CHAPITRE IX
En Occident, les doctrines orientales engendrèrent culte et des figures dont nous devons parler. Le Imite vit dans les églises non protestantes sous des jformes à peines modifiées depuis les anciens temps, ps rites primitifs sont dans ces anciens livres d'église» ^auxquels on donne le nom de Sacrammtaires et dont lie plus ancien est celui du pape Gélase et de saint ferégoire-le-Grand. Mais longtemps avant eux, les éléments essentiels du culte étaient lîxés et pratiqués dans rÉglise. On ne peut assez déplorer le peu de souci qu'ont les chrétiens de se rendre compte des cérémonies de leur religion: on croit en savoir assez quand on a assisté à la messe sans la comprendre ; oa 8ait seulement qu'il y a dans Tannée quelques iotes plus importantes que les autres et que la principale est celle du dimanche de Pâques; mais l'ensemble échappe. Or, le rite chrétien dans son ensemhle se présente sous deux aspects : il est quotidien et a pour cealre le canon de la messe ; il est annuel et a pour centre la semaine de Pâques. Tous les offices du jour
et de la nuit sont des préparations ou des conséquences de la messe ; tous les offices de Tannée pré-l parent la semaine sainte ou en découlent. Mais le rite quotidien n'est que la réduction du rite annuel, lequel constitue le culte chrétien par excellence. Ce culte est distribué suivant la marche du soleil et de la lune. La naissance du Christ coïncide avec le solstice! d'hiver. Pâques suit de près l'équinoxe du printemps.' Au solstice d'été on célèbre la fête du Précurseur, et Ton allume dans nos campagnes ce que Ton nomme i les feux de la Saint-Jean (1). Les autres fêtes sont) distribuées méthodiquement dans les autres parties de Tannée, suivant un ordre qui demande à étre| comparé avec celui des cérémonies védiques. * La grande époque de Tannée chrétienne est la semaine sainte. On peut suivre dans les missels, mais mieux encore dans les grandes églises de Lyon, de Paris, de Rome, les cérémonies qui la remplissent; | et Ton verra que si toute Tannée concourt vers la j semaine sainte, toute la semaine sainte concourt vers un point principal qui est par conséquent le centre j
(1) Le solstice d'iiiver a lieu quatre jours avant Noël; celui d'été quatre jours avant la Sami-Jean. Le jour de Pâques est
réglé d'après l'équinoxe, puisqu'il a lieu le dimanche qui soit la pleine lune après l'équinoxe du printemps. Il est donc probable que Noël et la Saint-Jean sont deux fêtes fort antiques, qui ont coïncidé prioatitivemoal avec les soltices. La précession des éqoinoxes étant de cinquante secondes par an, quatre jours répondent environ à sept mille années ; mais les quatre jours peuvent ne pas être pleins.
UNITÉ DES RiT£S. "iSâ
(le tout le culte chrétien. On se fait illusion en croyant que c'est le dimanche de Pâques, car ceux qui lisent les anciens missels et qui les comprennent se convainquent bientôt que tout le rite, tous les chants et les récits de ce jour ne font que célébrer révénement qui a eu lieu la nuit précédente, et qui s'est prolongé jusqu'à l'aurore. Cet événement est double : c'est à la fois et d'une manière indissoluble la résurrection du Christ et la rénovation du feu.
Tout cet office du samedi saint est d'une beauté vraiment idéale et d'une philosophie profonde. Je ne puis le reproduire ici comme je le voudrais ; mais j'invite tous ceux qui s'occupent de l'étude des religions à le suivre le livre en main, et l'esprit ouvert. S'ils ont dans la mémoire le souvenir des grandes cérémonies védiques, ils les retrouveront ici tout entières, au milieu de prières qui leur rappelleront les plus beaux chants de nos ancêtres âryens et qui charmeront leur pensée. Là ils verront les « portes éternelles » de l'enceinte sacrée, par où doit passer H le roi glorieux; y> le feu divin et la vie gisant encore dans le calice {samudra)y soûs la figure de Jonas ; la lumière indéfectible du Père; r£sprit, pénétrant dans le vase baptismal comme une vertu mystérieuse ; le feu naissant par le frottement du caillou, qui en Occident a remplacé les arani, et bientôt le cierge, grand symbole pascal. Aux temps anciens de l'Église, la cérémonie du feu et du cierge avait lieu le dimanche, au second nocturne, entre troisetsixheures du
234 miJÉ J)£S RITES.
