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LIVRE IIL DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. ao

dont nous venons de parler. Cependant on fait assez souvent du mortier cooiposëde moitié sable et moitié ciment, dont l'usage est tres-^bon pour des ouvrages qui ne sont point de la dernière conséq^ience , mais qui méritent pourtant quelque attention.

Le mortier de pouzzolane se fait à*peu->près comme celui de $able. Il sert y comme nous l'avons dit ailleurs, pour la constructioii des ouvrages qu'on fabrique dans l'eau*

Pour faire le mortier de terrasse , on choisit la meilleure chaux non éteinte , et on en prend autant qu'on en veut employer pendant une semaine. On en étend environ un pied de hauteur sur une haire ou batterie , on l'arrose pour l'éteindre , et ensuite on couvre ce lit de chaux , d'un autre de terrasse d'environ un pied d'épaisseur. On laisse reposer cette préparation pendant deux ou trois jours , afin de donner le J:emps à la chaux de s'éteindre ; après quoi les manœuvres viennent avec des Koues brouiller et mêler ensemble la terrasse et la chaux , dont ils f<Hit un gros tas qu'on laisse reposer environ deux jours , au bout desquels on brouille de rechef une partie de cette préparation, la mouillant de temps en temps jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que le mortier est de bonne consistance ; et quand on en est là , on l'emploie aussitôt aux ouvrages pour lesquels il est destiné. Mais on prendra garde de ne donner cette dernière &çon au mortier que la v<Hlle du jour qu'on se propose de remployer , c'est-à-dire de n'en brouiller qu'autant qu'on aura besoin ce jour-là , observant la même chose pour les jours suivants tant qu'il y aura de cette composition dans le tas. Dans plusieurs provinces , on prépare le mortier ordinairç de la même façon qu'on vient de le voir pour la terrasse : cette pratique n'est pas mauvaise , et on ne peut que 5*en bien trouver.

Outre la terrase de Hollande ^ on se sert encore en Flandres d'une poudre qu'on non^me communéiùent cendrée de Tournay , laquelle s'emploie fort utilement pour la composition du mortier des ouvrages qui se font dans l'eau. Comme personne ( à ce que je crois ) n'en a bien expliqué les propriétés et la manière de l'employer , je vais rapporter en peu de mots ce que j'en sais.

Les environs de Tournay fournissexit une pierre bleue très-dure y et •qui fait une chaux excellente. Quand cette pierre est dans le four , il s'en détache de petites parcelles qui tombent sous la grille du fourneau,

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où elles se mêlent avec la cendre du charbon de terre : et comme cette cendre n'est autre chose que de petites parties de la houille calcinée, c'est le mélange qui s'en fait qui compose la cendrée de Toumay , qai se débite par les marchands telle qu'on la tire des fourneaux.

L'expérience faisant voir que la pierre dure fait toujours de bonne chaux et un mortier excellent pour les ouvrages aquatiques , quand elle est mêlée avec de la poudre provenant du charbon ou mâche-fer qu'on tire des forges , comme je l'ai expliqué dans le quatrième chapitre , il n'est pas étonnant que la cendrée de Tournay soit merveilleuse pour le même usage , puisqu'elle participe à-la*fois des qualités de ces deux matières. Car je ne doute pas que les petites parties de charbon qui se trouvent mêlées avec la cendrée ne contribuent beaucoup à lui donner la propriété de se durcir dans l'eau , comme on le verra plus bas.

Ainsi , sans m'arrêter à des dissertations physiques ^ je passe à la manière de s'en servir.

La première attention qu'on doit avoir avant de la préparer , est de bien balayer le terrain sur lequel on la doit jeter. On l'éteint ensuite dans une espèce de bassin , avec une quantité d'eau suffisante seulement pour la bien fondre et démêler , après quoi on la passe avec une claie faite de fit d'archal qu'on met au-dessus d'une batterie faite exprès ^ pavée de pierres plates et unies , et construite de même par les eotés : tout ce qui ne passe pas au travers de la claie est rebuté. On bat ce qui est dans cette batterie à plusieurs reprises pendant dix ou douze jours consécutifs , avec une dame du poids de 3o livres ferrée par le dessous, jusqu'à ce qu'enfin elle compose une pâte bien grasse et bien fine. On l'emploie sur-le-champ , sinon elle peut se conserver plusieurs mois de suite sans rien perdre de sa qualité ^ pourvu que l'on ait soin de la couvrir , car le soleil , la poussière et la pluie la gâtent. Il faut avoir atten* tion I quand on la rebat pour s'en servir , de n'y mêler que très-peu d'eau, et même point du tout s'il se peut ; car à force de bras elle devient grasse et liquide, sans qu'on soit obligé de l'humecter de nouveau.

Ainsi c'est ordinairement la paresse des ouvriers , et non pas la nécescité, qui les engage à y mettre beaucoup d'eau pour la rebattre, ce qui la dégraisserait peu-à-peu et diminuerait sa bonté , si on n'y prenait garde.

