CHAPITRE XIV
La iKiétliOde.
Quand la philologie et Thistoire comparée des * dogmet, dei symboles et ûe% rites ont démontré runité primordiale de la religion, et dégagé des for«mules diverses qu'elle a revêtaes tes éléments étrangers d'où sont venues ces différences, on n'a plus devant soi qu'un simple fait qui doit être étudié dans M nature, dans sa production et dans sès causes. Cette étude aboutit à une théorie complète de la religion. Nous avons exposé d*aprés les documents les plus ancieps et les plus authentiques le fait en luimême ; nous savons que la religion est une formule métaphysique, que la morale et la politique s'y sont ajoutées plus tard, qu'elles n en lont pas essentiellement partie et qu'elles ont varié avec les temps et les lieux, tandis que l'élément religieux demeurait invariable. Il est également constaté qu'en passant
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de la race aryenne aux races inférieures, la religion
dans tons ses éléments actuels subit une déchéance
due à la coustilulion physique et morale de ces populations. La facilité des voyages, les observations innombrables laites sur toute la surface de la terre, la découverte et la traduction en langues européennes de livres et de textes saorés authentiques, par dessus tout la connaissance de Tlnde et de la Perse, ont révélé au XIX« sièele des religions, anciennes ou modernes, liées avec les nôtres comme causes ou comme effets. Il est loisible à tout homme instruit de prendre ces croyances telles qu'elles sont, de remonter le cours de leur histoire et de les voir naissant les unes * des autres, puis se modifiant en vertu de causes étrangères, pour s'approprier aux milieux. L'application de l'analyse à cet ordre de faits détache et élimine, à mesure qu'on les voit apparaître dans l'histoire, les éléments ajoutés i la reUgion, et nous place en présence du fait primordial, qu'il est désormais possible de regarder en face et d'apprécier sdentiiiquement.
Trois monuments écrits ont dû particulièrement
attirer l'attention des savants : ce sont la Genèse des Juifs, TAvesta des Perses et le Véda des Indiens. Les derniers travaux d'analyse ont confirmé ce que Ton soupçonnait depuis longtemps, que la Genèse, en supposant même qu'elle n'ait pas été remaniée au temps d'Ësdras, n'est pas un Uvre primitif quant au fond, que non seulement plusieurs chapitres ont été
tirés de sources différentes et mêmes opposées, mais qu'elle reproduit simplement^ sons une forme abrégée etamoindrie^ les traditions âryennes de l'Asie centrale. Ces traditions se retrouvent en effet plus complètes et plus explicites dans les livres sacrés de la Perse et même en partie dans le Vêda, où elles sont présentées comme appartenant à la race qui a composé ces livres, tandis que dans la Genèse elles sont le plus souvent étrangères à celle des fils d'Israël. La Genèse, au point de vue de la science, devient donc un livre secondaire en présence de ceux que nos vrais ancêtres nous ont légués. Son importance .relative diminue encore, si Ton considère le problème religieux ; car il n'y a presque pas de religion dans la Genèse, tandis que TAvesta et le Vêda en sont remplis. Les Élohim, d'où l'idée d'Allah est issue, ne sont pas une conception métaphysique; le Jéliovah (Yaveh) tel qu'il est dépeint, au lieu de fournir une grande théorie de l'univers, substitue à l'ordre et à la loi du monde la puissance arbitraire et le miracle ; il n'y a pas entre lui et les Élohim une aussi grande distance qu'on l'a quelquefois supposé. Si les Juifs ont reçu de l'Asie centrale l'idée religieuse comme les traditions ethnologiques, ils Tout .conçue selon les aptitudes naturelles de leur race, et ils ont fait perdre à la théorie primitive le caractère métaphysique qu'elle tenait des Aryas. H n'est donc pas étonnant que le fondateur du christianisme ait vu, dans sa propre doctrine, moins une extension du judaïsme
i{ue le rélabliâsement d'uae tbéoriô « cachée depuis i tes aMÎêM temps. »
Le& Uvm hébreux trouvaul leur expUcatiou historique dans eeux de l'Asie, on est conduit en face de ces derniers, et c'est i eux qu'il faut deiuauder la ' lumière. AïKjuetil-Dupôrron et Eugène Burnouf en France, MM. Spîegel en i^Uemagne tH Uaugh dans la partie de i Inde où habitent les PârsiSi sont ceux dont les écrits ont le plus eontribné à la connaissance ie l'Âvesta. H. W ilson, Laaglois» Bolb, MM. Max MuUer, J. Muir, Weber, Benfey, Aufrecht et un grand nombre d'autres orientalistes nous ont fait connaître la Utté* rature des Vèdas. 11 ressort des œuvres vaiiéos de ces savants que le livre des Perses, malgré la haute antiquité de quelques-unes de ses parties, répond par ses doctrines à un âge postérieur à celui des hymnes indiens : il offre en afibt une unira étroite entre la théorie religieuse et les éléments so» ciaux et politiques de la civilisation iranienne. Dans le Véda, au contraire, oette union n'existe pas ou n'en est qu'à ses premiers commencements : les castes n y sont même pas séparées, si ce n'est dans deux ou trois hymnes plus récents que les autres. De plu% la théorie métaj)hysique n'y est pas achevée ; elle s'y monbre en voie de formation ; le polythéisme, qui a précédé la grande doctrine panthéistique des brèbroa* nés, y régne presque partout; celle-oi ne s'y laissa apercevoir que dans des chants composés par des hommes d'un génie manifestement supérieur aux au*
1res, et ces hommes faisaient eux-mêmes partie de certains collèges de prêtres, où l'on discutait ces questions. Dans TAvesta, la doctrine a ses formules arrêtées et se rattache au nom d'un initiateur personnel, Zoroastre. Aussi» quant au fond, répondelle à Tâge du brfthmanisme, avec lequel elle soutient une lutte inconnue aux obantres du Véda. C'est donc en dernière analyse à celui-ci qu'il faut remonter , si l'on veut comprendre la nature de la religion primitive et avoir des données exactes sur son origine et sur sa formation. Or, les études védiques, commencées seulement en 1833 par le spécimen des hymnes que publia Rosen, sont aujourd'hui assez avancées pour que ce triple problème puisse être considéré comme résolu.
