LOI DU D£J)0UBL£;M£MT
morale, comme le prouvent les livres du Yêda, où la religion existe dans toute sa plénitade, et où les près* criptions morales se réduisent presque à rien. S'il en était atitrement, tout honnête homme renoncerait sur-le-champ à sa religion, car il n'est pas d'actions mauvaises, soit publiques, soit privées, qui n'aient été commises en son nom et pour son plus grand bien.
Si la morale des nations est un produit de leurs mœurs, comme cela parait incontestable, il faut donc voir dans l'état social de Tbomme une cause de diversité religieuse, puisque les mœurs sont engendrées par l'état social. De là vient que telle religion ne saurait être acceptée par tel peuple, ni convenir à telle époque, parce que sa morale ne répond point à l'état social de cette époque ou de ce peuple. Les Grecs d'autrefois, les Indiens et les Perses faisaient beaucoup de choses qui nous semblent condamnables; nous en faisons d'autres qui révoltent les musulmans. Que l'on compare, par exemple, leur manière d'agir à l'égard des femmes avec la notre, et Ton verra que cette seule différence s'oppose invinciblement à l'introduction du catholicisme chez eux. Pour qu'elle devint possible, il faudrait d'abord qu'ils changeassent leurs mœurs et leurs usages à cet égard, et qu'ils fissent comme nous ; mais dès lors ils seraient en cela catholiques, et n'auraient plus besoin d'être prêchés ni convertis. On pourrait faire les mêmes rétlexions au sujet de l'esclavage : quoique les es-
bigitized by
S70 LOI DU OÉDOUBLBIiKMï.
claves dans l'aocienne Athènes fussent traités ausi bmi qae les domeslMiiias la wotA diei tiaoB^ cepei dant ils étaient esclaves» et il fallait des lois pour h protéger contre les mœurs. La religion chrétienne, ei ne raconaaissanl pasTasdafaga» aAI été iaaoœpattbi^ avec rétat de la société hellénique. Notre écoi^ d'Athénaa a iraové^ dam aaa danMrai aimées, m grand nombre d'inscriptions anciennes constatam des atîranchissements d'esclaves par lorme de don è «ne difinité ; il sa ftdaait donc déa lort an dhanfement dans les mœurs» et ce changameata rendu pos^ sible rintroduction de la morale chrétienne en Grèce S0m las ampareanî.
Si Ton voulait prendre la peine d'interroger l'hi»* taira des mœurs dans l'humanité, on se convaincrait qua, dn moment où la religion sa fidt moralista, alla i perd son caractère universel et s'approprie à une époque, à un peuple partkmlier; maia comme k temps marcha, que ce peuple s'instruit ou s'abêtiti et que de son progrès ou de sa décadence naissent des mœurs nouvelles produites par un nouvel état social, il fout que la reUgion change ou, qu'étant abandonnée, elle périsse. Ordinairement elle périt, parce que l'immutabilité qui est au fond de la doetriBS mé* taphysique» base de toutes les religions, se coiumoniquant à toute l'institution religieuse, chaque église a la prétention d'être invariable dans tous m éléments. Elle cesse donc bientôt de répondre aux b^ . soins changeants de la nation ; les hommes la délaii-
MtiMimiator»» tes fanmiM niifmt len bommei, et
l6s temples restent déserts. C'est ce qui est arrivé peur les religions de la Grèce et de l'Italie, en pleine eMîfiatioii.
A la morale se rattachent ses applications. Quoique dm les thèmes pérfpsIélîeiêiiMs, admises eneore par beiueoup de personnes^ la pdîtique soit une dépendâQce de la morale^ en réalité les idées politiques d'we mAkm A'ont de rapport a?ee ses morars que
ptf ce que les unes et les autres dérivent de son état social. De même la religion est au fond étrangère à la politique, et n'a rien A démêler arec elle. Elle lui est fort supérieure, parce qu'une théorie métaphysique, aussi simple et aussi bien établie que celle sur laqufdhi repose la religion primordiale, est non seu* lement en dehors, mais aussi au-dessus d'institutions politiques toujours variables. U est impossible de dire quel était Tètat politique du peuple âryen, chez qui est née la première institution religieuse; mais, d'après les hymnes du Vêda^ cet état devait être fort mdimentaire, puisque longtemps après l'établissement du culte public par les Ribhous, si tel est leur nom, on en était encore à Tétat féodal le plus divisé. Cet état existait de même loi-s des premières migrations helléniques, comme le prouvent toutes les traditions (1). Les vieilles royautés, c'est-à-dire les
(1) Voyez notre ouvrage in li tu lé : légende ulhênieHne, et Aoire MiUaire de la UUér^iure grêefUê.
