CHAPITRE V
J'arrive au problème de Torigine des dogmes secrets et de leur transmission jusqu'à Jésus. C'est par la série des livres nommés apocryphes qae leur enchaînement peut le mieux se rétablir.
Le premier auteur qui, du temps même de Jésus, s'oflre à nous est le Juif PhiloUy dont nous possédons de volumineux ouvrages (1). Il représente dans la société hébraïque 'la fusion des idées orientales et des idées occidentales ; sa méthode est de ne prendre à la lettre ni les écrits des Juifs ni les traditions religieuses de la Grèce et des autres pèuples. Du reste, il ne donne point comme nouvelle sa méthode d'interprétation ; il la tenait du Juif alexandrin Âristobaie ; et nous savons, par Texemple de plus d'un auteur païen, qu'elle était en usage chez les Grecs
(l) Voyiez Ferd. Delaunny, Philon d'Alexandrie, et les 0*> fjmet du chrManimej i>ar le même.
depuis longtemps. Le Dieu de Philon n'est pas seulement Tarchitecte du monde comme celui de Platon, il en est le créateur. Sa première production est le Verbe, image de Dieu, premier-né de toutes les créatures, type de Tliomme, Adam céleste. Le Verbe^ né avant le monde, est lils de Dieu sans lui être ni égal ni identique. Philon donne la théorie de l'incarnation et du rôle du Verbe dans Tbomme à peu près dans les mêmes termes où elle fut donnée après lui. Comme chez les chrétiens, l'Esprit, qui procède du Pére et du Fils, est vivilicateur, c'est-à-dire auteur de la vie, et de même que le Verbe habite le vo6<, qui est la raison, l'Esprit habite la ^^i^q» qui est T^rne vivante. Philon admet et explique la chute de l'homme et la nécessité d'un sauveur : ce sauveur est donné sans cesse à chacun de nous par la grâce de Dieu ; mais l'accomplissement parfait de la ressemblance de l'humanité avec le Verbe requiert la plénitude des temps, car, pris en lui-même, le Verbe divin ne peut pas descendre sur la terre^ et demeure* éternellement dans la gloire de Dieu.
Il n'est pas besoin de faire remarquer Tanalogio I profonde de ces doctrines avec celles que saint Jean tenait du maître ; mais il est curieux de les voir exposées cent ans avant Philon presque avec les mêmes expressions dàtisle Livre d'Enoch. Getapocryphe, qu'on ne trouve ni dans la llible clirolienne de saint Jérôme, ni dans le canon hébraïque de Jérusalem^ est un écrit palestinien composé tout à la lin du 1^ siècle avant Jé-
His-CbrisL il ne pouvait pas être incomitt à Philoa» car les doctrines qu'on y trouve sont celles qui régnaient ie 900 temps dans deux sectes affiliées^ les esséniens de Judée et les thérapeutes d'Ëgypte, sectes qui partageaient les idées de Philon lui-même ; ce philosophe ne faisait que reproduire, comme les premiers dirétiens. longtemps confondus avec les esséniens, les reproduisirent à leur tour dans des conditions nourelles.
Le Livre (ï Enoch nous conduit très-directement aux apocryphes alexandrins, c'est-à-dire aux livres eotttenus dans la Bible des Septante et qui ne ftiisaMit point partie du canon hébraïque. Les deux plus importants sont la Sagesse et YEccUsiastiqMte. te premier a été attribué, mais faussement, tantôt à un ami de Salomon, tantôt à Salomon lui-même (1); il est de beaucoup postérieur à ce prince. Le second est plus ancien et fut composé par Jésus, fils de Sirach, qui vivait sous le pontificat de Simon, au commencement du lil^ siècle avant Jésus^rist. Outre ces deux écrits essentiels, il est d'un intérêt majeur de rechercher dans la Bible des Septante les passages du canon hébreu altérés par les ^traducteurs grecs. On s'aperçoit alors que ces altérations ont été faites systématiquement, dans la pensée d'harmoniser les livn» hébraï* ques avec la doctrine secrète des apocryphes. Ainsi»
(1) Pendant plus de mille ans une foule de livres contenant im sigUi sagiMe prati§iM ou otaM d'arU inaaiuds oui été nii tous le am de Saiamoa» coohd» na aiaes grand nombre féerits métaphysiques on mystiques Pont été sous eoini àeJean.
ils LA SUITE DES RELIGIONS.
tandis que les livres du canon hébreu ont pour untt^ la loi mosaïque, la Bible des Septante cherche son
unilé ailleurs, daub uae doctrine qui, à beaucoup d'égards, est en opposition avec cette loi. La Bible grecque, en eUet, tend toujours à séparer Dieu du monde visible et à donner au Messie une nature éternelle et céleste. Cette séparation conduit à la théorie des médiateurs, et le Messie est indiqué comme le plus grand d'entre eux. Dans les deux apocryphes que nous avons nommés, ces théories s'accusent nettement. Là, Dieu est déclaré un et invisible; le premier-né parmi les créatures, c'est l'Esprit, qui est aussi le Verbe, le médiateur, le principe de sainteté et d'immortalité; le Verbe lui-même, figuré jadis sous le nom de kabod comme une apparition lumineuse au sein d'un nuage qui monte en colonne, devient la séchina qui habite le saint des saints, la science créée avant le commencement du monde et qui ne peut jamais défaillir, en communion perpétuelle avec l'homme, dont elle n'est point séparée. C'est la théorie panlliéisle du Verbe immanent, du « Dieu-avec-nous, » que les apôtres Paul et Jean ont enfin dévoilée aux peuples occidentaux.