La naissance de la religion plus un mystère.
C'est un phénomène de psychologie générale qui ne suppose en lui-même aucun miracle, c'est-^à-dire aucune intervention locale «et extraordinaire d'une puissance supérieure à Thomme. Ce que certaines religions, et parmi elles la doctrine de Zoroastre et même celle des brahmanes, appellent révélation ne peut être entendu que dans le sens qui parait avoir été adopté par l'auteur du quatrième évangile : c'est « la lumière qui éclaire tout homme. » Seulement la portée de cette formule doit être restreinte, puis-» que la théorie primitive a été conçue par des hoainies de race âryenne, n'a passé aux autres races qu'en s' amoindrissant, et n'a été atteinte par aucune de ces dernières, livrée à ses propres forces.
Cette révélation s'opère dans la pensée individuelle de chacoQ de nous : voilà ce que professent à pins 1 de vino^t reprises les auteurs du Véda. Non seulement ils se déclarent enx-mèmes c antears des dieux, » auteurs du sacrifice, créateurs des symboles et des formules sacrées ; mais en identifiant avec leur pro* ' pre pensée Têtre pensant, avec leur vie individuelle | le principe commun de la vie, et avec le feu, considéré comme universel, tous les phénomènes de la chaleur et du mouvement, ils sentent et ils proclament que c'est eux-mêmes qui découvrent ces vérités. Par le fait, les travaux de philologie et de critique appliquée aux textes indiens, grâce auxquels on a déjà pu établir entre les hymnes une successioa chronologique, montrent que les plus anciens de ces hymnes ne contiennent que peu de chose de la théorie fondamentale, et permettent d'en suivre pour ainsi dire d'année en lumée Téclosion^ Or, cette éclosion est celle de la religion même, puisque c'est cette théorie, plus ou moins modifiée par les milieux, qui constitue le fond de toutes les religions postérieures.
Les savants se trouvent donc, comme nous l'avons dit, en présence d un phénomène psychologique. Ce phénomène est de Tordre le plus élevé, puisqu'il est l'acte vrai, à la fois primordial et perpétuel, de la raison, il faut seulement ajouter que ce phénomène de psychologie ne se réalise dans toute sa plénitude que chez FArya ; il a manqué et il manque encore ea
partie chez les autres races. Parier de T unité absolue ^ de Tétre, de la pem&e, de la vie, à des nègres eu à des peaux-rouges, c'est prononcer devant eux des paroles inintelligibles. Les races non àryennes de l'Arabie, de l'Ëgypte et de toutes les parties extrêmes de l'Asie sont aussi constituées de telle manière que \m raison manque en partie de cette faculté d'analyse, qui est le caractère propre de Tbomme blanc, (fest-à-dire des seuls Aryas. Quand nous lisons chez nos philosophes la description des opérations de l'intelligence, nous devons faire avant tout celte réserve, qu'il ne s'agit dans leurs livres que de TArya et même de TArya parfait, pris à son âge adulte et à son point cuhninant de civilisation. En réaUté, l'observation nous montre chez les hommes des diverses races autant de variétés dms les facultés intellectueUes et dans le développement de la raison qu'il en a dans la conformation physique. C'est la iaculté d'analyse qui varie de l'un à l'autre, et qui va plus ou moins loin dans Tordre de la science,
comme c'est elle aussi, qui fait la ditférence essentielle de rhoinme et des autres animaux. Chez plusieurs d'entre eux, elle sommeille ; chez d'autres, elle est dans un état embryonnaire ; chez les animaux supérieurs, elle est déjà très-développée. Quelquesuns sont voisins de l'homme, pris dans les races les plus infimes ; il y a des hommes qui parlent des langues mdimentaires, qui comptent jusqu'à trois et qui adorent un bâton. Dira-t-on qu'ils ont l'idée
âSS RBLimO!! m 8CI«!fC8.
(te Dieu 1 0ai, saas doate, ite en ont une idée, mais
elle est bien inférieure au sultan céleste des Arabes. L'Arya seul a eonça l'être, la pensée et la fie dans leur unité absolue. C'est donc lui qui est le véritable auteur de la religion, et son phis ancien livre de métaphysique est le Vèda.
La succession des hymnes qui composent ce recueil nous montre la théorie se développant chez nos aïen pendant une période de plusieurs siècles. C'est par le travail de la pensée solitairei par l'ensâgnment et pai' la discussion, qu'elle est parvenue lentement à ses formules définitives. Le fait initial fut un coup i d'œîl jeté sui' la nature. A cette vue d'ensemble succéda la réflexion : PArya essaya de saisir un lien entre les phénomènes qui avaient frappé ses sens. Uidée de force, de puissance, lui suggéra des causes im- ' médiates auxquelles il attribua ces phénomènes* et il { conçut les dieux. Tuis^ à mesure qu'il aperçut entre ' les choses des rapports plus étendus et plus profonds^ i il comprit que ces dieux étaient des dénominations j diverses de quelques forces plus simples ; le nombre i des dieux diminua. Enlin le mouvement naturel de i la méthode conduisant toujours les esprits dans la voie de T unités les hommes supérieurs qui compo^ I Saient les hymnes comprirent que les forces invisibles ' de Tunivers pouvaient être tamenées par la pensée à « une force unique dont elles h'étaient elles-mêmes que des aspects variés.
