‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoire (volume 2)Chapitre 3 sur 30 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sculpture.

Forces expressives de la sculpture. Les chefs-d’œuvre de cet art sont beaux par l’expression de l’âme au moyen des forces les plus idéales. — Phidias : sa Minerve; son Jupiter Olympien. Frontons, métopes et frises du Parthénon. — Autres monuments de la sculpture grecque : leur infériorité par rapport aux œuvres de Phidias. — Causes de cette infériorité. — Sculpture de la Renaissance. — Sculpture moderne. — En quoi le spiritualisme chrétien a nui à la sculpture et a donné à la peinture une plus grande importance. — Caractère de l’art grec.

Tandis que les autres arts, tout en représentant le beau, qui est leur commun et principal objet, peuvent quelquefois reproduire la laideur dans l’intérêt du beau lui-même, afin de lui donner plus de relief, la sculpture est, par essence, condamnée h n’offrir à nos regards que le beau. Les raisons en sont palpables. On comprend en effet aisément que la laideur à trois dimensions serait, un spectacle absolument insupportable. D’autre part, si la sculpture concentrait toute l’expression de l’àme sur un visage où les traits sont en vive saillie, elle le ferait inévitablement grimacer. Elle est conduite, en conséquence, h répandre sur le corps tout entier toute l’expression qu’il comporte, c’est-à-dire toute la beauté possible dans chaque cas particulier. Ainsi, le corps sculpté doit être de formes accomplies: mais, de plus, il doit être nu, sans quoi sa physionomie propre se cache et dispa-

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rait, sinon totalement, au moins en grande partie. Dès lors le nu devient l’une des conditions fondamentales de la beauté sculptée. Dans un corps sans voile, tout parle, tout signifie, tout est éloquent, excepté certains détails que le goût de l’artiste néglige ou dissimule. Que si la tradition ou les convenances exigent qu’une figure soit vêtue, la draperie exprimera habilement les membres qu’elle dissimule, de façon que la vie et le mouvement se trahissent sous les plis. Plus de beauté plastique sous des vêtements épais et roides. Que l’on ne s’étonne donc pas et que l’on ne montre pas une indignation ridicule, lorsqu’on voit la sculpture n’hésiter pas à représenter le corps humain dans sa nudité, ou sous des voiles légers et rares. Du jour où elle cesserait d’accepter cette loi, la sculpture aurait abdiqué. Bien plus, die aurait compromis les destinées de la peinture elle-même, qui ne tarderait pas à oublier que sous les vêtements de l’homme il y a des membres et un corps.

En dépit de l’impérieuse nécessité qui lui est faite de respecter religieusement la beauté physique, de modérer l’expression des traits et de la tète, de donner au corps plus d’importance qu’il n’en a dans les œuvres du peintre, et d’y répandre en quelque façon le visage et la physionomie, la sculpture est en possession d’interpréter 11 un haut degré la beauté de l’âme. Ce n’est que par là qu elle touche à la perfection; c’est par là qu’elle a créé ses plus incomparables chefs-d’œuvre. Pour le prouver, allons droit aux œuvres de génie, et parmi celles-ci, choisissons tout de suite les sculptures de Phidias.

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