‹ La science des religionsChapitre 5 sur 31 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

cipes à la foi religieuse ; ce sont des conceptioi ou des institutions émanées de la science. Aucur des spéculaUons de l'esprit sur la nature et so histoire, sur rorigine des choses et sur les lo; qui gouvernent le monde n'emprunte quelque foi mule à la religion. La vie privée est pénétré par la science: l'industrie est une nouveauté qi lui est due ; le commerce ne peut plus se faire san elle ; toutes les relations des hommes entre eu lui sont subordonnées. La science ne laisse au croyants que leurs temples. Encore pénètre-t-ell même dans les monastères et jusque dans la chair sacrée.

Les religions positives, les églises, perdent tou le terrain que gagne la science : à mesure qu'ell fait avancer son flambeau, les symboles s'évanouis sent; les figures sacrées sont remplacées par de: formules ; à l'acte de foi se substitue la démons* Iration, à la chapelle le laboratoire, au couven les sociétés savantes. L'Asie est encore le domaim des religions : les églises mahométanes, brâhmaniques, bouddhiques, l'église chrétienne orthodoxe, y exercent sur les esprits un puissant empire. Mais les temps arrivent, et quand l'Europe aura fini ses guerres d'équilibre et conquis la liberté avec la paix, noils verrons la science et les applications de la science déborder de son sein, parcourir

mme un flot immense les vasles contrées de FÂsie et hâter, là comme ailleurs, la chute de religions déjà vieillies.

Je crois donc que nous sonmies parvenus à uue période de Thumanité qui peut être appelée scientifique. Les effets du double mouvement qui la caractérise sont déjà visibles. Le preoûer est la nipture entre les églises el les états^ dont la séparation du temporel et du spirituel à Rome et bieatèt ailleurs est un cas particulier. De cette rupture suit la dissolution plus ou moins rapide des églises ; . de cette dissolution, le retour des hommes a la religion individuelle; de ce retour, la liberté dans la foi- L'état) en se séparant^ laisse à chaque conmiunion le soin de pourvoir à sa subsistance; les communions, en se dissolvant, laissent à chaam sa croyance privée. Ainsi les temples deviendront déserts ou serviront à de nouvelles assemblées ; au dehors régnera la paix dans les âmes, la lumière dans les esprits, l'activité dans les forces sociales, la science enfin, autour de laquelle les individus et les peuples se seront groupés.

€k>nmie TÉglise romaine, par une suite naturelle de transformations, vient d'aboutir à sa dernière

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(ormule et consacrer son absorption en un seul homme, la science, qui suit uuc marche opposée, tend vers la suppression de tout pouvoir arbitraire

XIV PBBFAGE.

et vers le gouvernement de l'individa par lui-même

L'homme qui le premier exposa cette idée fu Spinoza, dans ua temps où les grandes nations di l'Europe la comprenaient à peine. Mais le sièch suivant et celui où nous sommes ont vu cette idée se répandre et s'appliquer, à travers les révolutioa^ et les guerres. Elle possède ii présent les esprits dans tout l'Occident. Or, comme ce sont les mêmes hommes qui la professent et qui portent encore le nom de catholiques ou de protestants, le temps arrive où leurs intelligences échapperont d'ellesmêmes à cette contradiction qui les obsède et se soustrairont aux formules de Calvin, de Luther et du Pape pour s'en tenir à la science, dont leur vie entière est déjà comme imprégnée.

Depuis qu'est écrit le chapitre de ce livre où est formulée la loi du dédoublement, deux ruptures ont eu lieu dans le christianisme : l'église arménienne s'est séparée du l^ape, Téglise bulgare s'est séparée de son patriarche. En outre, le nouveau dogme romain a ébranlé les évéques de Suisse, d'Autriche et même de France, et semble annoncer de nouvelles ruptures. Cette loi est donc en vigueur. Si, au lieu de descendre vers un avenir toujours discutable, nous remontons vers le passé, nous voyons les églises uaitre par voie de rupture de communions antérieures qui les contenaient im-

PRÉFACE. ÎTV

plicitement. Ainsi» Thistoire confirme cette loi de la façon la plus éclatante et nous conduit enfin au

c^ûtre asiatique d'où las giandes leligious ont émané. Il ne reste plus dès lors qu'à chercher de quelle manière le {Nremier dogme s'est formé, puis à redescendre la chaîne des temps et à voir les éléments nouveaux qui ont introduit la diversité et causé les ruptures.

Ainsi, le plan de notre livre est bien simple: c'est un résumé de la science des religions au point où elle est parvenue. Mais comme toute tentative de ce genre a pour ellet de donner une portée générale à des faits que les savants spéciaux avaient seulement constalés, les lois qui résultent de ces faits pourront à leur tour servir de guide et comme de fil conducteur dans les recherches à venir. Elles éclairent les situations, montrent comme naturels des faits qui avaient paru incompréhensibles, expliquent les formules obscures des rituels, font revivre les personnes divines des anciens temps et donnent une valeur historique et réelle aux pratiques en apparence les plus insensées. Il y a donc une grande lumière à attendre de la science appliquée aux religions. En publiant là-dessus dans son unité la série d'articles déjà connus qui composent ce livre, j'ai cédé à la demande de beaucoup de lecteurs qui ont désiré les posséder sous cette forme.

XVI pré;fage.

J'y ai ajouté, sous le titre d'Unité des rites ^ un chapitre d'archéologie chrétienne, trop technique pour avoir dû paraître dans une Revue^ mais qui jettera un grand jour sur tous les Autres.

Puisse cet enseoible d'idées être de nouveau bien accueiUi du public et contribuer en quelque chose à l'avancement de la science des religions el à l'affranchissement des esprits 1

1er décembre 1870. .

LA

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