PRINCIPE D UMTÉ DES RELIGIONS
pleine lune sont à T horizon et sembleat pâlir et lui rendre hommage.
Gamment s'est produite cette transfiguration d'Âgni ? Au moment où un prêtre posait le jeune dieu sur Tautel, un autre a versé sur sa tête la liqueur sacrée, le spîritaenx sôma, et bientôt lui a donné Tonclion en répandant sur lui le beurre du saint sacriiice. Quand sa main a répanda sur Agni le beurre clarifié, il porte le nom d'Oinl (alUa). Ces matières inllam^ mables ront fait grandir ; sa flamme s'élance environnée de gloire; il resplendit au sein d'un nuage de fumée qui monte en colonne vers le ciel, et sa lumière va s'unir à celle des luminaires d'en haut. Le c dieu aux belles clartés dévoile aux hommes ce qui était caché : du miheu de l'enceinte où il trône, il enseigne les docteurs, il est le gourou des gourous (le maître des maîtres), et prend alors le nom de JdtavêdaSy c'esl-à-dire celui en qui la science est innée.
Ici se développe dans le Vèda toute une mystique
sans laquelle les reUgion^ des temps postérieurs sont à peines intelligibles, et dont la connaissance répand sur elles une lumière inattendue: Je prie le leaeur qui n'a pas étudié les Hymnes de vouloir bien prêter* toute son attention.
11 est une plante dont les sucs se nourrissent de la rosée des nuits sous les rayons de la lune, et qui, mûrie par le soleil dont elle concentre les feux, fournit aux hommes un jus savoureux, d'abord sucré,
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puis clarifié par la fermentation et enfin rempli cfune matière ignée, combustible, d'un véritable esprit de vie. Consumé par le leu, il lui donne une ardeur et des llammcs étonnantes; consommé par riiomme, il rend son âme ardente et remplît son corps d'une vigueur nouvelle. Cette plante a varié selon les latitudes : dans flnde, c'est une asclépiade, que fon nomme sama ; dans TÂsie centrale, chez les Hédo- Perses, elle porte le nom de haoma; dans l'Occident, c'est la vigne. Donné aux hommes , par une grâce divine, cet arbuste a été apporté par un oiseau céleste nommé çyéna^ l'épervier; et c'est dans un de ses rameaux que, d'un vol rapide, il a fait descendre sur terre le feu d'en haut.
Le jus de cette plante est devenu la liqueur sacrée chez tous les peuples âryens. Agni réside en elle ; il y est présent, quoique invisible : c'est ce qu'aflirment maintes fois les poètes védiques, comme un dc^e reconnu de leur temps. Le vase qui la contient contient donc aussi Âgni sous une forme mystique, et puisque Âgni en peut sortir sous la forme mouvante du feu, ce vase contient encore la mére d'Agni, la divine Muyà. C'est le calice qui renferme le sang de la victime immolée.
D'un autre côté, si la liqueur sacrée est prise pour l'emblème des aliments liquides dans toute la nature, l'aliment solide est représenté par le gâteau, qui dans rinde védique est composé de farine et de beurre, matières éminemment combustibles et , nutritives.
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Agni est donc aussi présent dans l'offrande solide. C'est ce dont les auteurs du Véda ne font aucun doute.
Ces offrandes sont présentées au feu sacré ^ur Tautel. Le feu les consume, les transforme et les élève en vapeurs odoriférantes vers le ciel, où elles vont se réunir au corps glorieux des êtres divins et finalement au Père céleste, présent à la cérémonie. Âgni devient ainsi le médiateur de l'offrande, le sacriiicateur, le prêtre mystique ; et comme roflrande le contient sous des apparences matérielles, c'est un sacrilicaleur qui s'offre lui-même comme victime. Alors avait lieu le festin sacré : la sainte table védique consistait, en gazon, barhia^ kuca ou durba^ que l'on étendait à terre ; les prêtres et après eux les convives du banquet divin recevaient chacun sa part de l'hostie et la mangeaient comme un aliment choisi, dans lequel Agni était renfermé.