Ainsi la première investigation de la nature con*
dûit les hommes blwcs de l'Âsie cen^âle, par une marche progressive, à ta conception de TÈtre unique, q«i cessa pour eux d'être une hypothèse et eut à leurs yeux autant de réalité que les clioses dont il était l'e^pUcation* Sa féaUté fut même {dus grande» et sa puissance eut nécessairement quelque chose de saniatarely car ai les phénomènes actuels du monde smi son œuvre, ceux du passé Tétaient aussi, et ceux qui sont à venir sortiront également de son vaste , sain. Gomme le temps et T espace, qui sont le lieu de production de ces phénomènes, sont illimités, la ; puissance de eelui qu'on app^ Samlri, c'eat«à-dire ; le producteur y fut conçue comme infinie.
I Maia il faut bien comprendre que le point de dé* part de cette théorie ayant été un fait d'observation pure et simple, U n'y avait aucufie raiaon pour nos aieux de placer hors des choses la force qui les pro» (luit, et que par conséquent la méthode la plus rigoweuse les condmsait à concevoir Dieu comme im» manent dans Tunivers»
Les Sémites m pairaM s'élever jmqae4à, p«ree I que cette race d'hommes, à laquelle manque en partie I ta puissance d'analyse, n'a jamais pu suivre une méthode dans ses conceptions ; tout en paraissant exalter la puissance divine, elle n'a jamais pu franchir fanthropomorphisme;
Le Dieu des premiers chrétiens ne ressemblait point à oelttt des Sémkes ni au Javeh des fils d'Israël: sa nature était beaucoup plus métaphysique ; sinon.
â84 RKUGION £T SCIEMCK.
la tliéorie du Gbrisl et de sa double natui*e eut été absolument impossible. Plus tard, les docteurs hitiiit et les philosopbes de rOccideut se rapproebèreai de la doctrine judaïque en donnant au dogme de la création une portée qu'il n'avait pas eue chez les Âryas de TAsie. Ils ne virent pas que, s'il est facile d'imaginer dans la solitude de son palais un Allah séparé du muiule et exerrant sur les choses une puissance souveraine et irrésistible, il est moins aisé de conce* voir l'Etre absolu faisant de rien quelque chose, puis<» que le rien n'est représenté dans notre esprit par aucune idée. La création, telle que la comprenaient les Indiens et les Perses, était une production dans le sens latin de ce mot, c'estrà-dire un acte par lequel l'agent universel du monde faisait apparaître et disparaître tour à tour les formes des choses. L'acte humain, qui, lui aussi, a la vertu de produire les formes, mais qui ne va pas jusqu'à la création d'une substance, pouvait servir de type ou au moins de point de départ à l'idée qu'on se faisait de la production du monde ; ainsi l'Arya demeurait jusqu'au • bout fidèle à sa méthode.
La force d'esprit de nos ancêtres, telle qu'cm la voit à l'œuvre dans les livres sacrés de l'Asie centrale, les place à une grande distance au-dessus des autres peuples. Autant les Uvres de la Bible, principalement les plus anciens, sont dépourvus de métaphysique et par conséquent de méthode et de classement dans les idées, autant les chantres sacrés de
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l'Âsîe conduisent les leurs avec ordre, avec clarté et circonspection, sans toutefois se défendre de ces élans de joie qu'éprouve toute àme humaine quand la vérité loi apparaît.
Si telle lut la méthode dont rapphcauon engendra la théorie religieuse des peuples aryens, théorie qu'ils ont .poussée jusqu'au bout et, dont ils nous ont transmis toutes les formules, rien ue s'oppose à ce que d'autres peuples aient tenté la même chose, et que chacun d'eux, sans le secours des autres, se soit fait à lui-même une religion. C'est en effet ce que nous constatons encore aujourd'hui. 11 existe chez des hommes de race très-infime, confinés dans des lieux écartés, loin du commerce des autres nations, des religions entièrement dépourvues de métaphysique et dont le fétichisme est le dernier mot. Le sauvage ne voit pas dans son fétiche un . symbole, c'est-à-dire un moyen de rappeler k son esprit une notion abstraite ou idéale ; le fétiche est son dieu, dieu de race (]uelquefois, plus souvent dieu de famille, presque toujours dieu personnel et que chacun se taille comme il l'entend. Toutefois il est évident que, si cet homme n'avait pas jeté quelque regard pensif sur la nature qui lui apporte ses joies et ses maux, et n'avait pas cru saisir en elle des forces in-
. visibles et souveraines, il n'aurait pas eu l'idée de condenser en quelque sorte toute la puissance de l'univers dans un morceau de bois, dans une pierre,
^ dans quelque reste d'un tissu grossier. Il existe, à
â86 BStmON ET SGIB!f€«.
Touest du Texas, de Tasies terres habitées par des
liommes de couleur^ qui se retirent peu à peu d'euxraêines devant l'Européen. Ils ont inventé dans ees derniers temps une divinité nouvelle, Santa Lluvia (^sainte Pluie), qui, disent-ils, est leur ennemie el protège le blane. En effet, tant qu'ils occupent un pays, la pluie refuee de féconder la terre, et dés que l'homme Uanc y est installé avec ses instruraenta de labour.) Teau du ciel arrose ses campagnes. M. César Daly, qui a été témoin de ce ftiit, l'explique par ta chaleur ardente qui s'exhale de pâturages durcis de* puis tant de siècles sous le pied des troupeaux, et qui tient les nuages suspendus, tandis que le sol eulttv^ absorbe la chaleur et laisse tomber les eaux du ciel. Ainsi rindigène voit^le fait nature), en est la victime el se soumet avec découragement à une puissance ennemie que son imagination a créée. H a conmieMé comme TÂrya : seulement sa faculté d'analyse était três-bomée ; il s'est ârrêté dès le premier pas, et il est retombé dans la matière, d'où un élan sponUoié semblait l avoir fait sortir.