Il y en a qui pour la préparer se servent de deux bassins, l'un plus

LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX 207 elevë que l'autre , tous deux bien paves et disposes ; en sorte que ce qui est dans l'yn puisse couler dans l'autre par une petite grille que l'on a soin de masquer quand on éteint et démêle la cendrée. Dès qu'on juge qu'elle l'est suffisamment , on débouche la grille : tout ce qui ne peut pas passer au travers est rebuté, et ce qui coule dans l'autre bassin est destiné à être rebattu , comme on vient de le dire.

On se sert de cette cendrée pour la maçonnerie des écluses , ponts , aqueducs, batardeaux , etc. , et généralement dans les maçonneries ordi. naires pour asseoir les grès et les rejointoyer ; ce qui se doit faire depuis le mois d'avril jusqu'à la fin de juillet, parce qu'employés dans ce tempslà elle n'éclate jamais , ce qui est une propriété remarquable de la cendrée , car la plupart des ciments sont sujets à gercer : la chaux de Boulogne , par exemple , qui est excellente quand elle est employée dans l'eau , ne vaut riea à sec.

On la mêle quelquefois pour plus de précaution , avec un sixième de tuileau passé au tamis : et je crois que si on la mêlait avec de la terrasse de Hollande , on pourrait s'en servir avec un succès merveilleux dans la construction des citernes ; car je ne doute pas que ces deux matières ensemble ne composent le plus excellent cimeut qu'il soit possible d'imaginer.

Dans les pays où la bonne chaux est rare , on en met quelquefois en œuvre de deux espèces sur les grands ateliers , l'une faite de bonnes pierres dures, et l'autre de pierres communes. La première, comme la meilleure, s'emploie pour faire ce qu'on appelle le bon mortier, dont on se sert pour les ouvrages qui méritent attention , et l'autre pour faire celui qu'on nomipe mortier blanc , qui , n'étant pas d'une trop bonne qualité , ne s'emploie qu'aux fondations et dans le massif des gros murs. On fait encore un mortier que l'on appelle bâtard , parce qu'il est composé à-la-fois de bonne et mauvaise chaux , dont on se sert aussi pour les murs d^une épaisseur considérable ; mais il faut prendre garde de ne point en ' employer dans les ouvrages qui sont baignés des eaux.

On peut se servir indifféremment de toute sorte d'eau pour éteindre la chaux , excepté celle des marais, et les autres bourbeuses et qui croupissent. C'est pourquoi on ne doit pas permettre aux maçons d'employer

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celles qui conrent dans les rues et qu'ils rassemblent par le moyen d'ane petite digue, parce quêtant chargées d'ordures, elles ne peuvent Êiire que' du mauvais mortier. Autrefois on ne voulait point se servir d'eaa de la mer , parce qu'on croyait qu'à cause qu elle est salée le mortier ne séchait qu'avec peine; on prétend aujourd'hui que c'est une erreur^ et qu'elle est aussi bonne et même meilleure que celle de rivière ; mais c'est ce que je ne déciderai pas , n'en ayant point fait d'expérience. Je sais seulement qu'on s'en est servi dans des endroits où elle a fait du mortier excellent , et dont on s'est parfaitement bien trouvé , et que dans d'autres provinces au contraire , le mortier qui en était abreuvé avait toutes les peines du monde à sécher (i). Ce qui me fait croire que quand la chaux est forte et grasse, on peut se servir de l'eau de la mer ; mais que si elle est d'une mauvaise qualité , cette eau la rend encore plus faible : car c'est un principe de chimie , que de deux sels différents mis ensemble, il y en a toujours un qui convertit l'autre en sa substance; ainsi il y a apparence que quand les sels de la chaux sont abondants , ils attirent ceux que contient l'eau de la mer, et les dispose à concourir à la coagulation du mortier ; mais si les sels de la chaux sont en petite quantité , le sel marin domine et fait un effet tout opposé.

Quand la chaux est éteinte depuis quelque temps , et qu'on la mêle avec le sable , il faut, pour en faire de bon mortier, mettre le moin^ d'eau qu'on pourra. A force de le corroyer avec des rabots , il devient liquide , et alors il sëche plus proraptement que s'il avait été abreuvé davantage. Cependant il faut faire attention que , si le mortier doit être employé avec des pierres qui s'imbibent aisément , il faut le faire plus liquide que quand on s'en sert pour joindre des pierres fort dures.

Il y en a qui , pour faire prendre le mortier plus promptement, mêlent de l'urine avec leau dont on se sert pour le corroyer. Mais ce que je sais par expérience , c'est que si l'on fait dissoudre du sel ammoniac dans l'eau de rivière , et qu'on se serve ensuite de cette eau pour corroyer de la chaux qui aurait été faite avec de bons cailloux , elle compose

(i) Smeaton a éprouvé , dans des expériences qui seront citées plus bas , que Feau de tner était. au moins aussi ayantageuse que Teau douce pour la fabrication du mortier (N).

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