Oigitized
seigneuries féodales auxquelles les plus anciens hymnés indiens, ainsi que Y Iliade d*H<mière, font allasion» s'éleadaient sur des contrées si petites, que ces princes, indépendants les uns des autres, n'étaient véritablement entourés que de leur famille, de leurs serviteurs et de leurs fermiers. Un pas de plus vers le passé, et Ton n'aperçoit que des familles plus oa | moins riches, entre lesquelles il n'existait de coaununauté que celle de la race et de la religion^ sansj lien politique proprement dit. '
A mesure que ce lien se forma, la religion se trouva mêlée à la politique et prit parti dans les lattes que la politique engendra. Dans Tlnde, la légende du roi Viçwàmitra, devenu brâhmane, celle de Vasichta défendant contre lui le pouvoir temporel des prêtres, celle du premier Râma vaincu sur ce terrain par le second, sont autant d'épisodes d'une alliance hâtive et funeste entre la religion et la politique du temps (1). Le brahmanisme s'accommoda dés lors à l'état féodal de la société indienne, et vé* eut au milieu d'elle de privilèges et d'oisiveté ; mais, les mœurs changeant par degrés, il vint un temps où une sorte de révolution parut inévitable. L'égalité des hommes devant la religion et devant la loi devint la préoccupation d'un grand nombre de déshérités : le bouddhisme fut prêché comme une séparation de
(1) Voyei, pour ces légendes, le Rdmâyma, I, trad. ital. de Gorresio, et le Bhdgavata Purdna, trad. franc. d^Eugèoe Burnouf. Voyez aussi Muir, Sanscrit texts, L
LOI OU DÉDOUBLEMENT. â78
PÉf^se et de l'État. 11 proclamait en politique TindiUérence, en morale le renoncement aux biens de
a terre, la charité universelle et la fraternité de tous les hommes. Quand on cherche ce que fut le )ouddhisme comme religion, on est étonné du peu de umière fournie par les plus anciens livres où il est mtena; mais comme réforme de l'état social et x)mme révolution politique dirigée contre le pouvoir Imporel des brâhfnanes, le bouddhisme est un des Wénements humains les plus grandioses et les plus nstructifs pour nous.
' Tout le monde sait aussi que de très-bonne heure, ians ua temps où le bouddhisme n'existait pas encore, un antagonisme se manifesta entre la religion iidieime et celle de F bran. Ces deux religions ayaient pourtant le même fonds de doctrines, le même culte, Ift leur identité est démontrée par tous les travaux iâts dans ces dernières années, soit sur les livres de ilnde, soit sur ceux deZoroastre. 11 faut donc admettre ]ae la guerre qui s'éleva entre elles n'eut pas unecaose r^gieuse et naquit sous l'influence des milieux où la Joctrine primordiale s'était transportée. Quand on fttndie ces milieux, au moyen des faits et des documents mthentiques, on ne tarde pas à s'apercevoir que dans PInde le système féodal apporté par les Aryas continua d'exister, et que la caste des brâbmanes, la première l>our la dignité et les privilèges, entra dans cette constitution politique et se modela sur elle. Les brâh-* (oanes demeurèrent indépendants entre eux comme
Oigjtized
^74 LUI un mmàiilàLMMMSit.