Les vieilles religions chinoises et tartares étaient certainement supérieures au fétichisme, comme les hommes de race jaune sont supérieurs aux nègres et j aux peaux-rouges. Les peuples de l'extrême Asie^ I avant l'arrivée du bouddhisme, s'étaient donné pour doctrine un polythéisme qui existe encore^ et qui ne ressemble point à celui des Indiens, des Ctermaîns et des anciens Grecs, car les peuples jaunes ont re^
gardé le leur comme le dernier mot de leur religion; ebM 683 autres peuples, les dieux étaient Théritage que leur avaient légué leurs ancêtres dans un temps où Fon était encore à la première étape de la théorie. Ou peut regarder comme établi que les migrations helléniques ont quitté TAsie centrale avant répoque du \èda«. Celles du nord-ouest de l'Europe ravalent probablement quitté plus tôt encore, à une époque où la pluralité des forces divines était la croyance commune, mais provisoire, de notre raçe, It en avait été de même des Latins.
Mais lorsque se produisit la grande scission qui sépara les derniers Aryas en deux groupes, dont Vun prit sa route vers llnde et l'autre vers le sud-ouest, les uns et les autres étaient sur le point d'atteindre au bout de la méthode, et touchaient au dogme de l'unité. Toutefois il fallut encore toute la période du Vèda pour que les Indiens s'élevassent jusqu'à concevoir le Brahmà producteur du monde, et ce fut après cette période de plusieurs siècles qu'un dernier pas dans l'abstraction métapyhsique les conduisit à cet autre Brahme, neutre, absolu et inactif, unité supérieure à l'être, supérieure à la puissance, et i laquelle « l'univers est supendu comme une rangée de perles à un û\. » Un travail tout semblable de la raison analytique fut accompli par les Aryas du sudouest qui furent les Iraniens, c'est-à-dire les Médes et les Perses. Après s'être arrêtés pratiquement à ce qu'on a nommé le dualisme d'Ormuzd et d'Ahriman,
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dualisme qui est en réalité identique au dogme indien du Brahmà créateur, ils poussèrent la théorie jusqu'à concevoir le principe absolu et neutre qu'ils désignèrent par Tépithète d'inactif, akarana.
Lors donc que nous attribuons à la race àryenne et principalement aux Iraniens la découverte de la théorie métaphysique, base unique de la religion, nous n excluons aucun des autres peuples de la même race, et nous ne négligeons pas non plus les hommes des races inférieures. Mais les faits démontrent que cette théorie n'a été complète que chez les deux grandes nations de TAsie, parce qu'elles seules n'ont pas reculé devant les conséquences de la méthode. Les peuples des autres races, après être entrés mm dans la même voie, ne s'y sont avancés que jusqu'où leurs aptitudes physiques et intellectuelles leur ont permis d'aller. Les uns s'y sont arrêtés dés le premier pas. Les autres ont commencé le travail de généralisation et compris qu'une grande puissance suffirait pour expliquer Tunivers ; cependant, ne pouvant concevoir les notions métaphysiques dragées de toute figure sensible, ils ont fait leur dieu à leur image et l'ont revêtu d'une majesté royale agrandie, mais tout humaine. Au fond, la méthode que les peuples ont suivie et qu'ils suivent encore dans leurs conceptions religieuses est la même pour tous : il n'y a de différence que dans le degré. Ces dîffiS- , rences dans l'application qu'ils font d'une méthode commune proviennent de leur constitution physique
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et morale, et donnent la mesure de leur intelli»
gence.
Beaucoup de personnes admettent aujourd'hui
que, prise dans son ensemble, la race • aryenne est née la dernière, quelle que soit d'ailleurs la manière dont elle est née, et qu'elle avait été précédée de races inférieures, dont plusieurs peut-être ont disparu. 11 est certain par exemple que llnde était peuplée par des hommes de couleur lors de l'arrivée des Aryas dans ce pays ; et de même, quand les Aryas se présentèrent dans TOccident, l'Europe était depuis longtemps habitée. Si les Celtes sont Aryas, les Basques et les Ibères ne le sont pas. Ceux qui ont dressé les antiques pierres sépulcrales de la Bretagne,' de l'Afrique et d'autres contrées ne semblent pas l'avoir été. Jadis aussi les missionnaires bouddhistes de Samarkande sont allés jusque dans le Nouveau-Monde et se sont établis peut-être au Mexique ; mais ces représentants de la race âryenne n'ont certes pas mêlé beaucoup de leur sang à celui des sauvages habitants de ces contrées. 11 n'est pas probable, au point de vue de la science, que les pre- . miers hommes de ce qu'on appelle l'âge de pierre fussent de la même race que les Indiens, les Perses et les Hellènes (1). Or, il est constant que toutes ces
(1) Les limites de cet âge deviennent de moins en moins précises, à mesure que les découvertes s accumulent. La présence du Swastika sur un grand nombre d'objets trouvés dans les Urramaras et à Troie indique que les hommes d'alors apparie*
popQlations plus ou moins anciennes ont en des ébauches de religion, et se sont élevées plus oa moins haut dans Tordre des idées, avant que la théorie âryeiue iqpparût sur la terre. Maia que ces ébaii^ ches aient été le point de départ et le CQmmencement de cette théorie» c'est ce que la sdence n'eat pas forcée d'admettre. En principe, les Àryas ont les raêmas fticoltéa inteUectueUet que les autres hommes ; elles sont seulement plus développées chex eux. Ils n'ont pas besoin que d'autres leur découvrent le tableau de la nature ; seuls au contraire ils savent tirer de ce spectacle les enseignements métaphysiqoes qu'il contient. Ën fait, les livres sacrés de l'Asie nous prouvent que les Âryas ont créé celle théorie et M l'ont empruntée à personne.
