CHAPITRE IV
ArrétoiMHdous Bw ce point. C'est un fait eonm de tout le monde^ que» dans les premiers temps du
christianisme, il existait une doctrine secrète (1) transmiia par la voie de la parale et en partie peut-être par récriture ; cet enseignement mystérieux excluait d'abord ceux qu'on appelait catéchumènes^ c'est-àdire les païens convertis, ndais non encore instruits dans les choses de la foi et n'ayant pas reçu le baptême. Une fois chrétiens, ils n'étaient pas pour cela initiés aux plus profondes doctrinesi car celles-ci se transmettaient en quelque sorte de la main à la main entre les hommes dont la foi plus ardente était éclairée par une iatelligence plus vive ; à ce titre, ils pouvaient devenir docteurs à leur tour, instruire et diriger la masse des fidèles» Sur quels points de doctrine portait le mystère ? C'est une question qu il est im-
(1) Voyez B. Bunsen, Tke hUUm wiBim.
possible de résoudre a priori et que l'étude des textes peut seule éclaircir : on est néanmoins en droit de penser que le voile du secret couvrait, comme les mystères à'£leusis, les parties les plus profondes de la science sacrée et celles qu'il eût été le plus dangereux de découvrir à tous au milieu du monde païen, dans une société chrétienne composée de personnes pour la plupart ignorantes. Vint-il un temps où la doctrine cachée cessa de Tétre ? On s'accorde généralement à dire qu'après Constantin il n'y eut plus de tradition secrète dans aucune église, ni en Orient ni en Occident. En reconnaissant la religion chrétienne comme une des religions autorisées dans tout l'empire, cet empereur ôta l'une de ces deux raisons d'être à la discipline du secret; en se faisant chrétien, il convia tout le monde romain à faire de même, et fit naître une émulation qui contribua beaucoup aux progrès 'du christianisme. Par cela même, les églises furent ouvertes à tous ; l'afiluence y fut grande ; il devint impossible aux diacres d'arrêter ài la porte les catéchumènes ou les païens. Or, la prédication s'.adressant à tous dut perdre en profondeur ce qu'elle gagnait en étendue, se faire populaire, prendre une couleur de plus en plus moraliste et pratique. Aussi, est-ce à cette époque que l'église sentit le besoin de fixer ses principes essentiels dans une profession de foi désormais invariable qui les mit à l'abri des attaques de rip:norance et de l'oubli; ce fut l'œuvre d'Ensébe pour la partie historique et du concile de Nicée
LA SU1T£ DBS RSLIâlOltS. 85
(S25) pour le dogme ; Tua et l'autre accooiplirént
leur lâche sous l'impulsion et presque par l'ordre de GoDsiaiitin.
Pour conoaitre les points de doctrine qui consti* tuaient renseignement secret, il n'est donc pas néces- • saire de consulter les monuments postérieurs au concile de iSicée, si ce n'est pour y chercher les doeaments qui peuvent s'y trouver encore touchant la période primitive du christianisme. A cette époque, tout ce qui devait être révélé de la docUijae chrétienne l'avaii été en efiet. D'ailleurs les premiers siècles abondent en renseignements de toute sorte. Il y en a de* trois espèces, les livres, les rites primitifs de l'église conservés ou abolis, et enlin les monuments figurés tels qu'il s'en trouve un si grand nombre dans les catacombes de Rome. Les doctrines, surtout quand elles sont mystérieuses, sont quelquefois exprimées avec plus de netteté dans les cérémonies du culte que dans les livres; ceux-ci d'ailleurs peuvent n'offrir que la pensée personnelle de Tauleur ou la tradition comme il Ta comprise : il n'en est pas de même des prières, des formules de foi et des autres parties du rituel qui, devant se reproduire constamment dans le lien saint, peuvent être justement considérées comme expiimant la pensée commune. Quant aux monuments figurés, ils sont naturellement symboliques et faits pour parler aux yeux ; ils sont comme autant de comparaisons ou do souvenirs pleinement intelligibles pour les seuls initiés, et ne livrant au vulgaire que la
8d LA SUITE DES RELIGIONS.
pal lie la plus superlicielle de ce qu'ils veulent expri* mer ; rapprochés des livres el des formules, ils répandent sur eux une lumière inattendue, et se répétant de siècle en siècle, ils peuvent quelquefois
notts conduire aux vraies origines de tout un ordre d'idées ou de faits.
