CHAPITRE ONZIÈME
De la cantine, de la glacière , de la boulangerie et des moulins.
Dans toutes les villes de guerre où la maltote est établie, le roi veut bien accorder h la garnison une cantine; c est-à-dire un lieu où elle ait le privilège d'avoir de leau-de-vie , du vin ou de la bierre à un certain prix beaucoup au-dessous de celui des cabarets. Quand cette cantine se trouve dans une grande ville, c'est à celui qui en est l'entrepreneur de se pourvoir d'une maison qui lui convienne ; mais dans une citadelle ou une autre forteresse qui n*est habitée que par des gens de guerre, la cantine est presque le seul endroit d'où la garnison peut tirer des rafraîchissemeiits, et alors ce sont les ingénieurs qui sont chargés de la construction et des réparations de cet édifice, ce qui m'engage à en faire mention.
Une cantine doit être composée de plusieurs caves, et au rez-dechaussée d'une cuisine, d'un gardé-manger, de trois ou quatre chambres pour donner à boire aux soldats , d'une salle pour l'auberge des officiers , d'une écurie pour douze ou quinze chevaux, et d'un .couvert pour mettre le bois : au-dessus du corps-de-logis , on distribuera aussi un nombre de chambres qui répondront si l'on veut à celles du rez-dechaussée, elles serviront pour loger les étrangers. La cantine qui est rapportée sur la PI. XXXII est à-peu-près dans ce goût-là. Planche
Pour procurer aux officiers d'une garnison le plaisir de boire frais en été, on fait assez souvent une glacière dont la construction et l'entretien regardent aussi les fortifications, mais c'est l'élat-major de la place qui prend le soin de la faire remplir. Pour la bien placer il faut
choisir un lieu élevé, comme par exemple un bastion plein : on fait une fosse en forme d'entonnoir, on lui donne environ ao pieds de diamètre, et 10 ou la de profondeur plus ou moins; si Ton rencontrait pour faire cette fosse une terre glaise qui n'eût point été remuée, Ton pourrait se dispenser de la revêtir de maçonnerie; mais quand cela ne se trouve point, on y fait un revêtement de briques de deux pieds d'épaisseur ou davantage, selon quon aura lieu de craindre la poussée des terres, qui n'a guère lieu dans cette occasion, parce que donnant pour profondeur à-peu-près le rayon du grand cercle , les terres se trouvent, avoir leur pente naturelle, et par conséquent se soutiendront sous l'angle de 4^ degrés. Au fond de la glacière on fait un petit puits de .3 pieds de diamètre sur 5 ou 6 de profondeur, qui doit être aussi revêtu; il sert à recevoir l'éau de la glace ^ qui ne manquerait pas de fondre celle du fond si elle n'avait un écoulement; ainsi l'on sent bien que c'est par le puits qu'il faut commencer la maçonnerie ; et quand on sera parvenu au bord, il faudra faire un rouet composé de bon bois de chêne pour servir d'empattement aux premières assises du revêtemeiit de l'entonnoir: quand on l'a rempli de glace on ferme le puits par un plancher à calire-voie; la maçonnerie étant achevée et ayant eu tout le .temps de sécher, on fait pour couvrir la glacière une charpente en figure de cône, dont la base repose sur le bord de la maçonnerie, et cette charpente est garnie de chaume depuis la pointe du cône jusqu'à terre, d'une épaisseur suffisante pour empêcher le soleil de pénétrer à travers; c'est pourquoi, afin de tenir cet endroit plus à l'ombre, on. plante à l'eutour des arbres assez près les uns des autres pour qu'ils fornient par la suite un berceau: pour entrer dans la glacière, on fait une petite allée de 10 à 12 pieds de longueur et 4 de largeur, voûtée et tournée du côté du nord; on la ferme par deux portes, dont il y en a une à chaque extrémité.
I^LANCHB Comme en temps de guerre on donne le pain aux troupes , on fait XXXI. une boulangerie qui. en fournit non-seulement à la garnison , mais encore à une armée qui serait dans le voisiqage de la place : c'est pourquoi il faut qu'elle soit composée au moins de seize fours accompagnés de leur chaudière, pour que les munitionnaires puissent livrer dans un besoin au moins huit mille rations par jour. Ces fours auront chacun 9 pieds de diamètre, et a pieds sous voûte dans le plus élevé, la gueule