matin ; c'était à Taube, puisqu'au jour de Téquino le soleil se lève à six hrares. Le feu, ayant été exci par le froUemeut, sert à allumer le cierge pascal ; diacre vetude blaac prend un roseau, qui est le v tasa des hymnes^ au bout duquel sont trois bougie représentant les trois foyers de l'enceinte védique on les allume tour à tour avec le feu nouveau, en d sant chaque fois : c la lumière du Christ I i Puis o allume le cierge pascal, dans lequel la cire remplac le beurre du sacrifice, la c mère abeille » la vacli des Indiens, la mèche le bois du foyer sacré. Eaiî. le Christ paraît sous son vrai nom à'Agniis, qui peiî bien être Agni sous une forme latine. On récite alor la prière suivante, où est exposée en quelques phrase la mystique de tout le rite pascal :
€ 0 nuit vraiment heureuse, qui a dépouillé lej Égyptiens (dans le Vèda, les Dasyons) et enrichi les Hébreux (les Aryas) ! Nuit en laquelle les choses célestes s'associent aux terrestres, et les divines aux humaines 1 Nous te prions donc, Seigneur, que ce cierge, consacré en l'honneur de ton nom, persévère indéfectible pour détruire robscurité de cette nuit, et que reçu en odeur de suavité il se nicle aux luminaires d'en haut. Que l'astre qui le matin apporte la lumière {Lucifer nmlulinus) trouve ses flammes ; cet astre, dis-je, qui ne se couche jamais, qui, revenu des régions inférieures^ a lui avec sérénité sur le genre humain. » *
Le reste du jour, on célèbre la renaissance du
] UNITÉ DES RITES. * 23d
Christ, et les chrétiens d'Orient vont par les rues, par les champs et par les maisons» se répétant les uns aux autres la bonne nouvelle : xpiŒxoç àvijr^, a le Christ est ressuscité, Le festin sacré, auquel tous les chrétiens doivent participer en ce jour, est Tagape de la charité et de Tamour mutuel : c*est ce qui est exprimé par ces paroles : Congregavi nos in unum Chmli umor, « l'amour du Christ nous a réunis en un seul corps. » Cette pensée, qui domine toute la semaine de Pâques, est précisément exprimée dans le dernier hymne à Agni, où on lit ces paroles du prêtre :
I c Que vos âmes se compreiment: les mortels c ici rassemblés n'ont qu'une seule prière, un seul c vœu, une seule pensée, une seule âme ; j'offre dans i ce sacriiice votre prière et votre holocauste, préi santés par une intention commune. Que vos vo- ( lontés et vos cœurs soient d'accord : que vos âmes ^ s'entendent, et le bonheur est avec vous. » {Veda^ X,191.)
Le rite central dont nous venons de parler a été, selon la tradition, substitué par Jésus lui-même îiu ' rite pascal des Hébreux, lorsque, après avoir célébré , ce dernier avec ses disciples, il institua l'eucharistie ; en ce jour, il s'offrit lui-même comme une victime nouvelle, dont le sang était le dernier qui dût couler, victime désormais remplacée sur l'autel par la double offrande du corps mystique du Christ. C'est ce que VÉgUse rappelle par cette formule ; Pascha nostrum
ââ6 UNITÉ* pES RITES.'
immolatus est ChmtuSj t notré Pâque à nous^ c
le Christ immolé. » Celte suppression des sacri£ sanglants avait été adoptée par les Thérapeutes et Esséniens, conservateurs de la tradition âryej parmi les Juifs, Elle est près de s'accomplir dans Vêda ; car on y voit presque toujours Agni s'of lui-même dans le feu de Tautel, sous la double i parence du gâteau sacré et de la liqueur spirituel du sima ou, comme on dit chez nous, du pain et vin.
Avant d'aborder la question des monuments iigur je dois encore appeler l'attention du lecteur sur nom même de Christ et sur la quaUté de roi qui !'< compagne. C'est un point controversé parmi les chi tiens dès l'origine de l'Eglise, les uns entendi cette qualification dans son sens réel, les autres da un sens figuré, personne ne pouvant dire pourqt le Christ l'avait reçue et conservée, quand on sav4 que les Juifs ne la' lui avaient donnée que par déi sion. Voici les propres paroles du Vêda :
A AGJSi : I
€ La jeune mère porte l'enfant royal mystérieusi
a ment caché dans son sein... la reine l'a enfanté
c car d'une antique fécondation c'est le germe qi
€ s'est développé ; je l'ai vu à sa naissance, quaoi
« sa mère l'a mis au monde. Oui, j'ai vu ce diei
€ aux couleurs brillantes et j'ai répandu sur loi
c l'onction immortelle je l'ai vu s'avancer de si
UNITÉ DES mm. 237
( place tout resplendissant des ennemis avaient
Il rejeté au rang des mortels celui qui est le roi des Il élre8 el le désiré des nations. •••• que ses calomnia- ( leurs soient confondus. > ( Véda^ \\ 2.)
Celte jeune reine, qui est appelée « la dame du pple, » est le plus souvent nommée par son nom Ri^re, c'est Varanî, c'est-à-dire Tinstrument de bois m le feu se tire par le . frottement. D'après les fijfmnes, celui qui le premier a découvert le feu fat Uharvan, dont le nom indique le feu lui-même. Mais pelai qui en fit le feu sacré, eu le plaçant sur un autel se terre et en lui faisant produire des flammes resiteodissantes, fut Bbrigou; ce qu'il lit est parfaitepent retracé dans le Véda et signifié par son propre pom: il répandit sur le bois du foyer le beurre padtt, qui dés ce moment s'appela l'Onction sacrée ^iijana).
j Or, dans la théorie physique d'Âgni, le feu qui réside dans l'onction, vient du lait de la vache, qui lui-même vient des plantes dont elle se nourrit; et (es {riantes croissent en accumulant en elles le feu du ^leil; la vertu de l'onction procède donc du Père céleste ; le prêtre n'en est que l'instrument humain, ^sens métaphysique, le feu de la vie, qui elle aussi procède du soleil, se manifeste surtout par la puismee, par la science et parla vertu, lesquelles doivent ^ rencontrer excellemment dans les rois et dans les prêtres. L'onction sacerdotale et l'onction royale sont
iîvJ8 UNITÉ DES KlTiiS.
des céréuioaies symboliques par lesquelles on m quait sur une personne la présence en elle d' Agn un degré supérieur; le prêtre la recevait des ma paternelles, parce qu'il était prêtre par sa naissant le roi la recevait de mains du prêtre, parce que prêtre était sur la terre le représentant et le minis d'Agai. Agni, qui est le prêtre éternel, sacerdos œternum^ reçoit éternellement Tonction des mai du Dieu suprême : le Christ est donc l'oint du S< gneur.