En dehors des Ecritures, il y avait aussi dans le Levant une doctrine secrète transmise verbalement dans certaines écoles dissidentes, et dont l'identité avec celle des apocryphes a été mise en lumière. Les gardiens de cette tradition étaient, durant les siècles antérieurs à Jésus-Christ, les deux sectes que nous
avons nommées, les esséniens et les thérapeutes. Les premiers étaient en Judée et habitaient particulièrement les bords de la mer Morte ; ils y étaient nombreux : au temps de Joséphe, malgré les progrès de la nouvelle église, on en comptait encore quatre mille. Ils avaient pour méthode d'interpréter allégoriquement la loi mosaïque, ce qui les conduisait à ne point reconnaître les interprétations officielles des rabbins et à substituer à la caste des prêtres un sacerdoce universel : c'étaient les bouddhistes du judaïsme. Ils n'enseignaient point en public leur doctrine secrète et ne parlaient jamais que par paraboles; leur morale avait pour base l'abstinence pour soi-même, la charité pour les autres, l'égalité des hommes et la négation de l'esclavage. Un lien étroit les unissait aux alexandrins : iià connaissaient leurs livres, parmi lesquels il y en avait un, intitulé la Science de Salomon, qui leur était familier. La doctrine essénienne et sa transmission orale forment donc un passage qui conduit de la doctrine des apocryphes à la doctrine secrète des chrétiens. *
Aux esséniens de Palestine répondaient les thérapeutes d'Egypte: c'était, comme eux, une sorte d'anachorètes d'un caractère tout à fait oriental. Ils vivaient dans des monastères, s'occupant de commenter la loi et les prophètes, • de composer et de chanter des hymnes ; ils faisaient la prière au lever et au coucher du soleil ; dans celle du matin, tournés vers Vorient, ils demandaient d'être éclairés par la lumière
HA Lk SUITE DES REUGIÛNS.
iniérieure ; ils avaient remjdacé Tagneau par Teau el le paio dus le saint sacrifice, et aboli par là rimmolalioa sanglante. Us avaiaat des symboles profonds et cfaerchaient la science du secret. Eusèbe et saint Jérôme les considéraient conune dirétiens; mais Pbilon en fait une secte juive, el Pliilon devait bien savoir ce qu'ils étaient. On ignore cependant l'origine de ces deux sectes* Nous trouvons les esséniens dans rhistoire au milieu du II« siècle avant Jésus-Christ ; mais à cette* époque ils se présentent comme une secte déjà fort ancienne, opposée aux sadducéens et se donnant pour rôle de conserver une tradition orale et secrète diflerente de la tra^iition mosaïque et destinée à la remplacer un jour. Nous savons de plus par Eusèbe, par saint JÉpipbane et par saint Jérôme, qu'il existait chez les Juifs une pareille tradition orale longtemps avant le 11^ siècle, transmettant les mêmes idées qui furent adoptées par les esséniens et les thérapeutes, et finalement par les chrétiens.
Or, si l'on étudie attentivement les livres du canon hébreu, on n'y trouve aucuifë trace de cette doctrine, si ce n'est peut-être dans les Proverbes^ attribués, eux aussi, au roi Salomon ; mais ce livre est d'une authenticité douteuse ; il est formé de sentences le plus souvent sans lien ; par conséquent il a pu recevoir toutes les interpolations, imaginables. Tous les livres canoniques de l'Ancien Testament, sauf les trois petits prophètes Aggée, Zacbarie et Malachie, sont donnés comme antérieurs à la captivité de Babylone.
Les vidgl-deux derniers chapitres du livre attribué à baie sont contemporaiM de cet événement^ et ont été écrits par un prophète incoimu^ au momexU où le retour des Israélites allait se faire en Tannée 536. Jérénie et Ézécbiel étaiœt les deraiera qui euaaent prophétisé, lorsqu'en 586, sous Nabuchodonosor, le temple fat détruit et lea Juifo tranaportéa au centre de l'empire aa&yriea. G'eat donc dans la période <pii suivit la destruction du temple que se formèrent parmi les Israélistes les doctrines secrètes et les sectes par lesquelles ces doctrines se transmirent jusqu'à Jésus.
