‹ La Science des religions et l'islamisme, deux conférences faites le 19 et le 26 mars 1886, à l'École des hautes-étudesChapitre 6 sur 24 · Ô LA SCIENCE DES RELIGIONS · texte numérisé non relu

Ô LA SCIENCE DES RELIGIONS

qui auraient frappé son esprit, surpris de ces perceptions inattendues, au point de lui faire déifier les forces de la nature.

Je ne méconnais pas la justesse de ce point de vue, qui ne doit pas plus être écarté que les notions justes de linguistique et d'archéologie.

Ce n'est point à une fantaisie que les écrivains ont obéi, lorsque, dans l'Ancien Testament, ils ont appelé le tonnerre « la voix de Dieu », ni lorsqu'ils ont placé les apparitions de Yahwéh « au milieu du tonnerre, des éclairs et des flammes »

(Exode, ix, 23, par exemple).

Dans le Coran (xiii, 14), « le tonnerre célèbre les louanges d'Allah ; c'est Allah qui lance ses foudres pour atteindre qui il veut. »

Le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains ne sont ils pas fulminants?

Les bienfaits du soleil et de la pluie, les clartés mystérieuses de la lune, le scintillement des étoiles dispersées au firmament, les ténèbres répandues en plein jour par les éclipses, le retour régulier des sai-

sons, et tant d'autres merveilles, que d'étonnements pour les imaginations neuves, que de divinités provoquant de naïfs hommages !

Rien de surprenant non plus que les aéiolithes, tombant avec fracas au milieu des populations, aient été révérés ainsi que des pierres sacrées, envoyées du ciel comme un avertissement ou comme un châtiment. Le Dieu d'Israël est lui-même appelé plusieurs fois dans la Bible hassuur « le rocher » '. Le culte de la pierre noire enchâssée dans le mur, à la pointe sud-est de la Ka'ba à la Mecque, demeure comme le dernier vestige chez les Musulmans de l'ancienne adoration mêlée de terreur que leurs ancêtres rendaient aux aérolithes -.

i. Voir en particulier le curieux passage du Dciitérunome, xxxu, 3i, ou Moïse est censé dire : « Notre rocher n'est pas comme leur rocher » ; ce que les Septante tiaduisent : ovx i-.-a 'j Oioi f,/i.âv ôi? i Oioi aùrwv.

2. Hugues (Th. P.), A dictionary of Islam, l.ondon, i885, p. ID4-I55 et p. 333-335.

L'anthropologie, si absorbante dans son exubérance juvénile, voudrait appliquer la mensuration des crânes à l'appréciation du développement religieux chez les peuples et chez les individus. Si l'avenir démontre que cette prétention n'est pas absolument vaine, je doute pourtant qu'on puisse jamais tirer du volume et de la conformation du crâne un pronostic qui permette de reconnaître à coup sûr un monothéiste d'un païen, un panthéiste d'un athée.

L'ethnographie est un facteur autrement important dans l'étude des religions.

Les mœurs, les coutumes, l'état social ne déterminent pas ces courants impétueux d'idées qui se manifestent par une révolution religieuse. Mais, tandis que la doctrine reste inflexible, le culte se plie aux circonstances et sauve parfois le drapeau en le dissimulant. Ces transactions amènent une pénétration réciproque des

usages par lu religion, de la religion par les usages. La même religion, dans ses migrations, peut changer d'aspect au point de devenir presque méconnaissable.

C'est qu'elle s'est accommodée au génie des peuples qu'elle a conquis et que ceuxci, tout en se soumettant à elle, lui ont imprimé la marque de leur esprit et de leurs tendances, de leurs habitudes et de leurs goûts, de leur éducation et de leur culture, enfin de ce qui distingue et caractérise leur degré de civilisation.

Si l'ethnographie se borne à revendiquer une part d'influence sur le développement local des religions, personne ne pourra le lui imputer comme une usurpation.

La Mythologie \oologique de M. le comte Angelo de Gubernatis et sa Mythologie des plantes, les Communications ' de M. Paul de Lagarde sur la

Page 1