A partir de Jésus-Christ, on voit les monuments écrits apparaître les uns après les autres dans, leur ordre naturel, à mesure que les événements extérieurs et le progrès -interne de la chrétienté leur permettent de se produire. Leur étude conduit à des conclusions que nous résumons de cette manière : le dogme chrétien, dans ce qu*il a d'essentiel, ne s^est pas fùtmé peu à peu ; il est sorti tout fait de l'enseignement de Jésus ; mais la mort, qui avait déjà frappe son précurseur et qui l'avait frappé lui-même, menaçant toujours ses disciples, la doctrine qu'il avait enseignée secrètement à ses apôtres fut tenue cachée par eut et transmise à voix basse à leurs principaux sectateurs. De cette obscurité où ils la conservaient avôfc la plus stricte vigilance, elle ne sortit que par fragments, à mesure que les circonstances permirent de la révéler sans péril. Enfin, elle ne fût entièrement promulguée que quand elle fut menacée à son tour de se dénaturer sous Taction des hérésies naissantes. Les quatre Évangiles, les Actes, les Épîtres et plusieurs autres écrits des temps primitifs de l'églibC marquent les étapes que la promulgation de la foi eut à parcourir. La discipline du secret dura jusqu'au jour où la
iiianifeslalion put être regardée comme complète: ce m Ait qttê vers la fin du second Mèole ; alom ment la publication de révangile de saint Jean montra M6 M forme théoriqué la doctritiô confiée par Jésus à m disciples flivoris.
Ainsi près de deux cents ans ont été nécessaires pour que les chrétiens répandus dans Tempire fttssent ea pleine possession des grandes formules de la foi. La première forme sous laquelle elle avait été proposée est celle qu'employa exclusivement Jésus dans son enseignement public, la forme de la parabole ; c'est celle qui se rencontre à peu près seule dans révangile de saint Mathieu, le plus ancien des quatre et celui qui reproiluit le plus exactement les propres paroles du Christ. La théorie commence à se montrer dans révangile de saint Luc, le second en date ; ce nouveau livre fit avec le premier un contraste apparent, car il supprimait d'une foçon systématique l'élément juif, que Mathieu, organe de Pierre, avait étroitement conservé. Saint Marc n'apporta presque rien de nouveau ni dans Tbistoire du maître, ni dans l'expression de la doctrine ; son évangile fut peut-être pabUé pour rapprocher les chrétiens judsïsanls, dont Pierre était le chef, des chrétiens grecs et romains, pour qui saint Luc avait composé le sien.
Quel événement s'était«>il donc passé, qui eût produit dans réglise naissante celte scission un moment dangereuse ? Un seul : la prédication de saint Paul. Paul n'était pas un disciple de Jésus : marchand juif
d'Asie-Mineure, son commerce Tavait amené aax lieux où ses coreligionnaires lapidaient le malheureux Etienne, et lui-même avait piis part à cet atteotat. Fuyant à son tour la persécution, il s'était, par une résolution soudaine, tourné vers la religion nouvelle . En possession des mystères, il se donna pour mission de faire parmi les gentils ce que Pierre avait fait parmi les Juifs de Jérusalem ; il les évangélisa. Or, la condition où se trouvait Paul au milieu de la société grecque n'était point celle de Pierre en Judée. Ceux des apôtres qui étaient restés parmi les Juifs étaient tenus par la loi mosaïque et par Tesprit du peuple dans un silence qu'ils ne pouvaient rompre sans être frappés; mais le monde grec jouissait d'une liberté de penser que pourraient envier plusieurs peuples modernes: depuis la fondation d'Alexandrie et du Musée régnait en matière de religion, comme en toute autre chose, cette indépendance de la parole sans laquelle les nations ne peuvent faire aucun progrès. Paubne devait donc rencontrer hors des hommes de sa race aucun obstacle à sa prédication. Il pensa que le moment était venu de livrer à tous la science secrète ; il la prêcha dans les rues et sur les toits. Dans l'église, dont le centre principal était désormais à Rome, elle fut mal accueillie, parce que les chefs qui la gouvernaient étaient judaïsants et ne concevaient encore le christianisme que comme une application plus complète de la loi de Moïse. Tout le monde connaît la lutte qui s'éleva entre saint Pierre et saint
LA SUITE DËS lŒLiGlONS. 89
Paul. L'église de Rome était alors constituée comme nne synagogue et animée de Tesprit israélite. C'est Luc qui exposa la doctrine de Paul dans cet évangile connu sous le nom d'é\angile des Gentils, comme celui de Mathieu était l'évangile des Hébreux. Peu après, les deux grands apôtres Pierre et Paul furent martyrisés; une menace commune étant suspendue sur les Juifs et sur les chrétiens que l'on confondait dans une même haine, il se produisit parmi les fidèles un apaisement à la faveur duquel fut publié révangile de saint Marc, abrégé des deux autres.