Dans rbumanité, les hommes qui l'emportent s les autres par leur puissance, leur intelligence c leur vertu méritent aussi d'être appelés les oints i Seigneur; ce litre fut donné à l'Àrya Cyrus, au temj de la Captivité, en pleine société aryenne. Cinq cen ans plus tard, Jésus fut déclaré pontife éternel, et r suprême marqué de l'onction divine. Si on le juge la g randeur de l'œuvre accomplie par lui enOccideni il n'est pas un brâhmane de bonne foi ni un Parsi à plus forte raison un chrétien, qui puisse raison nablement lui contester les titres dont il a été revélii
Enfin, comme le feu mystique se transmet di Christ à tous ceux qui lui sont fidèles, nous voyons que ce nom leur est donné par plusieurs Pérès de rÉglise et par les inscriptions des Catacombes, qui les appellent des christs ou des chrétiens; car si le baptême, fait avec l'eau où ont été plongés le derge' et la matière de Fonction, met en un homme la verlu spirituelle qui le rend chrétien, c^est par fonction
UMITÉ DES RITES. ^289
laite sur le Iront que cette vertu est confirmée et i^ue riiomme est marqué du signe de la croix (i).
Ce dernier mot nous ramène aux (igures^ symboliques et aux monuments figurés dont la croix est peut-être le plus important. Le crucifix ne paraît pas avant le V« siècle dans les monuments de fart chrétien ; la croix en t> qtic quelque^uns prétendent avoir été rinstrument du supplice usité à Jérusalem, M s'est rencontrée qu'une fois avant cette époque^ avec la date consulaire de 370. iMais les peintures (les catacombes offrent un très-grand nombré de croix, les unes isolées, les autres faisant partie de certains groupes de personnages. Seulement, ces I croix ressemblent d'autant moins à la nôtre qu'elles mi plus anciennes. Elles se composent le plus souvent de deux parties plus ou moins irrégulières, ; ilont chacune a ses deux extrémités renllées comme les entrenœuds des tiges de beaucoup de plantes; d'autres fois, c'est un signe monogrammatique à I quatre ])i anches dont les bouts sont recourbés à angle droit Une longue rangée de ces croix à crochets forme un ornement courant; autour de- la célèbre chaire de SainL-Ambroise à Milan.
^ Les archéologues chrétiens pensent que c'est la iorme la plus ancienne du signe de la croix; nous le croyons aussi, car ce signe est précisément celui que Ton trace sur le front des jeunes buddhistes et
(1) Yoye^ Le Buptémej par Bezolac, Haisonneuve, 1873.
UNliK DES KITËS.
()Ui clail usilc chez les brahmanes de loule nniiquité (1); il porte le nom de swaslika, c'est-à-dire j signe de salut, parce que la swasli (en grec im} \ clail dans Tinde ce que la cérémonie du salul csl j chez les chrétiens. Quânt à rorigine de ce signe, elle est aujourd'hui facile à reamnailre: il représenle les deux pièces déchois qui coinposaienl Vifnun, donl les extrémités étaient recourbées ou renflées, pour être soUdement relenues avec qualre clous. Âu poinl de jonction élait une fossette: là on plaçait la pièce \ en forme de lance, dont la rotation violente, produile | par une sorle de tlagellaliun, faisait apparailre Agni. ■ L'archéologie chrétienne reste muette sur les origines r du signe de la croix, mais le Véda, la théorie d'Agni | el la philologie comparée en donnent la signidcalion | primitive.
C'est ce même instrument qui se trouve personniiié | dans Tancienne religion des Grecs sous la figure de ' Prométhée porteur du feu : le Dieu est étendu en croix sur le Caucase, tandis que Toiseau céleste, qui est le Çyêna des hymnes, dévore chaque jour son flanc immortel. A présent le swaslika se remarque ! sur une mullitude de vases et d'objels antiques, de i Rhode, de Chypre, de Grèce, d'Italie, et sur d'autres * qui caractérisent la périoda nommée préhistorique.
Quand Jésus eut été mis à mort par les Juife, ce
(1) Voyez notre Diciiomaire sanscrit^ art. SwasUka; et£ug. Bumouf, Lotus de la bonne Un, p. 6S5.
LNUÉ DES RITES. ^ * i241
vieux symbole aryen lui lut aiséuienL appliqué, et le swastika, par des transformations successives, devint la croioo hastée des modernes chrétiens.
Le symbole du crucifiement du Christ fut souvent remplacé par l'agneau; M. l'abbé Martigny a écrit sur ce sujet un excellent opuscule, auquel nous renvoyons le lecteur. On est fort étonné de trouver si souvent cette figure dans les monuments chrétiens des premiers siècles, quand il est notoire que le christianisme avait supprimé l'immolation de Tagneau ; on l'est plus encore quand on voit ce symbole si rare dans rÉglise grecque, tandis qu'il est partout dans TÉgiise latine (1). Il est incontestable que l'agneau représente le Christ immolé ; mais comment l'agneau chrétien, s'il représente le sacrifice, peut-il être employé dans tant de circonstances de la légende du Christ, d'où l'idée de rimmolation est absente? Pourquoi s'est-il passé plusieurs siècles avant que l'agneau ait même été représenté dans une relation quelconque avec la croix ?
Puisque la théorie d'Agni est identique à la théo«*
rie du Christ, et que les deux légendes se ressemblent pour ainsi dire de tout point, n'est-il pas naturel de se demander si le symbole de l'agneau n'a pas eu une
(i) Il est remarquable qae l'agneau, comme symbole, est
très-peu usité dans l'église grecque, et que le meurtre des agneaux au jour de Pâques est un des usages les plus généraux des p<^ulatiDii8 grecques, comme le eaurban'beiram des Sémites et des Musulmans.