La transmission aussi bien que la naissance des idées religieuses se réduit donc à une question de méthode. Les hommes des races primitives et inli* mes, n'ayant point créé la théorie, n'auraient pu transmettre à leurs successeurs que leurs grossières ébauches; mais ceux-ci, en les recevant et en le$ soumettant à une méthode plus avancée et plus sûre, les auraient transformées au point de les renouveler entièrement. Un legs de ce genre eût donc été illusoire et par conséquent inacceptable pour les héritiers, comme il est inadmissible aux yeux de la science.
Baient à la race kcjmê. Mali d'taires iaits prouvent qu'ils ansHenaisBt à ue vtee de très-petfle tsilk, diflireale des Afyseï*
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La biérarohie naturelle des races hoioaiiiea se re« trouve dans toulea leurs œuvres, et surtout dans leur . csQvre par excellence, la religion. Les divinités grossières du polythéisme chinois ou dravidien sont déjà supérieures à des fétiches, et les fétiches ne les ont point engendrées. Ces divinités à leur tour n'ont pas été les foniies premières des déités indiennes, lesquelles procèdent des temps védiques et étaient d'une nature tellement mobile qu'elles ont pu s'assimiler les unes aux autres et se perdre dans la grande unité brâbmanique. Plus on analyse ces faits^ aujourd'hui si nombreux et si bien constatés, plus on dqmeure coirvainoa que l'inégalité des religions dérive non d'un vice dans la méthode, mais du degré où les. peuples sont parvenus dans Tapplication qu'ils en ont faite.
Depuis que les Aryas ont mis au jôur la grande théorie religieuse» elle tend par la force des choses à conquérir le genre humain tout entier. Ce qu'une raoe est hors d'état de créer, elle peut le recevoir d'une autre, au moins en partie. Ainsi, les missionnaires des diverses religions Aryennes qui sont allés catéchiser des jaunes, des peaux-rouges ou des noirs, né les ont pas trouvés entièrement rebelles. L'exemple du Tibet converti au bouddhisme nous montre un peuple mongol, presque féroce, adouci par la prédication et la mansuétude des prêtres indiens. 11 en a été de même à Ceylan, comme on peut le voir dans plusieurs beaux récits bouddhiques traduits en Iran*
392 RBLIGION £T SCIENCE.
çais. Les EUdapiques d'Héliodore, dont nous avons déjà parlé, sont une autre preuve du même fait, qu'il est d'ailleurs facile de constater chez tous les peuples de couleur où séjonmeat des missionnaires chrétiens ; mais ces derniers savent et ont raconté cent fois que leur action sur ces peuples est tonte morale, et que les intelUgences y sont presque fermées au dogme et à la théologie. D*autre part, c'est un fait aujourd'hui bien connu que le' mélange de deux races inégales tend à faire disparaître la moins parfaite des deux : quand un blanc épouse une négresse, leur enfant est mulâtre ; quand deux mulâtres de sng égal se marimt entre eux, leur enfant est plus blanc qu'eux-mêmes. Ce fait est l'application d'une loi générale de la nature régissant la prodaelion des hybrides, loi en vertu de laquelle l'hybridité tend toujours à disparaître, de sorte qae les formeç mixtes reviennent aux types qui les avaient engendrées. Or, la constitution physique des êtres vivants est parallèle à leur constitution psychologique : ainsi le mélange, même à parties égales, des races inférieures avec les hommes les plus parfaits a pour conséquence de les préparer à recevoir la doctrine dans une proportion de plus en plus grande et de les rendre ei\lin semblables à nous ; mais par ce mélange elles disparaissent. Les mariages peuvent donc faire pour l'élévation intellectuelle et morale des races non aryennes plus que la prédication immédiate et solitaire, car ils sont la préparation de celte
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RELIGION £T SGI£MG£. S9â
dernière et la vraie condition du succès. Si par la fmon des races les hommes imparfaits viennent jamais à acquérir les aptitudes qui leur manquent^ la théorie fondamentale poorra dès lors être comprise et acceptée par le genre liumaiu tout entier, et don« ner lieu à une église véritableinenL universelle. Nous sommes loin de ce terme aujourd'hui, et la lutte des religions entre elles ne semble pas faite pour nous en rapprocher.
De quelque manière qu'on envisage le problème de la naissance, du développement et de la transmk* sion des religions, il se réduit, toujours à une ques* tion de méthode plus ou moins bien comprise et appliquée. Cette méthode est parfaitement connue, depuis qu'on a pu la voir à l'œuvre dans le plus anden monument de notre rme, les hymnes indiens, et en suivre jusqu'à nos joyrs les conséquences et les applications. Pour la résumer, disons qu'elle se compose de trois actes successifs de l'intelligence : robservation des faits naturels, la généralisation de ceux-ci, c'est-à-dire leur réduction à des unités idéales de plus en plus étendues et de moins en moins nombreuses, enfin cette induction rationnelle qui au delà des phénomènes aperçoit Tètre réel et permanent, dont ils sont la manifestation.
L'absence des deux derniers actes aboutit au fétichisme ; une généralisation inachevée a pour conséquence la pluralité des dieux ; quand les trois opérations de l'intelligence sont exécutées dans leur plénitude.
9M numm m scnmcK.
la théorie métaphysique qui m pour baie Vmâkk de DieVy c^est-à-dire de la subsUace, de Tacle créaUror et da la ici, apparatt m milieu d'im peapto et y devient ce qu'on a appelé religion ; tout le reeiai c'est-à-dire le culte et les symboles, y est la eMtè« qoence et l'exprewon de eette théorie.
