LIVRE I. DE LA THÉORIE DE LA MAÇONNERIE
anciens architectes paraissent en ceci plus éclairés : s'ils n'avaient pas des règles certaines et démontrées comme celles qu*on demande , ils agissaient au moins avec un jugement qui en approchait beaucoup. Les beaux monuments qu'ils nous ont laissés en font foi : leurs églises sont d'une légèreté admirable ; il semble qu'ils ont usé de quelques moyens extraordinaires, qu'on a perdus avec eux. Cependant , si Ton y prend garde de près , l'on verra que tout ce qui en fait le merveilleux n'est autre chose que la bonne liaison des matériaux , la situation et l'étendue des contreforts dont ils se sont toujours servis heureusement : et comme peu de g^ns s'arrêtent k cette dernière particularité <, faute d'en connaître tout le mérite ^ ils sont ravis d'un étonnement qu'ils ne savent à quoi attribuer. Les églises que l'on a bâties dans ces derniers temps, et entre autres quelques-unes de Paris, sont bien éloignées d'intriguer personne : si elles causent quelque surprise, c'est de les voir si matérielles, qu'elles semblent avoir épuisé toutes les carrières du pays. Est - il possible que l'intervalle de quelques siècles rende les hommes si opposés sur une même chose ? Ne conviendra-t-on jamais que dans tout ce que l'on fait qui est susceptible de plus et de moins , il y a uu certain point d'oii dépend la construction la plus parfaite qu'il est possible d'atteindre , et que c'est à ce point là qu'il faut uniquement s'appliquer, afin d'y demeurer fixe quand on l'aura une fois trouvé ? De pareilles recherches seraient d'un grand avantage pour la perfection de l'architecture : on ne peut trop engager ceux qui la cultivent d'y. travailler ; et comme les contreforts y doivent avoir beaucoup de part , nous allons faire en sorte , dans ce chapitre , d'en bien développer toute la théorie. Mais avant cela il est à propos que j'avertisse qu'il faut supposer que les contreforts dont nous parlerons ont été construits dans le même temps que les murs qu'ils soutiennent , et que la Haison est si parfaite, que de part et d'autre elle ne fait plus qu'un seul corps (i).
(i) On ne peut se dispenser de faire remarquer cette nouvelle hypothèse y contraire à 06 qui a véritablement lieu. Pour examiner avec quelque exactitude ce que des contreforts, soit extérieurs, soit intérieurs, ajoutent à la résistance d'un mur, il ne faut point admettre que la maçonnerie fasse parfaitement corps, mais faire entrer en consi-
PROPOSITION PREMIÈRE
Problème.
4o. Ayant le profil ÂBGD d*un mur élei^ aplomb des deux côtés , et soutenu par des contr^orts représentés par le rectangle AEFC, on demande^ si une puissance Q agùsaà de A. en B pour rem^erser ce mur du coté du parement, ou une autre P de A en E pour le rem^erser du coté des contreforts, quel est le rapport de la résistance du mur dans ces deux caSf ou, ce qui est la même cliose, le rapport de la puissance Q à la puissance P, supposant quelles agissent chacune en particulier.
Pl. m. Considérez la figure 5, qui représente le plan de la maçonnerie du FiG. 4 protil qui est au-dessus , dont les contreforts sont rectangles et égaux dans ce plan : l'on suppose que Fépaisseur LI des conforts est égale à l'épaisseur CD de la muraille; que leur longueur FC est double de leur épaisseur, et que leur distance CL ou IK est double de la longueur FC. Ainsi, nommant l'épaisseur CD ou I^I, ^; FC sera 2<z, et CL ou IK set-a ^a. Quant à la hauteur AC de la muraille et des contreforts, nous la nommerons b. Cela posé, ab sera la valeur du rectangle AD', ramassé dans le poids N qui est suspendu dans le milieu de la ligoe CD, et û ab sera la valeur du rectangle EC. Or, comme cette muraille n'a point de longueur déterminée, nous n'y aurons point égard : mais les contreforts étant à une certaine distance, et ne formant point de massif continu , comme la muraille fait dans sa longueur , on ne peut pas dire
dérotioR les forces que ses difTérentes parties opposent à leur séparation. En supposant cette force proportionnelle à la surface de rupture , et observant qu il faut lui attribuer différentes valeurs suivant que sa direction est perpendiculaire ou parallèle à cette surface, on peut représenter par des équations la résistance d'un mur accompagné de contreforts de différentes espèces; mais elles sont peu utiles dans la pratique, par la difficulté d'exprimer en nombres la valeur de la cohésion des maçonnerieâ , valeur si sujette à varier par la nature des matériaux, le genre de construction, le temps écoulé depuis l'exécution du travail, le climat et la saison même dans lesquels il est exécuté (A'j.