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2i:J . U.MIÉ DES lUlES.
si grande fortune dans l'Église latine à cause de l'identité des deux noms ? Cette expUcaticNi est singulièrement conlirmée par l'élude des textes et des monuments figurés. Il y a des textes qui, à eux senis, sont à peu près inintelligibles, comme celui-ci: « Corporis Agni marjuantum ingens » (Fortunat, XXV, 3), qui est la reproduction d'une formule sanscrite: agni'kàya-mahu'ralmm, (l le grand joyau du corps d'Agni. » Ce joyau principal se plaça, dans les croix gemmées, au poipt où les deux branches se croisent, là où, dans les croix nues, nous plaçons encore un foyer de rayons dorés s'échappant dans toutes les directions; c'est le point d'où part la première étincelle dans l'opération de V avant.
Ailleurs, l'agneau est figuré sur un monticule d'où s'échappent quatre ruisseaux, lesquels répondent exactement aux quatre coupes instituées par les Ribhous dans Tantique sacrifice âryen, ou bienaux quatre prêtres ou aux quatre tleuvesdu paradis. Cette représentation de l'agneau est môme la plus antique, diaprés M. l'abbé Martigny. Comment expliquer aussi la zone d'or dont Vagneau est ceint quelquefois, sinon comme ost expliquée la ceinture d'or du dieu Agni dans le Véda? Et cette épithète d'Agniferus donnée au Précurseur, comment peut-elle signifier celui qui apporte l'agneau, puisqu'au contraire il venait pour supprimer son immolation et que lui-même fut décapité comme ennemi du culte israélite? Ne signifiait-elle pas plutôt celui qui apporte Agni, et ne fait-elle pas voir sons
an jour historique tout nouveau le rôle de saint Jeaa-Baptistd 7
Eofia Tagaeau parait être» à rorigiiie du chrisliamsnie, tellement identique avec le feo divin, que l'Apocalypse» dans la grande théorie qu'elle en donne, dit en propres termes : a La cité (mystique) n'a pas befioindo soleil ni de la lune ; c'est l'agneau qui est son ilambeau » (21, ^).Jbô& laiapes ont été pour les premiers chrétiens une occasion tout offerte de représenter symboliquement la « lumière du Christ; t le quatrième volume du grand ouvrage de Perret eu représente des plus curieuses. M. Marti gny en cite une illustiée par M. de Laslérie, et dont il donne la description. Elle a la forme d'un agneau du sein duquel jaillît une source d'huile ; cet agneau porte sur la poitrine et sur la téte le signe de la croix ; sa téle est surmontée d'un oiseau, image de Tesprit ou de Cyêna.
Au^ symbole de l'agneau se rapporte probablement la légende de sainte Agnès. C'était une petite fille de douze ans» qui subit le martyre vers 304, sous Dioclétien ; entièrement inconnue, elle se trouva en quelques années honorée d*un culte spécial dans toutes les églises, et son nom fut inscrit au canon de la messe, où il est encore. Ce nom eut la merveil* leose fortune de mettre dans une foule de circons^ I tances celle qui l'avait porté à la place occupée ordinairement par le Christ ou par Marie sa mère : on la voit .comme eux entre Pierre et Paul, qu'elle
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244 UNITÉ DES lUTKS.
domine par sa taille ; entre deux arbres, comme la ■ Vierge; sur des lampes, sur un monticule, comme { Tagneau, comme le Christ, comme le monogramme; | dans son culte, elle est en relation étroiteavec Tagneau ; i enfin, seule avec Marie et Jean-Baptiste, elle a deux fêtes dans Tannée, Tune pour sa nativité, l'autre pour sa passion. Tous ces faits sont expliqués dans les Pères par la ressemblance des mots Agnès et • Agnus ; ajoutons encore le nom d'Agni et la grande analogie qui dut être établie entre elle et le Christ dans la mystique secrète de ces anciens temps. On la représentait nimbée avec des vêtements ornés d*or, un colUer de perles, le laticlave gemmé des reines, des flammes s'écliappant de dessous ses pieds, en souvenir du supplice d'où «lie sortit intacte ; enfin, sa nature ignée et lumineuse se trouve attestée par un passage des Ménées où il est dit: « Les impurs (£va7vo(), en faisant pénétrer Agnès dans leur demeure ténébreuse, se sont procuré une demeure toute resplendissante de lumière. >
La nature ignée et lumineuse du Christ est également prouvée par une Inouïe de passages des livres saints, des Pères et des rituels, aussi bien que par des monuments figurés. Tout le monde sait par cœur le premier chapitre de révangile de Saint-Jean, et | ces paroles du Credo : « lumière issue de la lumière. > SaintJérôme dit du Christ: « Quelque chose d'igné et de sidéral rayonnait dans ses yeux, et sa majesté divine luisait sur son visage * {in Matth. 111). Dans l'Église
UNITÉ Biùii RITES. ^245
copte, qui possédait une des plus aucieuaes liturgies, la formule de bénédiction du disque appelait charbons ardents les particules de Teucbaristie sur la palène ; la Vierge, dans les Theotokia alexandrins, est qualifiée c d'encensoir qui a contenu le charbon vivant et vrai, Les hymnes des églises d'Orient disent souvent que dans le pain eucharistique les mortels i^eçoivent un feu divin.
Quant aux peintures, aucune d'elles n'offre du Christ une image authentique ; les plus anciennes ne remontent pas au-delà de Constantin. Â partir du second siècle, une controverse exista entre les doc liears, les uns prétendant qu'il était très-beau, les autres qu'il. était laid: Grégoire de Nysse, Jérôme, Ambroise, Augustin, Chrysostùme, Théodoret étaient ipour la beauté; Justin, Clément d'Alexandrie, Cyrille, ipour la laideur. Irénée affirme que la figure de J.-C. est inconnue. Il est assez curieux de trouver déjà la même dissidence entre les chantres du Véda : le plus grand nombre exaltent la beauté d'Agni resplendis- '^t. Les autres l'appellent virûpay c'est-à-dire diflorme; les poésies homériques oiirent la même di* vergence au sujet d'Héphastos (Vulcain), et vraiment les deux points de vue sont également acceptables.