Le lecteur accoutumé aux spéculations de la philosophie n'aara aucune peine i comprendre et i admettre que la méthode d où la reUgion est née est préeiiément celle que la idence a eomtamment suivie et qu'elle suivra toii^ours, car les méthodes de Tefiprit humain ne sont ni nombreuses ni fanées. Si l'on omet les méthodes matliématiques, uniquement applicables à des abstractions et qui ne peuvent nous faire déooufrir à elles seules ni la substance des rires, ni les causes des phénomènes, les autres procédés de l'esprit se réduisent à cent que nous venoos de déo'ire. C'est à l'emploi régulier et exclusif des deux premiers, seuls suivis dans les sciences d'observation, que sont dus les progrès aocompUs dans les temps modernes en physique, en chimie, dans toutes les pallies des sciences naturelles» et enfin dans cette connaissance des modes et des lois de la pensée humaine qu'on a improprement nommée psychologie.
Le troisième procédé de l'esprit est propre à la métaphysique : c'est par lui surtout que la science se rapproche de la religion. Dieu en eûét n'est point observal)le et n'est pas non plus une abstraction : en général, l'observation n'atteint jamais ni la réalité,
M Vètn ; «Ile attoiat mkimÊÊit htm tmom^ kmvs
apparences, leurs modes passagers. La moindre niv lion é% phflosophîe et It plot sknpto réfleiioii aont disent que ni la chimie ni l'anatonue ne mm défoi* lent la nature intiine âm eorps on des èbrm tmoitt. Qu'où left divise autant qu'ûu le pourra : leurs parr celles les plus ténues ne se voient jamais que par le
debors et ne laissent rien apercetoir de la sutMrtaoee
qui les constitue. Lors donc qu'un homme avance «M opiaiim awr eette denûàre^ il fint aele de méta<^ physiclea, et n'est plus en cela ni chimiste, ni natu;* raliste. Il en est] de même du psychologue : quelque spûritualiste qu'il se prétende, sou esprit n'a coudant pas le pouvoir de saisir en lui-même sa substasM Me; il ne perçoit «pie les phénomteet de sa pensée et voit, lui aussi, son urne en quelque sorte par le debors. Lee aeles de k folonté, oh quelquesuns erjoient saisir leur pr<^re substance, n'échappent pas à cette règle, car ces actes ne vont pas jusqu'à créer des êtres, et tout notra pommr s'épuise à pro*. duire des phénomènes. S'il en était autrement, dans eet Mte deconscienee qui sert de point de départ à la psychologie, nous saisirions la substance absolue, et nous serkme Dieu, oe qui eet insensé. La psyeliologie n'a donc rien de commun avec la métaphysi-* que. Celle-ci se compose d^m ordre â part de conceptions très-élevées dont l'objet n'est nnUemeoi arbitraire, ni abstrait, ni idéal, mais est réel et infini. Cet objet eet préeieéqmit eehiî de k théerte urnêe*
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Les méthodes scienLiliques sont donc, coiiiiiie on le voit, ideotiques à celles qae nos ancêtres de rOxi|$ ont suivies qaand ils ont conyu et londé la religion, et jusque-là religion et science sont deux termes synonymes. Ce n'est pas en effet sans raison que le 1i?re où la théorie religieuse la plas ancieiine est déposée porte le nom de Vêda^ qui veut dire sdmee, car cette théorie n'était rien moins que la science complète des anoens temps. D'où vient donc que •religion et science semblent aujourd'hui deux termes qui s'excluent Tun l'autre ? On verra tout à l'heure que cette exclusion n'est plus un mystère depuis que la science comparée des religions permet d'énoneer les lois auxquelles i&lles sont soumises.
La nature entière, en effet, procède dans le déploiemrat de ses forces vivantes par des périodes successives et non d'une manière continue. La plante ne pousse pas toujours ; elle suit les saisons, les alternatives du jour et de la nuit, celles de la pluie et du soleil. L'oifant, ainsi que les petits des animaux, grandit par périodes alternées de cioissance et de repos ; enfin, l'évolution spontanée de ses facultés intellectuelles et morales est soumise aux mêmes conditions. Si« au lieu de s'arrêter aux individus, on envisage req[>èce, on la voit reproduire en grand les mêmes phénomènes, paixe que l'espèce, n'existant que dans les individus, a pcHir lois cdles auxquelles Us sont eux-mteoes soumis. Théoriquement, on est donc conduit à penser que l'esprit de l'homme prend
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possession de la nature, non pas en une seule fois et par un travail non interrompu, mais par périodes, entre lesquelles des repos plus ou moins prolongés doivent se produire.
L'histoire est d'accord avec la théorie. Tout le ^ monde sait de quelle époque date la science moderne, on, pour mieux dire, dans quel temps a commencé chacune des sciences particulières aujourd'hui culti^ vées. Il en est de tontes récentes comme la chimie, la science du langage et celle des reUgions ; d'autres, comme la physique et l'astronomie, sont plus anciennes ; quelques-unes remontent à des époques encore plus reculées ; presque toutes ont leurs commencements dans l'antiquité âryenne et principalement chez les Grecs. C'est au temps de Solon que la science . indépendante se manifesta d'abord en Occident ; son avènement coïncida avec celui de la démocratie, dont ce grand homme fut pour l'humanité le premier organisateur. Âpres une période initiale, où elle eut à lutter à la fois contre le polythéisme et contre les aristocraties helléniques, elle conquit -sa place en Europe par la mort de Socrale, qui lut pour elle une consécration. Libre depuis ce jour, elle grandit avec Platon, reçut d'Âristote ses formules générales, ses règles* et ses méthodes, fut cultivée et appliquée par les alexandrins. Le dernier d'entre eux, Proclus, entreprit l'étude que nous réalisons en ce moment, et malheureusement mourut sans avoir accompli sa * tache. Après Tédit de Justinien qui, en 529, ferma
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les écoles païennes et libres, la science s'endormit en quelque sorte daos la longue nuit que le moyen âge chrétien et barbare lit régner sur nous. Le retour de » rhellénisme suscita en même temps l'esprit de liberté • et Taniour de la science, que favorisaient d'ailleurs les instincts naturels des p(>i)ulations du nord, répandues jusqu'au cœur de ritalie. C'est en vain que la politique des étals et celle de l'église lutta contre la science : les savants d'abord, les peuples après eux, ne lardèrent pas à comprendre que la vie nouvelle était à ce prix, que les vieilles formes de la • pensée devaient éli e rajeunies par la science, qu'elle seule enfin pouvait étendre le pouvoir de Tbomme et affermir son règne sur la nature.
