est égale qu'à 6 ou y fois leur épaisseur, ont perdu presque toute leur flexibilité.
La. première chose à làire, quand on veut examiner b force d’une pièce, est donc lie connaître la nature de la résistance quelle est susceptible d'offrir, et si les efforts auxquels elle est soumise doivent U faire rnitipre ou la faire plier. Sa résistance dans les deux cas se calcule d après des considérations différentes, que je vais exposer soccessivement.
Ot fa Rèfiitance h /j Rupture.
Pi.. XII. Considérons la pièce DG, qu'un certain effort tend à faire plier et rompre sur l'ap- Fie. I . pui A , et supposons celte pièce composée de fibres dirigées tbns le sens de sa longueur.
I.'eflurt auquel elle est soumise produit sur ces fibres deux effets : l'un de la faire plier autour du point A , l’autre de faire étendre les fibres situées du coté de b face supérieure en B C , et raccourcir les fibres situi^s du côté de la face inférieure en A. La