Or, cette formation ne peut s'expliquer que de deax manières : ou par un mouvemeot interne et spontané, de l'esprit juif, ou par une influence venue àu dehors. La première explication est pen vraisemblable : car, ces doctrines se trouvant en opposition formelle avec la loi mosaïque, celui qui le premier les aurait émises aurait trouvé des adversaires puissants dans les sadducéens conservateurs de la loi, et la lutte aurait laissé quelques traces dans l'histoire. Il n'en est pas de même quand l'action venue du dehors s'exerce peu à peu sur des individus isolés, car ils n'M sauraient être reeponsables. Or, une telle inttnence a pu s'exercer sur les Israélistes pendant les cinquante ans qu'ils ont passés en contact avec les peuples de l'Asie centrale. Nous voyons par le grand prophète inomnu de la captivité que l'édit de Cyrus rappelait les Israélites de tous les points du monde médo-perse où ils étaient dispersés. Quand ce roi eut
il 6 LA SUITE DBS RELIGIONS.
conquis toute l'Asie occidentale et pris Babylone, il leur apparut comme un libérateur ; ils le jugèrent
dij^ne d'être appelé le Christ de Dieu, tandis qu'au même moment ils chargeaient de malédictions leurs anciens oppresseurs. Ainsi un lien d'amitié et de reconnaissance, par conséquent un échange d'idées, s'établit entre eux et les Perses, non seulement dans Babylone, centre de la captivité, mais dans les autres parties de Fempire. Nous voyons que depuis cette époque les relations n'ont plus cessé d'exister entre les Israélites et les Médo-Perses, et ces relations forent d'autant plus suivies que la Judée était sur le passage des Perses allant en Egypte, pays qu'ils possédaient. Cet état de choses dura jusqu'à la conquête d'Alexandre, qui mit en mouvement toute l'Asie, ouvrit des voies nouvelles, où elle se précipita, et concentra bientôt dans Alexandrie les idées et les doctrines du monde entier.
Puisque la doctrine secrète date de la captivité de Babylone et qu'elle n'est point née d'pn mouvement interne et spontané du judaïsme, il ne reste plus qu'à chercher si dans la société persane il existait alors une telle doctrine. Or, les travaux des orientalistes de notre siècle ont mis entre nos mains les livres sacrés de la Perse en vigueur au temps de Darius le Grand, de Cyi us et de leurs prédécesseurs. Ces textes, dont une traduction grecque courait de main en main plus de deux siècles avant Jésus-Christ, sont connus de tout le monde sous le nom de Zeiid-
Avesta, et Ton sait qu'ils sont attribués à Zoroastre^ Tantique législateur des Aryas de l'Asie centrale (1). La €k>etrine du secret s'y trouve tout entière, presque dans les termes employés par saint Jean. Est-il posnbie de douter qu'elle n'ait passé de là (hez les Hé» breuxy lorsque déjà sous Nabuchodonosor nous voyons le prophète Daniel^ tout Juif qu'il était, recevoir le titre de ralnmag (maîtrç des mages) et occuper ainsi la première place parmi les prêtres de la religion tryenne ? Pourquoi cependant cette religion publique de l'empire n'a-t-elle produit chez les Hébreux qu'une doctrine cachée et une secte mystérieuse? Il ne pouvait i^aère en être autrement chez un peuple dont toute la constitution religieuse, politique et civile procédait de Moïse, et ne pouvait admettre une religion étrangère sans se détruire: aussi, depuis le temps de la captivité, les sectaires vécurent-ils à part dans la société israéUte, jusqu'au temps où, Jésus ayant donné par sa vie et sa mort un élan irrésistible à leurs idées, on les vit par la bouche de saint Paul prèchées parmi les Grecs et les Romains et, sous la plume de saint Jean et de ses traducteurs, devenir le code de là société nouvelle.
* (1) Une première traduction fort inexacte fut donnée à la Im do XVIii« niècle par Anquetil Duperron; Eag. Buniotif a le premier discuté les textes, donné la clé de la langue zende et commenté une partie de l'Avesta. Une édition complète avec tfadvctioa et commealeire est due à M, Spiegel, dont les idées ont été critiquées ou eomplétées par les travaux de H. Hartîa Uaugh.
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Ld Zend-'Avesta reofarmô explicitemeat toute la doctrine métaphysique des chrétiens, — Tunité de DisQ, du Dîett vivant, l'Ëspnt, le Verhet le Médiateur, le FiU engendré du Père, principe de vie pour le corps et de sanctificetion pour Tâme. H renferma la théorie de la chute et celle de la rédemplion par la grâce, la coexistence initiale de TEsprit infini avec Dieu, une ébauche de la théorie des iocarnatioas» théorie que Tlnde avait si amplement développée, la doctrine de k révélation, de la foi, celle des bons et des mauvais anges connus sous le nom Jà'aimduiS' pands et de darvand^, celle de la désobéissance au Verbe divin présent en nous et de la nécessité du sa** lut. EnUa, la religion de TAvesla exclut tout sacrifice sanglant expiatoire, et en passant cbes les Israélites elle devait nécessairement supprimer le meurtre dé Tagneau pascal, remplacé par une victime idéale. C'est en effet ce qui eut lien d'abord parmi les essé* niens et les thérapeutes, ensuite parmi les chrétiens.
