‹ La science des ingénieursChapitre 94 sur 306 · CHAPITRE StXlÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE StXlÈME

Des Détails qui ont rapport à la Construction de la Maçonnerie.

Apres avoir enseigne , dans les chapitres précédents, le choix que Ton devait faire des matériaux en général , je vais faire voir dans celui-ci les détails dans lesquels il faut entrer pour juger du prix des ouvrages, afin d*en passer le marché aux entrepreneurs. Nous ne parlerons d'abord

bleraent torréfiée et réduite en poudre , cette terre ayant acquis par cette opération une certaine avidité pour Feau , son mélange avec la chaux éteinte se solidifiera plus proroptement , et par conséquent aura moins à craindre des effets des variations de Tatmosphère.

En réunissant à la silice ainsi torréfiée quelques parties d ozides métalliques , pour lesquelles la chaux a beaucoup d'affinité , la solidification du mélange sera beaucoup plus prompte ; il acquerra en très-peu de temps de la dureté j et quand la proportion d oxide métallique est suffisante , la disposition de la combinaison à devenir un corps solide est telle, que cet effet n*est point empêché par l'immersion du mélange dans Teau quelques heures après qu'il a été effectué , et c'est à cette circonstance que les matières propres à faire le béton doivent leur qualité. Dans ce cas , les proportions du mélange sont environ 7 doxides métalliques, | d'argile, dans lequel la silice entre au moins pour les | , et f de chaux. Il est aisé , d*après cela , de voir d*abord en quoi consiste la différence des pierres qui fournissent la chaux grasse et h chaux maigre. Les premières ne contiennent que du carbonate de chaux pur, ou combiné avec ime très-petite quantité de silice, d'argile et de magnésie (ces deux dernières terres ne servent qu'à altérer sa qualité ). Après la calcination et l'extinction , la chaux se trouve en trop grande proportion pour que le mélange puisse se solidifier seul ; et en ajoutant d'autres matières, on obtient un mortier qui est d'autant meilleur qu'elles contiennent plus de silice et d'oxides , et qu'elles sont plus xorréfiées ; mais on ne peut jamais 'arriver à faire entrer à -la -fois dans le mélange les quantités de chaux et d'oxides métalliques nécessaires pour que ce mélange puisse prendre sous l'eau. Les pierres à chaux maigre , au contraire , contiennent par elles-mêmes une quantité suffisante de silice et d oxides , en sorte que la chaux qui en provient est capable après l'extinction de se solidifier seule, et mélangée avec d'autres substances torréfiées, qui contiennent

LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. ai5 que de ce qui peut appartenir à Ja maçonnerie, nous réservant de faire mention des autres détails aux endroits qui leur conviendront le mieux, pour ne point embrasser trop d'objets à-la-fois. Nous ne dirons rien non plus des prix , parce qu ils dépendent des temps et des lieux , selon que les matériaux sont rares ou communs , près ou éloignés , circonstances dont il sera aisé de s'instruire dans l'occasion. Ainsi je m'attacherai plutôt à insinuer l'esprit du détail, qu'à donner des exemples ennuyeux qui ne seraient pas d'une grande instruction.

Il faut, avant toute chose, prendre connaissance des différents terrains que la place doit occuper , et des matériaux qui sont à l'usage du pays; s'informer des carrières de chaux, de moellon et de pierre de taille qui sont le plus à portée, de même que des lieux d'où l'on pourra tirer le sable, les terres propres à faire les briques et les tuiles, les bois de

également de la silice et des oxides , de donner une combinaison qui offre les proportions indiquées ci-dessus , et qui puisse se solidifier sous Tean,