l'éuieat kfi rois Séoàmx, u'eurem juioaig un ofa suprême, 6t n'allèrent pas dans la voie de T unité a delà de la easte et des eoUégee saoerdoteux* Lm k Manou que joou» pQ&&édaQ& otlreat un syatèu tdlement coordonné dans ses parties, qu'il est impo sîUe de dire eî la religîoa y est £aîto pow la poUlîqi oa la politique pour la religion. Le bràbioaoiâa n'eet donc pas me religion daM le sens rigoureu de ce mot; c'est une iostitutioa politique dans bmièetli la religion a été introduite comme partie intégraaia c'est la religion primordiale modifiée.parim élémei politique^ et cet élément» c'e^lleprinâpeieod4« faire rentrer Tlnde daas la grande unité religieuse il fiiiidrait que le bràbmaakme lût dépooiUé <le soi enveloppe iéodale, que le sjstèoàe des castes fût. aboli les royautés détruites, le sacerdoce livré au vulgaire et qm tout l'easemUe de la doetrine» du édite al dai symboles fut ramené à ce qu'il était il y a trois ou quatre mille ans, avant la cmqoltd 4a l'iada par lac Aryaa*
Une autre branche de ces derniers avait pris sa rmite veni le aud-oueet et oecupé cette pertioa 4â l'Asie qui a' étend de la mei* Caspienne au goUe Fersique. De bonne heure elle eut à lutter contre les grande empires de Niuite et de fiabylona» auxqaeb elle se ^stilua* 11 est très-probable que ce futdafi^ ces luttes^ et parce qu'il foUait opposer puissaneeà puttsauea» qu'elle se constitua poUtiquameoi ea m sorte d'enq>ire gouverné pur un roi presque almi^i
LOi W lliDOViLElilNT. '375
M» las MQpi diH|Ml tanbèraiil las défimsaurs da
a vieille iéodalité. Le& roches sculptées du lac da Vân portenl témoignage de ces faits. Dès lors, le chef reiigîeinL fat aussi chef politique,^et tout l'empiN da GyroSi de Darius at de Xercès eut un sacerdoce lorganisé monarchiquement ; il eut à sa tête un chef, et aa^dassons da aa <^ das prétras da diffitoanls éegrés; il eut une doctrine où le roi fut présenté eoBnm ma sorla dHiicaraali(m on da vicaire de jDiea sur la terra. Ce systèma fut en hostilité avec celui des Indiens, et l'antagonisme fut d'autanl plus lurdaet que la fonds des dactrines tendait à unir dan jpraplas que leur constitution pohtique et sacerdo*taie tenait séparés. Le système médo-pei^o, alFaibh, Inaia non détruit par Aleiandre la Grand, dure jus- ,4a'i rinvasion musulmane; alors ses derniers représentants se réfugièrent dans linde, oix on les trotfa enoora anjanrd'hui. Où paut dire du magisma ce que nous avons dit du bràhmanisme: ce n'est pas «ne religion, c'est un système politique. VAvesta ne ectttient la relîgion {Nrimordiala qu'à la condition d'élra dégagé des éléments monarchiques que la politique médo-parse y a introdnits. Pansi oes éléments, il en fin* compter plusieurs qui sembleraient être d'une oatiire religieuse, si nous ne possédions dans le Vêda rtttt antériaor at trai da la doctruie commune s da même^ en eûet, que le système féodal de l'Inde im« prima une forte tendance vers le polythéisme à la nriigioa das tarAbmuiaa, de mèma le principe monar-
i7li LOI DU DËOOUBLËMEJST.
chique de la Perse induisit les mages à concevoir Dieu comme un 6tre personnel, ayant au-dessous de loi des ministres et des légions d'anges de plusieurs degrés. *
Quand vint le christianisme^ cinq ou six sièdes après le Bouddha et Cyrus, il iit en Occident une révolution analogue au bouddhisme, mais dans d'autres conditions. Si Ton étudie les dogmes, les rites, les symboles chrétiens, et si on les compare à ceux de rOrient, on est étonné, je ne dirai pas de la ressemblance, mais de ridenlilé qu'on y découvre. Un examen plus attentif de ces grandes religions prouve qu'elles ont tiré d'une source commune la théorie ibndamentale sur laquelle toutes reposent également. Nous avons vu en effet que la théorie du Christ, de beaucoup antérieure à Jésus, est ârienne et identique à celle d'Agni dans le Vêda. Il en est de même de celle de Dieu le père, le même que Sùrya (le Soleil) | et ensuite que Brahma, et de celle du Saint-Esprit, que rétude la plus élémentaire permet de reconnaître en Yàyou. Tout le reste de la métaphysique chrétienne est aussi dans le livre sacré des Indiens, avec les rites, les symboles et la plupart des légendes admises par toute la chrétienté. Du reste, ces mêmes éléments communs se trouvent dans IMmto, mais moins pors qu'ils ne le sont dans les hymnes védiques, et déjà recouverts d'un vêtement nouveau. On ne peut donc pas rarsonnablement douter que le christianisme ne soit la religion aryenne elle-même, venue d'Asie au
lempb d'Auguste et de Tibère, quelle que soit d'ailleurs la manière dont elle a été introduite, promul* guée et vulgarisée.