Voilà donc un ensemble de faits bien acquis ; essayons de le résumer. Au temps de. la captivité de Babylone, la religion perse, dont les dogmes sont contenus dans l'Âvesta, fit naître parmi les Juifs une secte cachée dont la doctrine, transmise par la tradition orale, se manifesta de temps en temps, mais incomplètement. La secte parait au II« siècle avant Jésus-Christ sous le nom d'esséuiens, et bientôt après en Egypte sous le nom de thérapeutes, sorte de reU^ gieux qui vivaient réunis dans des couvents. La
LA SUITE DBS RBLIGIOIVS. 119
doctrine apparaît d'aborjd dans V Ecclésiastique de Jésus, fils de Sirach, dans U livre de la Sagesse et dans Idft altérations apportées à la Bible par les traducteurs grecs nommés les vSeptante. Secte et doctrine avaient pris un grand développement sous les Ptolémées lorsqu'elles appelèrent T attention par la lutte de Uil« lel et de Sharamaï, au premier siècle avant notre ère. La doctotae secrète avait passé presque mtière, mais . en s' altérant, dans les livres du Juif hellénisant Phi* lùùj qui vivait dans Alexandrie au temps de Jésus. C'est cette doctrine que Jésus enseigna secrètèment à ses disciples, et surtout à Pierre, Jacques et Jean, le«r ordonnant de la tenir en reserve pour des temps nmilleurs, tandis que luinnéme, par sa prédication, préparai! les âmes à la recevoir. Les apôtres la conservaient secrète dans Jérusalem à la façmi des essé*niens d'autrefois, lorsque Paul, qui la connaissait, se donna pour mission de la répandre parmi les gentils, €'est*à*dire surtout parmi les Grecs et les Romains. Recueillie par saint Luc, cette doctrine ne prit pied dans Rome qu'après la destruetion de Jérusalem et après la mort de Pierre et de PauL Cependant l'ignorance où étaient tenus les premiers ehrétiens avait ftùt naître des opinions dissidentes qui attaquaient la doctrine, les unes {ébimites) en niant la divinité du Christ, les autres {marcionUes) en niant son humanité. L'église était solidement éta* blie ; le moment devint propice, à la publication définitive du secret, et c'est alors, dans la seconde
moitié du 11^ siècle, que lut livré aux fidèles dans leurs langues révangile selon saint Jean. Le mystère avait donc été gardé pendant sept cents ans : il avait fallu tout ce long intervalle pour que les peuples de rOccident se missent en état de recevoir les principes de foi légués par TAsie.
Au point où nous a conduits celte étude, je ne crois pas qn'aucune des conclusions d-dessus puisse être sérieusement contestée, car elles s'appuient sur les textes les plus précis, les plus variés, les plus auUientiques, sur des faits généralement reconnus et sur les données les plus certaines de la science mo-. deme. La conséquence que nous pouvons en tirer, c'est que le christianisme est dans son ensemble une doctrine âryenne et qu'il n'a comme religion presque rien à démêler avec le judaïsme. Il a même été institué malgré les Juifs et contre eux : c'est ainsi que Tentendaient les premiers chrétiens, qui l'ont défendu au prix de leur repos et parfois même de leur vie. Si le christianisme n'était qu'un développement du mosaisme, son histoire primitive et la destinée ultérieure du peuple j uif seraient inexplicables ; il serait impossible de comprendre comment les Israélites ont pu si longtemps être mis au ban des nations et surtout des nations chrétiennes A présent, toute cette longue histoire s' explique jusque dans ses menus détails : la transmission antique, le développement dans Alexandrie et ailleurs, l'incarnation vivante des doctrines dans la personne de Jésus, la vie et la mort de
LA SUITB BBS RELIGIONS. lâl
ce grand imtîateiir, puis tes terreurs et les lattes des apôtres et le mjstère dont s'entourait la primitive ^ise, bientôt après la haute philosophie des pères grecs et latins, dcmt la couleur orientale contrastait awc les systèmes gréco-romains, enfin le prodigieux établissement d'une église qui, par ses dogmes, ses rites, ses constructions, ses institutions etson influence, embrasse depuis plusieurs siècles tout TOccident.