Or, le mystère que les apôtres et les docteurs de réglise avaient fait des doctrines du maître, Tignorance où le commun des fidèles était retenu, avaient suscité dans l'église naissante des interprétations arbitraires en désaccord avec la doctrine du secret : elles devinrent assez puissantes pour que ceux qui conservaient les dernières formules cachées se crus* sent obligés de les divulguer entièrement, aûn de ré* tablir la vraie tradition de Jésus et des apôtres. Ces derniers étaient tous morts ; on était en plein second siècle. C'est alors que parut la première version de révangile de saint Jean, ouvrage rempli d'idées aryennes et qui contrastait avec le sémilisme de Téglise de Rome, où probablement il fut publié. On peut dire qu'à partir de cette époque la manifestation chrétienne est complète, et que renseignement caché n'a plus de raison d'être. Cependant il est hors de doute ({ue cet enseignement dura quelque temps encore ; à cette
m Là 8UITB DBS REUGIONS.
époque, un livre ne se répandail pas aussi pioaiptemenl que de nos jours ; les églises comptaient déjà un très-grand nombre d'adhérente dispersés dans presque tout l'empire. De plus, i évangile de Jean peut lui-même éire Tobjet sinon d'interprétations oppo«*e«, du moins d'explications plus ou moins approfondies qu'il fallait mesurer à la capacité intellectuelle des catéchumènes. Les plus ignorants ne pouvaient guère recevoir que l'enseignement populaire contenu dans les récils et les paraboles ; les autres recevaient, airee les symboles figurés, toute la doctrine telle que l'apôtre l'avait exposée lui-même. Cette distinction dura tant que les réunions des chrétiens flirent clandestines ou simplement tolérées; elle ne cessa qu'après l'édit de Gonstaûtin, lorsqu'il fut devenu impossible d'exclure des églises aucun assistant*
Ou voit par ce court exposé que le dogme chrétien existait loul fait dans la pensée de Jésus, et qu'il ne fut livré que par portions et par des publications successives, volontaires et préméditées. Néanmoins, s*il est vrai que les livres canoniques soient sortis l'un après Fautre du mystère où ils étaient tenus, la forme sous laquelle nous les possédons n'est pas celle que leurs auteurs leur avaient donnée. Ainsi, l'évangile de Jean avait été composé d'abord en araméen ; le texte sorti des mains de l'apôtre ne nous est point parvenu et n'a probablement jamais été publié intégralement; la traduction qui en fut livrée au public vers la fin du lie siècle, et que la critique attribue à Jean te
hk 8UITS DBS RBLIGK>N6* Ml
Utjj/^uVf était-elle la reprodUi^ioii exacte de m . texte? i\oD, puisque les fragments cités dans les auteurs du iîMe ne r^md«inlit p«i eotmm Aoiit lie atone les textes de cet évimgiie. il est doue probable que lis teilei primitift, conservés dans le secret, ne furent poUiés qu'apràs avoir subi les moditksations exigées par les circonstances^ c'est^à^-dire pour servir de ré^ poine aai opiiiiotis dîseideales à meenre qn'etlris se prednisaieat. D'où venaient à leur tour ces altérations des textes? Évidemment de l'esprit individuel des
oMltrai, leqttel marchait lm«-méme avee le tbmps. àosiii lorsque les t^tes canoniques eurent tous été
publiés et avec eux ta doctrine secrète, l'esprit des
dootenra et des pères eontinua't-il à s'immiscer dans
le dogme fondamenial) sinon pour le changer» au flHiins pour rinlerprdier pins librement: ear, enréaliléy le dogme est exprimé dans les livres saints d'une
manière bien succincte et qui appelle les commen-
lairsB* Dans l'église eatholiqne, le dogme ne fut défi-
aitivement ûxé que par le concile de Trente ; encore pouvons-nous dire que depuis cette époque il a reçu de noaveaox dévoloppements* Quant aux rites» qui font également partie de la religion et dont le sens a été) loi anisi, tenu seeret, ils n'ont jamais oessé d'éprouver des cbangements et de recevoir des additions: ils en reçoivent encore de nos jours et sous nos yrax.
11 est donc vrai que la doctrine du Christ s'est Haismise secrètement dans la primitive église ; mais
92 LA SUITE DES RBLlGIONS.
il ne faudrait pas dire d'une manière absolue qu'il en a été ainsi de toute la doctrine, el que durant sa transmission elle est demeurée intacte, sans recevoir ni altérations ni développements. Il y a lieu de prendre un moyen terme entre Topinion qui n'admet rien de nouveau dans le christianisme, pendant les deux premiers siècles, et n'y voit que la transmission intégrale de dogmes complets, et la pensée de l'école critique, suivant laquelle tout y est nouveau, les doctrines et les livres.