A regard des matières à mélanger avec la chaux , leurs qualités varient en raison de leur état de torréfaction , et des proportions de silice et d'oxides de fer ou de manganèse qu'elles contiennent , et elles font des mortiers ou des bétons d autant meilleurs , qu'elles sont plus torréfiées , et que les matières s y trouvent en plus gande quantité. Parmi les substances naturelles , il n y a guère que la pouzzolane et la terrasse de Hollande qui , ayant été exposées au feu des volcans , offrent ces qualités à un assez haut degré pour donner un mortier propre à prendre sur-le-champ sous Teau. Mais il y a beaucoup d'autres substances dont la composition est à-peu-près la même, et qu'il suffit de fiiire cuire dans des fourneaux et pulvériser après la cuisson , pour obtenir des pouzzolanes égales ou supérieures à la pouzzolane d'Italie. ( Voy. pour les recherches faites sur cet objet le Traité de la Construction des ponts , à l'endroit cité ci-dessus. On y trouvera aussi les résultats des analyses de différentes chaux et des matières qu'on cohibine avec elles ; analyses qu'il a suffi de rapprocher pour en déduire les principes

précédents ).

Il y a d'autres matières susceptibles de s'unir avec la chaux, et qui formentvde trèsbons ciments : ce sont les huiles et les résines. Mais il est visible que la composition de ces ciments dépend d'une autre théorie , et tient à ce que^ ces substances sont fluides et prennent toutes les formes à volonté , quand on les emploie chaudes , se solidifient en refroidissant , et sont toujours imperméables à l'eau. La chaux qu'ils contiennent les rend d'ailleurs susceptibles de s'unir fortement à la pierre. On a aussi quelquefois employé le soufre au même usage. Introduit en fusion dans les joints d'une maçonnerie, il les remplit , et peut ainsi fermer passage à l'eau ; mais il ne contracte presque point d'adhérence avec la pierre (iV).

ai6 LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,

charpente, et tout ce qu'on prévoira devoir entrer dans la ooDStmetion: on visitera le tout soigneusement ^ pour faire de justes observations sur leur qualité et leur éloignement.

L'examen des différents terrains que la place doit occuper, fera connaître à-peu-prës quelle sera leur nature, si le fond sera bon on douteux; s'il faudra piloter ou non, s'il y aura des épuisements d'eau à Êiire, et plusieurs autres circonstances qui augmentent souvent ou diminuent le prix des ouvrages. Je sais que le jugement qu'on peut porter sur la nature du fond est sujet à erreur, et qu'il n'est pas aisé de répondre de la qualité d'un terrain qui n'est pas fouillé , et qu'on ne voit point. Cependant , avec un peu d'expérience , on en peut juger d'abord assez sainement par le coup-d'œil et par la situation du lieu. Ainsi , pour les parties qui se trouveront à faire sur le roc, ou qu'on présumera devoir y être fondées , on remarquera à-peu-prës quel déblai de terre ou de rocaille il faudra faire pour parvenir au fond solide, quelle est la nature du roc , si les pierres des excavations pourront servir au corps de la maçonnerie , ou si elles seront propres à être employées au parement ; méthode cependant qui n'est pas des meilleures , comme on Ta expérimenté dans plusieurs places , à moins qu'on ne leur donne le temps de se ressuyer , et de faire connaître leur bonne ou mauvaise qualité avant que de les employer. Pour les endroits vaseux ou marécageux , on connaîtra par différentes sondes les précautions qu'il faudra prendre pour les fondements , pour le pilotage , et la mesure des bois.

On remarquera aussi s'il y a moyen de faciliter le transport des matériaux par quelque rivière ou par un nouveau canal , et s'il y aura de la difficulté à se fournir des eaux nécessaires pour la compositicAi des mortiers, comme il arrive souvent dans les lieux élevés. Enfin on examinera toute chose avec attention , et on fera sur chacune les observations qui seront nécessaires , pour avoir d'avance une idée de tout ce qui pourra entrer dans la construction de la place. ,

Pour peu qu'on ait fait travailler dans un pays , on n'aura pas grande difficulté à savoir & combien pourra revenir la toise cube de maçonnerie , j'entends celle qui sert aux revêtements des fortifications, parce qu'il n'y a qu'à s'informer des prix les plus ordinaires de la chaux, du sable , de la brique et des différentes sortes de pierres qu'il faudra employer, le tout rendu sur l'atelier, et de ce qu'il en coûtera pour les

Page 1