La science peut donc discerner ce qui dans le christianisme appartient au courant sémitique ou au ermrant âryen. Le monothéisme chrétien, avec l'idée de la création, qui en est la conséquence, a certainenient une origine sémitique; car ni l'individualité du principe absolu, ni la doctrine qui feit venir le aïoode de rien, n'ont paru à aucune époque dans les relions âryennes ; il n'y a même pas en sanscrit un terme qui signifie ctén au sens que les chrétiens donnent à ce mot (1). On sait néanmoins à quelle époque et sous quelle influence a été je ne dirai pas iatroduite, mais discutée et définitivement établie la Irinité des personnes divines: ce fut au temps où récole d'Alexandrie développait sa théorie des %po^tofô, terme qui lut adopté par les philosophes de eeSe école, comme par les chrétiens, pour signifier
(1) Les hymnes védiques adressés à Viçwakarman ne le présealeat jaauûft couuna créateur, mais simplement cemme orga* niileiir on comme froduetetÊr des choses, en ce sens qu'il les Ut émaner de lui-même. Son nom ^e traduit littéralement en
grec par ïloonoxpixcapy le Tout-Puissant.
422 M SUITK DES RELUilONS.
ce qu'on nomma en lalin les personnes de ta trinîté, Eatre oelles-ci et les hypostases alexandriaes, la dîiférence apparente est Irès-pelite, la différence réelle est très-grande. Les docteurs chrétiens ne perdaient pas de vue Tuaité individuelle du Dieu créateur, telle qu'ils ravaienl reçue de la tradition sémitique, et les personnes de la trinîté ne pouraient être que des faces diverses de ce dieu» égales entre elles, égales aussi à l'unité fondamentale qui tes réunissait. Cette doctrine avait d'ailleurs besoin de s'accommoder avec celle de l'incarnation, que le dogme pur des sémites étaîttrop étroit pouradmettre. La création, ta trinitéet l'incarnatioa du Fils sous la ûgure humaine de Jésus, constituéreiil donc un dogme où l'élément sémitique et l'élément ftryen se rapprochèrent sans se confondre.
La philosophie alexandrine, au contraire, estexcla* sivement ftryenne, * car elte proeède à ta fois du ptatonisme et des doctrines de l'Inde et de la Perse« qui depuis quatre cents ans fermentaient dans Alexandrie, Le panthéisme n'admet ni l'individuaUté de Dieu séparé du monde, ni la possibilité d'un acte créateur tirant un être du néant. Mais, d'un autre oôts, Têtre absolu ne peut passer à l'acte ni se développer en ve rlu de la loi de l'émanation que s'il revêt d'abord ces formes secondes auxquelles les philosophes donnèrent le nom d'hypostases. La diversité de ces hypostases ne permet pas qu'aucune d'elles soit égale à l'être absolu, en qui elles résident; c'estleur somme q\x\ lui est égale. A son tour, lorsque chacune d'elles se dé-
ItA SUITE DES RELIGIONS. 123
veloppe en vertu de la même loi, aucun de ses modes n'est égal à elle ; mais elle est égalée par la somme (le ses modes. On voit dans quelles limiles la doc^ trine des philosophes eierça son influence sur les premiers développemeals de U métaphysique chrétienne, et comment celle-ci se trouva également en opposition svee le panthéisme alexandrin et avec le monothéisme sémitique, tout en ayant des affinités avec l'un et avec l'autre.
Quant à rincarnationt «tUe constitue le point de
dogme qui aujourd'hui même sépare le plus pro*^ fondément le christianisme des religions sémitiques, ûaos la Bible, Dieu impire les prophètes ; dans le Koran, il inspire Jésus et Mahomet ; mais pour que Dieu s'incarne^ il est nécessaire qu'il y ait en lui plusieurs hypostases : doctrine àryenne en opposition fûrmelle avec le sémitisme. L'orthodoxie chrétienne n'a jamais faihli sur ce point, et elle a eu raison : la (loarine de rincarnation est le premier fondement du christianisme ; celui qui n'admet pas la divinité de létas*Gbrist n'est pas chrétien. L'histoire des béré"» sies montre avec quelle énergie le dogme ortliodoxe t'est dégagé de toutes celles qui ont seulement para le compromettre. U faudrait donc que tout l'Occident cessât d'être chrétien pour céder aux Juifs sur un point de cette importanoe: j'ajoute qu'il faudrait I qu'il cessât d'être aryen» ce qui est impossible. 11 est plus aisé pour un homme de notre race d'admettre nocarnation de Dieu sous une forme corporelle, que
de concevoir l'inspiration prophétique au sens juif ou masulman : la première est une théorie métaphysique qu'on peut discuter et par conséquent soutenir ; la seconde fait de Dieu un prince oriental, un homme communiquant ses secrets à qui il veut et privé des caractères que notre race a toujours reconnus dans l'Être infini. La croyance aux prophéties bibliques s'est beaucoup atlaiblie dans le siècle où nous sommes ; elle pourra disparaître sans grand danger pour la doctrine chrétienne, peut-être même à son avantage; mais la croyance en la divinité du Christ subsistera, parce qu'elle est conforme à l'esprit âryen et qu'elle peut s'accorder sans miracle avec la doctrine de l'émanation, comme par le miraclê avec celle d'un dieu créateur : or, ce sont là les deiiix seuls systèmes métaphysiques qui fassent quelque figure parmi les hommes.