Jésus, comme le Bouddha, eut deux enseignements, run public procédant par paraboles et ne livrant du dogme que ce qu'il avait de pratique, l'autre secret ou esotérique donné seulement aux disciples et non pas même à tous dans sa totalité, mais seulement à Pierre, à Jacques et à Jean. Cette science cachée, Jésus ne prétendait pas en être l'auteur ; mais, opposant la religion du cœur à la religion tout extérieure des pharisiens, il leur reprochait de tenir en réserve la science dont ils avaient le dépôt et de lermer aux hommes le royaume du ciel. Ce royaume ne pouvait être ouvert à tous que par le Messie, fils de Dieu ; la filiation divine du iMessie faisait partie de la doctrine secrète, tandis que le commun des Juifs n'attendait qu'un messie terrestre, un roi-prophète, descendant de David. Or, publiquement, Jésus ne se donnait que comme iils de l'homme, expression qui ne pouvait s'entendre ni de l'un ni de l'autre des deux messies* Quand Pierre eut confessé le Christ ep Jésus et que
I les autres disciples l'eurent aussi reconnu en lui, Jésus leur interdit d'en parler à personne. A mesure qu'il avance dans la carrière, son caractère messianique se montre de plus en plus clairement aux yeux
{ de ses compagnons ; mais le peuple ne .toyait tout au plus en lui qu'un prophète et un homme d'une science et d'une puissance extraordinaires. Quant aux pharimiB^ leurs craintes et leur hostilité allaient croissant, parce que, connaissant eux-mêmes par tradition la théorie du Messie, ils redoutaient de la voir se réaliser en Jésus.
On se ferait une idée très-fausse du fondateur du etiristiiuEiisme, si l'on pensait qn*en prêchant sa doc- ' trine il se jetait dans les hasards et courait volontai- ' ranent à la mort ; si le récit en est vrai, il l'a subie, il ne l'a point recherchée ; la conscience supérieure qu'il avait de sa destinée ne l'a point laissé reculer devant le dernier supplice. S'appliquant à lui-même tout le premier la Utéorie du Christ ^ quand il vit qu'il ne pouvait réaliser sa mission sans mourir, il aceq[4a la mort avec cette douceur inellahle que nul homme n'a égalée: telle est la légende; mais, durant tonte sa prédication, ses disciples le virent user pour lui-même d'une prudence quelquefois supérieure à la leur, et leur livrer à eux seuls un mystère que le psuple juif n'était pas préparé à entendre. Ce fut au dernier moment qu'il avoua presque malgré lui, en termes équivoques, sa qualité de fils de Dieu, aveu que ses ennemis déclarèrent un blasphème. S'il eût
image not a vailable
téie, qm 4aaua n'avait point voulu mmnw la loi ;
ils «sâîitMeai gan oérémûaiaa du temple e( reooaiuiii^ , soient la cirooncision. Etienne, le pveiaiev, ftia haute- ' mm que la Im de Moïse fût la loi nouvelle. Groe, I KûbablemôPt d'Àlexaadiie (1)» U allait dmni dans I Mmsalem, avec la liberté des hommes de sa raoe,
que l'ancienne loi était une figure, et que le tempa
étdil venu où Tiroage devait faire place à la réalité. Il dédant que Jésus était le Messie» Vesl-ihâire le I Ghrist» «àaia le CUrtst Veirbe de Dieut ^t que lui-ménie
avait vu la gloire de Dieu dans le ciel et JéâUft^
liwîst a* tenant k m droite. Cette première nanb' .
btation du secu^^l fui mal accueillie : Klienne fut tué h coups de picnes par les Juifii ; Saul, qui fut Pkttl» àtêit parmi eus. Ouant auit apôtres» ils eonti-
ûuèrent de vivre dans Jérusalem, n'avouant rien de is doetrîne aeeréte, et judaïsant* Cependant les ehré* liens dispersés se r^^^andirent hors de la contrée ; l'an d'eux, Philippe, Grec aussi sans doute et différent
I de Tapôtre du même nom» prôoba dans Samarîe» lit dss miracles et convertit un grand nombre de peisQUes, parmi lesquelles se trouva Simon, un des dianiples de Pldion d'Alej^andrie. Ainsi, les premiers progrès du christianisme ne furent pas dus aux apotrea^ qui lestaient paisibles dans Jérusalem*
, Gapendant, la mort horrible d'Étienne et son angé* liqo9 prière ayant frappé la pensée de ses assassins,