Ce qui caractérise la science moderne depuis Solon jusqu'à nous, c'est l'analyse. Depuis le jour où Xénophane déclara que, « si les chevaux se faisaient des dieux, ils leur donneraient la forme d'un cheval, » il fut entendu que tout le travail de rinlelligence qui avait produit le polythéisme devait être repris, et l'analyse portée dans ces matières. On vit dès lors les difTérents ordres de phénomènes naturels et d'idées, se séparer les uns des autres et devenir successivement l'objet do sciences particulières, qui Turent créées. Socrate mit les Grecs sur la voie de la psycho-» logie. Platon, i^oa disciple, inaugura la métaphysique, et appliqua l'analyse à la morale et aux institutions politiques. Les pythagoriciens s'adonnèrent aux sciences exactes. Aristote créa et acheva à lui seul la
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science des méthodes, dans des livres qui portent le
nom d'Analytiques; il fonda la météorologie, la physique du globe, Tanatomie simple ou comparée, rhistoire naturelle, et donna de Tâme, considérée comme principe vivant et pensant, une théorie qui n*a point été surpassée. Ses méthodes enseignées et pratiquées, après lui, non seulement dans son école, mais dans fe monde hellénique tout entier, suscitèrent dans Alexandrie, Tarse, Antioche, Pergame, Athènes et ailleurs des recherches scientifiques et des applications que la dissolution de Tempire, Fascétisme chrétien et Tinvasion des peuples du nord purent seuls arrêter.
Quand les sciences reprirent vigueur chez les modernes au temps de l'entrée des Turcs à Gonstantinople, de la découverte du Nouveau-Monde et de la réforme, elles restèrent séparées les unes des autres, et, loin de tendre à se confondre, elles engendrèrent en se divisant des scienc.es nouvelles. On reconnut le domaine propre de chacune d'elles, et quand on vit clairement l'objet dont chacune avait à s'occuper, on put appliquer à chaque ordre d'idées une méthode précise et les procédés les mieux appropriés. Ainsi la nature entière, physique ou morale, fut comme un vaste territoire dont chaque parcelle fut explorée et cultivée par les hommes les plus capables avec les meilleurs instruments. Aujourd'hui, quand un chi^ miste étudie les phénomènes de la vie, il sait qu'en cela il n'est plus chimiste, ou il se trouve là un
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physiologiste pour Ten avertir. Celui qui recherche au moyen du spectre la composition chimique du soleil sait ce qui dans cette étude appartient à Fastronomie, à la physique ou à la chimie, et il ne confond ni les sciences ni les faits. Il en est de même du moraliste, du psychologue et du métaphysicien^ dont les études peuvent toucher à toutes les parties de la vie individuelle ou sociale, ainsi qu'à beaucoup de sciences, et n'en ont pas moins leurs domaines et leurs objets parfaitement définis.
11 est donc évident que l'analyse domine tout le travail de la société moderne, et que nous sommes dans une seconde période de science. La précédente a été la période hellénique, qui de Selon à Justinien n'a pas duré moins de mille ans; celle où nous sommes compte à peine jusqu'à ce jour quatre cents ans de durée. Mais comme aux procédés analytiques des anciens et à leurs moyens d'investigation nous en avons ajouté de nouveaux, il nous a été permis de marcher plus rapidement qu'eux ou tout au moins de nous avancer dans la science plus loin qu'ils ne l'avaient fait.
Que le lecteur veuille bien le remarquer, c'est ici que se manifeste de la façon la plus éclatante cette puissance d'analyse qui est le caractère propre de notre race. La Chine est arrêtée depuis plusieurs milliers d'années et n*a pu faire un pas nouveau, même après avoir reçu le bouddhisme. Les Sémites ont traduit et porté d'Orient en Occident une petite
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portion dé la science indienne et hellénique ; ils n'y ont rien ajouté. Les Indiens, au contraire, n'ont pas cessé d'apprendre, et depuis que le gouvernement anglais a établi chez eux un système régulier d'en* seignement, brahmanes et pàr^is courent aux écoles, s'initient à nos sciences, renoncent à leurs institutions surannées, viennent chez nous, et ne tarderont point i être semblables à nous.
Cette seconde période de science où nous sommes doit son origine et ses éléments à la première. Le nom de Pytbagore est connu dans l'Ëurope entière ; Euclide passe encore pour le plus grand géomètre qui ait été ; Aristote est le père des sciences d'observation et le premier qui ait préconisé l'analyse. Quant au moyen âge, il a été une période de repos entre la science hellénique et la science moderne. Si Ton remonte plus haut dans le passé, on rencontre au delà de Selon et de ceux qu'on a nommés les sages, c'esl-à-dire les savants, une autre période de repos dont il est impossible de fixer historiquement la durée. Elle répond à la formation des sociétés helléniques, comme notre moyen ftge est la période d'incubation des sociétés modernes. Elle avait elle-même été précédée dans la race Aryenne d'un travail d'esprit trèsactif et très-fécond, dont les grands textes sacrés de rÂsie sont les derniers monuments. Ces textes sont sacrés, parce qu'ils ont été la base de l'institution religieuse ; mais ils sont en même temps des textes scientifiques au même titre que ceux de Platon, parce
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qu'ils renforment la théorie qui a précédé la période hellénique de la science et parce qu'eux-mêmes pro* clament en cent endroits qu'ils oontiennent la science. • Quand on songe que cette théorie fut obtenue par nos ancêtres au moyen des mêmes méthodes que nous employons encore aujourd'hui, il devient inaoi* ièste que la partie théorique de la religion primordiale représente toute la science des Âryas, telle qu'elle fut dans ces anciens temps, et que par cmiséquent la religion est la première forme de la science.