Dés son aurore, elle se fit reconnaître par les adorateurs d'Ormuzd : la belle légende des mages venant adorer Tenlant nouveau-né et lui oiFrir les mêmes présents qu'ils avaient coutume d'offrir à Ahuramazda, le premier de leurs esprits purs, cette légende n'est point sans signification. Celle du massacre des enfants ordonné par Uérode n'est pas non plus sans portée, puisque ce roi était un Juif iduméen, et que le massacre avait pour but d'étouffer la réforme naissante dans son berceau. Quant à l'empire, le christianisme lui fut longtemps indifférent, parce qu'il ne semblait porter que sur des doctrines abstiaites et ne pas intéresser la politique. Il n'y a point de politique nettement énoncée dans les Évangiles ni même dans les Actes et les Épilres. Sauf dans l'évangile de Jean, qui est postérieur aux trois autres, il n'y a pas non plus de métaphysique dans le Nouveau-Testament, si ce n'est çà et là par des éclaircies et par la théorie du Christ, laquelle s'y trouve à peine formulée.
Aussi les Évangiles, en y ajoutant même ceux qui portent le nom d'apocryphes, sont-ils des documents tout à fait insuffisants pour qui veut se faire une idée complète du christianisme primitif. Ils n'en renferment pour ainsi dire que la morale. Ils répondent aussi exactement que le permet la différence des lemps et des lieux aux sûtras bouddhiques, livres de
378 LOI du DieOUBLEMBNT.
diverses époqaes et de valeur très-inégale, qui tous
ensemble ne forment dans le bouddhisme que le tiers des écritures sacrées. Les deux autres parties du Triple-Recueil (ïripital^a) comprennent, comme chacun le sait, la métaphysique et la discipline. On peut admettre que les premim initiateurs de notre religion possédaient le fond de la métaphysique chrétienne telle que rOrient indo-perse la leur avait fournie, telle qu'elle fut enseignée à Paul et à plus d'un membre des primitives églises. Cette doctrine est contenue implicitement danr les plus anciennes formules du rituel dont plusieurs sont antérieures à Jésus lui-même et à Jean le précurseur. On peut soutenir la même thèse à l'égard des symboles, c'est* à-dire des objets ligurés usités dans les cérémonies ou ayant une signification mystérieuse connue des seuls initiés. Plusieurs de ces symboles se rencon* trent à Rome dans les caLacombes les premières en date, et s'y montrent assez éloignés des formes qu'ils ont du avoir d'abord pour qu'on soit autorisé à les croire déjà anciens à cette époque. Or, ces formules et ces figures, étrangères à la vieille Egypte^ à la Grèce et à la Judée, se retrouvent dans les livres des Indiens et des Perses avec le même sens méta* physique. On est donc conduit à admettre que la doctrine idéale et la symbolique, sous laquelle elle se voilait^ passèrent toutes faites d'Orient en Occi* dent par l'intlermédiaire de la Syrie, de la Galilée et peut-être de la nouvelle Ëgypte. C'était là et c'est
LUI DU uiSkOiibiMi^i . i79
encore k christianisme dans ce qu'il a de purraient feUgienx, c^esMhdird de théorique et d'«m?er6el. Le rate, pour lui comme pour les êutces iaslitutioas rdîgieuses, est de création postérieure, a varie selon kl temps, et paorra varier dass Taveiiir.
Lûrs(|U6 caltû religion conquit l'Occideott alla se trouva en face de deux civiUsationa avancées, dont TiatagoiiMme original n'avait pas oeasé» ne cessa poiot, et dure encore. Le monda grec avait subi le joug des Romains^ mais ne Tavait jamais accepté, psice qu'il est dans le tempérament des races heUéni* I ques de n' accepter jamais aucun joug • Les Romains en Grèce occupaient les forteresses, entretenaient des postes militaires, menaient la politique par leors proconsuls, leurs procurateux^s et les agents iniérieurs 4e leur administratîon ; mais les cités consenraient isiir indépendance les unes pai* rapport aux autres, leur langue, leurs écoles, leurs temples et leurs diviailés. Chacun faisait librement son commerce; on irouvait même bOus cette domination subie plus de sécurité dans les transactions et las transports qu'on a'en avait eu aux phis beaux tempe de la liberté. Le christianisme, en s'introduisant cbez les Hellènes, rencontra ces cités autonomes et dut s'accommoder a la vie intérieure de ebaeune d'ellea* Ses églises for» mèrent de petits centres jouissant d'administrations distinetes d'une extrême simplicité, exerçant une in- I (hience religieuse locale, d'autant plus puissante qu'elle était moins mêlée à la politique.
S80 loi DU DiDOUBLEMBNT.