(i> D'autres prétsudeai qu'il étsit juif dVigûie*
96 LA bUlTE DES RELIGIONS.
Paul se converlit sur le chemin de Damas, et à soi tour commença de ))rêcher la doctrine du Christ. Pa quelle voie élail-elle parvenue jusqu'à lui? C'est uni question qui n'est pas encore entièrement résolue Paul ne connut point Jésus et ne vit les apôtres qui dix-sept ans après sa conversion ; ils étaient encore i Jérusalem. Il était né à Tarse, ville d'Asie-Mineure Pun des deux grands centres de philosophie théoio gique, dont l'autre était Alexandrie. Il avait eu poui maître le rabbin Gamaliel, que Pon disait avoir éti baptisé secrètement par Jeau-iiaptiste, et qui déiendi, les apôtres dans Jérusalem. Gamaliel avait pour pèn Siméon, fils de Hillel. Uillel, le premier des trois docteurs de ce nom, était né à Babylone au coaimencernent du sièqle ; il était pharisien ; fondateur d'une école restée célèbre, il avait soutenu contre le lameu)i Sbammaï la doctrine orale, qui se perpétuait par l'enseignement secret en opposition avec PËcriture, et dont lui-même avait approfondi P étude dans sa ville natale. Ce fut certainement une des voies par lesquelles parvinrent jusqu'à Paul les théories secrètes dont nous aurons à parler ; mais comme son commerce le mettait en relation avec des hommes de toute doctrine et de tout pays, il est probable qu'il reconnut Pidentité de ce qu'il avait appris par Gamaliel avec la doctrine dont les apôtres de Jésus gardaient le secret. Cette doctrine, il en avait d'ailleurs saisi quelques formules dans la bouche du malheureux Étienne. il vit et il désapprouva la conduite trop prudente
OU trop résignée des apùUes. A ccLle époque circulait parmi les fidèles, sous le nom de Mathieu, un évangile écrit par lui eu langue hébraïque ou plutôt en syro-chaldéen, H avait été composé pour les Hébreux de Palestine, et reproduisait fidèlement la pensée de Pierre et sa manière d'enseigner la religion nouvelle. Comme il n'allait pas au delà des prédications de Jésus, il procédait exclusivement par des récits et par des paraboles, ne pénétrant point au fond des choses et laissant la doctrine secrète sur un arrière-plan impénétrable. Nous pouvons nous con-
! vaincre en effet, par notre version de l'évangile selon saint Mathieu, que si le christianisme n'était pas sorti de cette voie, il n'aurait été qu'une réforme morale dans le judaïsme et ne serait jamais devenu une religion universelle. C'est ce que Paul comprit, et il se donna la double mission de proclamer la doc-
i Urine secrète c jusque sur les toits > et de l'annoncer aux gentils. Il prêcha donc un € autie évangile, » qui cependant c n'était pas un autre, » évangile qui devait diilérer profondément de la prédication de
i Pierre, puisqu'il dévoilait une doctrine « demeurée
' secrète depuis le commencement du monde, > et qui pourtant était le même, puisque cette doctrine était précisément celle que Pierre avait reçue de Jésus et qu'il retenait par faiblesse ou par obstination. La prédication de Paul fut comme une seconde apparition du Christ, dont elle dévoilait la nature, l'origine divine et la pensée suprême. De cet antagonisme naquit
98 LA bUilK D£S R£L1G1UNS.
la luUe que tous les chrétiens connaissent, lutte qai ne se termina qu'à Rome un peu avant la mort des deux apôtre». Pierre défendait les tendances judaïques; Paul les attaquait, disant que les Juifs étaient insensés et que les Grecs seuls étaient sages, faisant porter uniquement par les Juifs la responsabilité de la mort de Jésus et absolvant les Romains. La question entre eux était donc de savoir si la doctrine nou* velle resterait enfermée .dans Jérusalem pour y végétei un peu de temps et y mourir, ou si elle devait ee sortir pour vivre et grandir parmi les nations. Le faft donna raison à saint Paul, car, tandis que Pienne présidait à Jérasalem une réunion x d'hommes qui n'avaient pas encore un nom à eux et que Ton appelait nazaréms, du nom d'origine de Jésus, Paul fondait à Ântioehe la première ^hse véritable, et ceux qui Fentouraient prenaient pour la première fois le nom de i^rétiens.