De la théorie du Christ, de sa nature ignée sont nées, dans les peintures des catacombes, une foule ^e représentations allégoriques ou légendaires, dont ni Tarchéologie chrétienne, ni la Bible, ne peuvent fournir Texplication. La légende des Mages n'est pas
la moins curieuse : elle est déjà dans Févangile de saint Mathieu, qui ne fixe pas leur nombre; les peintures en représentent tantôt trois, tantôt quatre, vêtus d'un bonnet perse et de panlalons. Tantôt l'enfant divin est seni ; tantôt il est sur les genoux de sa mère. Un bas-relief du cimetière de Sainte-Agnès, à Rome, et plusieurs autres monuments représentent un personnage agitant le petit éventail en. forme de drapeau devant Tenfant qui vient de naître : ce symbole ne peut s'interpréter par les deux usages ordinaires de cet instrument, qui sert soit à raifraichir le visaj^e, soit à chasser les mouches, car la légende fait naître le Christ en plein hiver ; mais il est entièrement védique, comme nous Tavons observé plus haut. La théorie du feu divin, qui vit surtout dans les ministres du culte et éminemment dans le premier d'entre eux, explique aussi pourquoi, malgré Tabolition du rite du flahellum en Occident, le pape fait porter devant lui deux grands éventails en plume de paon dans les solennités.
Pour ne pas fatiguer plus longtemps le lecteur de ces détails d'archéologie chrétienne, je ne citerai plus que deux faits intimement liés à la doctrine secrète du feu divin, et qui .montrent comment les premiers chrétiens représentaient leurs propres idées au moyen des anciennes figures. Une des plus souvent reproduites dans les catacombes est celle de Jonas: ce personnage est vu dans trois monients principaux de sa légende, quand il est dévoré par
I UMITÉ mb KITKS. 247
I le monstre, quand est il revomi et quand il repose sous I Farbriismu. Le root hébreu qui, dans le livre de I Jouas, désigae cet arbuste a'a pas un sens bien connu I et a été traduit arbitrairement par lierre ou par courge. Les peintures des catacombes sont presque toujours très* vagues ; parmi ceiias que reproduit le grand ouvrage de Perret, deux seulement ont des I lomies reoonnaissables; leiur fruit, qui n'est ni celui du lierre» ni une cucurbite, ressemble exactement au fruit bien connu de Tasclépias ; de plus, la plante est grimpante ou sarmenteuse, ce qui indique une asdépias asiatique (1) : or, c'est précisément celle qui servait le plus souvent aux Aryaa à préparer la liqueur sacrée du soma.
Dans d'autres peintures des catacombes, Jonas est en relation avec le monstre qui le dévcnre ou qui le rejette; ce monstre n'a rien de eonunun avec une baleine, ni avec aucun animal connu ; il est tout a bit fantastique. Sa queue ressemble le plus souvent à une ieuiUe ; son corps se rouie sur les eaux comme des tourbillons de fumée, d'où semblent s'écbapper des langues de feu. Dans une peinture, sa tête est même entièrement composée de ces langues et n'a ni dents, ni yeux, ni naseaux; les flammes s'écartent comme pour former deux mâchoires d'entre lesquelles est lancé^Jonas dans toute la fraîcheur du jeune âge.
(i> Il exitte cependaat en Grèce un» petite espèce d'aeclépias grioB^te, qui est eomauuie dent la pldae d'Athèoee.
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as Umit DBS RITES.
Tout cela n'est-il pas une image de la naissance feu divin et de la vie dont il est le principe ? C peintures tumulaires, étaient autant de Hgures de l'ii mortalité, et Ton sait que dans les idées cbrétienn l'âme était étroitement liée à TEsprit, qui est comr un feu divin incarné et vivant en nous.
J'appellerai enfin l'attention sur toute une clas de monuments ligurés, composés de trois personnâg^< ou de trois symboles symétriquement disposés. Vu au milieu et les autres sur les deux côtés, comix pour lui faire cortège. Ils sont très-nombreux da£ les catacombes et dans les musées d'archéologie chré tienne. Cette disposition ternaire a été très-populair dans la primitive église, car elle est reproduite dan d'excellents dessins et dans des dessins plus grossiers Si Ton formait des séries, on verrait d'une part le^ personnages passer par des Lranrformations successives à rétat de figures linéaires ou diagrammes mystiques, de l'autre on les verrait remplacés par l'objet naturel qu'ils représentent et qui le plus souvent est lui*même un symbole. Ainsi, entre saint Pierre et saint Paul on voit tantôt le Christ, tantôt son monogramme, tantôt la croix, ou l'agneau, ou Agnès, ou Marie. Celle-ci porte indistinctement les noms de Maria ou de Mara; elle est souvent unie à Agnès avec cette inscription : Anemara^ Anenmara, ou agtiemard (en sanscrit Agnimdyd, la Màyà d'Agni). Ailleurs, le Christ ou Marie ont pour remplaçant un vase enllammé posé sur un socle quadr^ngulaire ; à
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llroite el à gauche sont deux oiseaux tenant chacun [loe branche, ou portés sur une ligne de peinture qui en est le diagramme; sur beaucoup de monu- Iments, ces oiseaux portant la branche sont remplacés par deux arbres entre lesquels on voit, soit un vase j d'où sort un enfant, soit l'image d'une femme avec ies noms de Maria j de Mara, d'Agne; quelquefois tout personnage humain a disparu : alors le Christ est remplacé par une croix ou par une inscription ayant de chaque côté un symbole idéographique. Il est clair que dans la pensée des premiers chrétiens une sorle de substitution pouvait être faite entre les objets occupant une place homologue dans toutes ces peintures, et qu'une même idée s'y trouvait cachée : or, cette idée devait avoir la double portée de la grande doctrine chrétienne, métaphysique et pliysique à la fois. La croi;^, les noms d'Agnès et de. Marie, le vase enflammé sont expliqués par la double théorie du Christ et du Feu. Les ligures latérales le sont par les peintures rappelant la nativité du Christ ou sa transfiguration ; les scènes de la passion sont absentes des monuments figurés avant le IV^ siècle.