La dmsioii de Tempire romaîn et l'établiesemem d'un second empereur à Gonstantiaople ne modifièrent pas notablement Torganisalioa du christianisme hellénique : cette organisation avait précédé le partage, et il est dans la nature des religions de conserver leur forme première plus facilement et plus longtemps que les antres Institutions humaines. Malgré les intrigues ecclésiastiques dont la capitale de rOrient fut plus d'une fois le théâtre, l'église grecque ne dépassa jamais T unité patriarc{ile» qui n'est qu'une unité de préséance et ne soumet aucune église partienlière à l'autocratie de personne. Cet état de choses dure encore, pour le plus grand avantage des populations orthodoxes. Aussi, est-ce une étrange illusion que Ton se fait en Occident de croire qu'un puissant lien religieux rattache les Grecs à la Russie, et livre à celle-ci les consciences parmi les peuples du sudest. Les Hellènes wreat parfaitement qu'il n'en est rien; ils ne cessent de répéter que, si leur église acceptait la prépondérance de celle de Pétersboorg, ils trouveraient dans le tsar, chef de la reUgion da nord, un souverain pontife cent fois plus redoutable pour eux que ne le serait le pape des Latins ; car le tsar s'accroit, et le pape diminue. Ën Russie, Téglise est l'instrument politique par excellence ; la religion y est diùds la pratique un mélange de politique, de superstition et de fanatisme. Les évêchés dont se com- ^ pose l'église grecque reproduisent au contraire, ptf leur indépendance réciproque, l'image des comma-
oaotés i>râhiiiaaiques, avec autant d'exactitude que^ le permet la différence des peuples et des civilisalicms. De toutes les branches du christianismey c'est celle-là qui se rapproche le plus de la religion primitive des Aryas, parce que cVst celle qui a reçu le moindre mélange d'éléments étrangers à la re* ligion.
£n Occident, le christianisme rencontra un état politique tout autrement organisé. Les conquêtes successives de Rome, les réformes opérées sous la république, l'extension du droit de cité, qui continua d'avoir lieu sous les empereurs» avaient donné non seulement à l'Italie, mais au monde latin tout entier, Qoe unité politique dont l'Occident n'avait pas encore eu d'exemple. L'établissement de l'empire acheva cette unité. Autour de l'empereur se groupèrent tous les pouvoirs pubUcs ; la justice même se .rendit en son nom, et son autorité se fit sentir jusque dans les Hioindres détails de la vie des citoyens. La religion nouvelle n'apportait [aucune doctrine poUtique pré-> conçue, et par cela même était en état de les recevoir toutes. A mesure que les centres ecclésiastiques se formèrent en Occident, on les vit se rattacher de plus en plus à l'église de Rome, et l'évèque établi dans cette ville devint le chef de ce qu'on nomma la catholicité. 11 faut remarquer cependant que le titre de catholique, que s'est donné l'église de Rome, n'est pas parfaitement juste, si on le compare à la réalité des faits , car non seulement elle n'a jamais réuni
Oigitized by
i8â LOI DU DÉDOUBLEMfiI<T.
daii8 toute sou unité toutes les églises chrétienaes mais de plus, en modelant sa hiérarchie sur celle d Pempire, elle a reçu en elle un élément étranger qu loi a fait perdre son universalité.
L'histoire a prouvé et prouve encore tous les jouri qne cet élénimt est d'une nature politique et n'i rien en lui-même de religieux. En effet, lorsque les peuples nommée baiiiares, presque tras de raee ftryenne, eurent envahi TOccident, démembré l'em-^ pire et constitué des royaumes nouveaux, il arriva que ht plus' grande puissance ' morale de l'Ëurope fut celle du clergé. Quand un de ces princes de date récente voulut reconstituer l'empire, il dut s'appuyer sur réglise, lui faire des concessions d'nne nature séculière, mettre entre les mains de l'évéque de Rome un pouvoir temporel qui tendit à s'accroître; en aspirant au gouvernement universel des états, il dut reconnaître au-dessus de lui-même un maître dont il se faisait le vicaire et l'homme d'armes. Gela ménie ne suffisait pas, car, la puissance royale se trouvant ainsi subordonnée à celle du chef de l'église, tout ce qui dépendait du roi dépendait à plus forte mm du pape ; les régies de Téglise primèrent les lois et les constitutions laïques ; le pape suspendit les rm m les excommuniant, et exerça sur eux un droit ie suzeraineté qui touchait à Tabsolutisme. En réalité, les sociétés laïques cessaient d'être ; elles menaçaieit de se voir remplacées par une vaste communauté 6cclé« siastique modelée sur Tempire romain, simulant les
Oigitized by Googlej
castes et reproduisant en Europe quelque chose d'ana*
iogue à la Perse de Darius.