Les deux tendances auxquelles la meilleure partie du genre humain est soumise se rencontrent donc dans la métaphysique chrétienne et ont fait de la religion du Christ une religion vraiment universelle. Les croyances sémitiques, au contraire, procèdent exclusivement d'une seule idée, celle à laquelle on a donné le nom de monothéisme, nom mal choisi, cai* au fond le panthéisme âryen n'admet pas moins l'unité de Dieu que la doctrine des Juifs ou des Arabes; seulement cette unité est autrement entendue : l'unité de Dieu est absolue dans le panthéisme ; les Juifs, au contraire, admettaient la réalité des dieux étrangers
LA SUITE DES RELldOMS. 135
comme celle da leur ; de ce qn'nn snltan divin goufemait le monde Israélite, il ne s'ensuivait pas en
effet que d'autres sultans ne pussent régner ailleurs.
Ce qu'il y a irexclusif dans l'idée sémitique a eu deux conséquences qui se déroulent dans l'histoire : en matière de religion, les peuples sémites se sont fermés à toute influence étrangère, et ils n'ont pu propager leurs* dogmes au dehors que par la violence. Les Juifs n'ont jamais essayé de convertir les autres nations: ils se sont contentés de se regarder eux-mêmes comme privilégiés et comme supérieurs an reste des hommes. Le développement de l'islamisme appartient plutôt à l'histoire politique et miUtaire ^'à la science des religions. Il s'est étendu sur des peuples d'origine âryenne dans TÂsie centrale et dans mindoustan, ainsi que sur des populations jaunes dans plusieurs contrées de l'Asie; mais c'est par le? armes qu'il a fait ces conquêtes, c'est par la force qu'il les conserve. Chez ceux de ces peuples qui l'ont adopté définitivement, l'énergie violente qui l'anime est devenue le trait saillant des caractères ; et ce qui est vrai des races blanches ou jaunes sémitisées par le mahométisme l'est à plus forte raison des peuples noirs. Le christianisme tient donc sa douceur naturelle de la race âryenne où il s'est répandu, et non de ce qu'il a en lui de sémitique. L'intolérance qu'on lui prête quelquefois n'est pas dans le fond de ses dogmes ni dans son esprit, qui est un esprit de mansuétude. S'il a usé parfois d'intolérance, c'est son
alliance avec le pouv oir temporel qui en a été la cause ; l'étude sincère de Thistoire ne laisse attcnn doate sur ce point.
La dualité d'origine qui s'aperçoit dans les dogmes chrétiens se trouve également dans les rites. L'histoire du rituel chrétien n'est pas £aite ; la science à cet égard est loin d'être achevée. Tout ce qui a été dit sur ce suyet avant la découverte -du Véda est insullisant ; nous ne pouvons nous-même ici que donner des indications et tracer ta voie que la science peut essayer de parcourir : le livre est à laire.
La science doit nécessairement commencer par un tahleau complet de ce qui se pratique aujourd'hui dans les églises^ classer les rites, distinguer d'après les orthodoxies ceux qui sont accessoires de ceux qui sont fondamentaux, et ne donner d'aucun d'entre eux que l'interprétation authentique. On peut alors procéder à l'histoire du rituel. Cette histoire doit se faire, comme celle des dogmes, en remontant les années : en effet, l'état présent des rites est un terrain solide sur lequel une science peut être fondée. Mais si l'on descendait l'ordre des temps, il faudrait commencer par la partie de l'histoire la moins aisée à élucider, c'est-à-dire par les origines. Si les rites chrétiens procèdent de l'Évangile, les Évangiles euxmêmes ne sont pas, quant aux rites qu'ils contiennent, des livres primitifs, puisqu'ils ont été précédés par tout le développement du rituel hébraïque. Il faudrait donc partir de la Genèse, œuvre incohérente et mul-
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liple qui répood à la |)énod6 U plus obscure et eu quelque sorte la plus mythologique du peuple hébreu. Ajoutez que tout indique aujourd'hui qu'uue portion notable des rites chrétiens vient de sources qui ne sont ni bébraîques, ai même sémitiques, de telle sorte qu'il faudrait poser tout d'abord comme cer* tains des faits qui ne doivent au contraire se présenter que dans les dernières conclusions de la science. En remontant la suite des années^ on opère des retranchements successifs; on voit les rites se simplifier, à mesure que les derniers venus d'entre eux disparaissent ; et quand on approche des origines mêmes du rituel, il devient possible de distinguer les sources d'où il émane. Cette histoire, en elfet» ne ressemble pas d un fleuve, dont le cours principal est formé des eaux qui lui viennent de tous côtés« mais à un bassin qui, après avoir réuni les eaiu de deux ou trois sources, les répandrait par des canaux divisés à riniini, r^ous sommes pour ainsi dire à l'extrémité de ces canaux, et nous ne pouvons atteindre aux sources primitives qu'à la condUion d'en remonter patiemment le cours.