L'effet moral de cette communion primordiale était extraordinaire. Car Agni étant la vie et la pensée, ceux en qui il s'incorpore deviennent participants d'une même vie et d'une même pensée, Irères selon la cliair et selon l'esprit ; et comme ce culte ne réunissait alors que les hommes de face ftryenne* c'est lui qui soutenait la communauté et en qui se réunissaient ces sentiments que d*utt mot latin nous avons appelés amour de la patrie.
De plus l'Agni du Vêda, étant la vie dans l'individu, est aussi le médiateur qui transmet la vie et l'auteur
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des génératioos ; principe masculin suprême (fmri^so)» il vit dans les pères et revit dans les fils, « il est le . mari des femmes et le fiancé des filles ; » il réside pleinement dans le père de famille maitre de maison, plus pleinement encore dans le roi chef du peuple, et éminemment dans le prêtre, dobt la pensée l'a conçu, dont la voix le chante, dont la main et la bénédiction (swasti) Tengendrent sur TauteL Quand un homme meurt, le feu de la vie et de la pensée se retire de lui et laisse à la terre ses membres gbicés, son souffle retourne à Vàyu, sa vue au soleil.
« Mais il est une partie immortelle; c'est elle, ô . « Agni, qu'il faut échauffer de tes rayons, enflammer « de tes feux; ô Jâtavédas, dans le corps glorieux « formé par toi transporte-la au monde des pieux, » {Vêda, X, 160 *
Ce monde où siège la lumière éternelle, la félicité, où brillent les mondes radieux, où la satisfaction nait avec le désir, est situé dans les régions célestes où règne le Père éternel : c'est le Paradis, le paradêça des Médo-Perses, le séjour de l'immortalité . i
Enfin, Agni a la puissance de rendre les morts à la vie. 11 a ressuscité Subandhu : lorsque ses frères eurent prononcé sur ce jeune homme les formules de résurrection, Agni leur apparut au milieu de la cérémonie et, se tenant en face du cadavre, il lui dit:
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€ Voici le père, voici la mère, voici ta vie qui rec vient ; voici ta délivrance, ô bon ami ; viens ici, « lève-toi...
« J'ai repris l'âme de notre cher ami à Yama, fils (c de Vivaswat, pour la vie et non pour la mort, oui, « certes, pour le salut. » (Tcrfa, X, 60, 7 et 10.)
Subandhu se releva, et ses frères chantèrent l'hymne de la résurrection et de la vie.
Je ne veux pas pousser plus loin l'analyse de la théorie d'Âgni, telle qu'elle est dans les Hymnes indiens ; le lecteur curieux d'en savoir plus long à cet égard pourra recourir à notre Essai sur le Vêda^ et beaucoup mieux encore au Vèda lui-même. Il serait bien à désirer qu'un indianiste habile, possédant les théories mystiques des autres cultes àryens et du christianisme, Ht de ce livre sacré une traduction nouvelle, plus précise que celle de S. Lan gi ois, et plus intelligible que les versions anglaises ou allemandes. Car le texte des hymnes est accessible ù un si petit nombre de personnes, et leur connaissance est si nécessaire au progrès de la science des religions, que sans une traduction hdèle du VcJa, nous ne pouvons pas espérer qu'en France ces hautes études atteignent le but qui leur est proposé. Je ne puis ici que tracer la voie où la critique doit s'engager dès à présent ; c'est aux savants à faire le reste ; je reviens aux symboles chrétiens.
Il est impossible de traiter répilièrement les problèmes qu'ils soulèvent, si l'on ne distingue dans
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le dogme fondamenlal les trois éléments qui s'y
trouvent réunis et que j'appellerai la Uiéorie du Christ, la légende du Christ et ¥ histoire de Jésus.