Nous n'avons pas à raconter ici la longue histoire de la puissance des papes. Chacun sait comment elle a décliné sans interruplion, soit par la résistance des rois, soit par la réaction de Tesprit germanique connue sous le nom de réforme. Ce double mouvement n'est point terminé : d'une part, nous venons de voir le pape défendre pied à pied, même par les armes et à prix d'argent, les derniers lambeaux de son pouvoir impérial; de Fautre, nous voyons Tesprit laïque, fortifié par la science et par tant de créations . qu'il lui doit, continuer l'œuvre de la réforme et ramener peu à peu l'autorité du pontife de Rome à ce qu'elle était à son origine. L'Europe est souvent bien lasse d'une lutte qu'elle croit stérile, et dont elle ne voit pas toujours clairement la fin; mais il faut qu'elle prenne patience, qu'elle trace, comme on dit en mathématiques, la courbe du pouvoir séculier de l'église, qu'elle se persuade que les lois de la nature procé* dent par de telles courbes, et qu'elles sonfc irrésistibles. Le non possumus n'est pas une force, c'est un fait d'inertie et un aveu d'impuissance. La force vive des sociétés modernes est dans la science et dans la volonté qu'elles ont de remettre les choses à leur place en séparant les pouvoirs.
On voit par ce qui précéda que le christianisme, pris tel qu'il est dans les diverses églises, olTre deux éléments parfaitement reconnaissables. Dans ce qu'il
iî84 LOI DU DÉDOUBLEMENT.
y a de commun entre elles, c'est-à-dire dans la métaphysique, dans les rites foudamentaux et dans les symboles les plus anciens, il est la religion universelle venue d'Asie, et se confond par ce côté avec les antiques reUt^ions des peuples âryens ; mais les hiérarchies sacerdotales, plus ou moins semblables à des monarchies, dont l'Europe et le Nouveau-Monde nous donnent le spectacle, sont des institutions politiques. Elles n'ont rien de commun avec la religion, qui est la même pour tous, tandis qu'elles diffèrent dans chaque pays. La dissolution ou la transformation . de ces hiérarchies est un événement séculier auquel la religion est indifférente. Celle-ci serait compromise, si un événement de ce genre devait introduire en elle une métaphysique nouvelle entraînant des rites et des symboles nouveaux; mais comme elle n'a pu, sans rien changer à ces éléments, s'accommoder aux états politiques les plus divers et animer tour à tour les grandes civilisations de l'Inde, de la Perse, de la Grèce ancienne et moderne, de l'Europe jlatine ou germanique, impériale, féodale, royale et républicaine, elle est fort en état de voir s'accomplir à côté d'elle des changements nouveaux.
Nous comprenons la persévérance avec laquelle l'église romaine, de tous côtés assaillie par l'esprit nouveau, défend ce qu'elle croit être ses droits, el les affirme en Italie, en Autriche, en Espagne, en France, jusqu'en Angleterre» Il est dans la nature être vivant donne jusqu'à la fm la preuve qu'il
a'est pas mort et se raccroche à la vie; mais s'il est impossible à un esprit sincèrement religieux et suffisamment éclairé de voir en elle autre chose qu'une iastitution politique en décadence, les hommes des temps nouveaux ne peuvent pas avoir plus d'attachement à sa cause qu'ils n'en ont à celle du tsar ou (lu sultan considérés comme chefs de leur empire. Au contraire, beaucoup d'hommes religieux de nos jours désirent voir se fonder une égUse chrétienne universelle, qui réunirait toutes les communions séparées. Théoriquement, rien n'est plus facile à concevoir qu'une telle église; mais ceux qui comptent sur un concile pour la réaUser sont le jouet d'une étrange erreur. Cette église existe, à la vérité, au fond de toutes les communions ; toutefois, pour l'établir et la proclamer, il faudrait d'ahord que chacune d'elles renonçât à l'élément politique qu'elle a adopté dès son origine, c'est-à-dire à sa hiérarchie et à ses droits séculiers. Or, ce n'est pas ainsi que procèdent les institutions humaines, ni en général les lois de la nature: les choses naissent de rien, grandissent, atteignent leur maximum, puis déclinent et n'arrivent que lentement à disparaître.