Si l'on compare la science moderne- à celle des
anciens Hellènes, on voit que ce qui a manqué à ces derniers, ç'a été uniquement ce degré supérieur d'analyse et ces procédés analytiques que nous possédons. D'un autre côté, que Ydn compare la science hellénique avec celle qui est contenue dans le \ èda et dans l'Avesta, on se eemvainera bientôt que la première est à son tour beaucoup plus analytique que la seconde, et qu'il y a entre elles le même rapport qu'are la grecque et la moderne.
Voilà donc encore une loi très-simple du développement de l'esprit humain, loi qui ressort manifeste* ment de l'étude compaiée des reUgions et des sciences. Les unes et les autres ont un élément commun, qui est la méthode ; et cette méthode n'est que l'application régulière de Tintelligence à son objet. La différence rirat de ce que les procédés dont cette méthode a fait usage ont été de plus en plus analyti-
ques. Prise telle qu'elle est dans les livres sacrés de TAsie, la ibéorie de T univers se présente sous la forme d'une synthèse définitive ; mais si Ton étudie les éléments de cette théorie, les noms des dieùx, leur nature, leur signification, celle des symboles et la valeur des rites, et si l'on recueille d'autre part les expressions simples et non figurées qui fourmillent dans le Véda, on s'aperçoit que cette synthèse, dont l'Etre absolu est le centre, a été précédée d'une analyse et d'une vue distincte des phénomènes du monde.
Que ce travail ait duré longtemps, c'est ce dont on ne peut douter, car non seulement les hymnes indiens que nous possédons comprennent une étendue de plusieurs siècles, mais en outre ils font souvent allusion à des doctrines, à des conceptions idéales et à des rites dont ils attribuent l'invention à des an* cêtres fort reculés. Ces livres ne sont donc pas abso« lument primitifs : la phase de science qu'ils représentent n'a pas été la première, et l'on est en droit d'en supposer d'autres dont il ne reste ni monuments ni souvenir. Le premier coup d'œil de l'homme sur la nature nous échappe ; nous ne pouvons en avoir quelque idée par le moyen de cette loi, qui introduit dans la pensée humaine une part de plus en plus grande d'analyse, et la fait sortir de la synthèse primordiale où le monde et elle-même étaient enveloppés.
Ainsi, de même que toutes les formes de la vie
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procèdent d'une cellule qui les renferme en puissance dans une indivisible synthèse, et d'où elles sortent ensuite par une division spontanée, comparable à une analyse; de mêmes les œuvres de Tesprit se sont déployées tour à tour, suivant on mode uniforme^ en vertu d'un principe rationnel toujours le même. Si nous considérons nos sciences comme plus avan* cées que celles de Tantiquité, ce n'est pas qu'elles soient plus vraies qu'elles, c'est qu'elles sont plus analytiques. Mais déjà celles de l'antiquité grecque, au point où elles étaient par exemple à l'époque des Antonins, étaient plus avancées que celles des Âryas de l'Asie, parce qu'elles avaient poussé beaucoup plus loin l'analyse et l'étude des conditions métaphysiques des phénomènes de la nature. Au fond, la somme de vérité que contient une période scientifique est toujours la même ; la différence vient uniquement (le l'état où la vérité se présente à Tesprit. De même il y a autant de vie dans un enfant que dans un homme fait, et dans l'œuf que dans l'oiseau, le mammifère ou le poisson ; s'il en était autrement, jamais l'œuf ne deviendrait un animal : la différence consiste dans l'état de développement plus ou moins complet, c'est-à-dire d'analyse, où les forces vitales contenues dans l'œuf sont parvenues.
Si la théorie sacrée des Aryas est la forme que la science a revêtue dans sa phase asiatique, il s'ensuit que la religion est vraie au même titre que la science, et que si elle est fausse, cette dernière l'est aussi.
L'objet est le même, la méthode est la même ; les procédés seuls sont plus ou moins parfaits ; la religion a dû énoncer par des formules très-simples et trés-compréhensives précisément ce que la science énonce* en formules plus variées, plus nombreuses, plus restreintes et plus précises.
Il s'ensuit en outre qu'il n'est pas logique d'opposer, quant à leurs principes, la religion et la science, et de penser que l'une repousse la recherche libre de la vérité, tandis que Tautre l'appelle. Les prétentions de quelques églises ne sont pas les dogmes communs de rimmanité. Jamais les brahmanes n'ont proscrit le Ubre examen;. en Occident, si une partie du sacerdoce romain Tinlerdit, une autre l'accepte, l'immense majorité des fidèles le pratique ; enfin le protestantisme l'a pris pour une de ses règles. Or, ■ les protestants ne sont pas moins religieux ni moins chrétiens que les ultramontains du catholicisme. En fait, la pensée de l'homme est libre dans la religion comme dans la science, et la science des religions dont nous donnons ici Tesquisse est assez avancée déjà pour qu'il soit possible de voir le terrain sur lequel cessera un malentendu dont la science et la religion ont également souffert.
Smum» Vt iGlBMCB.