La transfiguration est représentée au complet dans la célèbre mosaïque de saint Apollinaire in classe à Ravenne : on y voit le Christ remplacé par une croix, ayant à ses côtés Hélie et Moïse, au-dessus la main du Père céleste, au-dessous saint Apollinaire entre deux plantations ; à la droite du saint est un agneau ; à sa gauche deux agneaux ; a ses pieds,
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sur deux ligues, douze autres agneaux qui ne vent représenter les Apôtres, puisque trois d'en ceux-ci sont déjà au-dessus. Je ne veux pas essa] rintex^prélalion délaillée de ce grand symbole, ^ n'est pas absolument primitif, puisqu'il ne date q du VI^ siècle ; j'appellerai seulemeot l'attention s Hélie et sur Moïse, déjà mealionaés dans le ré évangéliqm^ et qui portent ici leurs noms écnj Uu'liéiie représente le soleil, c'est ce dont il est dil cile de douter, quand on voit dans l'Église d'Orie les temples d'Héltos, sur les pics àe& montagm partout remplacés par des chapelles de saint Héli et la lutte de oelui-ci avec le démon calquée sur lutte naturelle du soleil levant et de la nuit. Un ba relief du musée de Latran ne laisse aucun doute cet égard : Hélie est monté sur un char céleste quatre chevaux; ce char n'en a que deux dans i camée reproduit par Perret (iv, 36) ; le bas-relief c I/atran offire en ontre*^cette particularité intéressant que de dessous les pieds des chevaux semble descend! un ajj^neau. Quant à Moïse, sur beaucoup de moni ments à trois symboles, il est remplacé par la lune représentée soit en nature dans quelqu'une de se phases, soit simplement par son nom Luna, ayas pour pendant le nom latin du soleil, Sol^ au iiei d'Hélie. Un demandera maintenant pourquoi Mois» parait dans cette légende pour y jouer le rôle de h lune ; le Vêda nous parait répondre à celte queslioi de la manière la plus nette : non seulenaent les IIjmn«
I UNITÉ DJâS RITES. ^251
dépeignent souvent Âgni se LransUguranL sur l'autel ou sur la colline entre les « deux grands parents, » dont l'éclat est comme éclipsé par le sien; mais toute personne s'occupanl de philologie comparée reooiinaitra dans la forme latine du nom de Moïse {Mases) le nom sanscrit de la Lune et du Mois {Mas, Mdm) reproduit lettre pour lettre. Si Ton veut ensuite rechercher dans le livre des hymnes tout ce qui concerne la théorie de ces astres dans leur rapport avec le feu, la vie, la pensée et avec le saint sacrifice^ on verra s'expliquer de la façon la plus simple toutes les figures symboliques dont nous vei nons de parler. De la même manière s'expliqueront aussi les peintures où, à la place dliélie et de Moïse, I sont figurés un cheval et un lièvre, ou bien un bélier ! et un paon ; on lira à ce sujet les beaux hymnes de ûirghatamas sur le cheval céleste Dadhicràs; tous les indianistes connaissent la relation d'Indra et du bélier, et le rapport mystique de la lune {Çaçin) (1) avec le lièvre et le paon.
Nous ne multiplierons pas davantage les rapprochements qui peuvent être faits entre les symboles chrétiens et les symboles orientaux : ils seraient sans nombre et marqueraient constamment des identités ou des analogies. Ce serait un livre fort instructif que celui où l'on réunirait tous ces symboles sur deux
(I) Les lodiens voient la figure d*ua lièvre, çaça, dans les taches du disque de la hme.
"ibt w^lTK DES RITËS.
lignes pour uiusi dire parallèles ; uue telle comparaison, poussée jusque dans ses moindres détails, éclairerait d'une lumière inaltendue l'archéologie cbrélieune et rorigiue des cultes occidentaux. Dans ce qu'on vient de lire, nous avons essayé d'en indiquer les principaux chapitres et de donner une esquisse d'où Ton pourrait tirer un tableau complet. Nous croyons toutefois en avoir dit assez pour montrer que Tarchéologie chrétienne ne se suûit plus à elle-même et qu'elle doit chercher en Orient ses origines; il faut faire pour elle ce que l'on a commencé de faire avec succès pour les anciennes religions de l'Occident, lesquelles tirent aussi du Véda une lumière que ni le siècle dernier ni le commencement du nôtre ne pouvaient espérer.
Les faits que nous avons exposés montrent ' aussi combien l'étude critique des dogmes^ telle que l'entendent les écoles allemandes, est insuffisante.
On a pu remonter le cours de la tradition dogmatique jusqu'à la captivité de Babylone et apercevoir clairement que la religion du Christ est âryenne et non sémitique. Mais au-delà de ce temps, qui n'est éloigné de notre ère que de cinq ou six siècles, la lumière commence à manquer. C'est que la religion médo-perse suffit bien pour rendre compte des théories abstraites du cbristianisme ; mais elle n'explique ni les rites ni les symboles. L'erreur est de la croire primitive sous la forme où TAvesla de Zoroastre nuub Fa transmise : tous les orientalistes savent qu'elle a
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été pour les pays iraniens, comme le brahmanisme pour rindé, une phase nouvelle d'une doctrine plus ancienne. Cette doctrine, c'est le Vèda seul qui la contient dans son ensemble et dans ses parties. Or, le Véda lui-même n'est pas primitif, et l'on y trouve la trace de dogmes plus anciens, représentés par des symboles plus grossiers.
