‹ La Science des religions et l'islamisme, deux conférences faites le 19 et le 26 mars 1886, à l'École des hautes-étudesChapitre 3 sur 24 · L\ SCIENCE DES RELIGIONS · texte numérisé non relu

L\ SCIENCE DES RELIGIONS

parole. Elle ne peut périr que par ses fautes. Si, au contraire, elle réussir à ne pas dévier des principes qui ont présidé à sa fondation, si elle sait éviter les écarts, elle est appelée à devenir une des créations les plus originales, les plus hardies et, j'en ai la fei me conviction, les plus solides et les plus durables qu'aura vu naître le déclin actuel du xix c siècle.

L'examen auquel nous allons nous livrer ensemble s'appliquera successivement aux questions suivantes sur lesquelles nous devrons nous contenter d'une vue à vol d'oiseau :

i° Qu'est-ce en général que la science des religions, quels sont ses procédés et ses méthodes d'investigation?

2" Dans cette science une fois définie, à quels résultats serons-nous conduits par une enquête impartiale sur l'islamisme, sur la mission de son prophète Mahomet (ou plutôt Mohammad), sur l'authenticité et l'autorité de son code, le Coran ?

3° Nous nous demanderons ensuite quelle dogmatique, quelle théologie,

quelle morale l'islamisme a pi échecs, quel a été le secret de sa victoire si prompte et si décisive, et nous aurons à rechercher dans quelles conditions exceptionnelles de vitalité il s'est développé au point qu'à l'heure actuelle, après moins de quatorze siècles d'existence., il compte cent soixantequinze millions d'adhérents, au point qu'aujourd'hui encore il continue avec succès la marche en avant de sa propagande.

Après cet exposé, nous n'aurons pas besoin de démontrer que la France, avec ses annexes de l'Algérie et de la Tunisie, n'a pas seulement un intérêt scientifique à former des générations de travailleurs connaissant à fond la langue arabe et la reli«ion musulmane.

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a science des religions date d'hier, mais elle a bien vice réclamé et conquis sa place au soleil. L'astre qui répand sur la terre et sur l'homme chaleur et lumière, que l'homme primitif a partout adoré comme un bienfaiteur, ne pouvait la lui refuser sans ingratitude.

Pour ne parler que de la France, l'outillage dont v dispose aujourd'hui la science des religions, me parait tout à lait approprié à la faire prospérer et progresser. Elle a été naturalisée et définitivement implantée clans notre pays par la chaire du Collège de France, occupée, avec quel éclat! vous le savez, par le président de cette section, M. Albert Réville. De cette

chaire unique se sont détachées, comme les branches d'un même arbre, les douze conférences dont se compose actuellement l'Ecole dite des sciences religieuses.

Pour en mieux marquer le caractère, on a inscrit sur le fronton du nouvel édifice :

Ecole des hautes études, cinquième section, c'est à-dire qu'on a mis les sciences religieuses sur le même plan que les sciences mathématiques, physiques, naturelles, philologiques et historiques. C'est avec la quatrième section, celle des sciences historiques et philologiques, que s'est, par la nature même des choses , établi immédiatement le lien le plus intime. On lui a emprunté avec de légères modifications son règlement et son organisation ; on lui a même emprunté quelques-uns de ses maîtres.

La science des religions possède sa revue, fondée en 1880 par notre excellent collègue, M. Maurice Vernes, aujourd'hui dirigée par un autre de nos collègues, auteur d'un livre estimé sur La religion à Rome sous les Sévères, M. Jean Réville.

Le titre même de la revue, Revue de l'histoire des religions, est un programme.

Les musées, au grand profit des études sur les religions, avaient d'avance amoncelé des documents de premier ordre sur le passé des croyances humaines.

Les collections du Louvre regorgent d'idoles égyptiennes, chaldéennes, assyriennes, phéniciennes, gieeques et romaines. L'antiquité revit avec ses usages et ses traditions dans les statues et les basreliefs, représentations et symboles de l'idée religieuse dans les différents pays et aux diverses époques.

Le cabinet des antiques et médailles de la Bibliothèque nationale renferme aussi des pièces capitales dans ses vases chypriotes, dans ses spécimens de la glyptique orientale, dans ses bijoux et ses pierres gravées.

Signalons encore le Musée d'ethnographie duTrocadéro, dont les conservateurs, MM. Hamy et Landrin, sont chargés de centraliser et de grouper pour l'étude lus envois de nos explorateurs. Les collections

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