La seule voie à suivre serait celle qu'indiquent les pages précédentes : comme ces éléments politiques se sont ajoutés petit à petit à la religion, il faut qu'ils s'en détachent petit à petit. Si ce travail s'accomplissait pour toutes les communions, le monde occidental ne serait plus ni catholique, ni grec, ni
iHti un Dl DÉDOUBLEMENT. |
russe, ni protestant ; il serait chrétien. Si un déga- j fement pareil pouvait s'accomplir en Asie che* les noires peuples Aryens, notre race entière cesserait d'être ou bràhmanique, ou bouddhique, ou rotïdéenne, ou chrétienne; elle serait simplement religieuse. On voit combien nous sommes loia d'un tel avenir. Compter pour le réaliser sur le eonoaor» des ministres de chaque église, c'est demander à la cause qui fait la diversité des églises de leur donner Fonité et de s'abdiqner elle-même, c'est demander aux rois de se réunir en congrès et de proclamer la république universelle; les peuples pourraient faire une telle chose dans l'avenir : les rois ne la feront jamais.
' n y a des personnes qui croient la religion intéressée à la conservation de la hiérarchie romaine. C'est une erreur, puisque le catholicisme romain est une institution politique et non religieuse. Si leur opinion était fondée, elle serait également vraie de toutes les autres hiérarchies sacerdotales, prises ahêr cune dans le pays où elle existe. On est donc conduit à admettre que la loi du retour à l'unité est impraticable, qu'elle n'existe pas, et que la religion universelle, bien loin de pouvoir revenir à sa catholicité primordiale, tend li s'absorber, et le genre humais avec elle, dans ses formes particulières. 11 est certain que le christianisme, après s'être présenté comiw une seule et unique religion, s'est partagé en deux grandes églises, sans compter deux ou trois commu-
LOI JM) soMmwLKmm. Ml
okisft cûikàtéràlfis. tiL aaâ oins tsurd €£6 éfflMMWr sa à leur tour subdivisées. Aujourd'hui, le nombre des mtm QbrétMHMB asi Irès-grand : ehaqw petit pays a m église plus ou moim appropriée a son élat soeîtl et fNiKtfqm. L'élémeiit de dif«r>ité temble donc I avoir pria daaa la religioa cbrétiaiuie un eiopire lie plus en ptot grand. Nous-mcuies avgas vu nailredes siclai BomellM; aooa nos yen ks cutlwlîqiies de France. sont divisés, non sur les doctrines générales, toujoun en dehors de le discnssion, mais sv les I questions de hi^arciiie et d' administration déricakey c'est-k-dire sur les questions poliLi(iues. S'il est vrai que In religioa foodameolale élsit one à soa erigioe^ comme nous l'avons exposé, la loi qui Antraiq^ ehristianisme Ters une division toujours croissttte est ta tttese qui a partagé en pànsieiira iNranclies Tinstitution primitive et fait sortir d'une source com^ mam lee rsligioiis des indiens, des Perses, dss Greosy d6s Latins, des divers peuples occidentau)^, et jjim iuà le boadâbmne en Asie el le ehristianisme en Ooeîdeiit. £Ue s'eiécntesaas iatervuptioB depnis plusieurs milliers d'années.
; 11 ea en effBl digne de fenwqne qne la mèant
loi s'est appliquée à ces diverses religions dans tous les temps et dans tous les pays. Non seulanent les religions heUéniqne et latine de L'antiquité effîmiesA une diversité extrême, de petits cdléges de prêtres sans nnité eleneak et des eomwHMiione de iidéles iort euguës ; mais le bouddhisme, qni, bien qu'anlé*
â88 LOI DU BÉDOUBLBIIEIIT.