Ën réalité il n'y a pas de religion primordiale ayant laissé un monument quelconque, au moyen duquel elle puisse nous être connue. On voit seulement qu'une même théorie se transmet à travers les siècles, revêtant des formes diverses et passant par des phases suoceftsiveS) qui sont comme autant de religions. Cette théorie ressort assez nettement des comparaisons que nous avons ébauchées : dans notre religion, c'est la théorie du Christ ; dans le Vêda, c'est la théorie d' Agni ; en la prenant comme elle est dans le Recueil des hymnes indiens, on peut en suivre le développement dans les diverses reUgions qu'elle a successivement animées: en Orient, dans le brahmanisme, puis dans le buddhisme; au centre de l'Asie, dans la religion de Zoroastre ; en Europe^ dans les mythologies des anciens peuples grecs, latins et germains, et finalement dans le christianisme, qui les a remplacées et en partie absorbées.
A la rigueur, il ne serait pas nécessaire de suppo* ser une action directe de l'Inde sur les peuples de la Méditerranée pour s'expliquer comment les rites et les symboles du Vêda ont pu revivre chez
îlbi UNITÉ DES RITES.
Içs premiers chrétiens, cai' il y a ici un héritag commun de toate la race âryenne. Mais un asse grand nombre d'indices nous portent à croire qu'un telle influence s'est exercée à plusieurs reprises. Pou ne pas descendre trop prés de notre temps, je citera le fait récemment découvert de la canonisation pa rÉglise romaine d'un grand personnage indien di Vie siècle avant notre ère. 11 existe sous le titre di JJarlaum et Josuphat un livre traduit successive m cul en arabe, en arménien, en hébreu, en latin, en fransais, en languedocien, en italien, en allemand, en irlandais, en suédois, en anglais, en espagnol, en bohémien, en polonais, et finalement en tagal, un des dialectes indiens. Toutes ces versions, échelonnées sur une période de plus de dix siècles, proviennent d'un texte grec attribué à Jean Damascène, mort ea 760. Mais ce texte est lui-même, selon toute apparence, traduit ou imité d'un original syriaque, car tous les noms propres y sont en cette dernière langue* De plus, comme toutes les religions du temps y sont énnmérées et que celle de Mahomet n'y figure pas, on est en droit de penser que le livre syriaque est antérieur au mahométisme. Le personnage principal, Josaphat, est nn roi de l'Inde, converti au christia* nisme et instruit par un religieux nommé Barlaau]. Le texte dit que celte histoire a été apportée de l'Inde, que rinde est grande et peuplée, et qu'elle est sé* parée de TÉgypte par des mers sillonnées de nombreux vaisseaux. La version latine de ce livre fll qa*ao
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XI® siècle les deux héros furent canonisés et qu'on las honore le 37 novembre, d'après le martyrologe romain (1). Or nous possédons l'original sanscrit d'où sont venues toutes les versions : e^est le Lalik^ vutâra^ qui existait déjà au 111* siècle avant J.-G. ; tous les noms sanscrits ont été remplacés par des noms sryriaques, et le héros du récit n'est autre que la Boddha Çàkyamuni (2). J'ai cité ce fait pour montrer comment, pendant les premiers siècles de notre èn, les ehoses indiennes ont pénétré en Occident sous un vêtement étranger. Tout le monde sait, du \ reste, que les Grecs et les Latins n'agissaient pas an* trameni : ils étaient les noms, et ils gardaient la chose. I Les chrétiens n'ont même pas toujours usé de cette > fraudé pieuse : ainsi le culte d'Orphée a passé tout à ' iait dans les monuments chrétiens : Orphée y a gardé son nom. *
Au 1V« siècle, d'après une lettre de' saint Jérôme I à Marcella, la Palestine était un centre où se reu* ' dttent les hommes de toutes les parties du monde, \ pumoii lesquelles il énumère l'Arménie, la Perse et les Indes. Un peu auparavant, Eusèbe faisait remai- I <|Mr dans son Histoire ecclésiastique que les chrétiens
(i) L'église grecque célèbre aussi cette fête le 19/27 novembre.
(S) Vojai : Bap^itflcp Md ImtÊwf^ iëlL de BoiasMiBade. ^ Bar* faosiel Jimphat, poëma français de Gui éè GMBkm(11II* rièele), avec extrait de plusieurs autres versions romanes, éd . Zotenberg et P. Mayer. Stuttgart, aux frais du cercle littéraire, 1864, in^So» 4i» pages.
ig6 UNITÉ DES RITSS.
étaient appelés barbares, comme appartenant à une
religion étrangère et venue du dehors, barbarœ ac peregrinœ, ce qui ne saurait qualifier la Judée ni rÉgypte, qui faisaient partie de Tempire romain.
Au Ill« siècle, TertuUiea parle des brâhmanes et des ascètes indiens, comme étant bien connus de son temps.