La doctrine de Paul nous est connue par des documents variés, dont les principaux sont ses épîtres et Pévangile de saint Luo. Les épltres sont authentiques, à l'exception d'une seule, Tépitre aux Hébreux, due, selon tonte ▼ralsemblance, à un Juif eonverti, Palexandrin Apolbs, dont l'autorité fut mise en balance avec celle de Paul lui-même. Luc était le disciple èt le -compagnon de voyage de Paul. L'intention manifeste de son évangile est de frapper d'abord de discrédit les éeril» antérieurs relatifs à Jésus, puis d'harmoniser entre eux les récits les plus authentiques^ d'en
faire sentir riasuffisance et les compléter avec la dodruie êeorèté tévélée par Pairi. La leoture compi*» rative des évangiles de Luc et de Mathieu met le con«^ traste dans toute son évidence. Tout ce qui dans ce (ieraier parait lavorable aux Juifs ou à la loi mosaï* que est supprimé dans saint Luc : Mathieu conserve la pàque, Luc la supprime et la remplaœ par une aoire où un agneau n'est plus immolé et où la victime n'est autre que le Christ lui-même. Le royaume du Mmia ast juif et matériel dans Uathira; il est spiri» luel et universel dans saint Luc ; le Dieu de Mathieu* e'est le Père aiaîa dans le ciel, aur un trône, comme la chef du peuple choisi ; le Dieu de Lue est universel» il habite en chacun de nous, et nous-mêmes habilons aa Uii* Lue décrit raveoglement et rhypocrtsie des cheis Israélites, il n'a point de paroles améres contre Pontius Pilatus; par lui, Hérode et ses soldats sont sabalitttés aux soldats romains ; ce sont eux qui livrent Jésus au supplice. Mathieu avait commencé la généalogie de Jésus i Abraham, et par là en avait fait an Juif iils de David par Joseph ; Luc la commence à Adam, iils de Dieu et père des hommes; Joseph a'eat i ses yeux qu'un père supposé; le trai père de Jésus» c'est Dieu» qui l'a choisi pour être cruciiié par les Juifs. On trouvait dans Mathieu les mages, l'étoile, la fuite en Ëgypte» le massacre des enfants ; dans saint Luc, il n'y a plus ni mages^ ni massacre; Joseph le Juif disparaît de la scène, et i sa place on mit paraitre sur le premier plan Marie^ Galiléenne, de
race peut-être étrangère à Israël, modèle de sainteté et de bénédiction, dont la verta purifiante est ressen^ tie par tous ceux qui l'approchent. Cette Marie esl aujourd'hui reconnue identique à la Màyâ des Indiens, qui est le principe féminin universel et qui fut la vierge, mère du Bouddha. Le récit de la naissance de Jésus au lever du •jour, de rapproche des bergers, des anges chantant en chœur : c Gloire à Dieu au haut du ciel, » tout cela forme dans saint Luc un tableau d'une harmonie orientale et presque védique, contrastant merveilleusement avec l'esprit étroit des sadducéens et des pharisiens eux-mêmes. C'est en Galilée, parmi les Gentils, que Jésus reçoit le baptême, et que le Christ se révèle à Jean le Baptiseur ; celuici, selon saint Luc, baptisait par Teau en attendant qu'un autre baptisât par l'esprit et par le leu, nouveau rite différent du baptême hébraïque de saint Mathieu. Luc cherche à diminuer Tautorité des apôtres en omettant toutes les paroles de Jésus, qui dans Mathieu la confirment ; il ôte aux douze le mérite d'avoir fondé la religion du Christ, en leur ajoutant soixante-dix envoyés dont la mission est contraire aux usages Israélites les plus accrédités. « Allez, leur dit le maître, comme des agneaux parmi les loups ; ne portez ni bourse, ni sac, ni souliers ; ne saluez personne en chemin ; en quelque maison que vous entriez, faites d'abord le salam, et demeurez là, mangeant et buvant de ce qui sera mis devant vous. > Luc fait à Paul des allusions évidentes et le déclare
le premier des apôtres. Quand Paul fut persécuté, Lue resta fidèle à Paul aa moment où tous les autres le trahissaient. Enfin les plus anciens pères de l'église, Irteée, TertulUen, Origène, Eusèbe, Jérôme, identifiât la pensée de Luc avec celle de Paul.
Les faits que nous venons de citer montrent clairermieat que si Jésus fut le fondateur du christianisme, saint Paul en fut le vulgarisateur, et qu'imbu d'idées orientales, il le fît sortir de Jérusalem pour le répandre parmi les nations.
Kous devons maintenant faire quelques pas en arriére pour reconnaître les opinions dissidentes, nées dans les églises à la faveur du secret où la doctrine métaphysique avait été cachée. Les discussions fondamentales portaient sur la nature de Jésus dans ses rapports avec la théorie du Christ. Nous avons vu que chez les Juifs eux-mêmes le fbtur règne du Christ éta&l coaipris de deux façons: les uns attendaient un roi de la souche de David destiné à étendre sur la terre la puissance de la théocratie momïque et à placer le peuple d'Israël à la tête d'un vaste empire dont ce roi serait le chef. Les autres, et parmi eux les pharisiens, entendaient le règne du Christ dans un sens idéal. Cette question avait été fort agitée, on Fa vu, pendant le dernier siècle entre les docteurs joifo Sbammaï et Ilillel ; l'apparition de Jésus, sa prédication, sa vie et sa mort la compliquèrent. Les ans reconnaissaient en lui un fils de David, un futur roi des Juifs ; mais comme il était mort sans avoir
lOâ Là SUITE DBS RBLiaiONS.