Tout le monde sait que la théoriç du Christ est antérieure à la venue du Seigneur: les Juifs attendaieut depuis longtemps le Messie ; ils l'avaient vu en partie dans certains personnages historiques, tel que Cyrus ; Simon le magicien se donnait pour le Messie ; au temps d'Auguste, l'attente du Messie était dans tou6 les cœurs. Les Juifs ne le reconnurent pas dans Jésus, et ils eurent raison; car saint Paul, puis ceux qui, comme saint, JLuc, adoptèrent ses idées, et ceux qui, comme Marcion, les exagérèrent, professaient hautement que le Christ n'était point le Messie des Hébreux, mais le ais du Père céleste, venu pour sauverions les hommes malgré la Loi. Mais la théorie du Christ fils de Dieu était tout entière dans les Apocryphes d'Alexandrie et de Palestine, et chez les sectes juives issues de l'influence âryenne lors de la captivité. Elle était sous sa forme idéale dans le Zend- Âvesta; enlin nous \enons de la montrer sous sa double forme, matérielle et métaphysique, dans les Hymnes indiens. Or, les auteurs de ces hymnes la donnent comme créée bien longtemps avant eux et symboUsée dans un grand culte national dont Riàhou, qui est probablement Orphée, est présenté comme l'organisateur. Cette tradition, commune aux Grecs et aux Indiens, nous reporte au temps où les branches du tronc aryen qe s'étaient pas encore séparées
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et où cette &miUe vivait dans son unité le long des
vallées de VOxus. C'est donc là qu'il faut chercher l'origine de la théorie du Christ.
GoncevraitH)n qu'une théorie aussi belle» qui anime le culte tout entier et qui rend]compte avec une justesse surpraiante de la vie et de la pensée ici-bas, eut pu, en pleine Asie, traverser vingt ou trente siècles sans donner lieu à une légende? Au contraire : presque tons les éléments de la légende du Christ se trouvent dans le Yêda, sa double origine» sa conception miraculeuse, sa naissance avant Vanrore an milieu de laits eitraordinaires, son baptême dans les eaux, l'onction sainte d'où il tire son nom, sa science précoce, sa transfiguration, ses miracles, son ascension vers Le ciel, où il va rejoindre le Père céleste qui l'avait engendré éternellement pour être le sauveur dea hommes.
On est sans doute fort surpris de trouver deux . mille ans avant Jésns^hrist tons ces faits et beaucoup d'autres qui forment la majeure partie des récits évangéliques. On est comme troublé en songeant que la légende dn Christ, s'expliquant de la sorte, semble réduire l'flvangile à une allégorie et donner raison aux Marcionites et à Apollos, le rival de baint Paul. Ce doute devient plus poignant quand on voit, par la vie d'Apollonius de Tbyane, , christ païen comme Ta si bien nommé M. A. Réville, avec quelle facilite le mythe était pris alors pour la réalité et la légende pour l'histoire. Nous ne connaissons presque rien de
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la vie de Jésos ; son nom même nous est inconn
puisque Jéstts ou sauveur est ua surnom qui se dOi naît depuis deux cents ans et que ehrist est une qu liûcalion qu'il reçut pluf tard ; la partie légendaii des évangiles et des autres livres saints étant otée» ne reste pas de matériaux suffisants pour compose une histoire réelle. Celles qu'on a publiées sont di œuvres d'imagination et des romans. Mais il est un ancre à laquelle le vaisseau de la foi peut toujouj être attaché; c'est la réalité de la vie de Jésus et d sa prédication, attestées non seulement par les livre chrétiens, mais par les témoignages étrangers le moins suspects. Il faut songer combien était uécets! saire dans le monde gréco-romain une réforme de idées et des mœurs ; il faut envisager aussi la natun universelle d'Agni, qui est la plus grande manifestation de la nature divine dans le monde physique et moral, et se dire enûn que «i ce christ primordial habite en chacun de nous, on put trouver juste de lé voir pleinement et parfaitement inoamé en Jésas. On lit donc a Jésus l'appUcation de la théorie et de la légende, telles qu'elles existaient auparavant: par lui, ces dogmes reçus de fiabylone comme une tradition non interrompue, dogmes dont la forme primitive se trouve dans le Véda, entrèrent de plain-pied en Oc* cident. Envisagé de la sorte, je ne crois pas que la Christ perde rien de sa majesté. '
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