Sur la fia du H^^ siècle, saint Hyppolyte prétend
que plusieurs hérésies sont calquées sur certams
systèmes des brâhmanes de llnde, preuve que saint Hippolyte n'ignorait pas ces systèmes- Peu de temps auparavant, l'évèque de Sardes, Mélilon, écrivant en 170 à Antonin-le-Pieux, lui dit: « La doctrine que nous professons a d'abord fleuri chez les barbares; mais ensuite, quand, sous le règne glorieux d'Auguste, elle a pris racine chez les nations soumises à votre gouvernement, elle est devenue pour votre royaume une source de bèaèdiclion . »
Au temps de Jésus-Gbrist, le Juif Philon, qui connaissait le Buddha, les çiamanas et les brahmanes, écrivait, en parlant d'Alexandrie et de tout le sud-est de la Méditerranée, ces paroles solennelles : c II y a ici un homme qui s'appelle TOrient. ^ M. Remaud a traité, dans le Journal asiatique^ des relations oflicielles de llnde avec l'empire romain; il serait d'un haut intérêt que cette question fût reprise dans toute son étendue et qu'on réunit, en Orient et en Occident, tous les faits propres à la résoudre. Nous avons des raisons de croire qu'un gnod
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échange d'idées se faisait entre Tlnde et l'Occident par Alexandrie, peut-être aussi par le golfe Persique et par les caravanes de l'Asie centrale, et que cet échange remonte très^baut, puisque déjà, dans le III^ livre des Rois^ les objets apportés d'Orient pour la construetion da temple de Salomon ont des noms sanscrits. On sera certainement fort étonné d'apprendre qu'il y a du sanscrit dans les catacombes de Rome, là où l'hébreu n'apparatt qu'une fois. On y trouve, par exemple, dans le cimetière de Prétextât, une peinture bien curieuse et bien connue, reproduite dans le grand ouvrage de Perret, et représentant le jugement de deux femmes cbrétiennes, Vibia et Alcestis; au milieu est un tribunal où sont assis deux personnages; à leur gauche sont les deux chrétiennes, amenées par le messager Mercure ; à leur droite trois femmes roides et à demi-voilées, ayant pour nom fala divina. Des deux juges assis sur le tribunal, l'un est Diespiter, dans l'attitude classique du Jupiter d'Olympie; l'autre n'est pas Junon, mais Abracura, mot sanscrit qui signifie la divinité des nuages, la .reine des cieux, épouse du Jupiter indien.
Il est difficile, d'après ces témoignages, pris au hasard entre beaucoup d'autres, de nier que l'Inde ait exercé une influence directe sur le monde grécoromain. Si la présence de Vasclepias acida dans les peintures représentant Jonas est bien établie, on est en droit de se demander comment ce symbole est
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venu dê l'Asie où croil ceUe plante sacrée, jtt&q[a' centre de TEorope, à la flore de laquelle elle * étrangère. Estroe par des voya^entB revettattt t Indes? Est-ce par des mis^ionâ indiennes, comi il eo eiiatait à eelle épôi|M dtts le noade eniiei Nous n'avoni rien à dire eur ce point; le toso du secret fut un des besoins aujourd'hui les miei canitatée de la primitm ÉgUse ; at l'on peut eroii que le sort du livre de BarUam et iosaphat est n serve à ^lus d*un ouvrage regardé jusqu'à préseï oomme original.
J'ai essayé dans ce chapitre de répandre quelqu lumière sur un des problèmes les plus grands et jus qu'à €6 jour les plus obsourb de rhistoîie, le pro blême de nos origines religieuses; je n'ai fait qu4 mettre en parallèle qnelcipies faits dont Tanalogie fhippera les r^ards les. moins attentils* Si ce parallèle ébauché entre les symboles chrétiens et ceux qu'où trouve dans le Véda n'est pascfaimérique, nous pourrons considérer le problème comme trés^près de sa solution. Si à son tour cette solution est vraie, nous aurons vu s'agrandir dans des proportions eitnm^ dinaires la personne et le rôle, du Christ. Ceux qui croiraient que nous avons porté atteinte à sa majesté divine, non seulement se méprendraient du tout au tout sur nos intentions ; mais en réalité ils commettraient une fâcheuse erreur. Car si le fbndaleiir du christianisme a pu recevoir sous le nom de Christ l'application d'une théorie qui existait avant toute
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àiitoire, Ckrigt pread par cela même dans l'histoire une importance nouvelle el qu'on ne soup^oniait pas» On voit s'éleadre aa-delà de toute limite appréciable le sens de ces paroles que rEvangîle met dans sa bouche : c En vérité, j'étais avant qu'Abraham lût né. ]i Eq même temps se trouve rétablie l'uuité religieuse des races aryennes, depuis longtemps brisée. Et s'ït est vrai, comme beaucoup de savants inclinent à le croire aujourd'hui, que les traditions de la Genèse ne sont elles-mêmes qu'une dérivation du grand courant asiatique, cette unité n'embrasse plus seulement les peuples Aryens, mais encore les Sémites. Les Grecs, les Latins et les peuples du nord de l'Europe ayant aussi tiré leurs anciennes religions des sources d'où les Védas sont sortis, la théorie religieuse ramène enfin dans l'unité l'Occident tout entier. Que reste- t-il au-dehors? L' Extrême-Orient ? Le bouddhisme l'a depuis longtemps converti, et le bouddhisme est issu de l'Inde. Le centre duquel ont rayonné toutes les grandes religions de la terre est donc la théorie d'Agni^ dont le Christ Jésus a été la plus parfaite incarnation.
Si la science, par ses procédés lents et pénibles, mais sûrs, achève de cunlirmer les vues que nous avons émises, et qui pour la plupart sont déjà coniirmées, il ne restera plus qu'un seul problème à résoudre: la théorie d'Agni est-elle vraie absolument? La religion s'accorde-t-elle avec les données de la science moderne les mieux ètabhes / Nous essaierons
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plus loin d'aborder celte quesUon, la plus grande
toutes et la plus controversée; et nous marquerc le chemin qu'elle a déjà fait vers sa solution par développement simultané des sciences positives et
la connaissance de l'Orient.
LOI DU DfDOOBLBMENT. 961