établi aucun royaume, ils étaient déconcertés * dans leurs espérances et attendaient ce second avéaement
de Jésus glorieux dont lui-même les avait une fois entretenus. Les autres se sentaient confirmés dans leur doctrine; en regardant Jésus comme le Christ, ils voyaient surtout en lui le fils de Dieu et marchaient peu à peu vers la suppression de sa nature humaine. On voit par l'évangile de saint MalhieUi par la réaction paulinienne et par le témoignage des homélies qui, sous le nom de Clémenlities, retracent la doctrine des apôtres, que la première doctrine était celle de Pierre et des judaïsants. C'est au temps de saint Paul que la seconde se manifesta. On en trouve le premier symptôme dans Tépître aux Hébrevm^ vulgai* rement attribuée à Paul, mais écrite sans doute par Apollos aux Juifs chrétiens d'Alexandrie. Dans cette ville régnait une Uberté de pensée qui altérait aisé'* ment le canon des Écritures et introduisait souvent dans la doctrine de Jésus des interprétations indivi-duelles. Nous ne connaissons presque rien de la pri* mitive église d'Alexandrie, si ce n'est qu'elle contribua pour une part considérable aux accroissements du christianisme et au progrès de ses dogmes. Apollos ne rompt pas seulement de la façon la plus nette avec la loi mosaïque, mais évoquant la doctrine indo-perse des incarnations, il soutient que le Christ n'a rien d'humain, qu'il est simplement le fils de Dieu apparu sous des formes humaines. Il reproche à saint Paul de ne pas dire tout le secret, et d'en garder pour lui-
même la partie la plas importanle. C'est donc dans cette épilre aiLx Hébreux que se trouveal les premières formules de la doctrine nommée plus tard docélismef d'un mot grec qui signifie sembler» parce que le corps du Glii isl n'avait, selon elle, qu'un sembltnt de réalité. Elle se produisait ainsi en pleine pé^ riode apostolique. L'épitre faussement attribuée à Barnabe marque la seconde étape du docétisme ; elle SBt postérieure à l'épitre am Hébrem^ antérieure à révangile de Jean. L'auteur appartenait à l'église d'Alexandrie; il regardait, ainsi qu'ApoUos, le chrislisnisme comme une nouveauté sans racines dans le judaïsme, niait que Jésus fût un fils de David, et ne reconnaissait point son humanité.
Cette doctrine antisémitique ne resta pas concentrée dans Alexandrie; elle se répandit promptement dans d'autres églises. La pensée d'ApoUos, portée à Co« rinlhOy y produisit un véritable schisme. Déjà Paul avait, pour la réfuter, écrit sa première aux Corinihietu ; mais sa propre opinion n'ayant point prévalu, ils reçurent bientôt une seconde lettre de l'évèque Clément de Rome, constatant et déplorant la division qui régnait parmi eux, les prévenant contre les faux maîtres qui ne reconnaissaient ni Paul ni Pierre, et les engageant à imiter ces deux apôtres, qui, après avoir été divisés quelque temps, s'étaient eniin réconciliés. La lettre de Clément prouve qu'à la fin du l^r siècle, époque où elle fut écrite, le docétisme régnait dans certaines églises d'Orient ; mais elle prouve
i04 LA SUITE DES RBLIGiaNS.
en même temps que l'église de Rome en était exempte, et que, si la doclrine de Paul n'y était pas encore seule en vigueur, du moins Tinfluence juive en avait à peu près disparu.
Le Pasteur^ composé par Hermas, frère de Pie, évéque de Rome, parut vers les années 130 ou 140. Il fut comme une suite de la lettre de Clément et de l'évangile de saint Luc. Quoiqu'il n'avançât pas beaucoup au delà de saint Paul dans l'exposition des doc^ trines secrètes, il avait l'avanLage de les répandre dans réglise, de les préciser sur un grand nombre de points, de les approfondir et surtout de les poser nettement en face de ceux qui niaient soit la divinité du Christ, soit son humanité. Irénée, Clément d'Alexandrie, Origène, considérèrent cet écrit comme canonique, et nous pouvons le regarder^ comme formant dans la manifestation du secret un anneau de la chaîne qui unit saint Paul à saint Jean.
Nous ne voulons pas, malgré l'intérêt du sujet, obliger le lecteur à nous suivre à travers les écrits d'Ignace, de Polycarpe, de saint Justin, ni à travers ces récognitions et homélies qui portent le nom de Clémentines et retracent la doctrine des apôtres. Nous arrivons à cette belle œuvre d'un auteur contesté, qui a pour titre Eptlre à Diognèle. Elle est à peu près contemporaine du Pasteur d'Hermas. La forme en est belle, surtout quand on la compare aux écrits des premiers chrétiens. L'éloquence y est cons* tamment soutenue par une élévation de pensée et
une précision de doctrines que le Pasteur n'atteignait pas. Si Marcion en fut Tauteur, il faut avouer que ses opinions avaient beaucoup changé à l'époque où dans Rome, en présence d'une église déjà fortement constituée et de dogmes que saint Paul avait définis clairement une première lois, il devint le chef d'une école où Ton niait absolument l'humanité du Christ et sa réalité charnelle ; car la lettre à Diognète porte un caractère tout à fait évangélique, le docétisme n'y paraît pas : elle n'est qu'une affirmation nouvelle de la science secrète enseignée par Paul ; enfin elle est une véritable introduction à l'évangile de saint Jean.