rieur de cinq siècles au christianisme, a un caractère
moderne, le bouddhisme offre en Asie une multiplicité d'églises égale k celle des communions dhré^ tiennes. U y a dans l'Asie centrale une sorte de pape qui semble lui communiquer une unité hiérarchique; mais Siam, le Pégu, Ceylan, les îles du Grand-Océan, ' une partie de la Chine ont des églises bouddhistes
aussi indépendantes de ce pontife que les églîaetf d'Allemagne, d'Angleterre et des États-Unis le sont du pontife de Rome. Les études faites sur ce sujet, soit par les savants en Europe, soit par les Européens qui ont vécu ou voyagé en Orient, depuis le père Hue jusqii'à révéque Pallegoix et au révérend Bigandet, démontrent cette division de la grande communauté bouddhique. '
Si nous résumions les £aits et les idées à partir de l'époque du Véda et des Kibbhous jusqu'à nos jours, nous verrions d'un coup d'oeil s'appliquer la loi qui pousse la religion universelle vers une division dont on n'aperçoit pas la limite. Supposons que cette loi continue de s'appliquer, que par exempte l'Italie proteste, et que, par l'excès des prétentions des uns et de la résistance des autres, la même chose ait liea en France et en Autriche, nous verrons l'institution ca- , tholique se briser encore en plusieurs fragments, et des églises plus ou moins nombreuses se fond^ là ou Tunité catholique semble exister encore aujourd'hui.
Poursuivons encore l'appUcation de la même loi : toutes les fois qu'une rupture nouvelle se produit,
LOI BU DiDOUBLKHSMT. 289
duMpie eoiBiiiiimoii compte mcim d'adhérents que jà'eii comptait le grand corps dont elle s'est détachée ;
le mouvement se continuant, on aboutit à la religion iadinduidle. C'est aînn qu'est tombé le polythéisme ; mais à mesure que Tun de ses fidèles se détachait ie loi, kl religion chrétienne était là pour Te recevoir dans son sein. Alors cette religion n'avait encore contracté aucune alliance définitive avec la politique; aile n'était pas divisée ; elle pouvait à bon droit por* 1er le titre d'universelle ou de catholique qu'elle se damait.
Qu'un pareil phénomène se produise encore en Orient comme en Occident, et Ton verra les sectateurs des diverses communions de l'Asie former des groupes de plus en plus petits^ jusqu'au jour où les nembres de chacun d'eux se sépareront et retombe* root dans la reUgiou universelle dont nous avons parlé. Ur, un mouvement de cette nature se poursuit dans l'Inde depuis plusieurs années ; il acquiert dans la société brahmanique éclairée une influence croisante : un de ses chefs a été celui qu'on appelait en Europe Rauunohun-Uoy ; son œuvre fut de montrer le but à atteindre, et ce buL élait de revenir à la simple doctrine du Vêda en laissant tomber les cultes polythéistes dont Tlnde iourmille encore aujourd'hui.
Un voit que \si loi du dédottblement iîuiélini en* tiilne les communions vers le rétablissement de la religion individuelle^ tend à* les résoudre dans
380 LDI w DÉBOiiiLsaaniT.
Traité. Gomme eeUensi awît été brisée par rûttro-
duction d'un élément politique dans Tinstitution religieuse^ cet élément ftranfer tend à s'élimineu luimême. Les communions londées sur une kiérarcbie» et formant des sociétés civiles, portent en elles-mêmes la cauae qui dôit les détruire. 11 n'y a ni aUianoe, ai secours humain d'aucune sorte qui puisse empêcher cette cause d'agir, parce que les lois de la nature sont irrésistibles. Que Ton se demande, par exemple, quel bénéfice ont rapporté à la papauté le secours militaire qu'elle a reçu du gouvernement impérial et la création d'une troupe bigarrée de dix ou douze mille étrangers ; elle n'a pas gagné un partisan, elle s'est aliéné un grand nombre d'hommes, surtout en Italie, et elle se trouve beaucoup plus faible aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a quinxe ans. D'un autre cô0, 4a politique romaine, c'est-à-dire catholique, est tellement en contradiction avec les principes les mieia acceptés et les plus solides de nos législations, que chaque effort tenté pour la soutenir tourne à soa détrimrat, et transforme mi ennemis de la papauté ' ou en indifférents des gouvernemeuls et des peuples qui auparavant l'avaient soutenue. L'église rmnàie est donc sa propre ennemie, ou, pour mieux dire, le principe politique sur lequel elle repose nourrit es elle le germe de sa destruction. ïel est l'ordre du monde moral; mais, la cause qui a fait naître la première religîon étant d'nne nalwe iééate^ et la^ rôle de Jésus ; <i Mon royaume n'est pas de ce monde» »
LOI Btf fetDDUBLEHEHT. 991
eontînnant d'être vraie, les chutes snoceseivee des institutions sacerdotales ne portent aucune atteinte i cette religion commune. La théorie qui la constitue demeure et probablement demeurera toujours, parce qu elle est le résultat J' une vue spontanée très-générale, trés-juste et très-sincère des phénomènes de la nature et des lois du monde.
29^ AUTIOM 0£S iUCËS.