‹ La Science des religions et l'islamisme, deux conférences faites le 19 et le 26 mars 1886, à l'École des hautes-étudesChapitre 4 sur 24 · I.A SCIENCE DES RELIGIONS · texte numérisé non relu

I.A SCIENCE DES RELIGIONS

d'objets rassemblés en Europe, en Amérique, en Océanie et dans les régions polaires sont classées, et le public est admis à voir plus d'un millier de dieux et de fétiches exposés dans les vitrines. On m'assure que la galerie africaine sera ouverte avant la fin de l'année.

Le musée, créé à Lyon par M. Guimet.

qui vient d'être donné à l'Etat et dont les constructions commencent à sortir de terre sur la place d'Iéna à Paris, possède, outre des modèles exquis des céramiques chinoise et japonaise, une réunion unique de tout ce qui peut illustrer « les religions de l'Inde, du Japon, de l'Egypte et de l'Europe ancienne l , »

Aux nombreux Bouddhas, qu'il va faire entrer comme un précieux accroissement de nos richesses nationales, viendront s'ajouter plus tard, le plus tard possible, je l'espère, ceux que M. Cernuschi a ras-

i. Milloué (L. ilt;). Catalogue du musée Guimet. Première partie, Inde, Chine et Japon, Lyon, iSS3, Lxvin et 323 pages in-12.

de

semblés, en particulier le Bouddha monu mental qui ornait une place publique Jeddo et auquel il a élevé un palais, j't lais presque dire un temple. Des à présent, cet héritage divin, avec l'hôtel bâti à sa mesure, est destiné à devenir le Musée Cemuschi. Le Musée Guimet s'en distinguera de plus en plus par son caractère d'universalité ; car M. Guimet, devenu directeur à vie, se propose de n'en exclure aucune des religions anciennes et modernes.

Qu'entend-on par une religion ? Nous avons emprunté au latin ce mot. dont 1 etvmologie est douteuse. Vient-il de rehcrere « relire ». comme le veut Cicéron ' ; est-ce un dérivé de religatio, provenant de religare « attacher, nouer », comme le prétendent Servius et Lactance? D'après la première explication, la religion

i. Telle est i'étymologie adoptée par MM. Bréal et tiailly dans leur Dictionnaire étymologique lgtin(z' éd., Paris, i SS6, p. i5ô et 137).

serait comme un formulaire que l'homme « relirait » sans cesse, de même qu'en Italie il était appelé à lire « la loi gravée suides tables et affichée au Forum ' ». Remarquons en passant que le nom du Coran, qui signifie « lecture », se rattacherait à la même conception, et que, dans le livre de Néhémie (vm, 8), le livre contenant la loi de Dieu est appelé Hammikrâ, « la lecture ». Admet-on, au contraire, que la religion signifie le lien qui unit l'homme à la divinité, on fait, je crois, de mauvaise philologie, mais en

i . Le mot latin lex est avec raison expliqué ainsi par M. Bréal dans les Mémoires de la société de linguistique de Paris, V, 3 ( 1 8S3) , p. 1 96- 197; cf. Bréal et Bailly, Dictionnaire étymologique latin, p. ib(j. Où les savants auteurs de ce dernier ouvrage ont-ils puisé leur assertion que « chez les peuples sémitiques la loi, c'est l'écriture; chez les Romains..., c'est la lecture.' » Lorsque l'on parle des Écritures, ou de l'Écriture sainte, c'est là une expression qui n'appartient pas à la langue de l'Ancien Testament, et qui se rencontre pour la première fois dans le Nouveau Testament.

ET L 1SI AMISME

revanche Ton fait (que l'on me pardonne ce néologisme!) d'excellente hiérographie.

Une religion, en effet, n'est pas autre chose qu'un ensemble de propositions érigées en axiomes sur la nature des rapports entre l'homme et l'inconnaissable divin. Le sentiment de notre faiblesse a appelé comme corollaire naturel et comme atténuation nécessaire le besoin d'en appeler à des forces supérieures, dont nous invoquons l'appui pour supporter les misères de la vie et la déception de la mort.

C'est ainsi que les mêmes aspirations ont amené, comme une protestation générale contre la réalité, un élan de l'humanité entière s'élançant par la pensée vers des régions plus élevées, régions que chaque temps, chaque génération, chaque agglomération, ont peuplées différemment, selon les idées régnantes, l'éducation des intelligences, les tendances nationales et locales. Les épanchements de la joie et de la douleur, du contentement et de la détresse se sont partout donné libre cours dans la prière, action de grâces ou appel

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