‹ La science des ingénieursChapitre 110 sur 306 · LIVRE IIL DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX · texte numérisé non relu

LIVRE IIL DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX

donner aux fondements ^ par rapport à celle du mur qu'ils devaient porter; mais ils n'ont pas eu égard à la hauteur de ces murs. Par exemple, Scamozzi veut que Ton donne pour retraite de chaque coté la huitième partie de l'épaisseur du mur, c'est-à-dire que, s'il a quatre pieds d'épaisseur, il faudra en donner cinq aux fondements. Philibert de Lorme fait ses fondements plus épais , donnant pour retraite de chaque côté un quart de l'épaisseur du mur: ainsi, pour un mur de quatre pieds d'épaisseur, il en donne six aux fondements. Palladio les fait encore plus épais , voulant qu'ils aient le double de l'épaisseur du mur; et ce qu'il y a de surprenant, comme je viens, de le dire , c'est que ni les uns ni les autres ne font aucune mention de la hauteur des murs. Cependant il n'y a pas de raison de donner autant d'épaisseur aux fondements d'un mur de clôture d'une hauteur médiocre qui ne porte rien , qu'à ceux des piédroits d'une voûte fort élevée et massive, ou d'un autre mur qui doit porter plusieurs grands planchers chargés de fardeaux cojisidérables, comme aux arsenaux et aux magasins pour les vivres ; car il n'y a point d'édifice dont les murs n'aient quelque poussée à soutenir, et c'est ce qui fait qu'ils surplombent plutôt en dehors qu'en dedans. D'ailleurs , quand un mur est fort élevé , et qu'il n'a qu'une épaisseur médiocre, si l'empattement n'est pas proportionné à l'élévation , pour peu que le mur vienne à s'incliner, la longueur du bras de letier a un si grand avantage sur la résistance que les fondements peuvent rencontrer de la part du terrain , qu'il faut que ce terrain soit d'une solidité extrême pour ne pas fléchir ( car il est bon de faire attention ici qu'un muret ses fondements doivent être considérés comme ne faisant qu'un seul corps , quoique j'aie supposé le contraire dans le premier et le second livre ) ; par conséquent , si le point d'appui au lieu de répondre au rez-de-chaussée , se trouve sur le bord de la première assise des fondements , il faut nécessairement, pour qu'un mur fort élevé soit aussi bien assis qu'un autre plus bas , qu'il y ait une proportion entre l'épaisseur de leur fondement , et cette proportion est surtout essentielle, quand le mur qui a le plus d'élévation n'a qu'une médiocre épaisseur , comme sont par exemple la plupart des pignons. Or , pour savoir à quoi nous en tenir , sans adopter aucune des règles des architectes que je viens de citer , nous supposerons qu'un mur de 20 pieds de hauteur sera parfaitement assuré sur sa base, quand

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tm donnera à ses fondements 4 pouces d épaisseur de plus de chaque eôtë qne n'en a le mur^ c est-à-dire, que s'il avait a pieds d'ëpaîsaeur , ses fondements auraient a pieds 8 pouces. Présentement, voulant savoir quelle épaisseur il &ut donner aux fondements d'un mur qui aurait 5o pieds de hauteur, je fais abstraction pour un moment de répatsseur de ce mur pour n'avoir égard qu'aux retraites qu'on doit donner de chaque côté pour faire cette proportion : si à un mur de ao pieds de hauteur il faut donner 4 pouces de retraite de chaque côté , combien en fkudra^t-il donner à un mur de 5o pieds ? faisant la règle on trouvera que chaque' retraite doit être ,de lo pouces* Par conséquent, si le mur avait 3 pieds d'épaisseur, il faudrait donner à ses fondements 4 pieds 8 pouces; de même, s'il était question d'un mur de 8o pieds, on suivrait toujoura la même proportion , en prenant 20 pieds pour preiaier terme , et 4 pouces pour le second.

Quand on voudra élever des mura qui cmt quelque poussée à soutenir, il n'est pas nécessaire de les asseoir sur le milieu des fondements: il vaut beaucoup mieux, après en avoir trouvé l'épaisseur, donner plus de largeur à la retraite qui répond au point d'appui, qu'à l'autre. Je voudrais même la faire double; c'est-à-dire qu'ayant trouvé par la règle précédente qu'il faut donner 10 pouces de retraite de chaque côté aux fondements d'un mur de 5o jHeds de hauteur, et qui est chargé d'un grand comble et de plusieura planchers; qu'ayant ajouté ensemble les deux retraites qui Sont ao pouces, on en donnera i3 ou i4 à la retraite du dehora , et 6 ou 7 à celle du dedans. Ainsi le bras de levier qui répond à la puissance résistante se trouvant allongé par ra[^rt au centre de gravité de la muraille, le tout sera beaucoup plus assuré , et il n'arrivera pas les défauts que l'on remarque dans la plupart des bâtiments.

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