Celte méthode, appliquée à l'étude des rites chrétiens, conduit à ce résultat que beaucoup d'entre eux, rapprochés de la Bible et des pratiques des Hébreux, n'ont pas une origine sémitique. D'autres, au contraire, étaient pratiqués chez les Juifs et ont passé de leur culte dans les cultes chrétiens. Ainsi, telle grande féte de l'année porte un nom hébreu^ plu-
sieurs objets sacrés dans les églises sont des soav^ nirs de rancienne loi. Mais presque toutes les parli^ du saint sacrifice, raulcl, le feu, la victime,, tout c qui manifeste aux yeux le dogme de l'incarnation ol sa légende; puis, dans un autre ordre de faits, 1 temple, la cloche, plusieurs des habits sacerdotauii la tonsure, la confession, le célibat, sont autant di symboles ou d'usages dont Torigine doit être cher chée ailleurs que chez le peuple juif. Il en faut din autant des prières et des paroles qui se prononceni dans la plupart des cérémonies sacrées : celles qui ne sont pas des psaumes ou d'autres citations de U Bible sont animées d'un esprit qui n'a rien de sémitique; beaucoup d'entre elles ressemblent, et pour k fond et pour la forme, à des chants d'une autre race, dont nous possédons les originaux. ^ Plusieurs documents antérieurs à Jésus-Christ prou^ vent que le bouddhisme était connu à cette époque dans l'angle sud-est de la Méditerranée : le Bouddha" est nommé par le Juif hellénisant Philon ; la doctrine des Samanai de l'Inde, qui ne sont autres que les Çramanas ou disciples du Bouddha, étaitt'célébre et appréciée dans Alexandrie et dans toutes les parties} orientales de l'empire romain. La Bible n'est pas le seul livre étranger dont les savants grecs aient pris connaissance au temps des Ptolémées. La fondatioii du Musée, suscitée par un professeur célèbre des premiers temps du royaume d'Ëgypte, parDémélrius de Phalère, avait créé un centre d'études où se dé-
roulaient sans cesse, avec une liberlé scientifique ^ue nos écoles ne connaissent pas, les doclrines et souvent les textes sacrés de toutes les religions alors jK)nnues. A l'époque où se fondèrent les rites cbré- ^ens dans les réunions souvent clandestines de la irimitive église, il y avait cinq ou six cents ans que 1^ bouddhisme existait avec sa doclrine complète, ses rites et sa hiérarchie, et que de Tlnde il envoyait des missionnaires dans presque toutes les contrées de la ^rre. D'un autre côté, il est certain que le Vêda fut [^onno dans le monde grec avant la venue de Jésus- Ubrist : il y a, dans les poésies alexandrines publiées sous le nom d'Orphiques y des vers traduits mot à mot de certains hymnes du Vêda; il y a des noms de di« vinités qui ne se trouvent que dans ces hymnes et qui n'ont jamais paru dans le vrai panthéon hellénique (1). Les cérémonies qui s'accomplissent le samedi saint, lors de la rénovation du feu, non seulement ont un caractère védique très-prononcé, mais renferment telle oraison où, pour en faire un hymne du Véda, il n'y a que les mots Hébreux et Egyptiens à rem-
(1) Att£v x«t M?rjy. xcxÀîQ(r/w : Adili et Mêna des hymnes. Le eolte de Mén, vers l'époque de Jésus, était répandu dans tout Tempire, depuis ]a Perse et i'Égypte jusqu'à Sunium et Strasbourg, comme le prouvent de nombreuses inscriptions. — Le cuUe perse de Mithra ne Tétait pas moins ; et ainsi de plusieurs autres, particulièreoieut de celui d'Orphée« On conserre au Musée lorrain un bas-relief de l'Orphée chrétien, trouvé à Laneuvevilie, près de Nancy.
lÔO LA SUITE DES RELIGIONS.
placer par ceux iïAryas et de Dasyotis (1). De tels l'ails peuvent nous mettre sur une voie nouvelle.
On enseigne à Berlin qu'une partie notable de nos viles vient de l'Inde : mais comme la science du rituel chrétien n'est pas même ébauchée, nous ne yoq* drions pas énoncer aftirmativement une assertion reposant sur des hypothèses ou tout au plus sur des probabilités : c'est pour cela même que nous avons insisté sur ce point, avec Tespoir que la science ne, tardera pas a marcher dans cette direction. Quoi qu'il en soit, il est certain que les rites chrétien» ont plus d'une origine et uianireslent dans leur évolution les deux tendances qui se remarquent aussi dans les dogmes. Cela ne doit pas nous surprendre, s'il est vrai, comme le veut la théorie confirmée par l'observation générale des faits, que le rite suit le dogme et qu'il en est T expression symbolique et sensible.
