LIVRE IV. DES ÉDIFICES MILITAIRES
Par cette remarque on pourra toujours^ connaissant la longueur du
levier AB, savoit à quel point de la verticale F H ira se terminer la base
HX delà sinusoïde, quand on aura déterminé la position du point Y,
où cette courbe doit prendre son origine.
On remarquera encore que tout ce qu'on vient de dire peut s'appliquer aux ponts-levis,carle levier A B peut être pris pour le profil du tablier qui tourne autour de ses tourillons B,et dont la pesanteur est réunie au centre de gravité C : ainsi il ne s'agit plus que d'exécuter tout ce qui doit en faciliter le mouvement , et c'est ce que Ton va voir dans l'application suivante.
Application de la Sinusoïde aux ponts-les^is qui servent à fermer Ventrée
des i^les.
Ayant déterminé la laideur IK de la porte, qui est, comme nous l'avons dit, de 9 pieds ou 9 pieds et demi, il faut à droite et à gauche reculer les piédroits de la voûte d'environ 4 pieds au-delà des tableaux IG et KG, afin de pratiquer deux niches pour y loger les coulisses BP, le long desquelles doivent rouler les poids qui serviront à donner le mouvement au pont, et que nous nommerons par la suite poids de bascule. L'élévation d'une des coulisses est représentée au profil de la porte, où l'on voit que la courbe STE n*est autre chose que la sinusoide exécutée en maçonnerie. Ce profil montre aussi que le poids de bascule D est attaché à une chaîne qui passe sur deux poulies B et A pour aller joindre le chevet C du pont. Car on doit concevoir que derrière les tableaux de la porte on a ménagé des fentes dans la maçonnerie pour y placer les poulies, afin que la chaîne qui doit donner le mouvement au pont puisse aller et venir librement : on suppose à cet effet que cette chaîne est ronde. On remarquera aussi que le chevet doit être plus long que le pont n'est large, afin que les chaînes qui sont à ses extrémités se trouvent vis-à-vis des poulies.
Si les poids de bascule sont en équilibre avec le pont , il est certain que, par la propriété de la sinusoïde, à quelque point qu'on voudra du quart de cercle CR le pont restera toujours immobile en alfant.de C en R, sans que les poids Tentraînent, puisqu'ils demeurer«nt euxmêmes en repos aux endroits des couKsses oii ils se trouveront : par
conséquent, il suffira que l'on aide tant soit peu les poids à vaincre le frottement, pour que le pont se lève, sans être oblige d'employer une force considérable pour lui faire décrire le quart de cercle CR, ce qu'il fera dun mouvement uniforme i, sans ébranlement ni secousse. De même, quand on voudra le baisser, on n'aura qu'à pousser te tablier pour le faire descendre, ensuite passer dessus pour l'aller arrêter sur le dernier chevalet du pont dormant avec les verrous.
Comme mon dessein n'est pas que l'on touche aux poids de bascule , par la difficulté qu on aurait d'y atteindre , il n'y a pas de moyen plus simple, pour obliger ces poids de descendre, que d'accrocher deux chaînes au pont environ à 3 pieds en-deçà du chevet, dont chacbne ira passer sur une poulie située au milieu des tableaux de la porte , et élevé de 9 pieds au-dessus du rez-de-chaussée: de sorte que, quand on voudra fermer la porte, il suffira qu'il y ait un homme qui tire chaque chaîne pour lever le pont, dont le mouvement est si naturel, qu'il serait inutile d'en parler davantage. Ainsi je passe à plusieurs détails qu'il est nécessaire d'expliquer, afin de savoir comment on pourra connaître la pesanteur des poids de la bascule, leur grosseur, la grandeur des coulisses, et les autres circonstances essentielles à l'in^ telligence de ce pont.
La première chose qu il faut savoir, est qu'un pied cube de bois de chêne pëse 60 livres et qu'un pied cube de fer en pèse 58o : ainsi , examinant quelles sont les dimensions des pièces qui doivent composer la charpente du pont, il sera aisé de connaître combic^n il y entre de pieds cubes de bois , et par conséquent combien cette charpente doit peser. Si Ion fait le chevet plus long qu'à l'ordinaire, afin que les chaînes qui doivent être attachées à ses extrémités se trouvent directement visà-vis des poulies, il faudra lui donner i4 pieds de longueur et 10 pouces d equarrissage, pour que cette pièce, qui a un grand effort à soutenir quand on met le pont en mouvement , ne soit point en danger de se rompre par la suite.
La pièce des tourillons se fait toujours de 10 pieds de longueur sur
» 10 à 10 pouces de grosseur. Il y a six soliveaux de douze pieds de long
sur. 5 à 6 pouces de grosseur servant à porter le plancher du pont, qui
est composé de madriers de deux pouces d'épaisseur, et qui couvre un
espace de 12 pieds de longueur sur 10 de largeur. Tout cela ensemble