Trente ans s'étaient à peine écoulés, qu'un docéliste de Babylone, Tatien, publiait VHarmonie des quatre Évangiles. L'évangile de Jean était donc connu à cette époque, et son apparition doit être placée entre les années 160 et 470 de notre ère. Dans Tintervalle, Marcion, se posant comme l'antagoniste de Polycarpe, évêque de Smyrne, soutenait, avec une grande apparence de raison, que le Dieu des chrétiens n'est pas celui des Juifs, que le Christ n'est pas leur Messie, que le Messie leur est particulier, tandis qae le Christ est universel ; mais il ajoutait que le Christ ne s'était point incarné, si ce n'est en appamee, que les Juifs à Gapernaûm n'avaient vu devant eux qu'un fantôme, qu'il n'avait pas souifert sur la croix et qu'il n'avait pu mourir. Marcion ne connaissait pas l'évangile de Jean, mais il adoptait celui de
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Luc en Taltéraat selon ses propres idées. Une grsakdt^
partie des chrétiens se ralliait aux opinions de Mar* cion, rendues vraisemblables par un style élégant et une éloquence persuasive ; la doctrine du secret était menacée dans ses fondements. C'est alors que parut l'évangile selon Jean» ledemiw etleplusmétaphysî^ que des quatre récits qui composent le canon évan^gilique : tout paulinicn a pu récrire ; mais il est plus probable qu'il existait déjà, et qu'il était connu des docteurs chrétiens^ car plusieurs phrases sont citées dans les Clémentines et dans les écrits théologiques de révéque Hippolyte (1), du premier Tatien, disciple de saint Justin, du philosophe chrétien Athénagore et de Théophile, évéque d'Antioche, dont V Apologie fut composée au milieu du 11^ siècle. Pierre, Jacques et Jean étaient les trois plus chers disciples de Jésus, et nécessairement ses trois plus intimes confidents ; mais, comme disciple bien-aimé, Jean dut être celui à qui Jésus confia le secret tout entier. Son évangile, écrit en araméen^ dut être traduit pour être compris de ceux qui suivaient les doctrines de Marcion, d'Ehion ou de Gérinthe. Gomme la vie supérieure du Ghrist était un mystère divin, Jean avait pu la raconter eu cette langue en se plaçant déjà à ce point de vne élevé ; mais le temps où elle pouvait être comprise n'arriva que quand les controverses eurent préparé
{i) Voyei sur Hippolyte vaué éludé de H. A. Réfille, dans h
lievue des Deux-Mondes du 15 juin 1865.
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las esprits, et qae la vie réelle de Jésas eut pris les aspects iaatastiques que donne un passé déjà lointain.
C'est dono daas rÉvangile de saint Jean qu'il faut
chercher les formules déûnilives de la métaphysique durdtienne, formules que saint Paul loi-méme n'avait qu'ineomplèlaEnent révélées et dont la couleur asiatique n'échappera à personne. H est nécessaire pour la suite de ce travail de les résumer en peu de mots. Jean admet que le Verbe divin était connu longtemps avant Jésus, qu'il existe éternellement, qu'il éclaire tout homme venant en ce monde, qu'il fut pour Dieu le médiateui^ de la création, qu'il s'est fait chair et qu'il a placé en nom sa demeure {habiiamt in nobis). Dieu est un et indivisible. Le Verbe est son iils unique, sa gloire, sa lumière ; il dévoile aux hommes les choses du ciel. L'Esprit est Dieu; incamé, il devient le Christ, premier-né des créatures, «organe de sanctification pour les hommes. C'est l'amour divin qui est le sauveur universel, car c'est par lui que bieu a donné au monde son fils unique, et, pai' leur coromonion avec ce fils, les hommes deviennent, comme lui, enfants de Dieu. La justilication s'opère par la grâce de Dieu, c'est-à-dire par son action difsete en nous, et l'expiation s'opère, non par les (euvres de la loi, mais pai^ la justice. Le consolateur que Jésus a promis à ses disciples n'est pas autre que TEsprit de Dieu, qui^ sous le nom de Christ, habitait avec eux, mais ûun encore en eux, et qui.
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après le départ du Christ, quand ils seront livrés à eux-mêmes, demeurera en eux et fera que par eux les hommes continueront à accomplir les œuvres de TEsprit. C'est dans saint Jean que se trouve, pour la première fois exposée sous sa forme authentique, la théorie du Christ éternel^ antérieur à Abraham et à Adam ; mais à cùté de cette doctrine se trouve nettement^affîrmée Thumanité du Christ, son incarnation en Jésus et la réalité de sa vie et de sa mort.
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