Le rite hébreu procède des dogmes hébreux : ceuïei furent fixés peu après le retour de Babykme, et acquirent dès lors une rigidité qui ne leur a jamais permis de se plier aui besoins des autres raees. La double origine de ces dogmes et de ces rites, et la conservation de la doctrine supérieure apportée de la Perse, eiqpliquent les invectives des saints d'Israël contre l'introduction des cultes étrangers et principalement contre ceux de TÉgypte. En ne prenant dans le judaïsme que ce quUl avait d'humaia et en le iai^
(1) Voyez cette prière plus bas, chap. ix«
saut rentrer dans le système des rites âryens, qu ils pratiqnaîeot et dont le symboKsme grandiose s^aecordail bieo avee les dogmes nouveaux, les chrétiens I primitifs se sont places sur un terrain neutre ouvert i toutes les nations et ont institué un culte véritablement universel.
Da reste, cette double tendance n'a pas produit tm seul coup- tous ses effets. On se tromperait si, parvenu à l'époque de la prédication de Jésus, on croyait avoir atteint les commencements des dogmes et des rites chrétiens. Les uns et les autres remoi\{lent beaucoup plus haut; mais c'est seulement au temps I de Jésus que» dans la société gréco-romaine, Téquili* ^ bre entre les besoins anciens et les besoins nouveaux s^est trouvé rompu et que Jésus, par sa vie et par sa (ifiort, a consommé une œuvre qui se préparait de longue main. Les hommes ne voient une révolution ifie quand elle éclate; mais la science étudie la iuarche des actions lentes, dont les elTets accumulés imèneiit enfin les révolutions. Les chrétiens des premiers siècles avaient de leuis dogmes et de leurs symboles un sentiment plein d'enthousiasme ; peu à pea les uns et les autres se manifestèrent en public, et le sentiment perdit de son énergie en se partageant. L'antagonisme des pères et des philosophes alexandrins accrut de plus en.plus l'importance de l'élément sémitique dans la religion, et conduisit l'église à admettre presque sans réserve le dogme de la créalion dans son sens le plus étroit. Ge dogme obscurcit
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peu à peu la sigoilication des liles el des symboles presque lous d'origine panlhéisle.
Aujourd'hui, le sens des rites n'est presque plus connu de personne, pas même des prêtres qui les exécutent et les conservent ; leur origine est génémlemenl ignorée. Quant au dogme, quoique formé de ce qu'il y a de plus pur et de plus humain dans la métaphysique des siècles passés, il a vu se séparer de lui la philosophie laïque. L'école philosophique qui se rattache au nom de M. Cousin, concentrée dans l'étude de la pensée humaine et admettant, sans le démontrer, un dogme de la création aussi absolu que celui des Juifs et des Musulmans, n'a plus le sens de la doctrine chrétienne, de la création s' opérant par les personnes divines. Elle les a éliminées. En attribuant la création de l'univers à un être suprême qui n'admet sous aucune forme la multiplicité dans son essence, elle judaïse et pose en fait un miracle plus incompréhensible que celui des chrétiens. Il en résulte que le christianisme subit dans son dogme et dans son culte une de ces crises auxquelles sont soumises toutes les reUgions, quand un système philosophique vient les traverser. Chose instructive pour nous, cette doctrine de la création est celle du christianisme; c'est de lui et par faiblesse d'esprit que la philosophie l'a empruntée; mais ne pouvant en faire sortir comme lui la trinité, elle s'est trouvée Tennemie du dogme qu'elle avait voulu ménager. C'est donc la tendance sémitique qui, se concentrant dans
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la philosophie, a produit cette rapture, car la tendance âryenne, dans la science comme dans la reli- I gioOy a toujours penché vers la théorie de l'émanation divine et de la trinité.
La double influence sous laquelle est né et a grandi i le christianisme en rend Tétude plus difficile que i celle des deux religions sémitiques. L'élément aryen i qu'il renferme n'est facile à dégager ni dans les temps moderneSy où il semble procéder directement de Tesprit des peuples européens, si opposé pourtant à celai des Sémites, ni dans les premiers siédes, où il a ! pu naître et se fortifier sous Taction des idées et des usages de TOrient. La séparation des deux éléments de la doctrine n'a pu commencer à s'opérer qu'après la ! découverte des livres indiens, lorsqu'il a été possible d'eiArevoir les relations de l'Orient avec le monde gréco latin et de pénétrer les origines de la mythologie. Il y a I dans le christianisme une partie symbolique trés-im- ' portante qui sans cette découverte fût demeurée à jamais ' iûexpUcable, car la doctrine hébraïque, d'où dérive I Fanlre partie, exclut pour ainsi dire le symbolisme et ! loat ce qui peut revêtir les formes ou les attributs de i Ihunianité. La même obscurité régnait sur les ancien- M religions de l'Ëurope et ne se fût jamais dissipée, ' si la connaisbance du Vèda et la philologie comparée n'étaient venues y répandre la lumière. Mais à partir du jour où les hymnes du Yéda ont été connus^ la science I a vu se dérouler devant elle une foule de tableaux, I ^nottfi allons indiquer les principaux traits.
LA SUITE DES RBLIGIOirS.